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jeudi 24 mai 2018

La dose de Wrobly : floréal 2018 EC


- Bossu.- Petite histoire de la Libre Pensée en France.

   Nos quarante-huitards libre-penseurs n'étaient peut-être pas tous athées, mais leurs conceptions déistes ou leurs visions d'un Jésus sans-culotte avaient parfois une saveur plus piquante que le catéchisme des béni-oui-oui de l'athéisme. Et étaient souvent tout autant sacrilège : subvertir, détourner le dogme, ou attribuer à la doctrine un sens originel que les pouvoir religieux auraient eux-mêmes détourné pour écraser la plèbe sous leur botte me semble aussi choquant, pour un adepte des sectes liberticides, et plus imaginatif et poétique, que la simple injonction à la négation. Cela dit je suis athée. Mais je n'ai aucun mérite, c'est l'éducation que m'ont donnée mes parents. Et je dois avouer également que l’Être suprême de Maximilien jamais n'éveilla en moi ne serait-ce que les prémices d'un début d'érection.
   Malheureusement il manque pas mal de pages à cette intéressante brochure.


- Gracchus Babeuf.- Le Manifeste des égaux.

   Un de mes préférés, qui a payé cher sa haine de l'oppression et de la misère, son amitié pour l'humanité souffrante, sa passion pour l'égalité sociale réelle et son besoin de faire quelque chose, mordicus, vaille que vaille, malgré réactions et résignations, pour l'émancipation.

Gracchus était pourtant tout l'inverse d'un premier de cordée, il était pour que tous trouvent leur place au banquet de la vie.

- Juan Pablo Escobar.- Pablo Escobar, mon père.

   Un chic type finalement. Plutôt le cœur à gauche. Bon, c'est sûr, fallait pas venir le faire chier. Mais il aimait bien fumer du politicien ou du juge à l'occasion, ça nous manque un peu de nos jours...


- Charles Baudelaire.- Œuvres complètes, suite.

   On continue, avec des œuvres de jeunesse, La Fanfarlo, nouvelle ironique, par exemple, qu'il n'a plus jamais ré-évoquée après la parution des Fleurs ; et puis ces Maximes consolantes sur l'amour, pastiche du De l'amour de Stendhal, qu'il dédie à sa belle sœur, femme de celui qui contribua activement à le mettre sous tutelle financière toute sa vie ; maximes qui prêchent à cette femme, bien sous tous rapports, qu'il est délicieux d'aimer des femmes laides, physiquement et moralement vicieuses, infidèles, vérolées, malades, maigres, bêtes, incultes, consanguines, voir même dévotes !..., de manière très animale si possible. Charles finit par faire entendre à la femme de son demi-frère qu'il l'aime beaucoup.


   Pour boucler la boucle un peu de théâtre du même auteur, extrait qu'un libre penseur facétieux n'eût pas renié :

LE MARQUIS
[...]
Parbleu ! voilà, je pense, un bon Vénitien.
Serait-ce du Giorgione ?

IDÉOLUS
Non, c'est un Titien.

LE MARQUIS
Certes je les préfère à l'école romaine.
Leur coloris l'emporte.

IDÉOLUS
Ô pauvre gloire humaine !

LE MARQUIS
Michel-Ange est fort beau : son Jugement Dernier
Pour chasser un démon vaut mieux qu'un bénitier.

SOCRATÈS
Ce tableau, Monseigneur, comme au temps des agapes,
A fait jeûner un moine et converti trois papes.

LE MARQUIS
Toujours rude bouffon !

FORNIQUETTE
Vous ne croyez donc pas ?

SOCRATÈS
A vos beaux yeux, Madame, ainsi qu'à ce compas.

IDÉOLUS, à part.
Amour, impiété, tête de fou, de sage,
Vides toutes les deux.

FORNIQUETTE, à Idéolus.
Vous boudez

IDÉOLUS
Non.

FORNIQUETTE
Je gage
Que de ce qu'ils ont dit vous êtes attristé.
Tenter ainsi le diable et de franche gaîté !

IDÉOLUS
Vous achetez beaucoup de fleurs à la Madone ?

FORNIQUETTE
Vous aussi vous raillez ! La Vierge vous pardonne !
On songe à son salut... A propos, cette nuit, [...].

Titien.- La Vénus d'Urbin, 1538, Musée des Offices, Florence.

vendredi 30 octobre 2015

De la chemise III - J'ai moins peur III

[…] une information a une durée de vie de 2 ou 3 jours maximum. Parce que, comme tous les produits d’une société consumériste, il faut renouveler. Comme l’iphone, comme les fringues… les informations ont des durées de vie de plus en plus courtes, et doivent être produites en flux tendu.
Gilles Balbastre in Le Monde libertaire hors série n°62 octobre-novembre 2015.

D’habitude, en matière de vêtements, je suis plutôt porté sur les jeans et les tee-shirt, mais c’était un boulot, donc c’était leur temps et pas le mien. Par ailleurs, j’avais pris un peu de retard sur ma lessive, et je crois que mes jeans auraient sauté dans le métro et couru m’attendre sur place sans me laisser la moindre chance de les enfiler. J’ai attrapé un Armani croisé bleu foncé dans ma penderie – j’en ai reçu plusieurs d’un client en guise de paiement -, trouvé les chaussures, la cravate et la chemise idoines et, en moins de temps qu’il n’en faut pour dire «classe», j’étais beau à croquer.

Dennis Lehane.- Un dernier verre avant la guerre.


Vous reconnoîtriez que chaque masure, chaque grenier, est maintenant un club. Portez donc l’inquisition dans ces innombrables asyles : vous ne trouverez jamais assez de mouchards et c’est cependant faire la besogne à demi que de n’en aposter que toutes les décades dans les assemblées générales des Sections. Quelle petite capture que celle récemment faite par vos alguazils de deux patriotes, Camelin et Petit, au sortir de l’assemblée des Gravilliers. Quelles demi-mesures que vos bandes assassines qui vont insulter les patriotes dans tous les cafés ! Est-ce là un terrorisme parfait ? Non. Répandez-vous dans les sociétés particulières ; placez un espion près de la cheminée de chaque père de famille, vous vous assurerez bien d’autres exploits. Vous entendrez partout proférer ces paroles du décalogue démocratique : le gouvernement viole les droits du peuple.

Et toutes ces bonnes gens de sans-culottes que vous méprisez tant, que vous ne cessez de taxer de crasse ignorance me paraissent n’être pas tous ignorants, quand tous ils connaissent bien ces mots par cœur et quand je vois qu’ils ont tout aussi bien retenu les autres qui les suivent, c’est-à-dire ceux du plus indispensable des devoirs

Gracchus Babeuf


Le 05 octobre dernier, le comité extraordinaire d'entreprise d'Air France, par la voix des dirigeants de la compagnie, annonçait un plan social de suppression de 2900 postes dont 1700 chez le personnel non navigant (c'est à dire au sol). Air France génère 24,91 milliards de chiffres d'affaires annuellement. La compagnie cotée en bourse a reçu en 2013, 66 millions d'euros d'aide de l'Etat, rajoutant à l'injustice de sa politique de mise au chômage d'une partie de ses travailleur.se.s. Face à cette attaque les salarié.e.s. et leurs organisations syndicales ont réagi.
Cinq d'entre eux/elles ont été interpellés chez eux à 6 h du matin lors d'une opération particulièrement médiatisée. Ils seront jugés le 2 décembre 2015 au tribunal de Bobigny par une justice au service d'une volonté politique et patronale de briser leur résistance.



LAW FOR THE RICH

Fuck with you fuck with me
They thing we fade away
Tory law nazi law its just the fucking same
There's a law for the rich
A law for people like you and me
There's a law for the rich
A law for people like you and me
Fuck the criminal justice bill
Shove it up your ass
Crimes on the increase
They blame the working class
There's a law for the rich
A law for people like you and me
There's a law for the rich
A law for people like you and me
Corruption in the government
Corruption in the crown
No justice in a system
That's there to put you down

                              Exploited

lundi 26 octobre 2015

De la chemise II


Le proverbe qui dit qu'en France tout finit par des chansons est une ânerie, comme la plupart des proverbes. Au temps où il avait cours, les chansons empêchaient, au contraire, l'oubli de se faire trop vite sur une affaire scandaleuse. La presse n'osait pas étouffer un scandale avec une discrétion trop précipitée alors que le public en avait encore les échos en écoutant les chanteurs de rues ; les consciences mal assurées sentaient une certaine résistance, d'ailleurs illusoire, chez les naïfs qui reprenaient au refrain et la tentation de les plumer était moins pressante. Le fait est qu'à l'époque où on chantai encore, les grands krachs étaient plus espacés qu'aujourd'hui. Ainsi, la chanson, en dépit d'une injuste réputation de légèreté fut-elle comme l'auxiliaire de la vertu.
Marcel Aymé, l'intégralité de l'article lisible ici.

On voit de toutes petites choses qui luisent, ce sont des gens dans des chemises.

Je l'plains de tout mon cour, pauvre enfant, s'il l'a mise, vu que, d'un homme heureux, c'était loin d'êtr' la ch'mise.

Je vois sans chemise, sans habit, sans souliers presque tous ceux qui font pousser le lin et le chanvre, presque tous ceux qui mettent en état d’être employés soit les matières textiles, soit la laine ou la soie, presque tous ceux qui les filent, qui font la toile et les étoffes, qui donnent la préparation aux cuirs, qui confectionnent les chaussures.
Gracchus Babeuf.

On consultera avec profit les conseils vestimentaires de Xavier Mathieu à ce sujet.

jeudi 21 mai 2015

Jouons un peu avec le socialisme

« A une époque où le socialisme existe et progresse rapidement sur un tiers du globe, à un instant de l’histoire où l’aspiration à la société sans classe s’étend dans le reste du monde, l’on ne peut s’étonner des succès de prestige d’un précurseur de la transformation révolutionnaire de la société, auquel nous devons partie de nos rêves, de nos luttes, de nos formulations. […] »

De Thierry Mandon à propos de François Hollande ? C’est vrai que mardi 19 mai il n’y avait pas classe… Ca fait pas trop rêver… Mais non, le socialisme dont parle cette introduction à des textes du « précurseur » en question est celui de Brejnev, ses bureaucrates, ses généraux, ses flics, ses bagnes, son industrie militaire, son programme spatial, son industrie lourde qui bouffe les doigts à l’acide et casse les corps, sa hiérarchie, sa discipline comme chez l’ennemi capitaliste, mais soyons réaliste, c’est pas parce qu’on vit au pays du « plus grand bien commun possible » qu’il faut pas se sortir les doigts du cul. Sans compter que Brejnev est sans doute l'un des hommes les plus décorés de l'Histoire. Il affichait une quarantaine de décorations à son uniforme. Ce chiffre dépasse les 120 en y incluant les décorations étrangères. Il y a vraiment des personnes dont l’aveuglement, ou la duplicité (et il en reste encore) plongent dans des abîmes de perplexité… Bref, ça fait pas tellement rêver non plus et on se dit que ce précurseur, au secours !


Et pourtant : "Par manière de succès paradoxal, on vit aussi en 1968, sur les murs de quelques universités, la reproduction à la craie de formules xxxxxxistes aux fins suspectes d'opposer l'utopie pré-marxiste aux certitudes du socialisme scientifique." Certitudes du socialisme scientifique !

Mais citons-le enfin ce précurseur qu'on s'arrache, et convenons que ses propos sont en légère contradiction avec le socialisme ci-dessus référencé :
« Loin de nous cette pusillanimité qui nous ferait croire que nous ne pouvons rien par nous-même et qu’il nous faut toujours avec nous des gouvernants. Les gouvernants ne font des révolutions que pour gouverner. Nous en voulons enfin une, pour assurer à jamais le bonheur du peuple par la vraie démocratie. […] c’est pour du pain, l’aisance et la liberté que nous nous échauffons. Ne nous laissons pas donner le change. »
Et notre introducteur de commenter, un peu désolé mais toujours très professionnel :
« On ne peut s’empêcher de rapprocher cette vision des choses de certaines formes gauchistes, égalitaristes et anarchisantes qui ont accompagné la crise du capitalisme contemporain dans les années 60 de notre siècle. »
Et encore :
« … réaliser l’égalité sociale, mais conserver les vieilles formes de la production et des échanges [là notre introducteur n’évoque pas les rapports marchands, la monnaie, le travail, la hiérarchie… toutes choses que la paradis de Brejnev avait heureusement conservées, mais l’absence d’un esprit propre à faire advenir énergies fossiles, nucléaire, cybernétique, bio-technologie, industrie lourde, numérique, taylorisme, fordisme, toyotisme, stakhanovisme… tous progrès que les grands successeurs de notre précurseur selon notre introducteur ont su développer avec brio. Note du blogueur]. Ce second point de vue, qui correspond d’ailleurs de nos jours à une vision capitularde et étriquée de la lutte pour le socialisme, pénétra jusqu’aux alentours de 1900 dans la conscience populaire, donnant aliment aux propagandes anarchistes ou réactionnaires. Il n’est pas sûr que tout en ait disparu. »

Bien vu Charlie ! Aujourd’hui les opposants au développement techno-scientiste sont toujours là parce que, que ce soit celui des capitalistes libéraux ou celui des capitalistes d’Etat que tu chéris (ah ! le délicieux smog pékinois !), ils mutilent Pachamama, donnent des troubles respiratoires à mon fils, et nous interdisent de courir les bois pendant qu’on est d’une manière ou d’une autre enchaîné au dispositif industriel et gestionnaire.

Mais il n’en est pas moins vrai que l’écrivant qualifié de précurseur; là-haut, malgré les tâtonnements de sa recherche et de son action, en fut un du communisme digne de ce nom, forcément libertaire. Et il est vrai également que nous lui « devons partie de nos rêves, de nos luttes, de nos formulations ». J'éprouve pour lui une grande tendresse, ai plaisir à le lire, me passionne pour la période qu'il vécut et dont il fut acteur.

De qui s’agit-il ?

Bravo à George et à Jules, qui ont trouvé ailleurs avec un peu d'aide. Il s'agissait de Gracchus Babeuf, 1760-1797.