lundi 17 juillet 2017

Jouons un peu avec les joyeux bordels

   Voici ci-dessous le compte rendu d'un joyeux bordel. A toi de deviner de quoi il s'agit. Certains noms de personnes, de lieu, d’œuvres, de partis... ont été changés pour plus de sûreté. Ces changement seront colorés, pour plus de compréhension. Ils sont complètement aléatoires et arbitraires, sauf association inconsciente ou semi-consciente, n'y cherchez donc pas d'indice.


On est convenu que les tribus occuperaient la salle avant le public. N'est-ce pas l'habitude pour la claque traditionnelle ? L'essentiel était d'occuper le terrain avant l'arrivée des Longeverne. Là-dessus, le baron Taylor a donné son accord, à conditions que les tribus soient en place avant que le public eût commencé de faire queue :
   - Qu'ils soient tous entrés avant 3 heures !
   Pour être sûrs de ne pas arriver trop tard, faisant bonne mesure, les tribus se sont présentées à 1 heure !

   Manuscrit de Micheline : "A une heure commença la queue grossissant de minute en minute et encombrant la rue Sésame. Elle s'était formée d'après les instructions du préfet de police en dehors des balustrades du théâtre. Cette rangée de jeunes gens à mines résolues, barbus, chevelus, habillés étrangement, portant les uns des chapeaux tromblons, d'autres des chapeaux à la Henri III, ceux-ci des vareuses, ceux-là des rubans que variaient des manteaux espagnols. Dans ce pêle-mêle de costumes bizarres on apercevait jusqu'à des gilets à la Robespierre ; un, magnifique, rouge écarlate s'étalait sur la large poitrine d'Isophraste Grogibus. Ces êtres fantastiques faisant queue à une heure et à une place inusitée obstruaient le passage, mirent tout le quartier en émoi."


   Malgré le froid toujours digne de l’Arctique, les bourgeois qui passent s’immobilisent. Stupéfaits, ils observent avec colère une inconvenance aussi inouïe. Bientôt les tribus deviennent si nombreuses qu’elles débordent sur la chaussée jusqu’à gêner la circulation ! C’en est trop aux yeux de l’art Longeverne qui compte ses meilleurs partisans dans le théâtre lui-même. Des combles de la Grue iodée, se mettent à pleuvoir sur les bataillons Velrans « toutes les balayures et toutes les ordures » que l’on a pu rassembler à une telle altitude. Le jeune Tite Live reçoit pour sa part sur la tête un trognon de chou. Va-t-on se fâcher ? C’est probablement ce qu’espèrent les Longeverne. Le moindre tumulte ferait accourir la police, on arrêterait les perturbateurs : alors, plus de défenseurs pour le Coran. Les chefs de tribus se concertent. Aux injures matérialisées qui continuent de tomber, on décide d’opposer la sérénité. Les plus bouillants se comparent à la Vieille Garde de Napoléon, stoïque sous la mitraille.
   A 3 heures, la porte s’ouvre, les bataillons s’engouffrent dans la salle et prennent position. A 3 heures et demie, toutes les places ont été distribuées et sont occupées par des combattants plus déterminés que jamais. Un problème : jusqu’à à 7 heures, heure de la représentation, il reste 3 heures et demie. C’est long. Très long. Que faire ? Comme on est venu trop tôt pour avoir dîné – le dîner est alors le repas de midi – ces jeunes gens prévoyants ont apporté des en-cas. On déballe cervelas, saucisson, jambon, pain. On débouche les bouteilles. Les tribus ont, cet après-midi-là, dîné si longuement qu’elles étaient encore à table quand on a enfin admis le public à pénétrer dans la salle. Les voilà donc les tenants obstinés de l’art Longeverne. Au parterre et aux balcons, on aperçoit tant de têtes chauves, « moignons glabres, dit Grogibus, sortant de leurs cols triangulaires avec des tons couleur de chair et beurre rance, malveillants malgré leur apparence paterne », qu’un jeune apprenti sculpteur ne peut se retenir de crier :
   - A la guillotine, les genoux !
   Le ton est donné. Une forte odeur d’ail flotte dans cette enceinte sacrée. Les grisâtres, étonnés, hument ce parfum indéfinissable. Quand les dames pénètrent dans les troisièmes loges, des cris d’horreur fusent. C’est que cet après-midi si long n’a pas été sans susciter, parmi les combattants, certains besoins naturels augmentés par d’abondantes libations. On a cherché les toilettes. Malheureusement l’usage était de les fermer à clé et de ne les ouvrir que lors de l’arrivée du public. Les tribus ont tenu tant que cela a été possible. Les forces ont des limites. On a trouvé, pour se soulager, l’endroit le plus discret. On s’est glissé dans les troisièmes loges, alors plongées dans l’obscurité. Elles sont maintenant en pleine lumière. Les légers souliers des épouses Longeverne se posent dans des flaques dont l’odeur plus que l’aspect exprime hélas parfaitement la provenance. Furieux, les messieurs en habit noir protestent à grand bruit, exigent que le commissaire royal, M. Taylor, soit prévenu. […]

 

Les articles vont paraître. Tous à l’exception de celui de Pifou magazine, sont exécrables. On s’indigne que le respectable Théâtre de la Grue iodée ai dû s’ouvrir aux complices de l’auteur, dignes de lui et de sa pièce, « des espèces de bandits, des individus incultes et déguenillés, ramassés dans on ne sait quels bouges. » On parle d’une « orgie qui avait eu des conséquences immondes ». Les journaux libéraux évoquent des « chants obscènes » et pour les journaux royalistes, ce sont des « chants impies ». Jusques à quand ces gens-là abuseront ils de notre patience ?
[…]
Sûrement, il faudra le soir même livrer une nouvelle bataille. […] La réponse, ce sont les chefs de tribus qui l’apportent eux-mêmes. Ils accourent, clament qu’ils sont prêts et que derechef ils vont prendre leur place au combat.
[…]
   Le soir venu, voici, comme la veille face à face les chevelus et les crânes. Avant même le lever du rideau, on sent qu’un orage gronde. Il est visible que les Longeverne sont résolus à occuper le terrain et à n’en rien céder. Dès le premier acte, tout vers insolite est empoigné, salué par des huées ou un rire immense. Avec le recul, Grogibus s’est légitimement demandé comment un vers comme celui-ci :

Est-il minuit ? – Minuit bientôt

avait pu soulever tant de tempêtes. Autour de ces huit syllabes, on s’est battu trois jours ! « On le trouvait trivial, familier, inconvenant ; un roi demande l’heure comme un bourgeois et on lui répond comme à un rustre : Minuit… S’il s’était servi d’une belle périphrase, on aurait été poli. » […]

10 mars : « encore un peu plus fort… coups de poing… interruption… police… arrestations… cris… bravos… sifflets… tumulte… foule ». 12 mars : « grande foule et toujours le même bruit. Cela n’est amusant que pour la caisse ».


   Ainsi de suite pendant tout le mois de mars, tout le mois d’avril, tout le mois de mai !
   Paradoxe : le Coran est un succès, un très grand succès. […] Les passions ont exacerbé l’adulation que certains vouent désormais à Héliogabale mais surtout la haine dont d’autres l’accablent. Micheline affirme qu’à Toulouse un jeune homme, nommé Batlan, eu un duel pour le Coran et fut tué. A Vannes, un caporal de dragons meurt, laissant ce testament : « Je désire qu’on mette sur ma tombe : Ci-gît qui crut à Varius Avitus Héliogabale. » L’académicien Viennet, lui, note : « Tissu d’invraisemblances, de niaiseries et d’absurdités… Voilà ce qu’une faction littéraire prétend substituer à Athalie et à Mérope… » […]
   Au courrier, presque chaque matin, des lettres d’injures parviennent à l’adresse de Varius Avitus. L’une d’elles s’achève par cette phrase : « Si tu ne retires pas ta sale pièce dans les vingt-quatre heures, nous te ferons passer le goût du pain. » […] Autour d'Héliogabale, on prend la menace au sérieux. Désormais, chaque soir, deux jeunes gens attendront Héliogabale à la porte du théâtre pour le reconduire rue Sésame.
   Héliogabale rit de ces sottises. Il lui arrive, après que ses gardes du corps ont pris congé, de repartir seul dans la nuit. […] Une nuit, il a en remontant le boulevard Montparnasse rimé toute une page du Papier à rouler. Il est 2 heures quand il rentre. Il a hâte de retranscrire les vers rangés dans sa mémoire. Il allume sa lampe, la porte sur la table de son cabinet de travail. A peine s’est-il assis, à peine a-t-il tracé quelques lignes qu’une détonation retentit. Une vitre vole en éclats. Il ouvre la croisée, personne. Il se retourne : une balle a troué derrière lui, « passant à quelques centimètres au-dessus de son front, un tableau de Boulanger accroché au mur ». Il souffle sa lampe, rejoint en silence Micheline. Il ne déposera pas plainte. La passion littéraire portée jusqu’à l’assassinat : Héliogabale aura donc provoqué cela.


- les Longeverne : les classiques
- Micheline : Adèle Hugo
- rue Sésame : rue de Richelieu
- Isophraste Grogibus : Théophile Gautier
- la Grue iodée : la Comédie française
- les Velrans : les romantiques
- Tite Live : Honoré de Balzac
- Le Coran : Hernani
- Pifou magazine : Le Journal des débats
- Varius Avitus Héliogabale : Victor Hugo
- le Papier à rouler : Feuilles d'automne

mercredi 12 juillet 2017

Laissez venir à moi

Quand le citoyen-écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant : "Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?", il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante : "A quels enfants allons-nous laisser le monde ?"
Jaime Semprun
L’enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, une sainte affirmation.
Friedrich Nietzsche
- Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles
Lumineuses, parfums sains, pubescences d'or,
Font leur remuement calme et prennent leur essor !
Arthur Rimbaud
Cui bono ?
Lucius Cassius Longinus Ravilla



   Pendant ce temps là, dans la Silicon Valley, les pédégés de Google et des autres géants high-tech tiennent prudemment leurs propres enfants loin, très loin des écrans...

lundi 10 juillet 2017

Sachons rester jeune

Et puis la tradition par ce côté répétitif s’oppose à ce renouvellement continu qui est le propre de la production marchande. En matière de musique commerciale - qui d’ailleurs ne veut pas forcément dire mauvaise musique, la question n’est pas là - c’est, comme pour les fringues, la mode qui commande… Un style, un son sont vite démodés et deviennent oldies… A l’inverse les gens qui participent à une occasion rituelle attendent précisément quelque chose, certains sons. Quand je vais dans ces fêtes, je sais d’avance ce que je vais entendre et voir, mais je ne sais pas selon quelle intensité…
Alèssi dell'Umbria



   Wha l’autre hé ! c’est des trucs de vieux ! me suis-je entendu moquer quand je reprenais du Brassens ou suggérait de chanter du Barbara au repas de fin d’année de la chorale. Des trucs de vieux ! Mais pour ces vieillis prématurés du goût par les scies des radios commerciales ou des télés, tout ce qui est de qualité sera, dans le renversement idéologique qu’on connait, un truc de vieux. Bref. Pour prouver que je sais rester jeune, voici un chanteur que j’ai découvert très brièvement, par trois occurrences radiophoniques espacées, sur une fréquence dénuée de pub, d’actionnaire et de financement d’Etat, et qui m’a accroché l’oreille. J’ai trouvé qu’il avait un son bonne variété (j’y suis nul, mais ça m’a évoqué Calogero), qui ne déparerait pas sur une radio commerciale - où trop souvent la chanson non crétinisante, avec son côté « rive gauche », passerait pour ringarde - et des paroles intelligentes à première écoute.


   Peut-être un côté « de gauche » un peu gênant, et les textes d’icônes indignées apparaissant sur la vidéo ci-dessous pourraient rebuter les plus avancés d'entre nous...


  N'empêche qu'avec un mélodie comme ça, la voix et les arrangements qui vont bien, s'il avait mis des paroles sérieuses sur le refrain par exemple, je sais pas moi :

En camping
Dans le vent
Suis-je digne-
Ment son amant ?
Sur la rive
Viens on danse !
Vibre ! Vibre !
Ma Laurence !

... il avait toutes les radios de jeunes avec lui, et allez les NRJ, les Skyrock, les Chéri FM, et même les jeunes vieux de Nostalgie en prime. Mais merde, c’est l’été, ne boudons pas notre plaisir, on peut parfois avoir envie d’un truc plus easy listening que Stravinsky de temps à autres, quand même, non ?

   En plus il chante avec Nanard, Lavillos, qui, même quand on ne le suit pas toujours quand il fait l’apologie de Chavez ou du travail sidérurgique (mais il le fait si bien !), reste notre fort des Halles anar de la chanson préféré, qu’on a envie d’aimer sans écouter les médisants. C’est l’été, merde !


vendredi 7 juillet 2017

Ca gratte

Tissu d’invraisemblances, de niaiseries et d’absurdités… Voilà ce qu’une faction littéraire prétend substituer à Athalie et à Mérope…
L’académicien Viennet.

[...] mais vos opinions sur la musique moderne et sur l'art en général, je vous conseille de ne les utiliser qu'en suppositoire.
Michel Audiard.

   C’est vrai qu’on la connait mal, et qu’on en entend pis que pendre. Ça ressemble beaucoup à du préjugé. Moi-même je m’en suis longtemps désintéressé, surtout quand j’entendais Ferré railler Boulez. J’avais bien entendu dire quelque part qu’il ne fallait pas écouter cela comme on écoute une musique mélodique et/ou harmonique et/ou rythmique, mais plutôt comme des bruits créateurs d’ambiance, comme une musique de film efficace dont on n’imagine pas qu’elle est contemporaine quand elle colle à l’action, ou comme d'utopiques créations d’urbanisme unitaire à la situ (l'anti-musique d'ascenseur, même si on connaît la puissance de récupération de l'Empire, à même de recycler et de réutiliser à son profit y compris les idées ou formes nées à l'origine dans le but de lui faire mordre la poussière), ça n’allait pas très loin. Jusqu’au jour où j’ai découvert Olivier Messiaen sur une radio libre qu’on ne pouvait soupçonner ni de mysticisme catholique, ni d’avoir un ministre ou deux à la boutonnière. Le premier disque que j’ai écouté était « Des canyons aux étoiles » : outre que ce titre venait toucher mon besoin de nature grandiose dans ce monde vitrifié, bétonné, plastifié, pixellisé, ce monde de tapissiers comme dirait Robert Dehoux, les sons à l’intérieur (avec cette machine à vent, extraordinaire) m’ont ravi. Par la suite j’ai écouté des choses qui grattaient un peu plus, certaines dans lesquelles je ne suis pas parvenu à entrer encore. Mais j’ai pris le virus, ça m’intéresse, et j’ai envie d’en découvrir plus, d’approfondir, de trouver ce truc qui fait que certains aiment ça.

   Voici un petit film que j’ai pris sur Framasphère, un réseau social issu du courant du logiciel libre, pas encore Marc Zuckerbergisé, en opposition avec les géants de la com, l’hégémonie croissante de ces multinationales, de ces réseaux sociaux imposés, ces formes de médiatisation aux ordres.

mardi 4 juillet 2017

A mes amis

   Vous faites, mes amis, comme moi partie de ceux qui tentent péniblement de franchir le cap des 25 % (merci au blog Entre les oreilles), et c’est un point d’honneur qui, malheureusement, reste souvent un point de suspension, malgré les espoirs de rééquilibrer la balance, espoirs souvent si prégnants qu'aisément ils glissent vers le déroutant déni. Pour ma part, l’attitude tellement impudente de petit roi du foyer, si sûr de lui, tellement en sécurité et bien dans son slip acheté, lavé, séché par sa compagne, du petit trou du cul de la bande dessinée, me hérisse et et énerve ma tendance à l'amer mépris. Pourtant, inconsciemment, je ne dirais pas dans mes gênes, mais dans un atavisme certain que la plus énergique révolte ne parvient pas à réduire tant que cela, je lui ressemble.

   Mais parlons du positif. Pour certaines tâches, c’est moi qui m’y colle, et il n’est pas question que quelqu’une de plus rapide, de plus efficace que moi, me les reprenne. Je ne vais pas en faire la liste ici, mais je souhaite vous entretenir de celle particulièrement ardue, du changement de housse de couette.

   Pour commencer, moi, quand j’étais célibataire, je changeais la housse une fois par mois, et je me jugeais un parfait gestionnaire domestique. La couette avait au bout de ces quatre semaines une bonne odeur de sueur rance qui ne me donnait pas l’impression de bosser pour rien, de m'agiter dans un zèle un peu maniaque (même si je suis un grand maniaque par ailleurs). Depuis que je vis en association d’égoïstes, c’est toutes les semaines, il faut parfois savoir faire des concessions.

   Au temps de mon célibat j’avais une vulgaire couette deux personnes. Aujourd’hui c’est une couette géante qui irait tout à fait à trois personnes, ce qui est d’ailleurs le cas puisque mon fils à huit ans s’endort toujours entre ses deux géniteurs si vous connaissez des psychologues qui peuvent me fournir un tuyau à ce sujet… Pour manipuler ce truc lourd et encombrant sans devenir véner grave, il faut avoir les grands bras, la force et l’ingéniosité de ma compagne, ce qui n’est pas mon cas. C'est David contre Goliath. Mais je m’en tirais jusqu’à présent tant bien que mal. Tout exsangue, suffocant et blême, épuisé au moment de partir au turbin, et trempé de sueur, mais je m'en tirais.

   Cependant aujourd’hui tout a changé. J’ai un nouveau truc.

   Afin d’encourager le partage des tâches je souhaite donc le diffuser aujourd’hui. Cette nouvelle méthode que m’a transmise ma collègue Yamina (le prénom a été changé) est non seulement très pratique, mais elle est amusante et donne même l’impression de réaliser un tour de prestidigitation. Voici donc le petit tutoriel qui vous permettra de maintenir plus aisément au-dessus des 25 % votre taux de tâches domestiques prises en charge.

Ici la démonstration se fait sur le lit de Rosa et Mireille, les deux cochons d'Inde de la famille. Taille ridicule.

Là encore, le lit n'est pas très grand, le mien fait au moins trois fois ça, mais regardez bien comment elles font mes amis.

   Dans un prochain post, je vous donnerai ma recette de liquide vaisselle, qui ne me donne toutefois par complète satisfaction, surtout quand c'est très gras. Si, mes amis, vous avez vous aussi des tuyaux, des manières de faire telle ou telle tâche ménagère, pratique et, pourquoi pas, ludique, n'hésitez pas à contacter La Plèbe, qui se veut une plate-forme de coopération et de partage pour l'adoption de nouveaux comportements moins beaufs machos ravis du fauteuil (d'ailleurs chez moi, c'est simple, il n'y a plus de fauteuil ; il a rendu l'âme et on ne l'a pas remplacé, comme ça je suis tranquille, et ma fissure anale - voir posts précédents sur ce sujet - ne s'en porte que mieux, sans compter le gain de temps quand je passe l'aspi : plus de déplacement de meuble ou de contournement par les côtés ou par le bas, pratique !).

vendredi 30 juin 2017

Jouons un peu avec les faussaires

Buffon, qui dans une pareille question n'est pas suspect, ne pensait-il pas qu'un tour de phrase heureux, une nouvelle manière de bien dire, avaient pour l'homme vraiment spirituel une utilité plus grande que les découvertes de la science ; en d'autres termes, que le Beau est plus noble que le Vrai ?
Charles Baudelaire.- Les Paradis artificiels.



      L'information a eu l'effet d'un coup de tonnerre dans le petit monde de l'Art. Dans son numéro du 31 juin 2017, le New York Times dévoilait en exclusivité le gigantesque coup de filet d'Interpol, ayant démantelé l'un des plus grands réseaux de trafiquants de contre-façons d’œuvres des plus illustres artistes occidentaux. Ces nombreuses arrestations et saisies ont été faites dans un secret sépulcral, et l'on se perd en conjectures sur les raisons qui ont poussé les autorités internationales à cacher à nos concitoyens un succès pourtant éclatant de la part de ses polices. Ainsi donc on ne nous dirait pas tout...

      Pour nous aider à réfléchir à qui tient réellement la barre du vaisseau monde et choisit de révéler ou nom aux peuples les activités menées par les pouvoirs visibles, la Plèbe vous propose un petit jeu pour qu'à l'avenir, ces foutus reptiliens ou autres voleurs d'art pour la jouissance de leurs femelles extra-terrestres ou pas, ne vous la fassent plus. Le voici :

     Tu trouveras ci-dessous certaines des oeuvres contrefaites saisies par Inter (troublant préfixe, vous ne trouvez pas, chers concitoyens nationaux ?...) pole (comme "cosmopole" ?...). Sauras-tu les rattacher au maître ayant été si sauvagement violé ?

     A toi de jouer. Nous tenons toutefois à t'avertir que certaines toiles ont été copiées à partir de peintres cubistes, ce qui ne fait que corroborer nos craintes relatives au vaste complot que nous évoquions à mots couverts ci-dessus. Mais chut ! On nous lit !

     Artiste 1 : Amedeo Modigliani



     Artiste 2 : Alberto Giacometti



     Artiste 3 : Claude Monet



     Artiste 4 : Vassily Kandinsky ou Joan Miro, je l'accorde




     Artiste 5 (la toile, pas les sculptures) : Piet Mondrian



     Artiste 6 (les sculptures, pas la toile)Joan Miro



     Artiste 7 : Vincent Van Gogh



     Artiste 8 : Giuseppe Arcimboldo



ou



ou encore




     Artiste 9 : René Magritte




     Artiste 10 : Pablo Picasso

 

ou




     Artiste 11 : Vincent Van Gogh (eh oui ! un doublon involontaire).




     Artiste 12 : Le Douanier Rousseau





     Artiste 13 : Salvador Dali



     Artiste 14 : Gustav Klimt



     Artiste 15 : Ben



     Artiste 16 : Keith Haring



ou




     Artiste 17 : Niki de Saint Phalle



ou


     Artiste 18 : Henri Matisse



     Artiste 19 : Léonard de Vinci / ..........................................



     Artiste 20 :
J'avais pensé à Edouard Manet, mais Edgar Degas va très bien.



     Et pour finir, voici quelques horribles hybridations nées de manipulations génétiques occultes de notre art bien de chez nous quoique parfois dégénéré : sauras-tu isoler chaque artiste honteusement copié dans chaque toile ?

Hybride A : Edvard Munch / Vincent Van Gogh




Hybride B : Modigliani / Picasso / Miro / Van Gogh / Haring


Hybride C : Hergé / Philippe Geluck / Pablo Picasso / Edvard Munch / René Magritte / Keith Haring









lundi 26 juin 2017

Sacqueboute XX

   Dans ses Confessions, De Quincey affirme avec raison que l'opium, au lieu d'endormir l'homme, l'excite, mais qu'il ne l'excite que dans sa voie naturelle, et qu'ainsi, pour juger les merveilles de l'opium, il serait absurde d'en référer à un marchand de boeufs ; car celui-ci ne rêvera que boeufs et pâturages. Or, je n'ai pas à décrire les lourdes fantaisies d'un éleveur enivré de hachisch ; qui les lirait avec plaisir ? qui consentirait à les lire ?
Charles Baudelaire.- Les Paradis artificiels.


   On dit souvent du trombone qu'il est un instrument éléphantesque, et il est vrai que son son rappelle bougrement celui du barrissement. Enfin, dans les films avec Johnny Weissmuler, car je ne me suis pour ma part jamais rendu dans une savane.


   Et pourtant, comme cette vidéo le montre, il n'y a pas que les éléphants à être sensibles à la musique d'un bon tromboniste.


   De quoi relancer le débat végétarisme-végétalisme / régime omnivore sélectif d'élevages à visage humain. Enfin, pour être juste il faudrait dire à visage bovin, celui à visage humain, c'est plutôt l'autre, le bio-techno-scientiste, concentrationnaire et tortionnaire. Vous direz, tout dépend aussi du niveau de l'interprète, et de ses choix musicaux. Pourtant, même dans le cas de la transposition d'une chanson je ne sais pas moi, au hasard de Vanessa Paradis (comment ne pas mourir de ridicule avec une telle association d'un prénom et d'un patronyme ? quand vous joignez à ça, la voix, le face, les inepties suffoquées, les pubs pour Chanel et les trivialités people, on atteint des sommets, non ? mais non, ça fait quarante ans que ça marche) on pourrait, par exemple, provoquer l'avortement des vaches laitières, ce qui éviterait la pure cruauté de l'abattage des veaux en surplus. Et rendrait une certaine dignité, un sens et une consistance à l'artiste en question. Mais certains crieraient à une nouvelle forme de barbarie envers les animaux, et on peut comprendre : entre perdre son veau et subir cette influence auditive (Guantanamo a été condamné par les ONG internationales des droits de l'homme pour moins que cela), la panse de nos futures mamans amies génisses doit sacrément balancer. Rien n'est simple. 

Orphée charme les animaux (1740) de François Boucher (1703-1770)

   Et puis... une vache ayant fait une fausse couche peut-elle finalement produire du lait ? Nous l'ignorons. Eh bien nous profitons de l'amplification que peut désormais donner l'internet aux grands sujets de société pour poser la question à tous les ingénieurs agronomes qui nous lisent, et nous savons qu'ils sont nombreux. Les éleveurs de boeufs peuvent aussi répondre.



Priviouslillonne Sacqueboute :

Trombone Shorty
Cinéma
Feu
Le Canadian Brass
Local Brass Quintet
Buddy Morrow
Bones Apart
J.J. Johnson
Lawrence Brown
Vinko Globokar
Les funérailles de Beethoven
Treme
Craig Harris
Mona Lisa Klaxon
Juan Tizol
Bob Brookmeyer
Daniel Zimmerman
Frank Rosolino
Rico Rodriguez
Kid Ory

vendredi 23 juin 2017

Sacqueboute XIX

      C'est par l'ami Dror de l'excellent blog musical et politique Entre les oreilles (allez-y vite ! le post publié pour le solstice d'été traite de clitoris, d'orgasmes, de musique de femmes et de théorie du complot : la canicule va vous sembler un brin frisquette à côté), que j'ai entendu parler de Trombone Shorty. Et puis je constate qu'on en entend de plus en plus parler. Même ma prof de trombone l'a vu à la télé ! Moi je ne suis pas trop branché, pour tout ce qui est actuel, je suis un peu largué. Je suis un peu passéiste, j'ai besoin que le temps ai fait le tri pour moi du vraiment bon grain, même si j'aime aussi l'ivre Ray (Charles, comme Bradbury d'ailleurs, mais je ne sais pas si celui-ci se défonçait). Bref, un peu vieux jeu le garçon. Mais là, au bout de quelques répétitions, le nom du souffleur commence à s'imprimer dans mes synapses encrassées. Ca m'avait fait pareil avec Ibrahim Maalouf, c'est par le même biais que je l'ai connu (c'était le morceau "Beyrouth", mêlant jazz, musique orientale, et Led Zeppelin !), reconnu, apprécié, même si maintenant il a trop de succès et se la pète un peu beaucoup et confond le jazz avec les mélodie de trois notes bien mémorisables par un public bankable, ce qui est un puissant répulsif pour moi (je suis peut-être méchant, ou jaloux, mais c'est l'effet que ça me fait, surtout depuis l'écoute de sa compil live, et je le partage).

      Bref, ce qui est sympa avec Trombone Shorty (il a commencé l'instrument à 7 ans je crois, le cuivre était plus grand que lui, d'où le surnom), c'est qu'en plus il est un peu militant sur les bords. Comme le montre la première vidéo.






Priviouslillonne Sacqueboute :

Cinéma
Feu
Le Canadian Brass
Local Brass Quintet
Buddy Morrow
Bones Apart
J.J. Johnson
Lawrence Brown
Vinko Globokar
Les funérailles de Beethoven
Treme
Craig Harris
Mona Lisa Klaxon
Juan Tizol
Bob Brookmeyer
Daniel Zimmerman
Frank Rosolino
Rico Rodriguez
Kid Ory

= saut de ligne. Barre d’espace :  

mercredi 21 juin 2017

La dose de Wrobly : prairial 2017 ère commune


   - Charles Baudelaire.- Les Paradis artificiels.
   Bon, étant clean depuis une quinzaine d'années, j'avoue que les histoires de drogues (alcool, évidemment, et médicaments psychotropes compris), aujourd'hui, ça m'ennuie profondément. Je ne me sens plus concerné, je suis passé à autre chose, et quel bonheur ! Quant à ceux qui, à l'instar du bon Siné, jusqu'à leur dernier souffle, ont porté en bannière comme quelque chose d'immensément transgressif, de foutrement subversif et choquant le fait de boire du pinard (parfois la fascination des porte-jarretelles leur permet une petite variante), même s'ils sont très sympathiques par ailleurs, pardon, mais sans vouloir jouer les Céline, lourdingue ! Bien évidemment ce n'est pas pour cela que j'apprécie les manches à balais dans le fion à la Philippe Val. Je souhaite évidemment une bonne éclate à tous les consommateurs, comme je souhaite aux personnes atteintes de dépendance et connaissant les souffrances insoutenables des stades avancés de cette maladie de connaître la grâce d'une prise de conscience lucide de la vraie nature, impitoyable, de celle-ci, et la foi dans la possibilité de se rétablir, par la communisation libertaire des expériences, de la force et de l'espoir d'autres malades en rétablissement. Ceci ne m'empêche nullement, je dirais presque bien au contraire, d'être favorable aux démarches de légalisation intelligente du cannabis et des autres drogues, pour qu'on cesse enfin d'emmerder les fumeurs, et qu'on réduise les risques pour les addicts chroniques. Je suis prêt à signer une pétition du CIRC s'il y en a, mais pour le reste, le sujet m'emmerde plutôt. Aujourd'hui j’atteins mes paradis à coup d'endorphines, sans passer par des produits modifiant le comportement : essorage sur le tatami, siestes délicieuses, chant ou scansion hyper ventilants, musique, plus rarement malheureusement promenades en pleine nature et inspiration des fragrances grasses, capiteuses et sucrées des floraisons végétales d'un printemps chaud, manif de tête (une liqueur forte), plus rarement encore, à cause de la pollution lumineuse, contemplation de la voie lactée, poésie,... Ce dernier moyen nous ramène à Baudelaire qui, après des descriptions des effets des drogues (celle de ceux du hachisch est d'ailleurs saisissante de vérité, et rappelle bien des souvenirs ! comme les raisonnements tordus des personnes pour qui la consommation d'alcool n'est déjà plus quelque chose d'anodin, et qui considèrent, comme Baudelaire ou son narrateur, les non buveurs comme des "imbéciles", des "hypocrites", des gens "foncièrement méchant"s : mon jugement tout craché il y a vingt ans ; ou encore ces scènes à la fois burlesques et pathétiques de muflées dantesques : un pur miroir de ma jeunesse), et des explorations en rhapsodie de nombreux champs (et pas seulement de cannabis) en rapport à ce thème, revient à cet accès au supra-naturel par la poésie, accessible à chacun sans passer par le dealer. Pour ce dernier point j'ai bien été obligé de le suivre et j'avoue aujourd'hui que je ne m'en porte pas plus mal.

   Mais à la fin de Du vin et du hachisch, étude parue en 51 et sur la base duquel Baudelaire a bâti ses futurs Paradis en 58, le merveilleux poète fait un peu figure de beauf à la Gérard de Coluche : "Le vin exalte la volonté, le hachisch l'annihile. Le vin est un support physique, le hachisch est une arme pour le suicide. Le vin rend bon et sociable. Le hachisch est isolant. L'un est laborieux pour ainsi dire, l'autre essentiellement paresseux."sic et etc. Pris au second degré c'est très drôle, mais il ne semble pas que cela ait été l'intention de Baudelaire, et c'est finalement peu étonnant de la part d'un écrivain qui effectue dans ses œuvres un va et vient constant entre cynisme morbide et génuflexion contrite. Il nous a cependant habitué à une intelligence bien supérieure : ici ses ailes de géant semblent bien l'empêcher de marcher.


   Pourquoi me direz-vous lire un livre sur les drogues si les drogues me soûlent ? Parce que j'ai relu il y a peu Les Fleurs du mal, que j'y ai pris bien du plaisir, et que j'ai eu envie d'aller plus loin que je n'avais été dans la découverte de l'auteur. J'y ai appris ou réappris pas mal de choses, notamment dans la préface. Par exemple que Thomas de Quincey (la partie des Paradis concernant l'opium est à l'origine une traduction de Baudelaire des Confessions d'un mangeur d'opium de cet auteur anglais), était dans l'Anthologie de l'humour noir de Breton, et je n'en avais aucun souvenir. Micro-pointe de rappel, quand tu nous tiens !


   Extrait de la préface de Jean-Luc Steinmetz :

   "Plus inquiétant et délibérément satanique, Aleister Crowley, sous le pseudonyme d'Olivier Haddo, donne un essai sur la psychologie du hachisch dans sa revue The Equinox, que complètent bientôt trois articles : une mise au point pharmaceutique, le texte de Ludlox cité auparavant, enfin la traductino du Poème du hachisch de Baudelaire par Crowley lui-même, qui reproche, du reste, à l'auteur des Fleurs du Mal son excessive prudence et reconnaît que le hachisch démontre surtout "qu'il existe un autre monde à atteindre". Au sein du mouvement de la beat generation adonnée aux stupéfiants, le hachisch, parmi d'autres drogues, sera considéré avec intérêt comme "la plus faible et la plus douce des lentilles grossissantes" (Ginsberg), et l'étonnant William Burroughs, s'accordant ainsi avec la pensée de Crowley, pourra dire qu'il est "un guide vers des domaines psychiques" atteignables cependant sans l'usage des drogues."


   - Antonin Artaud.- Oeuvres VII : Héliogabale ou l'anarchiste couronné et Les nouvelles révélations de l'être.
    "Dès ses premiers écrits, Artaud s'exprime au nom d'une souffrance sur laquelle il n'appelle aucun apitoiement, mais dont il dénonce la dégradante emprise. "Je penses toujours à un taux inférieur", dit-il, ou bien encore, victime d'un dédoublement nullement fantasmatique qui agence sa déperdition : "J'assiste à Antonin Artaud." Le recours à l'opium, en pareil cas, ne soigne plus une syphilis, mais un mal de vivre, et là où Baudelaire conseillait d'affronter bon gré mal gré l'angoisse, Artaud se confie aux stupéfiants, pour l'usage desquels plaide sa "lettre ouverte aux législateurs" de la loi de 1917. "Je suis maître de ma douleur", affirme-t-il. Prendre une drogue ne soulève en lui aucune curiosité particulière, puisque seul compte le résultat libérateur qu'il en attend - ce qui ne l'empêchera pas d'apprécier suffisamment Les Paradis artificiels pour vouloir en importer dans Le Théâtre et son double l'un des titres les plus notoires : "Le Théâtre de Séraphin". Les quelques pages qu'il regroupe sous cet intitulé ont beau se situer loin des remarques de Baudelaire, elles n'en signalent pas moins l'univers ainsi révélé, ou retransformé, et la volonté active de conférer une nouvelle dimension au corps de l'acteur et de l'homme. L'idée d'une "androgynéité" (le mot est de Baudelaire) est sensible, et celle d'un change humain. Mais Artaud, qui conquerra une sorte d'illumination non pas avec le hachisch ni l'opium, mais avec les champignons hallucinogènes du rite de Titiguri des Indiens du Mexique, concevra toujours l'opium comme un poison asservissant ; il pressentira le vaste réseau des dealers posé sur la société, que montrent dans leur perception paranoïaque les romans de William Burroughs."

jeudi 15 juin 2017

Quel client êtes-vous ?

« On est comme une sorte de prostituée. Le job, c’est de séduire »
Emmanuel Macron
   Nous sachant et connaissant nombre des lecteurs de ce blog grands consommateurs de telles prestations, qui, après une étude poussée du texte, ne semblent pas entrer dans le cadre des contraventions de la cinquième classe, nous nous permettons de fournir au public averti les numéros de la rue Fin de siècle où ils pourront contacter la personne qu'ils préfèrent, et établir avec elle des rapports que la pudeur nous interdit de préciser ici, afin d'assouvir des pulsions que la morale réprouve peut-être, c'est pourquoi nous nous interdisons de les nommer, attachés que nous sommes aux valeurs de vertu civique, de décence et de probité. La Plèbe vous souhaite néanmoins de prendre votre bon plaisir.

I. Prostitués → 1 


II. Filles à soldats

  • Maurice Barrès → 18
  • Paul et Victor Margueritte → 24
  • Olivier Saylor → 32

III. Soubrettes et bonnes à tout faire

  • Catulle Mendès → 39
  • René Maizeroy → 43
  • Abel Hermant → 44
  • Henri de Régnier → 46
  • Jules Claretie → 48 

Les filles de Catulle Mendès (1888) par Auguste Renoir

IV. Précieuses et pédantes

  • Paul Adam → 57
  • André Gide → 60
  • Henry Bordeaux → 65
  • Maurice Montégut → 73
  • Albert Boissière → 81
  • Saint-Georges de Bouhélier → 85

V. Chanteuses de salons et de cafés-concerts

  • Paul Verlaine → 95
  • José-Maria de Hérédia → 100
  • François Coppée → 104
  • Sully-Prud'homme → 109 

 Paul Verlaine par Frédéric Bazille, 1867, anciennement attribué à Gustave Courbet

VI. Pour clientèle catholique

  • Paul Bourget → 119
  • Léon Bloy → 132
  • Léon Daudet → 140
  • Abbé Delfour → 147
  • Charles Godard → 149

VII. Repos

  • Jacques Fréhel → 157
  • Emile Boissier → 171
  • Adolphe Lacuzon → 191
  • Paul Redonnel → 197

VIII. Quelques étrangères

  • Gabrielle d'Annunzio → 209
  • Matilde Serao → 216
  • Thomas Hardy → 221

IX. Le trottoir du Boul'Mich' 

  • Emile Trolliet → 239
  • Emile Faguet → 246
  • Louis Arnould → 254
  • Emile Gebhardt → 259
  • J. Charles-Brun → 261
  • Pierre Brun → 269
  • Camille Mauclair → 273
  • Fernand Gregh → 281

Laurent Tailhade par Félix Vallotton

X. Les sociales

  • Emile Zola → 289
  • Comtesse Mélusine → 297
  • Laurent Tailhade → 303
  • Anatole France → 316

XI. Quelques philosophes

  • Frédéric Nietzsche → 325
  • Maurice Mæterlinck → 334
  • Remy de Gourmont → 340
  • Lucien Arréat → 348 

Friedrich Nietzche par Edvard Munch

XII. Demain

[j'ai tellement pris mon pied avec Maintenant, que je crois que là je vais littéralement grimper au rideau : je cours au]

→ 353


La Macronaise

La même, live : Tachan donne toute la mesure de son génie en public. Pourquoi l'entend-on si peu, même dans des émissions dédiées à la chanson française non crétinisante (private joke) ?


      Bravo à Blaireau 58 qui a reconnu Han Ryner après de minutieuses et altérantes recherches ! Je vous mets ci-dessous les liens vers quelques passages de l'ouvrage, et vers l'intégralité d'icelui. Attention, pour les extraits, le défunt blog est complètement vérolé par des pubs intempestives. Si la lecture vous intéresse, je vous conseille de copier le texte et de le coller sur un traitement de texte solidaire et équitable. Par ailleurs je tiens à préciser que je n'ai pas (encore ?) lu ces textes, je ne peux donc rien en dire. Peut-être aurez-vous des réactions, critiques ou appréciations diverses si vous prenez connaissance de tout ou partie de ce recueil. Elles seront les bienvenues ici.

Chapitre I de Prostitués.

Emile Boissier [inconnu par mézigue].

Le Trottoir du Boul'Mich.

Laurent Tailhade [ce chapitre m'intéresserait grandement].

Le scan complet : cliquer sur les pages pour les tourner.

     Il ne me reste qu'à vous souhaiter la meilleure passe possible.

lundi 12 juin 2017

Un peu de solidité allemande

     Il sortit et referma la porte.
     
Bon Dieu, se dit-il, c'est le moment de lire pour se calmer quelques poèmes de Goethe [Ripley vient de régler son compte à coup de bouteille de Margaux sur la tronche à un magnat du tuyau américain qui lui pompait l'air pour une histoire de faux tableau. Note du blogueur]. Der Abschied ou un autre. Un peu de solidité allemande. Cette certitude qu'avait Goethe de sa supériorité, de son génie. Voilà ce qu'il lui fallait. Il prit les Goethe Gedichte, et son inconscient, ou la chance, fit que le volume s'ouvrit à la page de Der Abschied. Tom le connaissait presque par cœur, mais il n'aurait jamais osé le réciter à quelqu'un, parce qu'il craignait que son accent ne fût pas excellent. Les premiers vers le bouleversèrent :

          Lass mein Aug' Abschied sagen,
          Den mein Mund nicht nehmen kann !
     Que mes yeux disent l'adieu que mes lèvres ne sauraient prononcer...

          Schwer, wie schwer ist er zu tragen !
          Und ich bin...

     Le bruit d'une portière de voiture le fit sursauter. Quelqu'un arrivait.

Patricia Highsmith.- Ripley et les Ombres

"Les premiers vers le bouleversèrent"

     Pas à une bonne action près, en ces temps d'incertitude anxieuse, voir de pesante angoisse, La Plèbe vous offre la totalité du poème, pour vous caler un peu, ajouter une bonne dose de farine dans la pâte trop molle et trop humide de votre état de vie actuel.

"Laß mein Aug den Abschied sagen"

                           Der Abschied

          Laß mein Aug den Abschied sagen,
          Den mein Mund nicht nehmen kann!
          Schwer, wie schwer ist er zu tragen!
          Und ich bin doch sonst ein Mann.

          Traurig wird in dieser Stunde
          Selbst der Liebe süßstes Pfand,
          Kalt der Kuß von deinem Munde,
          Matt der Druck von deiner Hand.

          Sonst, ein leicht gestohlnes Mäulchen,
          O wie hat es mich entzückt!
          So erfreuet uns ein Veilchen,
          Das man früh im März gepflückt.

          Doch ich pflücke nun kein Kränzchen,
          Keine Rose mehr für dich.
          Frühling ist es, liebes Fränzchen,
          Aber leider Herbst für mich !



Bon, il a fallu que je m'y colle, on peut compter sur personne. C'est un premier jet :

Que mes yeux disent l’adieu
Que mes lèvres ne sauraient prononcer !
Dur, qu’il est dur à porter !
Et pourtant je suis bien un homme.

Triste sera en cette heure
Même le doux gage aimé,
Froid le baisé de ta bouche,
Faible la pression de ta main.

D’habitude (ou sinon ?), un léger bisou volé,
Oh ! comme il m’a ravi !
Ainsi nous réjouit une violette
Qu’on cueille tôt en mars,

Pourtant je ne cueille plus de petit bouquet,
Plus de roses pour toi.
C’est le printemps, chère Francette,
Mais malheureusement c’est l’automne pour moi !

Dernière minute. Une collaboratrice plus compétente m'envoie enfin sa traduction. Vous la trouverez ci-dessous.

ADIEU

Que mes yeux disent l’adieu
Que mes lèvres ne sauraient prononcer,
Adieu pénible, comme il me pèse!
Et pourtant, je suis bien un homme.

Même le gage le plus tendre de l’amour
Engendre maintenant la tristesse
Froid est le baiser de tes lèvres,
Fade est la pression de ta main

Jadis, une bise furtivement dérobée
O que cela me charmait!
Ainsi nous réjouit la violette
Que l’on cueille au mois de mai.

Mais je ne cueille plus de couronne,
Plus de rose pour toi.
C’est le printemps, ma chère Fränzchen
Hélas, pour moi c’est l’automne.

vendredi 9 juin 2017

Sacqueboute XVIII

   Trombone et cinéma.

   Quand j'étais gosse j'adorais les westerns. Je crois que je n'en n'ai pas vu cinq depuis ma majorité. Déjà cet âge a coïncidé avec l'absence de télévision dans les lieux où j'ai vécu. Et puis je crois que ce genre a complètement disparu. Je ne sais pas si des enfants, des adolescents voire des trentenaires savent ce que c'est qu'un western aujourd'hui. Peut-être que je me trompe, pas fait de sondage.

   Depuis cette époque ma conscience éthique favorable aux peuples libres et conscients du lien merveilleux existant entre leur milieu et eux, et hostile aux nations impérialistes, obéissantes, rapaces, travailleuses, marchandes... (ad nauseam) me ferait certainement revoir plus d'un de ces films avec le petit vélo critique pro-indien, anti yankees.

   En grandissant je me suis mis à apprécier particulièrement les westerns spaghettis, en gros Sergio Leone, notamment après le grand choc du légendaire Il était une fois dans l'ouest. Les ambiances étaient particulièrement torrides, lourdes d'orage, captivantes, voir drôles dans le côté auto-parodique. La photographie était d'une esthétique du désert et du dépouillement, qui renforçait en contrepoint le surgissement de l'ultra-violence. Et puis Télérama n'aimait pas ça, alors forcément il fallait que je m'inscrive en faux contre ces béni-oui-oui.

   Il n'a fallu qu'un vieux vinyl pour faire de moi également un fan d'Ennio Moricone, dont les musiques ont été écoutées des centaines de fois sur mon électrophone (voir dictionnaire du vieux français).

   Ici on en retrouve quelques unes, bien cuivrées.


   Quand à James Bond, c'était pas vraiment le genre de la maison, c'était plutôt Michel Piccoli ou Jacques Tati. Mais à l'école j'en entendais parler par des potes, avec tous les gadgets (moi je connaissais ceux de James West) et la tuture à 007 (ça, ça m'a toujours et depuis laissé indifférent, sauf quand elles sont très chères et qu'elles crâment). Si les hommes adultes en parlaient pour dire qu'ils préféraient Sean Connery à Roger Moore, peut-être parce que les femmes devaient penser le contraire, moi, c'était moins les James Bond girls que la voix de Shirley Bassey qui me donnaient le frisson... Bref, j'ai fini par en voir quelques uns. C'est vrai que les musiques sont pêchues et dramatiques. Ici on voit jouer Goldfinger à la trompette avec un seul doigt, celui en or, justement.


Goldfinger par Shirley Bassey, l'interprète originale



 Priviouslillonne Sacqueboute :

mardi 6 juin 2017

Sacqueboute XVII

"France pleine de rancoeur, ce qu'on peut évidemment comprendre, mais dont on ne saurait excuser la violence quand elle met le feu aux agents de police ou de gendarmerie*."
Yann Moix, écrivain, in Marianne du 19 au 25 mai 2017.


      Il a raison, l'écrivain, quelle faute de goût ! C'est en musique qu'il faudrait accomplir cette œuvre, en joignant l'utile à l'agréable que diable ! A l'éthique, combinons l'esthétique ! 


  Membres de la France pleine de rancoeur mélomanes à l'entraînement.


* Les compagnons d'intervention des unités de police urbaine, les gendarmes mobiles et les compagnons républicains de sécurité possèdent des vêtements de qualité, contrairement aux manifestants. En plus de leurs casques dont la visière peut arrêter les petits calibres, de leurs protège-tibias, de leurs éléments haut de protection pare coups, ils possèdent des pantalons ignifugés, des vestes ignifugées, des polos manches longues ignifugés, et des caleçons longs ignifugés ! Or, en ce qui concerne les brûlures, tout est question de temps d’exposition, et la flamme géante provoquée par l’explosion d'un cocktail molotov ne dure qu’un instant. Le jet de ce type de projectile étant de surcroît rarissime en manifestation, quand les médias du pouvoir prétendent que l'un d'entre eux a été blessé par ce biais, ils mentent (je vous laisse finir la phrase). Les armes dites non létales des troupes du maintien de l'ordre, en revanche, mutilent, blessent grièvement, et tuent des hommes pour ainsi dire nus face aux rangées de fonctionnaires en tenues anti-émeute.


 Priviouslillonne Sacqueboute :

vendredi 2 juin 2017

Jouons un peu avec les migrants

      Apparemment y a plus de migrants... Enfin je ne sais pas, je ne regarde pas la télévision, ni la radio ou l'internet dominant, mais il me semble que, comme les drogués, cette catégorie de personnes souffrantes qui défraya la chronique entre haine et compassion ont disparu des gazettes et autres médias. Pourtant, plusieurs dizaines de migrants sont morts noyés mercredi en huit, dont beaucoup de très jeunes enfants, après être tombés d’une embarcation surchargée au large de la Libye où la tension monte entre humanitaires et garde-côtes libyens. Mais il faut croire que le spectacle doit se renouveler, pour que le show goes on, et il faudra peut-être attendre, après le gros morceau des présidentielles, que le festival de Cannes, Roland-Garros et les législatives soient passés pour qu'on en entende reparler. 

      A la Plèbe, par contre, on lâche pas le morceau. Alors on va vous parler d'Ali. Ali est un jeune syrien ayant fuit la guerre et les persécutions. Son périple dans la Méditerranée en quête d'un port pour poser son lourd bagage est digne des plus rocambolesques romans d'aventure, n'était la souffrance, la peur et la mort qui, dans son cas, n'étaient pas une combinaison d'images crées par l'imagination et de caractères d'imprimerie noircissant une page blanche. Il a bien voulu nous raconter son périple de saute frontière damné de la terre, d'éternel Caïn des mers rejeté sans cesse de rive en rive, loin de l'hospitalité et de la possibilité de trouver un bout de terre, un terrain, un lieu, une maison, une autonomie, des liens d'amitié.

      Voici, en résumé, les différentes étapes qu'il a suivies, à partir de son premier appareillage en Méditerranée, depuis les côtes de Turquie.

     1- Il est donc parti de Turquie, embarquant dans une coque de noix surpeuplée au sud du détroit des Dardanelles, espérant rejoindre une petite île de la mer ionienne ou des membres de sa famille, partis avant lui, l'attendaient. L'embarcation est parvenue à doubler le cap Malée, extrême pointe du Péloponnèse sans trop d'encombres, malgré les affres que vous imaginez. Mais là, un vent de tempête les entraîne, les détournant de leur erre, à l'ouest, vers l'inconnu, bien au delà du golfe de Corinthe et de la mer ionienne... 


     2- Paf ! Le voilà jeté à Djerba, au sud-est de la Tunisie. Il y rencontre des mangeurs d'all inclusive, prolos + sans conscience des pays riches venant oublier leurs humiliations de 11 mois en se gavant au soleil dans les anciennes colonies ou autres pays sous tutelle de la finance internationale qui les presse de s'intégrer dans l'Economie en étranglant leurs populations. Mais c'est moins cher. Ali y bosse pour survivre quelque mois comme soutier à la plonge, au ménage et comme serveur.

Djerba

      3- Prêt pour un autre départ, il embarque sur un nouveau bateau de type gonflable. Débarquement en catastrophe dans un pays de volcan : les Champs Phlégréens, sur le golfe de Pouzzoles (Golfo di Pozzuoli), sur la façade nord-ouest de la baie de Naples. Il y travaille comme saisonnier sous l’œil d'une police vexatoire et d'une mafia avide et brutale.

Vue sur la baie de Naples. Une Margherita offerte à qui découvrira l'origine de cette photo.
 
     4- Nouveau départ sur un petit bateau de pêche moyennant finances. Le capitaine se jugeant sous-payé en cours de route, les dépose à Stromboli, dans l'archipel des Lipari. Rien de notable ne lui arrive sinon un vent violent tout le long de son court séjour sur cette île.

Une des îles éoliennes, ou Lipari.


     5- Il repart sur un grand voilier de plaisance sur lequel il a réussi à se faire embaucher comme homme de peine. Direction la Sardaigne, Porto Pozzo, sur la côte des bouches de Bonifacio, où il échappe de peu à une ratonnade par une équipe de joueurs de rugby éméchés en villégiature.


     6- Il s'échappe, seul, sur le canot de sauvetage du voilier de ses employeurs, avec lequel il parvient à retourner en Italie, à mi chemin du golfe de Naples et de l'embouchure du Tibre, au bord de la mer Tyrrhénienne, au sud du Latium, exactement au pied du mont Circé. Il vivra ici une orageuse histoire d'amour avec une éleveuse du cru envoûtante et dominatrice, qui l'aima d'un amour possessif et ardent. Un jour qu'il était parti marcher pour faire le point dans sa tête, il s'est endormi près du lac Averne, sur cette même baie de Naples, et il rêva que tous ses compagnons de voyages morts noyés étaient là, et lui reprochaient de ne pas rejoindre les siens.

Le lac Averne

     7- Il prend donc congé de son hôtesse et embarque dans un chalutier à la pêche à la sardine au large de la presqu'île de Sorrente.

     8- Pris dans une tempête, décidément, le bateau manque de s'écraser sur un récif juste avant d'échapper de peu à un tourbillon géant, de part et d'autre du détroit de Messine.


     9- Jeté en Sicile, il y passe trois mois à se faire dorer au soleil, vivant d'expédients. Puis il repart encore, sur un esquif, espérant en voyant s'éloigner les deux amers du détroit séparant Vulcano de Lipari, dans les îles éoliennes de nouveau, que cette fois il pourra se rapprocher de sa famille en mer ionienne.

     10- Ce n'est évidemment pas ce qui s'est passé. Dans le but de fuir des garde-côtes, il met cap à l'ouest, à l'opposé de sa destination. Le moteur tombe en panne, les courants l'emportent... sur le bord africain du détroit de Gibraltar ! Il vit dans des campements plusieurs mois encore au pied du mont Atlas. Là encore il connait une idylle torride et clandestine avec une veuve. La femme voulait le garder, il devait partir. Re-départ naval. 

Là, pour rester dans nos habitudes de lecture de carte, je ferais faire un quart de tour horaire à celle-ci.


     11- C'est presque la fin de son parcours du combattant, finalement tout sourit à la nouvelle embarcation, vents, courants, absence d'avarie. En quelques jours il accoste à Corfou ! La chance s'y trouve encore, loi des séries, il rencontre des membres d'une association d'aide aux migrants qui prennent soin de lui et lui permettent de se reposer et de reprendre des forces sur cette île que plus d'un assujetti social comme moi rêverait de fréquenter quelques semaines. 
 
Corfou

     12- Grâce à ces nouveaux amis, il peut rembarquer en sécurité et se diriger au sud, vers la petite île de Zanthe, ou il retrouvera sa femme, son fils et d'autres proches qui, en l'attente imminente du statut de réfugié, et encore grâce à l'aide d'associatifs de l'hospitalité, participent à une coopérative textile bio à base de laine de caprin. Ici se termine son périple. Jusqu'à quand ? Tout ce que je lui souhaite, c'est de ne pas venir au pays des macrons. Un caprin oui, un macron non !

Enfin Zanthe, fin du voyage...

    Conclusion : les migrants sont des héros, et nous devrions les accueillir comme tels, les bras ouverts.

    Mais, au fait, en rédigeant ce périple de damné de la terre, le nom du voyageur malgré lui a été changé, ainsi que quelques détails de son épopée. Sauras-tu corriger tout cela ? Allez ! Un indice quand même : il ne s'agit pas de Panaït Istrati.