lundi 23 mars 2020

La dose de Wrobly : ventôse 2020 EC


   Je suis à la page 262 sur 1 664 du tome 1 des Mémoires de Saint-Simon. Pour vous situer, La Fontaine est mort il y a quelques dizaines de pages, et madame de Sévigné le suivra presque un an après jour pour jour (17 avril 1696). Quant à Fénelon (qui en prend plein le gueule), il vient d'être promu archevêque de Cambrai (4 février 1695). 262 pages, mais comptez le double vu la petitesse des caractères (d'imprimerie, même si La Bruyère est encore vivant) et les notes aussi denses que le texte. La BD sur Louis XIV m'aide à situer les grandes lignes et les personnages célèbres de cette époque, à la louche un siècle avant qu'on rase gratis et de très près.


   Bref, donc pour varier les plaisirs j'ai décidé de commencer un livre de 480 pages :

- Christine Shimizu.- Tout l'art japonais.
 

   En même temps, pour meubler mon confinement, je suis dans l'autoproduction à défaut d'être dans l'auto-réduction. Je pense que vous connaissez mon houmous, célèbre et que j'ai déjà évoqué ici il me semble. Vous n'êtes maintenant plus sans ignorer mes speculoos, qui ont plus le goût de biscuits allemands, à la rigueur de pain d'épices en plus épicé que de speculoos, mais j'ai suivi la recette des speculoos (végétaliens).





   Nourritures physiques, intellectuelles et spirituelles. Ajoutez-y du trombone ad libitum, vous obtenez le confinement bon, un peu en phase 3 d'Alexandre le bienheureux (leur télétravail dysfonctionnait complètement jusqu'à aujourd'hui, ça risque de s'améliore un peu la semaine prochaine, pas tant que ça, et j'y mettrai pas la moindre bonne volonté, n'étant pas soignant).

vendredi 20 mars 2020

Face à la pandémie

SOLIDARITÉ ET ENTRAIDE : OUI

UNION SACRÉE : NON.

   L’espèce humaine est confrontée à une pandémie qui frappe la plupart des populations du globe. Dans ces conditions nous tenons à rappeler que l’essence de la domination capitaliste, indépendamment des formes de pouvoir, c’est de présenter la société comme un ensemble d’êtres humains, tous égaux, les gouvernements représentant l’intérêt général. Or cette vision est, depuis 1789, une duperie qui vise à masquer les antagonismes irréductibles de classe. Chacun sait que la vie réelle, quotidienne, montre que l’existence des uns rime avec exploitation, oppression, précarité, insécurité sociale, tandis que les autres gèrent leurs profits, leurs privilèges, leur bien-être préservé. Pour dissimuler cette opposition de classe les États disposent de la propagande, qui s’appelle aujourd’hui communication. Et la colonne vertébrale de cette communication c’est de cultiver, glorifier, encenser le mythe de l’UNITÉ NATIONALE. Or cette idolâtrie de l’Union Sacrée est une supercherie.

   Des gens risquent de mourir par manque de lits dans les hôpitaux ou du nombre insuffisant d’appareils en salle de réanimation, de manque de personnel. Ces carences ne tombent pas du ciel : il s’agit du résultat, depuis des décennies, sous la droite comme sous la gauche, du choix de faire de l’hôpital un espace géré en fonction de critères de RENTABILITÉ. En six ans, 17 500 lits d’hôpitaux ont été fermés. Macron a poursuivi cette politique : entre 2017 et 2018, plus de 4 170 lits ont disparu. Le virus est responsable du décès de nombreux malades mais quand le médecin doit faire le choix, tragique, douloureux, de soigner tel ou tel être humain par MANQUE DE MATÉRIEL, le responsable de la mort programmée ce n’est pas le coronavirus mais TOUS LES POUVOIRS QUI ONT SUPPRIMÉ DES LITS, LIQUIDÉ DES EMPLOIS, choisi de faire une politique de profit et non de santé publique. Aussi nous n’oublions pas et nous rappelons qu’en 1914 des milliers de soldats envoyés se faire tuer pour les intérêts économiques d’industriels ont, en 1917, choisit de se mutiner, brisant cette UNION SACRÉE que Clémenceau avait inventée pour embrigader le peuple dans une guerre impérialiste. Ces mutins avaient devancé la phrase d’Anatole France « ON CROIT MOURIR POUR LA PATRIE ; ON MEURT POUR DES INDUSTRIELS ».

   Alors dans la situation présente nous devons mettre en avant des valeurs de solidarité, d’entraide, nous opposer aux égoïsmes, aux réflexes xénophobes comme ceux de Trump ou Poutine qui ont donné une nationalité au virus, qualifié de chinois !!! Soutenir le personnel hospitalier qui mène un combat à armes inégales, privé de moyens suffisants, dénoncer des entreprises comme la Poste qui évoque ses missions de service public pour contraindre le personnel à bosser, alors que cette mission est bafouée depuis des années (suppression de bureaux, de facteurs) et qu’il s’agit en fait de faire du fric quand la concurrence comme Mondial Relay a stoppé ses activités. Et l’on entend reparler de nationalisation, hier gros mot, péché suprême de l’ère mitterrandienne. L’État pense « nationalisation » quand les intérêts des actionnaires sont menacés. Pour l’éducation, la santé, les chômeurs il n’y avait pas d’argent. Maintenant celui-ci surgit comme par enchantement, comme en 2008 lorsque les banques étaient à sauver : aujourd’hui c’est Air France et certainement d’autres…

C’est avec d’autres valeurs que nous abordons cette période difficile.

   Notre démarche doit être guidée par le souci de préserver la vie humaine, d’être à l’écoute de nos proches, de nos voisins. Dans les crises il y a souvent des intérêts mesquins qui sont à l’œuvre mais également le peuple, ceux et celles d’en bas qui démontrent alors leur capacité à innover, à se transcender pour épauler les plus fragiles. Cette approche humaine nous la faisons sans occulter notre réflexion critique qui mous autorise à pointer du doigt les responsabilités des uns et des autres. En 1917 les mutins n’ont pas attendu la fin de la guerre pour dénoncer la boucherie en cours. Plus de 600 condamnés à mort, essentiellement des ouvriers et 1/3 d’agriculteurs.

   Le virus COVID19 sera vaincu par la mobilisation des personnels hospitaliers, qui se battent avec des moyens limités car leurs revendications d’hier n’ont pas été entendues, du corps médical, des chercheurs (sachant qu’il y a une course entre les labos avec des enjeux financiers énormes pour celui qui sera le premier sur la ligne, alors qu’il devrait y avoir une coordination de la recherche par-delà les frontières). Le peuple fera face, dépourvu de masques, de gel, car cette crise sanitaire révèle les conséquences des délocalisations, toujours pour des raisons financières.

   Nous appelons donc à la solidarité sociale, à la pratique de la coopération, de l’entraide, et combattons ceux et celles qui ont les mains sales et qui tentent avec leur Union Sacrée de nous faire oublier leur responsabilité en matière de santé publique.

   En période de guerre sanitaire, comme en période de guerre tout court, nous savons que l’ennemi est dans notre propre pays.

COOPÉRATION, ENTRAIDE, SOLIDARITÉ SOCIALE,
TELLES SONT NOS VALEURS FACE A LA PANDÉMIE.


Union départementale CNT 95, Saint-Ouen l’Aumône le 18/03/2020.

vendredi 13 mars 2020

Sacqueboute XLI : Robinson Khoury

   Il a 24 ans et vient de sortir l'album Frame Of Mind ("état d'esprit", "manière de voir", "Weltanschauung" ?) en décembre. Il a joué avec avec Manu Codjia, excellent guitariste ayant lui même accompagné Henri Texier et Géraldine Laurent, deux musiciens qu'on aime beaucoup ici. Il a bossé aussi avec Le Sacre du tympan, Ibrahim Maalouf, Marcus Miller… Son album, à la fois ancré dans les racines du jazz et laissant s'échapper des trucs dans tous les coins (il ne s'agit cependant pas de free radical, ne nous emballons pas) est intéressant et ce tromboniste mérite toute notre attention.

Jumpin' 


Priviouslillonne Sacqueboute :
Willie Colon
Sébastien Llado
Mathias Mahler
Charles Greenlee
Dick Griffin
Guive
Voilà du boudin
Bruce Fowler
Glenn Miller
Nils Landgren
Grachan Moncur
Le Trombone illustré
Bettons Tenyue
Watt
Curtis Hasselbring
Steve Turre
Les trois trombonistes de Marc Ducret
Yves Robert
Daniel Casimir
Gary Valente
Chicago
Moon Hooch
Raymond Katarzynski
Albert Mangelsdorff
Christiane Bopp
Honoré Dutrey
Viscosity
Fred Wesley
Dave Lambert
Roswell Rudd
Curtis Fowlkes
Melba Liston
La Flûte aux trombones
La Femme tronc
Journal intime
Gunhild Carling
Nils Wogram et Root 70
Carl Fontana
Animaux
Trombone Shorty
Cinéma
Feu
Le Canadian Brass
Local Brass Quintet
Buddy Morrow
Bones Apart
J.J. Johnson
Lawrence Brown
Vinko Globokar
Les funérailles de Beethoven
Treme
Craig Harris
Mona Lisa Klaxon
Juan Tizol
Bob Brookmeyer
Daniel Zimmerman
Frank Rosolino
Rico Rodriguez
Kid Ory

lundi 9 mars 2020

Les 8 mars passent...

   Décidément, Mizoguchi est vraiment un cinéaste que la prostitution a inspiré, ou hanté, car nombre de ses films sont à charge de cette toujours violente exploitation du corps des femmes par un système patriarcal qui ne laisse aucune chance aux prolétaires du sexe, quand bien même elles seraient des lutteuses, s'étant laissées happées avec plus ou moins de formes, mais toujours par un chantage à la survie, par ce viol tarifé toléré. Plus largement ces témoignages de fiction agissant comme des procès mettent en évidence la domination masculine et la sujétion des femmes.

   Parmi les films de Mizoguchi évoquant la prostitution que j'ai pu voir dernièrement et au sujet desquels j'ai écrit quelques lignes ici : La Cigogne en papier, Oyuki la vierge, Cinq femmes autour d'Utamaro, La Vie d'O'Haru femme galante, Les Contes de la lune vague après la pluie, L'Intendant Sansho, La Rue de la honte.


- La Marche de Tokyo (東京行進曲, Tōkyō kōshinkyoku), 1929.
   Film muet et incomplet. Une jeune femme, Michiyo, hébergée chez son oncle ouvrier après la mort de sa mère Geisha, est contrainte, quand celui-ci se retrouve au chômage, de s'adonner au métier de celle-là, pour soulager financièrement le foyer. Avant de mourir, la maman, ayant été mise enceinte puis abandonnée par le courageux papa, avait sommé sa fille de ne jamais faire confiance aux hommes. Elle lui remit à cette occasion sa bague. Dans l'établissement où elle travaille Michiyo subit une cour assidue d'un vieux et richissime chef d'entreprise jouisseur. Avant cela, le fils de celui-ci, plutôt gentil, tombait éperdument amoureux d'elle, qu'il avait aperçue dans la rue en habits de pauvresse. Au moment où le client-patron n'y tient plus et s'apprête à violer gentiment notre geisha, il aperçoit sa bague et blêmit. Quand son fils lui annonce qu'il veut épouser Michiyo, il doit lui révéler, écroulé, que c'est impossible car celle-ci est sa propre sœur, c'est à dire sa fille, à lui, le vieux (vous me suivez toujours ?).

   Bref, après Maupassant, nous voici donc chez Molière.

- Les Sœurs de Gion (祇園の姉妹, Gion no shimai), 1936.
   Le quartier de Gion, à Kyoto, à l'est de la rivière Kamo, je l'ai un peu arpenté ici. Deux prostituées, la gentille, qui éprouve de la compassion et de l'affection pour les hommes, et la méchante, qui n'est que vengeance, mensonge, duplicité, vente au plus offrant et trahison. Les deux en arriveront à la même conclusion : elles sont dans le cercle de l'enfer aux souffrances incessantes et ce cercle n'a pas d'issue.

- Femmes de la nuit (夜の女たち, Yoru no onnatachi), 1948.
   Réduites à la misère et/ou à la dépendance après les destructions de la guerre, les leurs disparus, ou victime de la violence prédatrice masculine car trop naïve et aventureuse, trois femmes tombent dans l'enfer de la prostitution de rue, à Osaka. La scène finale dans un cimetière, dantesque, témoigne épouvantablement de cette damnation. Mais on voit mal ce que la dite sainte dite vierge, sur un vitrail de laquelle la caméra s'attarde lourdement, vient faire là-dedans. Alors ce serait soit putain, soit bigote ?...


   Avec l'attachante Kinuyo Tanaka (à gauche) qu'on a pu voir ici aussi (voir actus cinéma japonais précédentes) dans Cinq femmes autour d'Utamaro, L'Amour de l'actrice Sumako, La Vie d'O'Haru femme galante, Les Contes de la lune vague après la pluie, L'Intendant Sansho, Flamme de mon amour (voir ci-dessous), et même dans Barberousse de Kurosawa ! Au début elle ne paye pas de mine, rien d'une vamp, et lorsqu'on finit par s'habituer à son visage et la reconnaître au bout d'un moment on se met à développer une grande sympathie pour les personnages qu'elle incarne, son jeu d'une profonde sensibilité et son petit visage rondelet capable de lancer des éclairs ou d'être d'une provocante désinvolture.

- Flamme de mon amour (我が恋は燃えぬ, Waga koi wa moenu).

   Encore un film féministe, sauf erreur. Pas de prostitution cette fois, mais une femme, en 1884, luttant contre la domination masculine, aussi bien au village coutumier que dans le grand Tokyo, notamment dans un parti politique de gauche de l'époque, c'est à dire démocrate bourgeois.

 Université bloquée par un collectif féministe non mixte ce matin 9 mars 2020.


 Le terminus de l'héroïque ligne 13, totalement fermée pendant un bon mois de grève en décembre-janvier.

mercredi 26 février 2020

La dose de Wrobly : pluviôse 2020 EC


- Marcel Aymé.- Du côté de chez Marianne.
   Une collègue disait dernièrement lors d'une assemblée, des étoiles dans les yeux, qu'elle n'avait jamais autant lu depuis le début de la grève le 5 décembre dernier. Bon, elle parlait surtout de trucs sur les retraites, pas trop passionnant, mais nécessaire, il faut bien s'informer un minimum pour argumenter face à ceux dont la grève n'est pas une évidence éthique. Mais en ce qui concerne la lecture en général, ses propos m'ont un peu surpris car moi, c'est tout le contraire. Depuis le début de la grève je lis beaucoup moins*. Déjà quand les camarades des transports n'avaient pas encore été mis à genoux, ne prenant plus les transports je perdais au moins une heure et demie de lecture par jour, et puis dans beaucoup d'autres circonstances, ma vie sociale s'étant d'un coup intensifiée et diversifiée, que ce soit sur les piquets, dans les manifs, les assemblées, réunions, mais aussi moments de discussions sympas avec mes nouve-lles-aux ami(e)s, plus moyen de me retirer dans une caverne pour m'adonner à ma coupable passion. Le grizzly transformé en lémurien par la magie de la lutte sociale. Ne vous étonnez donc pas de ne trouver qu'un seul livre dans ma dose de ce mois. Rassurez-vous, parallèlement je poursuis les Mémoires de Saint-Simon, jamais vu un tel pavé, garni de notes minuscules, sur papier bible et donc chaque page nécessite une concentration de chirurgien se coupant les ongles pour ne pas perdre le fil des généalogies à rallonge qui n'en finissent pas. On est maniaque ou on ne l'est pas.


   Ces articles de Marcel Aymé dans Marianne (la tentative de Gallimard de créer un hebdo plutôt marqué à gauche, pour faire pendant aux droitiers et très prisés Gringoire et Candide de l'époque) sont très courts, faciles (quelle détente après Saint-Simon !), amusants et agréables à lire. L'auteur ne s'était pas encore, par un pacifisme qui rapprocha son nom de ceux de fachos sur une pétition, fâché avec la gauche pour cette histoire d'invasion de l'Ethiopie par Mussolini, et ces chroniques, publiées de 1933 à 1937, bien que toujours entre deux degrés d'ironie, se révèlent souvent franchement révolutionnaires - par ses critiques du réformisme, quand il souhaite l'abolition des mines, par exemple (et non leur aménagement), ou des Constitutions (et non leur remplacement) auxquelles il préfère des périodes d'anarchie expérimentale intercalées de plages plus calmes de repos sur les acquis ; par ses témoignages du caractère de classe de la police et de la justice, ses persiflages à l'encontre de l'absurdité du "progrès" technique capitaliste-marchand-, sa satire de la sans scrupule voracité bourgeoise, son insurrection contre la peine de mort (notamment celle de la jeune femme de 19 ans Violette Nozière) - et résolument anti-hitlériennes. C'est vrai que sur le papier c'est simple (mais à moi qui ne suis qu'un individu aux idées avancées de clavier et de souris, il serait mal venu de lui reprocher de ne pas avoir pris les armes), et que sa résistance à l'envie de résister sous l'occupation et ses amitiés nazi-compatibles ultérieures peuvent aujourd'hui faire lire ces propos avec un a priori un peu doux-amer.

   A propos de cette époque, de la prise de pouvoir des nazis jusqu'aux approches de la guerre et de ses échos en France, on lira avec profit, en gravement plus sérieux, le livre de ma dose de thermidor La France et l'Allemange : 1932-1936. J'ai entendu causer aussi d'un livre de Daniel Schneidermann, Berlin 1933, sorti il y a peu, sur la presse française à cette époque, qui doit être fort intéressant, mais je ne l'ai point lu.


* Ce ne sont pourtant pas les ouvrages qui manquent :














   Mais on peut pas faire dans le graphisme, l'accroche et le secrétariat en continuant à se la couler douce avec un bon bouquin. On me l'a dit sur le piquet d'ailleurs, pourtant je lisais du sérieux, le Diplo, une fois n'est pas coutume : on n'est pas ici pour lire ! J'ose quand même espérer que c'était ironique parce que si je ne peux pas lire, moi, votre révolution, vous pouvez vous la carrer dans l'oignon.