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mercredi 21 juillet 2021

D'un patriarcat l'autre

   - Printemps tardif (晩春, Banshun) de Yasujirō Ozu, 1949.
   Un film sentimental sur le deuil, la séparation d'un père de sa fille. Ce dernier se fait violence pour la pousser à se marier et ainsi à le quitter. Celle-ci va vers sa nouvelle vie avec appréhension et une immense tristesse de devoir abandonner son père vieillissant. Avec Tetsuko Hara, magnifique. Rappelons qu'une femme n'étant pas mariée après 30 ans au Japon, encore aujourd'hui même si la jeunesse à tendance à se rebeller un peu et que la charmante expression ne s'emploie plus, est appelée "makeinu", c'est à dire "chienne perdante", "loseuse".
   - Les Musiciens de Gion (祇園囃子, Gion bayashi) de Kenji Mizoguchi, 1953.
   Plus violent et plus glauque. Encore un film féministe de Mizoguchi, sur le thème récurrent chez lui de la prostitution. Deux geisha, une jeune débutante et une moins jeune, expérimentée et jouant le rôle de grande soeur et de formatrice, sont contraintes de constater qu'elles devront coucher pour survivre. (! stop alerte divulgâchage !) Mais l'une des deux se sacrifiera pour préserver l'autre.


   - Herbes flottantes (浮草, Ukigusa) de Yasujirō Ozu, 1959.
   Une troupe de théâtre arrive dans un petit port du sud du Japon. L'acteur principal, Komajuro, a connu une aventure des années auparavant avec une femme de l'endroit, avec laquelle il a eu un fils, Kiyoshi. La maîtresse de Komajuro découvre son secret et envoie une actrice de la troupe, Kayo, séduire le jeune homme. Komajuro frappera la jeune actrice et sa maîtresse, laquelle, en scène finale (! stop alerte divulgâchage !) s'affairera à lui servir le saké avec dévotion... et nécessité, le tout sous l'oeil ironique du réalisateur.

lundi 8 février 2021

Caprice et fatum

- Dernier Caprice (小早川家の秋, Kohayagawake no aki) de Yasujiro Ozu, 1961.


   Le vieux monsieur indigne. L'avant dernier film d'Ozu. Avec son actrice fétiche, peut-être plus dans l'intimité, et star très populaire au Japon, la "vierge éternelle" Setsuko Hara au sourire si tendre, qui, à la mort d'Ozu en 1963, disparut, c'est à dire qu'elle interrompit brutalement sa carrière et vécut retirée à Kamakura jusqu'à son décès le 5 septembre 2015. Septembre 2015 ! 52 ans de retraite ! A quatre ans près j'aurais pu la rencontrer lors de mon voyage, si j'avais été à Kamakura, non loin de Tokyo. Mais pour cette ancienne capitale du shogunat de 1185 à 1333, ce sera pour la prochaine fois...



- Miss Oyu (お遊さま, Oyū-sama) de Kenji Mizoguchi, 1951.

   Amour fou et ménage à trois. Avec la muse (peut-être davantage...) de Mizoguchi, Kinuyo Tanaka, qu'on a déjà maintes fois rencontrée ici (voir index ci-contre à Mizoguchi). On admirera ci-dessous un oreiller japonais du temps de l'ère Meiji, 1868-1912, sur lequel le personnage masculin principal tient absolument à mettre la tête de Kinuyo, qui en retombe au moins trois fois de suite, comme sur un billot, alors que celle-ci est inconsciente suite à un coup de chaleur. De mon point de vue d'européen cela me semble plus s'apparenter à un instrument de torture qu'à l'un de nos confortables nids à acariens, mais je n'ai jamais essayé...

lundi 9 mars 2020

Les 8 mars passent...

   Décidément, Mizoguchi est vraiment un cinéaste que la prostitution a inspiré, ou hanté, car nombre de ses films sont à charge de cette toujours violente exploitation du corps des femmes par un système patriarcal qui ne laisse aucune chance aux prolétaires du sexe, quand bien même elles seraient des lutteuses, s'étant laissées happées avec plus ou moins de formes, mais toujours par un chantage à la survie, par ce viol tarifé toléré. Plus largement ces témoignages de fiction agissant comme des procès mettent en évidence la domination masculine et la sujétion des femmes.

   Parmi les films de Mizoguchi évoquant la prostitution que j'ai pu voir dernièrement et au sujet desquels j'ai écrit quelques lignes ici : La Cigogne en papier, Oyuki la vierge, Cinq femmes autour d'Utamaro, La Vie d'O'Haru femme galante, Les Contes de la lune vague après la pluie, L'Intendant Sansho, La Rue de la honte.


Attention, de relatifs divulgâchages peuvent apparaître dans les notices ci-dessous.

- La Marche de Tokyo (東京行進曲, Tōkyō kōshinkyoku), 1929.
   Film muet et incomplet. Une jeune femme, Michiyo, hébergée chez son oncle ouvrier après la mort de sa mère Geisha, est contrainte, quand celui-ci se retrouve au chômage, de s'adonner au métier de celle-là, pour soulager financièrement le foyer. Avant de mourir, la maman, ayant été mise enceinte puis abandonnée par le courageux papa, avait sommé sa fille de ne jamais faire confiance aux hommes. Elle lui remit à cette occasion sa bague. Dans l'établissement où elle travaille Michiyo subit une cour assidue d'un vieux et richissime chef d'entreprise jouisseur. Avant cela, le fils de celui-ci, plutôt gentil, tombait éperdument amoureux d'elle, qu'il avait aperçue dans la rue en habits de pauvresse. Au moment où le client-patron n'y tient plus et s'apprête à violer gentiment notre geisha, il aperçoit sa bague et blêmit. Quand son fils lui annonce qu'il veut épouser Michiyo, il doit lui révéler, écroulé, que c'est impossible car celle-ci est sa propre sœur, c'est à dire sa fille, à lui, le vieux (vous me suivez toujours ?).

   Bref, après Maupassant, nous voici donc chez Molière.

- Les Sœurs de Gion (祇園の姉妹, Gion no shimai), 1936.
   Le quartier de Gion, à Kyoto, à l'est de la rivière Kamo, je l'ai un peu arpenté ici. Deux prostituées, la gentille, qui éprouve de la compassion et de l'affection pour les hommes, et la méchante, qui n'est que vengeance, mensonge, duplicité, vente au plus offrant et trahison. Les deux en arriveront à la même conclusion : elles sont dans le cercle de l'enfer aux souffrances incessantes et ce cercle n'a pas d'issue.

- Femmes de la nuit (夜の女たち, Yoru no onnatachi), 1948.
   Réduites à la misère et/ou à la dépendance après les destructions de la guerre, les leurs disparus, ou victime de la violence prédatrice masculine car trop naïve et aventureuse, trois femmes tombent dans l'enfer de la prostitution de rue, à Osaka. La scène finale dans un cimetière, dantesque, témoigne épouvantablement de cette damnation. Mais on voit mal ce que la dite sainte dite vierge, sur un vitrail de laquelle la caméra s'attarde lourdement, vient faire là-dedans. Alors ce serait soit putain, soit bigote ?...


   Avec l'attachante Kinuyo Tanaka (à gauche) qu'on a pu voir ici aussi (voir actus cinéma japonais précédentes) dans Cinq femmes autour d'Utamaro, L'Amour de l'actrice Sumako, La Vie d'O'Haru femme galante, Les Contes de la lune vague après la pluie, L'Intendant Sansho, Flamme de mon amour (voir ci-dessous), et même dans Barberousse de Kurosawa ! Au début elle ne paye pas de mine, rien d'une vamp, et lorsqu'on finit par s'habituer à son visage et la reconnaître au bout d'un moment on se met à développer une grande sympathie pour les personnages qu'elle incarne, son jeu d'une profonde sensibilité et son petit visage rondelet capable de lancer des éclairs ou d'être d'une provocante désinvolture.

- Flamme de mon amour (我が恋は燃えぬ, Waga koi wa moenu).

   Encore un film féministe, sauf erreur. Pas de prostitution cette fois, mais une femme, en 1884, luttant contre la domination masculine, aussi bien au village coutumier que dans le grand Tokyo, notamment dans un parti politique de gauche de l'époque, c'est à dire démocrate bourgeois, dont le leader, qui devient l'amant de notre héroïne, se révélera être un macho comme les autres.

 Université bloquée par un collectif féministe non mixte ce matin 9 mars 2020.


 Le terminus de l'héroïque ligne 13, totalement fermée pendant un bon mois de grève en décembre-janvier.

mardi 18 février 2020

Boule de suif

- Oyuki la vierge (マリヤのお雪, Maria no Oyuki) de Kenji Mizoguchi, 1935.
    Vous connaissez tous la cruelle bien qu'excellente nouvelle de Maupassant sur la bourgeoisie nommée Boule de Suif. Eh bien j'ai eu la surprise de reconnaître quasi à l'identique cette histoire en poursuivant ma filmo de Mizogu par ce film des années 30. Sur le DVD, nulle mention de Guy, et je me suis longtemps demandé s'il était possible d'inventer deux fois la même histoire d'un bout du monde à l'autre sans se consulter, d'autant que la fiction du film se déroule en 1870, en pleins bouleversements, soubresauts et poches de résistance au retour central de l'empereur de l'ère Meiji, exactement comme celle de Maupassant dont les faits font référence à la guerre contre les prussiens qui amènera la chute de Badinguet. Tout fier de ma découverte j'allais vous en parler en érudit choqué d'un tel plagiat, quand, cliquant sur le net, je constatai qu'il était de notoriété publique que ce film était tiré de cette nouvelle. Bon, sans être un découvreur, j'aurais au moins la satisfaction de ne pas m'être planté. La fin cependant n'a rien à voir avec l'original, où les deux (au lieu d'une) prostituées se révèlent amoureuses de l'officier auquel elles se sont offertes.

Avec Isuzu Yamada, déjà vue ici ici.

 Les deux prostituées utilisées par les bourgeois pour sauver leurs peaux, puis chassées avec mépris.

- Les Coquelicots (虞美人草, Gubijinsō), de Kenji Mizoguchi, 1935.
   Celui-ci m'a moins plu, il est d'une morale un peu bien pensante. C'est un film d'amours malheureuses. Le fils prodigue faible de caractère, envoûté par une gourgandine intrigante, finira, grâce à son rival honnête et droit, par revenir vers la jeune fille vertueuse, adulée par son vieux père, style Goriot, à deux doigts de clamser et désespéré de l'échec (temporaire) de ses projets pour son unique rejetonne. 

Je suis sûr que vous auriez voulu la gourgandine, eh bien non, vous aurez la jeune fille vertueuse.


Ma dernière actu ciné.

vendredi 29 novembre 2019

Pégriots sympas, maquereaux odieux

- Le Cercle rouge de Jean-Pierre Melville, 1970.
   "Génial !" C'est le mot qu'a prononcé ma copine après que nous ayons visionné ce film de concert. Elle est pourtant très peu enthousiasmable et plutôt avare de compliments. Mais c'est génial, en effet. Je pensais l'avoir vu plusieurs fois et m'en bien souvenir, or toute la première partie avait échappé à ma mémoire. Les flash qui me restaient : le delirium tremens de Montand-Jansen, le casse place Vendôme, du grand art, et la curée policière dans le château à la fin. D'immenses acteurs, même si tous ne nous plaisent pas en tant que personnes dans le civil. Et un magistral metteur en scène. Je sens que je vais me faire une petite intégrale bientôt...

La meilleure réplique du film, de Montand-Jansen à Bourvil-commissaire François Mattei : "Toujours aussi cons dans la police ?"

Il est des nôtres, il a bu son verre comme les autres.

Notre ami profitera-t-il longtemps de sa toute nouvelle abstinence ?...
 
- La Cigogne en papier (折鶴お千, Orizuru Osen), de Kenji Mizoguchi, 1935.
   J'avoue que je sature un peu, surtout que c'est un film muet (le dernier de Mizoguchi). Une prostituée se prend d'amitié pour un pauvre étudiant en médecine et, après avoir échappé à ses souteneurs, continue à se prostituer en secret pour permettre au carabin de poursuivre ses études... Cela ne finit pas très bien, évidemment, c'est sans surprise.
   Pourtant avec la magnifique Isuzu Yamada, 18 ans, que nous avons déjà vu dans L'Epée Bijomaru de Mizoguchi, et dans Les Bas-fonds et Le Château de l'araignée (où elle joue une terrifiante Lady Macbeth transposée dans le Japon médiéval) de Kurosawa. Et que nous reverrons...

La belle Isuzu Yamada-Osen échappera-t-elle à ses souteneurs ?

 Sortira-t-elle indemne de l'enfer de la prostitution ?


Ma dernière actu ciné.

lundi 18 novembre 2019

Changement d'ère

- Le Héros sacrilège de Kenji Mizoguchi (新・平家物語, Shin heike monogatari), 1955.
   Les films de Mizoguchi sont frustrants pour nous autres abreuvés de longs métrages et séries américains ultra-violents, ou ça défouraille à tout va, ou ça cogne à mort. Quand un personnage est très antipathique, le méchant, salaud et tête à claque, le moment ou le gentil très fort va l'éclater, l'atomiser, le pulvériser avec arme à feu ou aux poings provoque en nous un mini orgasme intérieur, une décharge d'endorphine venant titiller à souhait la zone du plaisir de notre cerveau. Nous sommes vraiment des dégénérés par le spectacle de la domination en général et de la domination du Capital en particulier. Chez Mizo, pas de brutalité à l'écran, en revanche, même quand le sujet comporte des moments historiques très violents. Ici, c'est la fin de l'ère Heian, et les prémices de l'ère de Kamakura, de la fin donc du pouvoir des empereurs et des régents, et du début du règne sans partage des shogun, les dictateurs militaires, qui imposèrent leur tong de fer pendant quasiment sept siècle sur le Japon. On constate donc l'évolution psychologique du jeune samouraï du clan Taïra, humilié par les courtisans et ministres, provoqué par les moines (qui possédaient de véritables armées à l'époque), et on comprend qu'il va se mettre en colère et qu'il va balayer tout ce joli monde en beauté et imposer son despotisme personnel. On attend donc ces belles scènes d'action qui tardent tant à venir, et qui vont provoquer chez nous ces décharges émotionnelles jouissives. Et puis ploc ! Le film se termine. Le petit Taïra se contente donc de grincer des dents en contemplant un courtisan se la couler douce avec sa mère dans une fête hédonique du gratin, et de prédire qu'ils allaient voir ce qu'ils allaient voir, tous ces parasites. Et puis fini.

L'avant-dernier film de Mizoguchi, très beau malgré tout, idéal pour travailler sur sa frustration.

Taïra Kiyomori s'apprêtant à tirer une flèche sur un palanquin sacré, à la grande horreur des moines tyranniques et de leurs sicaires fanatisés.

- Les Contes de la lune vague après la pluie de Kenji Mizoguchi (雨月物語, Ugetsu monogatari), 1953.
   Quand je me suis fait ma cure de Kurosawa, j'ai découvert, progressivement touché par des impressions de déjà vu lors du visionnage, puis avec certitude et amusement, que j'avais déjà vu Chien enragé. Il fut une époque où une ville peu éloignée de mon domicile avait encore un ciné-club dans son cinoche. C'est bien fini. Il faut dire que nous n'étions à chaque séance qu'une poignée, parfois trois (ne me suis-je pas retrouvé seul lors d'une projection ?...). Eh bien cela vient de me faire exactement la même chose avec les Contes de la lune vague après la pluie, je l'ai déjà vu et l'avait complètement oublié, malgré le titre célébrissime. Cela fait un drôle d'effet, comme de revoir une vieille connaissance perdue de vue depuis lurette et qu'on ne reconnaît pas de suite.

Ugetsu (Fantasy in D), du pianiste Cedar Walton.- Art Blakey's Jazz Messengers at Birdland, 1963.

   Ma dernière actu ciné.

vendredi 18 octobre 2019

Justicières, courtisanes, actrices, esclaves, servantes impératrices, marchandes de fleurs.

    • 1945 : L'Épée Bijomaru (名刀美女丸, Meitō bijomaru)
   C'est en forgeant qu'on devient forgeron : artisanat, amour et vengeance. L'action se situe à la fin du shogunat Tokugawa, dans la deuxième moitié du XIXème siècle.

   • 1946 : Cinq femmes autour d'Utamaro (歌麿をめぐる五人の女, Utamaro o meguru gonin no onna)
   Biographie du peintre Utamaro Tikagawa (1753-1808). Je connaissais Hokusai, le "vieux fou de dessin" vous savez, le peintre du célèbre tsunami (pour le situer dans le temps, savoir qu'il est de la même année que l'un des mentors de ce blog, Gracchus Babeuf - 1760 -), mais c'est ce film qui m'a fait connaitre Utamaro, spécialisé dans les jolies femmes. Le film commence par une provocation en duel du peintre par un noble appartenant à une ancienne école d'art plastique, à charge de laquelle il avait pu lire un brocard émanant du premier sur une estampe. Utamaro refuse le combat au sabre, mais propose un affrontement au pinceau. Le dessin de la personne de qualité est jugé parfait par Utamaro, la personne dessinée ayant juste un défaut, elle est morte. Quand Utamaro esquisse son propre croquis, l'aristo est subjugué et décide de tout quitter, en renonçant à un riche mariage néanmoins d'amour, pour devenir disciple du génie qu'il vient de découvrir, et vivre son art avec lui dans les milieux interlopes qu'il fréquente entouré de nombreuses amitiés féminines, aux destins variés, heureux ou tragiques...

 Utamaro.- Trois beautés de notre temps.

 Hokusai.- La Grande vague de Kanagawa.

   • 1947 : L'Amour de l'actrice Sumako (女優須磨子の恋, Joyū Sumako no koi)
   Pas évident de monter la Maison de poupée d'Ibsen à la fin de l'ère Meiji (1868-1912). C'est ce que feront l'actrice Sumako et le metteur en scène Shimamura. Non contents d'introduire un théâtre autre que le kabuki dominant à l'époque, ils vivront scandaleusement dans l'adultère puis le concubinage, tout en professant des idées avancées, par exemple qu'une fille peut choisir son amoureux. Encore un film dont l'intention est de raconter la vie de personnes réelles et connues.


   • 1954 : L'Intendant Sansho (山椒大夫, Sanshō dayū)
   Risqué de prendre la défense de la plèbe face aux cruels décret gouvernementaux lorsqu'on n'est qu'un détenteur local de l'autorité. On finit déporté, sa femme et ses enfants vendus et réduits en esclavage. Certains s'en sortiront, certes, mais pas indemnes. 


   • 1955 : L'Impératrice Yang Kwei-Fei (楊貴妃, Yōkihi)
"La pure fleur de lotus s’épanouit sur un étang boueux, le bois de santal parfumé sort du sol, les gracieuses fleurs de cerisier proviennent des arbres, la belle Yang Guifei était la fille d’une femme de basse condition, et la lune s’élève de derrière les montagnes pour les éclairer."
Nichiren.
Ici, bien sûr, nous sommes en Chine, au VIIIème siècle, sous les Tang.

   • 1964 : My fair lady
   L'hilarante adaptation de la comédie musicale de Broadway, elle-même transposée de la désopilante pièce du sympathique George Bernard Shaw, Pygmalion. Finalement, à quelques différences près, de circonstances, de péripéties et de ton, c'est un peu la même histoire que dans le film précédent...


Extrait :
The flower girl : I want to be a lady in a flower shop stead of selling at the corner or Tottenham Court Road. But they won't take me unless I can talk more genteel. He said he could teach me. Well, here I am ready to pay him - not asking any favour - and he treats me as if I was dirt. [...]
Higgins [tempted, looking at her] : It's almost irresistible. She's so deliciously low - so horribly dirty* -
Liza [protesting extremely] : Ah - ah - ah - ah -ow - ow - oo - oo !!! I ain't dirty : I washed my face and hands afore I come, I did.
Pickering : You're certainly not going to turn her head with flattery, Higgins.

* "dirty", "sale" en anglais, signifie aussi et en l'occurrence "obscène".


   My last movie news, make no mistake !

vendredi 13 septembre 2019

Eventration, crucifixion et prostitution

• 1941 : La Vengeance des 47 rōnin (元禄忠臣蔵 前篇, Genroku chūshingura)


   Au générique, on peut lire : "Soutenons les familles des combattants de la grande Asie", puis, "Sélection du bureau de l'information du gouvernement". Autant dire que rien dans ce film ne vient contredire l'idéologie militaro-nationalo-fasciste de l'époque. Mais après tout, de grands films sont sortis aussi pendant l'occupation en France...
   Un film historique relatant la véridique chronique, maintes fois reprise dans toutes sortes d'évocations artistiques, de ces 47 samouraïs vengeant leur daimyo, contraint à se faire seppuku (se suicider rituellement en s'ouvrant le ventre, hara-kiri quoi...) pour avoir maladroitement (le gus s'en sort avec une simple cicatrice) agressé au sabre le maître des cérémonies de la maison du shogun qui l'avait critiqué, vertement il est vrai. Le film dure 3 heures 30. Bien qu'il ne soit question que de guerriers, de vengeance, de meurtre, de suicide et d'attaque de château, on ne voit aucun combat, tout est suggéré. Les rares sepukkus vus à l'écran (les autres, nombreux, sont hors champ) ne montrent pas la moindre goutte de sang (il est vrai que pour cette cérémonie, le kimono était très ajusté et serré par un obi afin que les viscères ne se répandent pas). Attention divulgâchage ! Les 47 sabreurs finiront heureux, vengés, et s'ouvriront le bidon dans la joie et la bonne humeur, comme le shogun le leur demande. Nous par contre on rigole moins.
   
L'attaque du château du responsable de la mort de leur seigneur par les 47 vassaux. Estampe de Hokusai.

   De belles images, des acteurs habités, mais je m'ennuie un peu, tant cette morale de loyauté hiérarchique à la vie à la mort et ce sourcilleux code de l'honneur m'est étranger et pour tout dire, odieux. Les samouraïs de Kurosawa étaient 40 de moins, mais ils m'ont incomparablement plus enthousiasmé. Attention divulgâchage ! La fin est particulièrement glaçante, quand on voit les condamnés défiler vers leur supplice dans leurs magnifiques kimonos blancs, puis la cérémonie lors de laquelle chacun des rōnin est appelé par ses noms, comme un élève de violon passant l'examen du conservatoire, et se met en place. On ne voit pas l'action finale, la caméra navigue, mais on entend s'égrener les annonces laconiques : "Machin Chose a perdu la vie", jusqu'au dernier, le chef, l'intendant du clan, Ōishi Kuranosuke, qui, heureux que tous aient officié bravement, appelé à son tour, s'avance vers son macabre devoir un sourire halluciné aux lèvres. Des fous. On est un peu soulagé que le film se termine.

• 1952 : La Vie d'O'Haru femme galante (西鶴一代女, Saikaku ichidai onna)

   Avec Kinuyo Tanaka, et au début, jeune et difficilement reconnaissable Toshiro Mifune ! l'acteur fétiche de Kurosawa qu'on a appris à immensément apprécier ici, comme Errol Flynn a pu l'être par nos grand-mères. Malheureusement on le voit peu. Ça commence par une histoire d'amour fou, et interdit parce qu'inter-caste, et de ce fait partant rapidement en sucette. O'Haru, déchue, sera vendue par sa propre famille comme prostituée. Elle connaît toutes les variantes du métier, jusqu'au concubinat d'un seigneur à qui elle donnera un fils avant de se faire chasser, mais aussi les bordels, la rue, et les passes vite fait derrière un auvent. Un réquisitoire sans pitié pour le patriarcat et les hommes, qui jouissent, profitent, exploitent, puis condamnent arrogamment.

Kinuyo Tanaka et Toshiro Mifune

• 1954 : Les Amants crucifiés (近松物語, Chikamatsu monogatari)
   Plus sympas que les maniaques de l'auto-éventration, et dont le calvaire dure moins longtemps que celui d'O'Haru, les deux amoureux, de classe sociale différentes et adultères, sont des rebelles, surtout le personnage campé par la magnifique Kyoko Kagawa, beaucoup vue dans Kurosawa également (voir plus haut Mifune). Une histoire d'amour fou à la Breton, ou sublime à la Péret. Attention divulgâchage ! Nos deux héros auront un peu le même sourire de béatitude que notre chef rōnin en se rendant au supplice, liés l'un à l'autre.

• 1956 : La Rue de la honte (赤線 地帯, Akasen chitai)
   La vie quotidienne dans un bordel, au moment ou les tenanciers attendent anxieusement le vote au parlement de la loi interdisant la prostitution. Les filles, elles, ont des sentiments plus mêlés (on ne le voit que par leur attitude, l'entend que par leurs silences), partagées entre la crainte de perdre leur maigre et unique revenu, et l'espoir d'être définitivement délivrées de ce péniblissime et stigmatisé travail. On pense à La Maison Tellier, ce métrage constitutif du chef d’œuvre Le Plaisir, de Max Ophüls. A votre avis, est-ce que le maquereau et la maquerelle respirent à nouveau à la fin, soulagés par le vote des députés ?

Ma dernière actu ciné.