Barbouzerie et convoitises adolescentes : l'inconnu à forte carrure (bof ! bof ! dans le film ci-dessus, la carrure) démêle l'écheveau avec son flegme et sa bonhomie habituelle. Intérêt touristique : visite de la ville de Liège (Belgique).
- Walter Benjamin.- Sur l'art et la photographie.
Cet ouvrage contient L'Oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, que je lis donc pour la troisième fois (voir Doses précédentes ou chercher à Benjamin), dans une troisième traduction. Il ne me manquera bientôt plus que de le lire dans le texte. Je commence à me familiariser avec l'écriture de Benjamin, dont il me semble en toute humilité que je comprends de mieux en mieux la pensée, même si l'impression de décousu me reste et des interrogations sur la conclusion de la thèse, ce qu'elle veut démontrer. Mais petit à petit des conjectures s'étoffent... par exemple une vision binaire, manichéenne comme la mienne est insuffisante pour saisir le cheminement intellectuel du philosophe, qui est un franc dialecticien marxiste, pour qui le mal (technique, industriel...) se changera en bien, et vice versa, selon ce qu'on et que l'Histoire en fera. J'ai cru déceler également que Benjamin n'est pas critique envers l'URSS, qu'il présente sérieusement comme le contraire antagoniste du capitalisme et du fascisme. Mais quel délice d'intelligence que tous ces petits aperçus sur l'Histoire en général et l'Histoire de l'art, de la photo, du cinéma, de l'architecture... en particulier. Quand à la conclusion de l'ouvrage qui fait irruption comme par précipitation au dernier paragraphe, elle fait du bien et me guérit des fatigants théocrates de l'Art pour l'Art (dont Baudelaire que, comme vous le savez, je fréquent beaucoup en ce moment) : contre l'esthétisation de la politique par le fascisme, politisons notre art !
- Giacomo Casanova.- Mémoires, tome VI.
"La frise qui couronnait les colonnes était composée de petites boucles d'un or pâle d'une extrême finesse, et mes doigts s'évertuaient en vain pour leur donner un autre pli que celui qui leur était naturel."
- Mort d'un soldat loyaliste, photographie du reporter engagé Robert Capa ;
- Mort d'un milicien, image du photographe de guerre antifasciste hongrois Endre Erno Friedmann ;
- La mort d'un travailleur luttant contre le capital sur le front de Cordoba ;
- La mort du militant anarcho-syndicaliste Federico Borrell Garcia, tué le 5 septembre 1936 ;
- L'objet de multiples controverses sur une éventuelle mise en scène, le lieu, la personne... ;
- Une oeuvre d'art ;
- Un objet de spéculation ;
- Un tirage de presse adjugé 75 000 euros à François Pinault, 27ème fortune mondiale et collectionneur d'art, en janvier 2020 dans une salle parisienne de la multinationale de vente aux enchères Southeby's ;
- La propiété d'un ancien grand patron du luxe, connu pour la liquidation féroce de nombreuses entreprises et des licenciements massifs à la clé ;
- Un aide-mémoire pour faire revivre ce moment tragique mais magnifique au cours duquel le peuple en armes sut faire trembler le bourgeois en collectivisant une grande part de l'économie ;
- Une idée et des extraits chipés par un blogueur sans scrupule au journal du reconfinement du syndicat du bâtiment SUB-CNT.
A la lecture de ce livre j'ai reçu un énorme choc. En un éclair j'ai été transporté dix ans en arrière en train d'écouter Mermet ! Plus sérieusement, la lecture de ce pavé écrit dans un style limpide procure à la fois souffrance (les victoires à répétitions de ces ordures de Chicago boys dans le monde entier), et le plaisir d'avancer dans un puzzle : le puzzle de l'histoire du monde à la louche de chouïa avant ma naissance à ma pré-quarantaine, tellement lacunaire dans mon esprit qui durant toutes ces années parfois difficiles n'a pas compris grand chose, des dictatures d'Amérique latine (Chili, Argentine...) à la Bolivie des 80's, de l'Indonésie de Suharto à la Chine de la place Tian'anmen, de la Pologne de Solidarnosc à l'Afrique du sud de Mandela, des vilenies de Thatcher jusqu'à l'oligarchie russe, l'Irak, les tortures de Guantanamo, l'ouragan ultra-libéral (l'auteure explique que le terme de "corporatisme" colle plus exactement à cette idéologie) qui dévasta la Nouvelle-Orléans... j'en passe évidemment. Tout cela vu sous l'angle de la croisade ultra-libérale (corporatiste) initiée par ce petit chancre fondamentaliste de Milton Friedman. Évidemment la charge de madame Klein est très orientée sur la version libérale du capitalisme, et on la sent plutôt indulgente pour tous les avatars du capitalisme d’État, du keynesianisme, de la planification technocratique, du nationalisme de gauche, du développementalisme extractiviste ou de la social-démocratie. Mais ce n'est pas grave, ce bouquin m'a apporté de grandes lumières.
Il faisait partie de ces écrivains que je ne connais pas, mais dont le nom résonne en moi comme du cristal, m'évoquant vaguement de purs ciseleurs littéraires. Il y en a quelques uns, surtout de la deuxième partie du XXème siècle, dont le prénom et le patron me font cet effet. Je crois bien que c'est parce que je les ai entendus prononcer par mon père enfant, adolescent, jeune adulte... Étant plutôt has been en littérature, et indifférent en général envers la littérature pour la littérature - il faut qu'il y ait dans les livres que je lis un ferment faisant gonfler en moi le désir de vivre, donc de changer la vie et de transformer le monde -, je suis plutôt nul en grands écrivains de cette époque, même si la poésie sonore de certains de leurs noms et les réminiscences qu'elles éveillent m'attirent quand même parfois comme le nectaire l'abeille.
Je n'ai pas été déçu ici. Certes, c'est de la Littérature, d'une écriture sculptée au millimètre, travaillée en orfèvre. Les descriptions (surtout de paysages, montagnes, forêts, vallée...) s'enchaînent aux métaphores (souvent maritimes), avec une richesse et une précision de vocabulaire parfois fatigantes pour un autodidacte comme moi. L'argument : c'est la "drôle de guerre", les troupes s'emmerdent dans la Meuse, et le "héros" est muté dans une cabane au-dessus d'un blockhaus avec trois hommes au plus profond d'une forêt profonde de l'Ardenne, près de la frontière belge, comme dans une île déserte, le pied intégral. Et les jours et les saisons se suivent avec, d'abord insidieux, puis obsédant, le sentiment que ça va pas tarder à péter... Ça m'a rappelé, même si ça n'a pas grand chose à voir, ici on pourrait presque penser à une fiction inspirée par des faits autobiographiques alors que l'objet de ma réminiscence est une pure parabole philosophique, au Désert des Tartares de Dino Buzzati... Dans les deux ouvrages, on attend la guerre, on attend l'ennemi, ça devient une obsession, et rien ne se passe... J'ai eu aussi un flash de L'Etranger de Camus, en terminant le roman.
Donc, merci papa. Car en plus j'ai découvert en page intérieur du livre sa signature, et vue la date du livre, il ne devait pas être bien vieux, peut-être vingt-cinq ans de moins que moi aujourd'hui, il ne devait même pas avoir encore contribué à me concevoir...
- Henri Cartier-Bresson / Michel Bakounine.- Un autre futur.
Après ces bonnes feuilles, La Plèbe vous souhaite un bel automne, malgré tous les fachos et les libéraux, et la fin des oiseaux, des insectes et des lombrics.
Vous me direz, c'est désert, c'est mort. Eh bien habituellement ça grouille de monde, il faut zigzaguer pour atteindre la gare. Mais là, non seulement il pleut, mais c'est truffé de bleu marine et de vert de gris, forcément. Tous les petits vendeurs, qui de brochettes (dans ce cas-ci j'annule toutes mes préoccupations végétariennes), qui de maïs grillé (dans ce cas-là je suspends mes réserves anti-OGM), qui des cartes pour appeler le bled, qui des Marlboro (qui doivent bien faire saigner les poumons au bout de quelques paquets, mais dans ce cas précis...)... et puis des clients, des passantes, des tchatchant, des voyageurs... La police fait le ménage : harcèlement de tous ces petits travailleurs, interdiction de leur laborieuse présence, le libéralisme économique, c'est bon pour les Mulliez (30 milliards en 2017, reprenez-moi si je me trompe de quelques centaines de milliers d'euros, ou d'année), mais là non, il y a des règles Monsieur ! Alors, retour aux minimas sociaux, au deal de produits prohibés et dangereux, à la rue et à la manche (tu sais, disait une administrative de la gendarmerie à mon fils qui est toujours très choqué de voir les damnés du métro demander quelques centimes, ils n'en ont pas tous besoin : ah ! bon, ils font ça pour le plaisir alors ! ou alors pour faire du profit et investir en bourse ou dans la résidence secondaire ? et moi qui ai encore filé un euro hier !). Bref, faut pas être assisté, faut pas travailler, faut pas vendre de la drogue, faut pas faire la manche, faut pas être en France, faut pas camper au bord du périf' ou sous le métro, pas s'allonger sur les bancs... Pas facile d'être pauvre ! Et bronzé.
Cet appareil fonctionne vraiment mal, pourtant c'est pas un smartphone, c'est un vrai appareil numérique. La photo met un temps dingue à se déclencher. Du coup, comme je flippe vu l'insécurité de la place (les bleus et verts-de-gris cités plus haut, police, contrôleurs et autres miliciens si c'est pas assez clair), j'ai baissé mes mains pour regarder autour de moi. Voilà le résultat. S'il y a des photographes parmi nos lecteurs, nous sommes preneurs de tout conseil.
Y a un rassemblement prévu mercredi soir je crois, l'affiche a été enlevée, contre la chasse, l'expulsion, la répression de tous ces marchands (quel paradoxe, v'là qu'on défend les marchands !). Les agents de nettoyage on remporté une victoire, pourquoi pas les animateurs de cette charmante place ?
Dans ce canal (après la rambarde au fond, avant les immeubles), le canal Denis, de nombreux algériens furent jetés par les bleus marines (voir ci-dessus), non épurés après la Libération (l'ont-ils été depuis ?), et se noyèrent pour ceux qui n'étaient pas déjà morts, le 17 octobre 1961. A cette époque, c'est la nationalité qui était mise en avant pour motiver la chasse. En 40, c'était plutôt la race, l'ethnicité, les gènes. Quand j'étais minot, c'était la délinquance, les sauvages des cités, c'est à dire les arabes, noirs, voir roms qui eux logeaient plutôt près des décharges, étaient dangereux : qui est-ce qui fout la merde ? me demandait pour preuve une bonne conscience de gauche à l'époque (paix à sa mémoire), sans complexe et sûr de son fait. Remarquez ce critère on peut encore le retrouver, lisez Valeurs actuelles, entre autres.
Je ne parlerai pas de ce qui déclenche le stigmate de nos jours, trop clivant.
En revanche, si l'ami photographe qui nous lit peut me dire pourquoi il y a des fantômes sur cette photo, et plus généralement pourquoi toutes mes photos nocturnes sont mauvaises (celles de journée ne sont pas très bonnes non plus), je suis preneur une fois de plus ; peut-être un paramétrage à faire, je ne comprends rien à ce bidule, à part qu'il faut appuyer sur le bouton qui déclenche la photo.
Un peu plus de temps en ce moment, j'ai donc le loisir de vous annoncer la prochaine émission de jazz :
Jeudi prochain l'émission Jazzlib' recevra le saxophoniste alto Pierrick Pedron pour la sortie de son nouvel album en quartet intitulé "Unknown".
Quelle station ? : Radio libertaire 89,4 FM
1er & 3e jeudis 20:30-22:00
Podcast : en panne
Ecoute en direct sur le site : http://rl.federation-anarchiste.org/ (si pas en panne).
Par ailleurs, mais pas si loin que cela, je suis allé écouter l'un des plus grands pianistes du moment samedi, et ses comparses Diego Imbert et André Ceccarelli ne sont pas à la traîne.
Et un petit coup de Satie, dont on est fan ici également :