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mardi 20 septembre 2022

La dose de Wrobly : fructidor 2022 E.C.

     - Edgar Allan Poe.- Contes - essais - poèmes.
     J'ai lu les Histoires extraordinaires et les Nouvelles histoires extraordinaires plusieurs fois quand j'étais jeune ado. J'en ai de bons souvenirs. C'était des Folio qui traînaient à la maison. Mais du coup j'avais une vision de l'auteur, Poe, conforme à la légende qu'en avait créé, dans ses préfaces, le traducteur, pour pouvoir s'annexer un autre poète maudit, un semblable, un frère. Ce traducteur de la plupart des contes, et qui le reste aujourd'hui dans toutes les rééditions, est bien sûr Charles Baudelaire. En fait, si Poe était peut-être bien alcoolique, en tout cas quelques indices de sa biographie peuvent le laisser penser, il était bien moins destroy que Baudelaire et son premier éditeur américain (de Poe), R. W. Griswold, un vrai salopard qui le détestait et ne cessa de la calomnier, se sont plus à le décrire. "C'est ici la première mention de l'opium à propos de Poe ; c'est la contribution personnelle de Baudelaire au mythe. Car nul chercheur n'a jamais découvert la moindre trace de drogue dans la vie de Poe, si ce n'est cette unique dose de laudanum prise - pour se suicider ou calmer une rage de dents, nul ne le sait. Je dis bien laudanum, inoffensif ingrédient de tant de médicaments au XIXème siècle. L'opiomanie d'Edgar Poe, cautionnée par d'insouciantes thèses de médecine, est née d'un rêve de Baudelaire. La mode a fait le reste." Claude Richard dans l’introduction.
     Je relis donc tous les contes, mais dans leur ordre de parution, et sans la classification baudelairienne en Histoires extraordinaires, Nouvelles histoires extraordinaires, etc. Il y en a plein d'inédits pour moi, car je n'avais pas lu les Histoires grotesques et sérieuses, non plus que les Aventures d'Arthur Gordon Pym. Les traduction restent de Baudelaire. Il y a aussi des poèmes traduits par Mallarmé. D'autres traducteurs interviennent aussi pour les inédits.

     Un régal et des souvenirs en perspective !
René Magritte.- La Reproduction interdite. Sur la cheminée : Les Aventures d'Arthur Gordon Pym

     - Georges Simenon.- La Guinguette à deux sous.
     "Qu'est-ce qui provoqua le tour de clef ? Maigret eût été bien en peine de le dire. Peut-être la mollesse du soir, la petite maison blanche avec ses deux fenêtres lumineuses et le contraste avec cette invasion carnavalesque ?"
     Le déclic provoquant un éveil soudain à la réalité profonde et sensible d'une situation, une fusion avec une ambiance, un peu comme celui qui se produit via l'ingestion de la madeleine de Proust ressuscitant par une telle illumination la connaissance intime et totale, même si fugace, supérieure à celle du simple intellect et des sens, un monde révolu d'affects, ce déclic, donc, Simenon le désigne par la métaphore "tour de clé", ce qui peut résonner bien sinistrement quand ce phénomène se produit dans la vie d'un commissaire de police. Mais au-delà du prétexte flicard des Maigret, et tout en appréciant le petit jeu du Whodunit, c'est avant tout la création d'une atmosphère qui nous fait apprécier ces petits romans. Après, qui était le gus jeté dans le canal Saint-Martin, et qui était son tueur, ça reste quand même un peu anecdotique.

     - Collectif Angles morts .- Vengeance d'Etat - Villiers-le-Bel, des révoltes aux procès.
     Mon livre d'actualité du mois. Hein ? Ça a 25 ans ? Enfin un peu moins, le livre étant sorti quelques années après les révoltes de 2007. Oh ! là ! là ! Comme le temps passe ! Alors un souvenir : à l'époque, en 2007, j'habitais encore Paris intra muros, porte d'Asnières, dans un appartement de la ville de Paris, avec mes deux chats. Puis j'ai rencontré la Dulcinée avec qui je vis encore aujourd'hui et dont j'ai eu un fils. Celle-ci habitait Ecouen, dans le 95, où je vis aussi depuis 24 ans. Observons une carte : Ecouen est limitrophe de Villiers-le-Bel. Plus petit bourgeois, même s'il y a aussi quelques quartiers populaires, ainsi que des zones pavillonnaires à Villiers-le-Bel. Un soir de 2007, nous rentrions chez elle de Paris, on alternait pour se voir chez l'un ou chez l'autre. J'avais suivi de loin l'actualité comme d'habitude, et j'étais peut-être moins politisé à ce moment d'une nouvelle rencontre qui allait peut-être mettre fin à mes 20 ans de célibat depuis ma majorité. Et puis depuis 10 ans j'avais aussi un peu décroché des préoccupations révolutionnaires frustrées pour sauver ma peau en apprenant à mettre un pas devant l'autre dans la vie sans faire usage d'alcool. C'était la nuit, je me suis trompé de chemin je crois et voilà-t-y pas qu'on se retrouve face à des insurgés en plein milieu de la route ! "Merde !" m'exclamai-je en me remémorant les homicides policiers et la révolte consécutive, il ne manquerait plus qu'ils nous prennent pour des flics, ou qu'en colère ils ne fassent pas la différence, nous retournant la bagnole et y foutant le feu. Ce serait vraiment trop con, sur un malentendu, de se retrouver dans une fâcheuse situation. Bon, j'ai un peu flippé mais finalement il n'y a pas eu de problème, j'ai fait demi tour et on a retrouvé le chemin d'Ecouen. Mais j'avais rencontré l'Histoire, sans le faire exprès, comme Fabrice à Waterloo !
     Ce livre raconte les révoltes consécutives à la mort des deux jeunes percutés par un voiture de police, et aussi et surtout la féroce répression qui s'en est suivie, avec témoins sous X rémunérés pour pouvoir emmurer sans aucune preuve de jeunes insoumis des cités beauvillésoises.

     - Me Jacques Bonzon.- L'Internationale financière II : l'Asie.- 1922.
      "Ainsi notre seconde étape nous a menés jusqu'aux terres jadis fabuleuses, au Fleuve Jaune, où sont les cormorans. Mais la Finance qu'elle nous a montrée, offre-t-elle des traits nouveaux ?
     N'est-ce pas déjà celle que nous avions vue en Europe ? Partout la même avidité, la même imprudence, la même inconscience. En détroussant les peuples, elle les exaspère. Et l'entrechoc des ces peuples, c'est son œuvre. Peu lui importe si l'une des ses Banques est gérée par des fripons, que leur écharpe sénatoriale assure de l'impunité. La Finance exploite l'idéalisme, et ce nom de Patrie qu'elle prétend vénérer : à la France de payer les friponneries de ses Financiers et de ses Parlementaires.

     Cependant le nuage des haines exaspérées s'étend sur le Monde."


     De Me Jacques Bonzon j'avais lu Les Emprunts russes, deux fois, le 13 décembre 2009 et le 22 septembre 2011. Un auteur dont les essais sont précieux pour comprendre les grands enjeux de notre société et les tourmentes de notre monde contemporain.

     - Gaston-Martin.- Marat, l'ami et l'oeil du peuple.- Rieder, 1938.
Mort de Marat : version A.


Mort de Marat : version B.

     Indignation, union sacrée et résistance de la classe politique face à l'entrée des radicalisés de la NUPES au palais Bourbon, un précédent historique :
     L’élection de Jean-Paul Marat prit, tout de suite, les proportions d'un scandale. Ceux qui allaient être appelés à siéger dans la même Assemblée se sentirent déshonorés de ce voisinage. Ils étaient tous, même les plus avancés, des bourgeois d'allure et de formation et des parlementaires d'inclination chez qui le souvenir des séances royales, vieux tout juste de trois ans et demi, maintenait une tradition de correction et de discipline. Prêts à s'entre déchirer, ils entendaient ne s'envoyer à la mort qu'en des harangues académiques. Marat, lui, c'était la rue ! Personne ne semble plus se souvenir qu'il fut naguère un médecin notoire, un candidat à l'Académie des Sciences, aussi mondain que beaucoup d’autres. Il vit désormais comme un rustre, il en a pris les allures et le débraillé qu'un peu de démagogie lui fait peut-être exagérer à dessein ; sa violence continue déferle en invectives sur les gens et les institutions. On ne fraie pas avec un homme pareil. Sa présence même attente à la majesté de la loi qui se se substitue d'office - et quasi dans les mêmes formes - à celle du souverain détrôné.
     Même la députation parisienne, dont certains soutinrent sa candidature pour les besoins de leur propre campagne électorale, tient en suspicion ce réprouvé. Son manque de tenue répugne à Robespierre. Danton en redoute la clairvoyance et la probité aux violences populacières ! Avant qu'il n'ai siégé, la presse de droite et du centre en demande l'invalidation au nom de l'ordre public. Il lui répond avec sa coutumière fureur ; dénonce les traîtres qu'un mode inepte de scrutin a envoyé à la Convention nationale ; s'indigne que le Manège ait été choisi comme salle, avec ses tribunes étroites, à peine capables de contenir 300 auditeurs, quand il en aurait fallu des milliers, prêts à "lapider" les mandataires infidèles !


     Ça fait rêver ! On est content d'en connaître un peu plus sur Marat, qui nous est plutôt sympathique (Babeuf le considérait comme un authentique révolutionnaire, ami de la liberté et de l'égalité, et surtout Michel Onfray lui a craché dessus un livre de son venin falsificateur et haineux, que je n'ai pas lu), même si le gus est un peu violent (on ne cautionne pas les lynchages, ni les exécutions sommaires de prisonniers, ni même la peine de mort en général - sauf peut-être pour certains généraux - que ses écrits irascibles auraient provoqués...), mais l'on n'a pas lu non l'Ami du peuple pour savoir si Jean-Paul a réellement appelé aux massacres de septembre 1992, où aristocrates, simples suspects de traîtrise comme prisonniers de droits communs (souteneurs, prostituées, faux monnayeurs...) ont été exterminés par la foule...
     A noter que ce livre est édité aux éditions Rieder, où officiait Marcel Martinet, et qui ont publié notamment Madeleine Vivan, Tristan Rémy, Lucien Bourgeois et Panaït Istrati !

jeudi 4 mars 2021

La dose de Wrobly : pluviôse 2021 EC

- Georges Simenon.- La Danseuse du Gai-Moulin.


   Barbouzerie et convoitises adolescentes : l'inconnu à forte carrure (bof ! bof ! dans le film ci-dessus, la carrure) démêle l'écheveau avec son flegme et sa bonhomie habituelle. Intérêt touristique : visite de la ville de Liège (Belgique). 

- Walter Benjamin.- Sur l'art et la photographie.
   Cet ouvrage contient L'Oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, que je lis donc pour la troisième fois (voir Doses précédentes ou chercher à Benjamin), dans une troisième traduction. Il ne me manquera bientôt plus que de le lire dans le texte. Je commence à me familiariser avec l'écriture de Benjamin, dont il me semble en toute humilité que je comprends de mieux en mieux la pensée, même si l'impression de décousu me reste et des interrogations sur la conclusion de la thèse, ce qu'elle veut démontrer. Mais petit à petit des conjectures s'étoffent... par exemple une vision binaire, manichéenne comme la mienne est insuffisante pour saisir le cheminement intellectuel du philosophe, qui est un franc dialecticien marxiste, pour qui le mal (technique, industriel...) se changera en bien, et vice versa, selon ce qu'on et que l'Histoire en fera. J'ai cru déceler également que Benjamin n'est pas critique envers l'URSS, qu'il présente sérieusement comme le contraire antagoniste du capitalisme et du fascisme. Mais quel délice d'intelligence que tous ces petits aperçus sur l'Histoire en général et l'Histoire de l'art, de la photo, du cinéma, de l'architecture... en particulier. Quand à la conclusion de l'ouvrage qui fait irruption comme par précipitation au dernier paragraphe, elle fait du bien et me guérit des fatigants théocrates de l'Art pour l'Art (dont Baudelaire que, comme vous le savez, je fréquent beaucoup en ce moment) : contre l'esthétisation de la politique par le fascisme, politisons notre art !


- Giacomo Casanova.- Mémoires, tome VI.
"La frise qui couronnait les colonnes était composée de petites boucles d'un or pâle d'une extrême finesse, et mes doigts s'évertuaient en vain pour leur donner un autre pli que celui qui leur était naturel."

vendredi 20 novembre 2020

La dose de Wrobly : brumaire 2020 EC

- Célestin Freinet.- Pour l'école du peuple.
INVARIANT n° 4 :
Nul - l'enfant pas plus que l'adulte - n'aime être commandé d'autorité.
[...]
INVARIANT n° 6 :
(découlant des précédents)
Nul n'aime se voir contraint à faire un certain travail, même si ce travail ne lui déplaît pas particulièrement. C'est la contrainte qui est paralysante.

- Georges Simenon.- Au rendez-vous des Terre-Neuvas.
   Seulement Maigret avait hâte d'être ailleurs ! Et il y avait ce nez ! Et une certaine emphase de petit-bourgeois qui s'écoute parler. [...] On sentait trop la boutique de Quimper, les discussions ayant précédé le départ, les cancans des voisins.[...] Et Maigret, en la regardant, l'imaginait telle qu'elle serait dix ans plus tard, avec les mêmes traits que son père, un air un peu sévère, bien fait pour en imposer aux clients du magasin. [...] Il aperçut sur son seuil un marchand de cordages. C'était un homme jeune encore, très grand, qui commençait à prendre du ventre. [...] Et l'homme [...] ne reconnut pas Maigret qui, d'ailleurs, hâta le pas, détourna la tête et esquissa une drôle de moue.

   Un chouette polar, dans la continuité de mon intégrale Maigret, bien glauque, qui pourtant se déroule en juin dans une station balnéaire, Fécamp (c'était avant que les centrales nucléaires envahissent la Normandie, interdisant par là toute tentation romantique associée à cette belle mais condamnée région). Une critique : la femme fatale, prostituée, est trop caricaturale, l'auteur insiste trop sur sa vulgarité, sa gouaille, son toupet, un peu à la Arletty. Du coup je ne suis pas du tout parvenu à l'imaginer et à la ressentir comme femme fatale, vénéneuse, ensorcelant et rendant quasi fous deux ou trois bonshommes de la fiction.
- Marcel Aymé.- Vagabondages.
   Marcel Aymé (avec les défauts que nous lui connaissons et ses amitiés nauséabondes) avait pourtant découvert très en avance pourquoi la France du COVID 19 se révélait la féconde matrice d'une certaine catégorie de rebelles que nous vomissons ici - un nom à la mode revient souvent chez les critiques révolutionnaires libertaires-égalitaires (mon parti de coeur et d'esprit même si, malheureusement, fort peu d'action), et je le cite pour paraître à la page même si je ne sais pas c'est qui et ne l'ai jamais entendu beugler : Ivan Rioufol, par exemple. Mais il y en a d'autres. Voici leur motivation essentielle : 

Il était pour [...] le respect des libertés qui permettent aux personnes fortunées de jouir tranquillement de leurs biens et prérogatives. (Article Aristophane). 

   Pour finir confessons que tout cela est du réchauffé, j'ai déjà lu la plupart de ces articles. Mais je me suis juré de râcler les fonds de tiroirs de ma bibliothèque de près d'attache concernant Marcel, je le fais donc, fidèle en cela à ma maniaquerie légendaire. 
 
 - Choderlos de Laclos.- Poésies.
   Le poème dont vous trouverez un extrait ci-dessous, irrita la comtesse Du Barry (Jeanne Bécu, la dernière favorite du roi Louis XV de 1768 à 1774, guillotinée le 8 décembre 1793 à Paris) car elle se sentait visée (voir la fin du morceau choisi). Mais l'épitre dans son ensemble est un éloge des amours roturières (Brassens n'est pas loin), ou, pour être honnête, plutôt ancillaires, ou prostituaires... : de nos jours nous devons réviser le lecture de nos écrivains libertins favoris à l'aune de la prise de conscience qu'apporte le féminisme, "Balance ton porc", l'exposition des violences de genre et autres féminicides, la critique du système prostitutionnel... et c'est une très bonne chose. Mais parfois j'aime à rêver, moi qui n'ai plus aucune activité de ce type, que ces amours furent parfois partagées, respectueuses de chacun(e)s, librement désirées sans arrière pensée d'obéissance, de survie, de protection... 

Mais Margot a de si beaux yeux
Qu'un seul de ses regards vaut mieux
Que fortune, esprit et naissance.

[...]
Non, l'aimable enfant de Cythère
Craint peu de se mésallier :
Souvent pour l'amoureux mystère,
Ce Dieu, dans ces goûts roturiers,
Donne le pas à la Bergère,
En dépit des seize quartiers.
Eh ! qui sait ce qu'à ma maîtresse...
Garde l'avenir incertain ?
Laissez la devenir catin
Et bientôt son heureuse adresse
Saura corriger le Destin.




NECROLOGIE
 
Discret hommages à deux écrivains plutôt chers à ce blog et morts récemment. Comme d'habitude, ne lisant que des mensuels sur arbres morts, et ne sacrifiant pas aux chaînes en continu et sites d'info et d'intox de l'oligarchie, je suis un peu en retard. Une des particularités de ces deux écrivains est que je n'ai rien lu d'eux, mais j'en ai chié entendu parler.

- Michel Ragon : 24 juin 1924, Marseille - 14 février 2020, Suresnes.
A priori, comme pour notre ami Jimmy Gladiator, les ratichons ont confisqués et se sont attribués son cadavre, puisqu'on l'enterra à l'église Sainte Eustache à Paris.

- David Graeber : 12 février 1961, New York - 2 septembre 2020, Venise.

vendredi 10 mai 2019

La dose de Wrobly : germinal 2019 EC

Georges Simenon.- Un crime en Hollande.


   Bon, c'était le dernier du volume. Plus qu'à se procurer le tome 2, cette manie de se faire des séries ! Assez infantile.

Pearl Buck.- Les Fils de Wang Lung.

   Nous sommes en mesure de vous le confirmer, la vague de sabotages de la belle réussite des premiers de cordée de la start-up France sévissant actuellement, est pilotée depuis la Chine.

"Il arriva durant le mois suivant une chose telle que Wang le Tigre dans sa présomption ne l'aurait pas crue vraie si on la lui avait racontée. La fièvre de la guerre se répandit dans toute la région [...]. Dans cette fièvre, de petits souffles guerriers naissaient de toutes parts, et les hommes qui étaient oisifs et sans travail ou ceux qui ne voulaient pas travailler et les amoureux de l'aventure et les fils qui n'aimaient pas leurs parents et les joueurs qui avaient perdu au jeu et tous les mécontents profitèrent du moment pour se révéler et faire une démonstration quelconque.
   Dans cette région même où Wang le Tigre exerçait maintenant l'autorité au nom du vieux préfet, ces révoltés se réunirent en bandes et ils se donnèrent le nom de Turbans Jaunes, parce qu'ils portaient des lambeaux de jaune autour de leurs têtes, et ils commencèrent à piller le pays. Au début, ils le firent de façon mesquine et timide, montrant des mines [...] farouches et élevant des voix [...] hautes et [...] querelleuses.
   Mais ces Turbans Jaunes s'enhardirent à mesure que leur nombre croissait [...]."




Christine Brunet.- Dégâts collatéraux.
   Ce livre en est un de la passion d'écrire et de publier française. Acheté dans un petit salon provincial du polar local, il est aujourd'hui retourné à ses origines via le réseau international : il a été déposé dans une poubelle de la gare de Nikko, Japon, le 27 avril 2019. Sans regret, et ça allégeait le sac.

vendredi 20 avril 2018

La dose de Wrobly : germinal 2018 EC


- Agatha Christie.- La Mystérieuse affaire de Styles.

   Qui a empoisonné la vieille ? Son tout premier. Vous devinez ? Eh ! oui ! Je vais me refaire la série tranquillou.

- Georges Simenon.- La Nuit du carrefour.

   Qui a buté le diamantaire d'Anvers et l'a foutu au volant de la bagnole de luxe de l'agent d'assurance, avant de garer celle-ci dans le garage du purotin danois ? Pour ma part la série continue doucement mais sûrement.


- J. M. Rymer.- Sweeney Todd : le diabolique barbier de Fleet street.

   Que deviennent les clients du barbier ? Quel est le secret culinaire des ineffables tourtes de mrs Lovett ? J'ai emprunté le DVD du film de Tim Burton à la bibli, c'est pour bientôt... [Note du lendemain : belles images, c'est un musical, on retrouve Rogue, Queudever et Bellatrix ; et des personnages et des actions du roman, mais l'histoire, les biographies et les psychologies ont peu de choses à voir avec).

- Pierre Autin-Grenier.- L'Eternité est inutile.

   Comme se le demandait Lénine, qui aurait mieux fait de faire la tournée des bistros comme notre auteur et de laisser les révolutionnaires faire la révolution : que faire des ses journées quand on est un glandeur authentique ?

- Michel Bakounine.- Le Socialisme libertaire.

   L'Essentiel de l'oeuvre de Bakounine en tant que militant et propagandiste de l'Association Internationale des Travailleurs, en 1868-1869. Il n'y aura bientôt plus que ses œuvres du temps de l'école maternelle dont je n'aurais pas encore joui.



vendredi 20 janvier 2017

La dose de Wrobly : nivôse 2016-2017 ère commune


   - Amoros Miguel.- Les Situationnistes et l'anarchie. Quand je suis monté à la capitale après mon bachot, un peu plus de dix-neuf ans après la révolution manquée qui faillit renverser l'histoire, je m'étonnai auprès des mes aînés, de l'absence des anarchistes en mai 68, malgré l'esprit libertaire soufflant sur les évènements et les drapeaux noirs flottant dans les manifs et sur les barricades. Ils m'expliquèrent qu'à l'époque, comme la troisième république avait ses "Jules", l'anarchisme officiel était sous la coupe d'un triumvir de "Maurice", dont l'individu dominant émargeait avec conviction à un syndicat jaune dont il était le chauffeur du secrétaire général. Ce triumvir et ses troupes, propriétaires de l'Association pour l'étude, etc., elle même propriétaire de la F.A., pour ne pas la citer, et de ses oeuvres, s'occupaient essentiellement à préserver leurs possessions du complot marxiste qu'ils voyaient partout, et que représentait notamment toute tentative d'actualiser la critique et de tremper la théorie anarchiste dans l'insurrection qui venait. Bref, ils se repliaient sur eux-mêmes, refusaient toute nouveauté et se préservaient ainsi de tout ce bazar révolutionnaire. Je cite de mémoire, je n'ai pas vécu cela, je n'étais par né. Le livre montre qu'à côté de cela de nombreux dissidents, de l'intérieur et de l'extérieur, et des groupes actifs, existaient (Groupe libertaire de Ménilmontant, Makhno de Rennes, Sysiphe, GAR, Nanterre, l'Internationale Anarchiste...), et qu'ils se sont plus ou moins rapprochés de l'I.S.. On y retrouve aussi des personnages bien barrés et sympatoches (enfin, vu de loin et rétrospectivement en tout cas), comme Jacques Le Glou. Cet ouvrage de Miguel Amoros est passionnant, parce qu'il répond à mes questions (il serait temps), en confirmant ce que mes vieux amis perdus de vue ou morts me disaient, et en approfondissant la question. Cependant il ne se contente pas de critiquer une certaine fossilisation du mouvement, mais, anarchiste lui même, il démontre que les critiques de Debord et des situs (par exemple l'équation anarchisme = idéologie, que je ne comprenais pas bien quand je lisais l'I.S., et qui me désolait, moi qui me sentais anar, équation vérifiée par la tendance conservatrice évoquée plus haut, mais qui est loin de résumer l'épopée libertaire dans sa totalité - par ailleurs l'auteur définit clairement et à plusieurs reprise le terme "idéologie" quand il est sous la plume de Marx, puis de Debord, ce qui est bienvenu pour quelqu'un de limité comme bibi, ne faisant pas partie de l'avant garde) - que les critiques de Debord et des situs, donc, étaient schématiques, parcellaires et parfois fausses.

   Extraits, dans le désordre :


"Toutefois, le pire de tout n'était pas la bureaucratisation pseudo-libertaire, mais les conditions dans lesquelles celle-ci se développait, comme devait l'expliquer plus tard Debord à un scissionniste : " Si, pour vous, le côté inacceptable de la F.A. c'était surtout ou uniquement des propriétaires qui la dominaient légalement - on sait bien que la scission n'a rien reproduit de pareil -, pour nous c'était surtout le confusionnisme, le mélange des inconciliables, le manque de rigueur intellectuelle et même d'honnêteté dans l'information..."

 [...]

Les trois sous idéologies soeurs définissaient plus qu'un mouvement, un milieu ou se perdaient les méthodes révolutionnaires, l'ennemi de classe et l'histoire elle-même.
   "
Toute la tactique de ce mouvement devenu milieu tient à se faire une place au soleil de la "culture". Et Camus et Brassens collaborent avec les fantômes de Barcelone et de Cronstadt. L'anarchisme obtient ainsi une position respectable dans les souvenirs du vieux monde. Tout est récupéré, sauf Ravachol qu'on a relégué au grand-guignol. Ainsi être anarchiste, c'est aller à l'école. Les maîtres ne manquent pas, la fin de l'anarchie ne serait plus que la reconnaissance de l'autorité de ses souvenirs. Milieu veut dire aussi absence des extrêmes, absence tout court. Le milieu anarchiste n'a pas d'histoire, c'est le clos et le statique. Il se nourrit de lui-même". (Brochure Prolégomènes à un premier manifeste pour une Internationale anarchiste, Groupe libertaire de Ménilmontant, mais 1967.) [...]


A d'autres moments et dans d'autres lieux où la situation révolutionnaire voyait le retour des idées de l'anarchisme pratique, il n'y eut pas de "doctrine", mais une théorie de la révolution : à Morelos avec le mouvement libertaire de Zapata, dans le sud de l'Ukraine avec les soviets paysans et la Makhnovchtchina, ou dans la guerre révolutionnaire espagnole avec les milices et les collectivités. Le mouvement n'a pas été vaincu par ses carences théoriques ni par ses tactiques fantaisistes, mais par la force des armes. Une plus grande lucidité stratégique n'aurait pas modifié ce résultat.

   La thèse 93 déclare que les anarchistes
[...] - voir La Société du spectacle de Guy Debord (note du blogueur) -. Si Debord se référait à l'exemple de l'exil espagnol, à celui de l'anarchisme "légaliste" de 1890-1910 dénoncé par Darien et démoli par Libertad, ou au plus récent de la F.A., il avait raison ; mais pas dans tous les autres cas. L'équation "anarchisme égale idéologie" est fausse. N'oublions pas ce que " la partie non vaincue du mouvement vaincu" sur le plan théorique doit à l'anarchisme et l'importance pour la révolution des grandes vérités exprimées au bon moment, non par des idéologues médiocres, mais par de rudes orateurs, comme Durruti, Maroto, Makhno. Assimiler la critique de l'anarchisme à une critique de l'idéologie revient à privilégier le rôle des idéologues par rapport à tout autre facteur historique. Tant qu'un mouvement anarchiste socialement engagé a existé, les idéologues n'ont jamais formé un pouvoir séparé. De plus, nous pourrions difficilement qualifier d'idéologues des penseurs ou des propagandistes comme Anselmo Lorenzo, Ricardo Flores Magon, Rudolf Rocker, Alexander Berkman ou Gustav Landauer. [...]


En effet, la jeunesse, naguère largement identifiée à la subversion prolétarienne, a cessé d'exprimer la radicalité dès lors que, la course de vitesse entre le pouvoir et les révolutionnaires pour un usage émancipateur des nouvelles techniques ayant été définitivement perdue par ces derniers, elle a cru trouver réponse à son mal de vivre, du moins dans son expression de masse, dans les prothèses offertes par la technologie, affublant d'un masque juvénile la misère humaine de tous. George Orwell a écrit, avec sa lucidité coutumière : "Confrontées à un choix entre le servage et l'insécurité économique, les masses, dans tous les pays, choisiraient sans doute carrément le servage, en tout ca si on lui attribuait un autre nom" ("La révolte intellectuelle", Ecrits politiques (1928-1949), éditions Agone). Pour adapter cette réflexion à notre époque, cet "autre nom" est tout trouvé : on hésitera seulement entre "technologie", "développement" et "progrès", selon que l'on mettra l'accent sur la cause, l'effet ou le processus, ou encore sur l'idéologie. Disons que le progressisme est bien la croyance dominante dans un monde sans progrès humain, le soupir "sursocialisé" de la créature opprimée..." (Préface).

   Je précise que j'ai acheté ce livre à Publico, où je suis toujours accueilli très sympathiquement par Laurent, que je remercie encore.


   - Bakounine Michel.- La Liberté. Après ce retour sur un temps pas si ancien même si les moins de 55 ans... etc., un petit coup de grands anciens. Une compil' (j'ai l'impression qu'on dit medley quand on est progressiste, aujourd'hui...). C'est toujours bon de le lire, même si on n'est pas toujours d'accord (sont côté hégélien, par exemple, et puis 150 ans ont passé). Le petit plus de ce livre : le préfacier développe la thèse que Bakounine est marxiste (de fait, il est hégélien, bon, jusque là, on tique, mais on veut bien concéder ce point de vue...), puis qu'il est un précurseur de Lénine et de Mao, sanctifiés soient leurs noms majestueux ! Et cette thèse a pour but de réhabiliter le colosse russe migrant, trop méconnu et incompris à l'époque. En 1965. Merveilleuses années 60 !

   - Simenon Georges.- Le Chien jaune. Dialectique oblige, qui dit anarchie, dit flics. Commissaire en l'occurrence, le Maigret d’antan, d’une morale personnelle ronronnante de petit-bourgeois pantouflard. Troisième lecture de celui-ci, non qu'il m'ait particulièrement plu, les hasards des bouquins qui me tombent sous les mains, je ne me rappelle d'ailleurs jamais d'une lecture sur l'autre du dénouement. L'ambiance, comme d'habitude, est le point fort. Et puis je connais un peu Concarneau, arpenté quelques fois. En 1932, à l'époque du roman, les rues n'étaient même pas pavées, c'était de la terre, donc de la boue. Comme le temps passe !