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vendredi 11 février 2022

Du désespoir plein la trompette


   Les flics continuent de nous arroser. Le nettoyage est implacable.
   Quand soudain j'entends une trompette. Une vraie. En si bémol. Cela ne se peut et pourtant cela est. Alors que le rond-point est saturé de gaz et complètement déserté, un trompettiste le parcourt, titubant presque. Collant l'embouchure de son instrument aux lèvres, il joue La Sonnerie aux morts. Il ne porte ni masque ni lunettes. Il chancelle. Il souffle à nouveau dans son biniou et les notes fusent. Droites et tendues. Sépulcrales et solennelles. Je ris. C'est nerveux. Ce n'est pas possible. Humainement ce n'est pas possible. Il faut de l'air - et pas qu'un peu - pour souffler dans un instrument pareil. Or l'air est irrespirable au coeur du rond-point. Je me frotte les yeux. Tente d'arrêter quelques gilets en cavalcade pour que quelqu'un m'explique. Un peu de rationalité bordel ! Mais c'est comme si tout le monde me passait au travers. Je me dis qu'il faut que je filme la scène sinon personne ne me croira. Mais les gaz arrivent. Je jette un dernier regard vers l'ombre chétive du musicien et me mets à courir moi aussi.
Extrait de Péage sud de Sébastien Navarro.

mercredi 15 novembre 2017

Lutter contre la réforme du travail oui mais comment lutter ?

Allez, je me lance. C'est vrai que c'est un peu le stade suprême d'être militant, c'est mieux d'être radical, mais comme je ne sais pas faire (ni assez libre ni assez dynamique ni assez jeune ni assez courageux), je me suis dit que plutôt que de critiquer sans rien faire, je pouvais, à mon petit niveau, participer quand même. J'ai donc participé à l'écriture de ce tract collectif avec des potes encore prisonniers du boulot, comme moi. Merci à Ludwig, qui m'a tendu la perche. On se voit demain les aminches ?



Pas d’appels locaux unitaires dans les entreprises

Depuis de longs mois, de nombreuses mobilisations sont organisées, avec des manifestations nationales ou locales, mais malgré ces initiatives il est nécessaire de constater que le rapport de force demeure favorable au patronat et au pouvoir et il est donc nécessaire de s’interroger sur la stratégie suivie. Pas d’appels locaux unitaires dans les entreprises

Contrairement au mouvement de 2016 contre la loi travail où une large intersyndicale avait permis une forte mobilisation, aujourd’hui, les centrales jouent de nouveau la division. FO a rejoint la CFDT dans le camp de la conciliation, ce qui déstabilise la base qui n’avait pas besoin de ça. Dans les boîtes par ailleurs, les rares AG convoquées ne rassemblent qu’une poignée de militants, laissant la majorité des collègues indifférents. Même les syndicats se définissant comme offensifs (CGT) donnent les informations au compte-goutte et la propagande reste largement insuffisante. Chacun fait cavalier seul.

Pas de volonté de construire à la base un véritable mouvement

Quelques opposants CFDT à Berger qui manifestent, des corporations (routiers) qui bloquent et négocient dans leur coin, Mailly qui rencontre Macron et Pénicaud en cachette, à Renault les jours d’action la CGT appelle... à 2 heures de grève en fin de journée, des manifestations saute-mouton incapables de rassembler tous les acteurs du mouvement social, les souvenirs des répressions policières des journées d’action contre la loi El Khomri. Difficile dans ce contexte de construire les fondations d’un véritable mouvement social. Et pourtant les raisons de se mobiliser ne manquent pas :

- les ordonnances vont faciliter les licenciements et dégrader les conditions de travail ;
- baisse des APL jusqu’à 60 euros par mois ;
- état d’urgence inscrit dans le droit commun qui met gravement en danger nos droits, nos libertés ;
- 150 000 contrats aidés supprimés ;
- retour au service militaire.

Il s’agit d’un recul de 70 ans de conquêtes sociales. Imposons le dialogue sur notre lieu de travail, dans la rue, dans les AG, comité, créons des sections syndicales dans nos entreprises, participons aux manifestations afin de construire une contestation permanente pour que naisse un véritable rapport de force.

Appels répétitifs à des journées de 24 heures qui démobilisent. Il s’agit d’appels en fait à perdre une journée de salaire car chacun a conscience que 24 heures ne fera pas plier le pouvoir.

Des manifs éparses sous les sonos pour étouffer la colère, des SO qui renforcent les escadrons des cognes, une bureaucratie syndicale qui n’écoute pas la base... mais cela ne nous surprend pas. On manifeste pour retrouver les copains ou copines, rompre pour 24 heures notre aliénation quotidienne. Beaucoup d’entre nous sont conscients que ça ne fera pas plier le pouvoir et les mobilisations se réduisent lorsque les moyens ne nous le permettent plus. Construisons la désobéissance dès le 16 novembre dans la lutte prolongée pour faire reculer le gouvernement.

Constat d’une inertie de nombreux salariés indifférence, manque d’informations ?

Le réactionnaire Macron poursuit sa casse sociale soutenu par toute la clique merdiatique qui appartient aux milliardaires en martelant leur propagande (croissance, chômage, sécu, casseurs, terrorisme, Ceta, pollution...). Maintenus dans la peur, la soumission, l’idéologie consumériste et l’illusion du chacun pour soi, nombreux sont ceux et celles qui se désintéressent, qui abandonnent, voire ne sentent pas concernés par la contestation sociale. Proposons aux gens de reprendre la parole et la main sur nos luttes et nos activités autogestionnaires. Sortons du « ghetto » militant, ouvrons au maximum le dialogue (tel Nuit debout), créons des espaces de dialogue et d’actions.

Seule une grève reconductible pourra bloquer l’économie

Les rares blocages ont vite été évacués par les CRS. On comprend qu’il ne faut pas que ça fasse tâche d’huile. En effet le blocage et la grève reconduite permettraient la paralysie économique obligerait le gouvernement à reculer. Faisons leur revivre 1995, multiplions les blocages, piquets de grève sur nos lieux d’entreprises pour déborder leurs chiens de garde.

Il ne s’agit pas de compter les manifestants mais bien d’agir pour enraciner la lutte dans les entreprises ce qui implique la construction d’intersyndicales ouvertes aux non syndiqués et réalisées localement. L’alternative ne surgira pas de tentatives pour constituer des états-majors avant-gardistes mais bien du travail qui doit être fait dans les quartiers comme dans les établissements. Même si la situation y est difficile, même si nous sommes à contre-courant, il n’y aura pas de raccourci. Le jour où l’on recensera le nombre d’entreprises en grève et non plus le nombre de manifestants un grand pas aura été fait.

Faire la jonction avec le mouvement dans les facs/lycées

Les lycéens et étudiants sont les futurs salariés. Ils sont donc également concernés par cette réforme. Leurs mobilisations ont souvent prouvé leur efficacité (68, CPE, volonté d’exprimer une radicalité en tête de cortège). Ils sont forces de liberté et de créativité. Les banlieues, dont les habitants représentent la frange la plus pauvre du salariat (du chômage ou des minima sociaux), seront elles aussi durement touchées par ces reculs sociaux, et pourraient, en rejoignant le mouvement, donner un poids supplémentaire à celui-ci.

Nous luttons donc nous sommes ! 

mercredi 13 septembre 2017

N'être rien

«Une gare, c'est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien.»
Emmanuel Macron
«Je n'ai basé ma cause sur rien.»
Max Stirner




      Non seulement je ne suis rien, mais je me sens fainéant en ce moment. J'en ai pas branlé une hier. Ah ! si, j'ai pris trois photos. Faut pas vous attendre à plus ni mieux en ce moment.




      En tout cas, j'ai pas vu la botte d'un de ces musiciens ci-dessous. Peut-être parce que j'ai été coincé en queue, pendant trois heures et qu'ils étaient en tête... En tout cas ça m'a plutôt détendu. Je ne sais pas pourquoi, leur présence, si prégnante en 2016, me stresse un peu.


vendredi 8 juillet 2016

Jouons un peu avec les complots ésotériques qui viennent

"Que l’on conspire contre l’oppression, soit en grand, soit en petit, secrètement ou à découvert, dans cent mille conciliabules ou dans un seul, peu nous importe, pourvu que l’on conspire, et que désormais les remords et les transes accompagnent tous les momens des oppresseurs."
Gracchus Babeuf

    Ainsi donc nous avons vécu hier soir le retour à l’apolitisme : éructations testostéronées des deux sexes (comme dans les rangs policiers, les copines font de grands progrès, mais avouons que le couillu reste quand même ultra-majoritaire chez les nuisibles) et épileptiques coups de trompes à complexe micropénien (klaxons). Comme je le disais à ma compagne, pour enterrer la révolte, à tous les coups le gouvernement, aidé en cela par l’Union européenne, qui, pour la paix des affaires et la loi d’airain de l’économie souhaite également pacifier tout pays du cercle d’influence agité du moment, à tous les coups le gouvernement a soudoyé l’équipe d’Allemagne pour qu’elle perde. Et devinez ce que m'apprend ma jeune collègue Wafa à 10 heures ce matin ? La "France" a gagné contre l'"Allemagne" ! Eh, comme politologue je me place un peu là !

   Bref, le cycle des manifs en cage et check-points semble s’arrêter. Tant mieux, remarquez, moi, ça me déprimait vraiment. Surtout vu les fêtes des premières. Mardi j’y suis allé quand même (quoi faire d’autre ? aller bosser, un jour de grève ? j’ai du mal à m’y résoudre), j’ai même transité par un rendez-vous donné sur Démosphère pour manifester hors-cage, place de la Sorbonne : point d'insurgé et truffé de flics. Alors j’ai rejoint la Place d’Italie où j’ai pu me faire peloter par un jeunot en uniforme, dommage que je ne sois ni homo ni maso. N’ayant jamais réussi à m’intégrer dans une bande, je le regrette et n’en tire aucune gloriole avec la posture "moi je suis vraiment libre, je n’appartiens à aucun conglomérat", genre dès qu’on est plus de quatre etc., non, je suis trop timide voilà tout : je suis comme un cheveu sur la soupe en AG, ne sait pas où mettre mes mains en piquet, quand et pourquoi parler en réu..., bref, n’ayant jamais réussi malgré mon désir à m’intégrer (sauf bien sûr à mon groupe d’anciens ivrognes, mais c’est autre chose), j’ai varié mes positions dans les manifs, tantôt avec des potes (j'en ai quand même quelques-uns) dans le mini-cortège CNT (peu de différence avec le côté plan-plan - ballons - sono hurlante - slogans étiques habituel ; les ballons en moins) ; tantôt là où la houle nous menait avec une collègue musulmane et cédétiste, je me souviens que c'était un des rares jours très chaud et qu'elle n'a pas voulu boire à ma bouteille, je n'ai pas compris tout de suite, carême oblige, mais ça ne l'a pas empêché d'aller jusqu'au bout, fortiche ! (mais rassurez-vous, cette infâmie, l’appartenance à la CFDT, c’est un hasard pour elle, parce qu’elle a été défendue par ce syndicat jaune dans une boîte, et que par reconnaissance elle a adhéré, mais elle est de toutes les grèves, et on est bien les deux seuls dans ce cas dans mon service) ; bises à toi Nora ;


ou bien encore avec les collègues syndiqués d'un pote aïkidoka et CGT-Air France, qui était aux premières lignes lors du sketch de la chemise ; il m’a d’ailleurs expliqué, et je vous en dirai peut-être plus un jour, que ce sketch était un coup monté de la direction, ils en ont les preuves et attaquent avec en justice... on verra le résultat, c'est le pot de terre contre le pot de fer comme d'hab... Bisous Marcel. Et puis dans la manif de tête, ça c’est quand j’étais tout seul mais que, paradoxalement, je me sentais légion, et là, beaucoup d’émotion, de joie, de sentiment de force, nul maux de pieds, pas plus de sentiment de longueur, et bien sûr également coups de stress et d'adrénaline, et larmes.

   Cet été, je pense que cette intensité insurrectionnelle qui va désormais durer et s’amplifier, va se décentraliser, vers Bure, Nantes, et ailleurs, peut-être même Paris et sa région. Mais désormais, vu le pli fasciste qu’à pris la gestion de tout branle-bas de combat révolutionnaire ou simplement de contestation de l’Etat et du capitalisme, nos rendez-vous devront être codés. Internet, les textos, tout ça, c’est lu en temps réel par la DGSI et les autres barbouzes. Nous pouvons dores et déjà abandonner ces technologies désuètes et polluantes, et devons trouver d'autres moyens de nous transmettre les lieux, jours, horaires... de blocage, de charivari, ou autre. C’est pourquoi vous trouverez ci-dessous l'appel à nos prochaines actions, crypté comme on avait dit. Il faut lire entre les lignes, mais je penses que ce sera clair pour tous ceux qui souffrent et veulent jouir, plèbe des ateliers, des bagnes, des cités etc., qui sont venus à la dernière réunion de chiffrage. Surtout les aminches, ne laissez pas trainer la clé de déchiffrement. Et puis comme c'est l'été, un petit jeu* malgré tout : où, chez qui, sur quel média, le directoire secret insurrectionnel a-t-il été chercher ces phrases supports de notre alphabet ésotérique ?


Voici l'appel :

Bains de gros thé pour grains de beauté sans trop de bengué.

L'enfant qui tête est un souffleur de chair chaude et n'aime pas le chou-fleur de serre chaude.

Si je te donne un sou, me donneras-tu une paire de ciseaux ?

On demande des moustiques domestiques (demi-stock) pour la cure d'azote sur la côte d'azur. 

Inceste ou passion de famille, à coups trop tirés.

Esquivons les ecchymoses des esquimaux aux mots exquis.

Avez-vous déjà mis la moëlle de l'épée dans le poêle de l'aimée ?

Parmi nos articles de quincaillerie paresseuse, nous recommandons le robinet qui s'arrête de couler quand on ne l'écoute pas.

L'aspirant habite Javel et moi j'avais l'habite en spirale.

A vous de jouer compagnons ! et on se retrouve sur le terrain !

* Niveau du jeu : facile, voir trop facile, à peine un jeu, à ce point là, comme dans le post précédent. 

La solution, pas ma dernière, mais une récente actu ciné.

vendredi 1 avril 2016

Les Bourgeois, les Consommateurs et nous

« Ainsi, lorsqu’un Français consommateur croise le chemin d’un Français politisé, ce n’est pas tant un ami ou un ennemi qu’il rencontre mais une énigme.


Qui est cet humain qui s’entête à défiler une fois par semaine sous des pluies torrentielles d’eau ou de gaz, alors qu’il a parfois mal au pied (c’est là son talon d’Achille),


s’emmerde des heures durant en AG au lieu de surfer peinard ou de faire ses courses sur internet au chaud au bureau,


distribue des tracts tôt le matin au lieu de dragouiller en terrasse tard le soir


et cotise mois après mois, année après année pour la caisse de grève ou le soutien aux luttes sociales plutôt que d’économiser pour la belle voiture, la belle maison ou la belle tablette ?


Qui est cette créature insensée à qui on a offert l’Economie sur un plateau d’argent mais qui s’obstine à se tourner vers l’égalité sociale et la liberté tel un tournesol que seul le soleil peut subjuguer ?


Cette créature sait quelque chose qui échappe à la Raison travailleuse-consommatrice. »



Texte librement inspiré d'un extrait du dernier (premier ?) livre de Houria Bouteldja.