mardi 12 novembre 2019

Tueurs : petits bras et champions du monde

- Les Temps modernes de Charles Chaplin.


   Saviez-vous que cette chanson, reprise par pas loin de cent interprètes, vient à l'origine (et sans paroles) essayer de redonner le sourire à une adolescente prolétaire à la rue et en cavale des services sociaux-carcéraux, dans le film Les Temps modernes de Chaplin. Saviez-vous de surcroit que ce tube intersidéral était une composition de Chaplin lui-même. Chaplin qui non content d'être acteur et réalisateur, composait une bonne partie de la musique de ses films. Avec l'aide d'un secrétaire musical cependant. Savez-vous pourquoi ? Ce violoniste virtuose et compositeur fructueux ne savait pas lire la musique. Il chantait, donc, ou jouait, et le secrétaire prenait note.

   Le film est une critique féroce mais désopilante du capitalisme. De la parcellisation déshumanisante du travail fordiste en usine, au chômage, à la misère, à la prison pour les pauvres, aux luttes, à la répression.


versus


Finalement, Paulette Goddard retrouvera le sourire.

- Le Dictateur de Charles Chaplin.
   Qui ne connaît pas la scène du Dictateur ou Adenoïd Hynkel (caricature d'Adolf Hitler) improvise un ballet halluciné avec une mappemonde-ballon géante ? J'ai rencontré un tel malheureux ignorant. Il y a quinse jours j'en ai parlé à la sortie du vestiaire à un dentiste à la retraite qui m'avoua benoitement, n'avoir jamais vu Le Dictateur. Heureusement sa femme lui a réservé deux sorties théâtrales pour les semaines à venir : Lorant Deutsch et Michel Sardou. Finalement on se rapproche un peu d'Adenoïd Hynkel... Mais cessons de franchir rossement le point Godwin pour revenir à cette scène d'anthologie. Vous souvient-il de la musique choisie par Chaplin pour accompagner les rêves de conquête d'Hynkel / Hitler ?



   Eh oui ! ça vous est revenu, c'est Löhengrin de Richard Wagner. Magnifique, évidemment. Mais le choix est particulièrement ironique quand on se rappelle que, si Wagner fut révolutionnaire et fréquenta Bakounine dans sa jeunesse, il est aussi connu pour son antisémitisme ultérieur, et sa musique est souvent associée au IIIème reich. Comme disait Woody Allen : "Quand j'écoute trop Wagner, j'ai envie d'envahir la Pologne". Cependant l'émotion pure que provoque cette musique peut être captée et récupérée par les pires assassins, comme elle peut aussi évoquer les sentiments les plus hauts. Ainsi, paradoxalement, Chaplin reprend Löhengrin pour la scène finale du film, qui voit renaître l'espoir et la détermination de lutter pour un monde meilleur.


- Monsieur Verdoux de Charles Chaplin.
   Charles Chaplin jugeait que Monsieur Verdoux était "le film le plus intelligent et le plus brillant de toute sa carrière". Je pense que c'est aussi la meilleure évocation de l'histoire de Landru.

Retranscription de la scène du procès, à la fin du film :

   Le président : "Monsieur Verdoux, avez-vous quelque chose à ajouter avant le prononcé de la sentence ?"

   Verdoux : "Oui, Monsieur le président. Quoique Monsieur le procureur ne m’ait pas accablé de compliments, il m’a accordé du moins une intelligence brillante, merci Monsieur le procureur, c’est exact. J’en ai fait durant trente-cinq ans un emploi honnête. Après quoi, on m’a remercié. Je me suis vu forcé de m’établir alors à mon compte. Et si je me suis baigné dans le sang, la société m’y a encouragé, car n’est-ce pas elle qui fabrique des armes destructrices dans le seul but d’exterminer des hommes ? Ne tue-t-elle pas elle aussi des femmes sans défiances ? Et des enfants, qui en ont moins encore ? Et en usant de moyens très scientifiques ? Ah ! En fait de bain de sang, je ne suis guère qu’un modeste amateur. Et entre nous, je ne voudrais pas perdre mon calme au moment où je vais perdre la tête."

   Plus tard, en attendant son exécution pour ses crimes, Verdoux dit à un journaliste : « Un meurtre fait un malfaiteur… des millions un héros. Le nombre sanctifie mon bon ami. »

   Rappelons que le Barbe-Bleue de Gambais commit ses méfaits juste après la première guerre mondiale, 10 millions de morts, et Monsieur Verdoux naquit juste après la seconde, 55 millions. Autour et entre ces deux guerres, des millions de personnes surnuméraires furent jetées dans la misère par le capitalisme, ses crises de croissance ou ses dépressions.


Ma dernière actu ciné.

vendredi 8 novembre 2019

Les artistes sont décevants


Il y a eu la fois où les Parabellum étaient dans leur loge et moi je voulais leur parler, j’ai commencé à me péter l’incruste et le chanteur, Schultz, a appelé la sécurité pour me virer. J’étais dégoûté en sortant de la loge entouré par deux vigiles, du coup je suis monté sur scène pendant le concert et j’ai crié dans le micro que les Parabellum étaient des enculés, tout le monde criait après eux, ils avaient tous l’air d’accord avec moi, quand tu vois un groupe comme Parabellum ki se dit punk, qui chante « Mort aux vaches » et ki dépense du pognon pour la sécurité, c’est se foutre de la gueule du monde !


Quand j’ai su que le guitariste des Bérurier Noir avait formé un groupe ki s’appelait « Traumatisme » et venait chez Emile, j’ai été curieux de le voir jouer, mais ma curiosité était teintée de dégoût. Dès le début du concert il m’a fait une remarque parce que j’avais attaché Lally à mon sac à dos, sachant que dans son groupe il y avait des cracheurs de feu, et je savais que Lally paniquait à la vue du feu. Résultat Lally a pris peur et s’est réfugiée derrière la batterie du squat, en entraînant mon sac à dos et ce con de Laurent me dit : « T’as qu’à lui mettre sur son dos pendant que tu y es ! » d’un air hautain, puis une fois dehors il me dit qu’il a des chiens-loups enfermés dans son camion, sa conversation tournait toujours autour de lui-même, il était décevant. Le contraire du chanteur, François. Lui, après un concert à côté de Lille, était dans son coin tout seul en train de fumer sa clope, et tu pouvais lui parler sans qu’il ne monte sur ses grands chevaux, une personne simple et sympa.


Il y a eu un concert des Dead Kennedys (sans Jello Biaffra, leur ex-chanteur) c’est un super groupe des Etats-Unis, ils étaient venus avec un grand bus pour jouer dans une salle collée à un bar, une fois le concert fini ils sont venus au bar avec le public, ils n’avaient pas la grosse tête, on a fait la fête et on a dansé toute la soirée c’était génial. C’est pas comme François Hadji-Lazaro. Je voulais rentrer au concert des Garçons Bouchers, je lui ai demandé de me faire entrer gratos il a refusé, je lui ai rappelé qu’avant il jouait dans les squats et qu’on avait été son premier public. Mais il m’a répondu que c’était du passé, il est gros comme un éléphant mais il a une petite mémoire. Je l’ai traité de tous les noms, il a rien dit, il a baissé la tête et s’est engouffré dans sa caisse. Il est parti la queue en tire-bouchon entre les jambes.


Extraits de Triste réalité, de Robière, Nazéroued éditions.

lundi 4 novembre 2019

Nihon sayonara !

Mon dernier matin
Aéroport du Kansai
Jane Chihiro !
Lundi 6 mai 2019


     Bon, voilà, la soirée diapo se termine, j'arrête de vous embêter. Vous allez pouvoir aller fumer votre clope et vous dégourdir les jambes.


Domo arigatogozaimashita !


Ōsaka

Toulouse

L'aéroport international du Kansai est construit sur une île artificielle dans la baie d'Ōsaka. Le métro (ou le RER...) enjambe donc le bras de mer séparant la grande île de la petite, une fois n'est pas coutume... 



Il était très tôt, ce lundi matin. Au revoir les amis !

mercredi 30 octobre 2019

Sacqueboute LV : Guive

   Guive est un tromboniste et chanteur de reggae français, invité par les Booboozzz All Stars pour une reprise du It's Not Unusual (de Tom Jones), et qui a sorti son propre disque il y a quelques mois, dont voici un extrait :

La musique est mon remède. Ça me fait penser à cette phrase d'Albert Ayler : "Music is the healing force of the universe."

   Dans cet opus on peut aussi, entre autre, écouter une reprise de Ray Charles, Unchain my heart.


   En prime, une chronique du dernier concert de Trombone Shorty à Paris.

Pete Murano, Trombone Shorty.


   Merci à Dror pour ces belles découvertes, et toutes celles que l'on peut faire et que j'ai personnellement faites sur son blog.



Priviouslillonne Sacqueboute :
Voilà du boudin
Bruce Fowler
Glenn Miller
Nils Landgren
Grachan Moncur
Le Trombone illustré
Bettons Tenyue
Watt
Curtis Hasselbring
Steve Turre
Les trois trombonistes de Marc Ducret
Yves Robert
Daniel Casimir
Gary Valente
Chicago
Moon Hooch
Raymond Katarzynski
Albert Mangelsdorff
Christiane Bopp
Honoré Dutrey
Viscosity
Fred Wesley
Dave Lambert
Roswell Rudd
Curtis Fowlkes
Melba Liston
La Flûte aux trombones
La Femme tronc
Journal intime
Gunhild Carling
Nils Wogram et Root 70
Carl Fontana
Animaux
Trombone Shorty
Cinéma
Feu
Le Canadian Brass
Local Brass Quintet
Buddy Morrow
Bones Apart
J.J. Johnson
Lawrence Brown
Vinko Globokar
Les funérailles de Beethoven
Treme
Craig Harris
Mona Lisa Klaxon
Juan Tizol
Bob Brookmeyer
Daniel Zimmerman
Frank Rosolino
Rico Rodriguez
Kid Ory

vendredi 25 octobre 2019

Nihon yôkoso XIX

Le parc aux gazelles
Je m'allonge près de la mare
Les grenouilles m'effraient
Vendredi 5 mai 2019



Aujourd'hui excursion dans la capitale du Japon de 710 à 784, Nara.

Les cerfs et les daims y sont comme chez eux.





Pour la première fois de mon séjour, je mange en seiza (assis sur les talons), dans un resto traditionnel. La position m'est familière, aïkido oblige, mais j'ai quand même alterné un certain nombre de fois seiza et tailleur (position de substitution autorisée si on a mal aux genoux).



On se demande pourquoi les Japonais sont si minces. C'est simple, après avoir nettoyé le premier plateau, nous autres occidentaux vautrés sur nos fauteuils en aurions commandé un autre. Ici, on a tellement mal aux jambes qu'on est bien content d'en rester là et de sortir se les dégourdir !








Et là, retour vers la gare, une apparition, le bled m'appelle ! Eh gus, il est temps de revenir bosser ! Rayonnement mondial, même si approximatif, du 9-3 !!!

lundi 21 octobre 2019

La dose de Wrobly : vendémiaire 2019 EC



- Thierry Jonquet.- Rouge, c'est la vie.

Extrait 1 :

[…] le 30 juillet 1903 […] Bruxelles où s’ouvrit ce jour-là, en catimini, le second congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie […] conclave secret, conspiratif. Ce congrès n’est pas anodin. Ses conséquences ont pesé assez lourd dans l’histoire du siècle [...]. Les débats qui s’y déroulèrent, ces débats auxquels participèrent quelques messieurs barbus dont on ne possède même pas une photo de groupe, pourraient paraître totalement ésotériques. Ils étaient cinquante-cinq, les messieurs en question. Une belle poignée d’allumés qui s’étaient juré de faire la peau au régime tsariste, de conquérir le pouvoir depuis l’Oural jusqu’à Vladivostok. Et qui y sont parvenus. Des marginaux, des rêveurs. Des clandestins qui vivaient sous de fausses identités, poursuivis par l’Okhrana, la police politique du tsar, des proscrits toujours à mi-chemin entre l’exil à Londres, Paris, ou la déportation en Sibérie.
   Transportons-nous dans le temps, dans l’espace, à Bruxelles, en 1903. Les délégués se retrouvent. Le POSDR n’est qu’un groupuscule à l’avenir incertain. Son leader s’appelle Lénine. Il dirige un journal confidentiel, l’Iskra, l’Etincelle. Les « sociaux-démocrates » regroupent quelques petits cercles militants, intellectuels pour la plupart. Ils cherchent à gagner en influence dans la classe ouvrière qui commence à se développer en Russie. Ces cercles ne représentent quasiment rien en regard d’une organisation de masse, rassemblant déjà, elle, des milliers de travailleurs. Le Bund, le Parti socialiste juif. Le Bund, composante parmi d’autres au congrès du POSDR de 1903, n’a droit qu’à… trois délégués, alors que n’importe quel minuscule comité local du POSDR dispose à lui seul de deux mandats ! L’infrastructure clandestine du Bund s’est pourtant chargée de l’acheminement de tous les délégués jusqu’à Bruxelles. Autant dire que sans le Bund le congrès ne se serait tout simplement pas réuni. N’auraient pu s’y rendre que les militants déjà exilés. C’est-à-dire Lénine et ses proches. Isolés, coupés des masses qu’ils entendaient mener à la bataille.
    La question primordiale débattue lors de ce congrès concernait la nature du dispositif organisationnel à mettre en place. Groupuscule, le POSDR aspirait à devenir un véritable parti, mais de quel type ? Lénine opte pour une armée de révolutionnaires professionnels, ultra-centralisée, dirigée par un état-major omnipotent. Ses adversaires défendent au contraire l’idée d’une fédération d’organisations libres de leurs décisions, coordonnant de façon bien plus souple leurs actions vis-à-vis du centre directeur. A l’issue du congrès de 1903, Lénine l’emporte. Il devient majoritaire, bolchevik, en russe. Ses détracteurs deviennent minoritaires, c’est-à-dire mencheviks.
    A ce congrès, le Bund revendique le droit de représenter la classe ouvrière juive, ès qualités. A défaut d’un territoire national, il existe une langue – le yiddish -, une culture affirmée, des traditions multiséculaires, les délégués du Bund pensent que cela suffit pour affirmer la spécificité de leur organisation dans la fédération qu’ils espèrent encore voir naître. Ce droit leur sera refusé. Lénine ne transige pas. Trotski, qui participe au congrès, non plus. Juive ou goy, la classe ouvrière est une, indivisible. Le Bund ne cède pas. De ce fait, il se condamne à rompre avec le POSDR. Rupture douloureuse. Dramatique. Certains délégués en ont les larmes aux yeux. Les représentants de la classe ouvrière juive de Russie, de Pologne, d’Ukraine vont désormais suivre leur propre chemin.
    Quatre mois auparavant, en avril, l’opinion internationale avait été frappée de stupeur, d’indignation, à la suite d’un pogrom survenu à Kitchinev, en Bessarabie. Quarante-sept morts, six cents blessés. Le pogrom de Kitchinev marqua une rupture, un tournant dans l’attitude de la communauté juive à l’égard de ses tortionnaires. Ce n’était pas le premier pogrom, et ce ne fut pas le dernier. Mais, à la suite de cette tuerie, le Bund se décida à organiser des milices d’autodéfense. Révoltés par le pogrom de Kitchinev, certains délégués bundistes qui arrivaient à Bruxelles pour débattre avec Lénine de l’avenir du POSDR avaient une question à poser, une petite question, pas théorique, mais bien concrète. Une question à cent kopecks : les pogromistes n’étaient-ils pas, par hasard, en partie recrutés parmi les travailleurs sociaux-démocrates russes avec lesquels les bundistes espéraient édifier un monde fraternel ? Dans l’hypothèse d’une réponse affirmative, était-il encore possible de croire au socialisme après Kitchinev ? 

Extrait 2 :

   Les maoïstes ? Victor les trouvait assez rigolos avec le Petit Livre rouge qu’ils agitaient à tout propos, comme un talisman, un grigri. La lecture de La Cause du peuple, leur journal, n’était guère fatigante, intellectuellement parlant. On comptait le mot « peuple » à peu près cinq fois par paragraphe. La syntaxe était pauvre, rien de plus normal, puisque conçue pour être assimilée par ledit peuple, lequel est asses fruste, comme chacun sait. Dès qu’ils se trouvaient placés en difficulté lors d’une discussion un peu vive, les maos s’en tiraient en scandant Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao ! Et les anars de répliquer, imperturbables Pif, Pifou, Tonton, Tata, Hercule ! Ce qui plongeait les premiers dans une rage folle.

Extrait 3 :

   Bardé de toutes ces munitions polémiques, Victor s’enhardit. Au lycée, les discussions avec les ex-copains de la JC devinrent saignantes. Il en savait désormais bien plus qu’eux, hélas, sur l’histoire de leur propre parti. Le Pacte germano-soviétique, la demande faite aux Allemands de laisser L’Huma reparaître en pleine Occupation, le « retroussons nos manches » ou le « il faut savoir terminer une grève » lancés par Thorez à la Libération, sans compter les pleins pouvoirs votés à Guy Mollet au début de la guerre d’Algérie, et d’autres encore plus croustillantes, il leur envoyait tout dans les dents.



- Marcel Aymé.- Clérambard.

Extrait 1 :


   Araignée, ma sœur, sois la bienvenue chez nous. Hier encore, je n'étais qu'un pauvre ignorant et j'aurais laissé ma femme t'écraser. Mais depuis, un peu de lumière du ciel est descendu dans mon cœur. Je sais maintenant ce qu'un homme doit de tendresse et de respect à toues les créatures [...]. Non, tu n'es pas une bête répugnante. Ton corps a la forme d'un bel ovale. Tes longues pattes poilues sont finement dentelées. Tu es comme la fleur d'un fil de la Vierge. [...] Désormais tu seras la joie de la maison et notre amitié en sera la douceur. [...] Va, petite soeur, va. Tu es chez toi, libre d'aller et venir à ta volonté. Ici, tu n'as pas besoin de vivre cachée. [...] Ta vie m'est aussi précieuse que celle de ma femme. [...] Elle est allée se nicher derrière le portrait. Peut-être qu'en ce moment, elle passe la tête en dehors du cadre pour regarder ce que je fais. Comme c'est charmant, ces petites bêtes !


   Je n'ai pas encore lu tout le théâtre de Marcel Aymé, mais je crois que cette pièce-ci est vraiment la meilleure. Hilarante. L'indignation et l'incrédulité étreignant les honnêtes gens face à la défection de l'un d'entre eux me semble être susceptible de constituer une véritable caresse, spirituellement érogène et consolatrice, pour tous les prolétaires aspirant à une vie simple et libre. Qui plus est à chaque réplique de Clérambard je crois entendre Philippe Noiret, ce qui n'est pas pour affailblir ma jubilation, d'autant que j'aime autant Yves Robert que Marcel Aymé. Le préfacier du livre dit de Clérambard (qui vit un éveil spirituel, une transformation soudaine et radicale de sa vision du monde, de ses motivations, de sa personnalité, de ses objectifs) qu'il passe d'un excès à l'autre. Je ne trouve pas, c'est renvoyer dos à dos une fois de plus l'instrumentalisation du vivant, et sa reconnaissance comme élan partagé. Certes le vocabulaire relié au concept bizarroïde et un peu baroque de "Dieu" et tout le folklore qui l'entoure suite à certaines circonstances historiques n'est pas utile pour l'enseignement éthique qu'on peut retirer de l’œuvre, mais il fallait bien relier la conversion de l'aristocrate ruiné à des références culturelles, même si cultuelles, connues de tous. En tout cas, aimer le vivant et m'assoir sur la morale bourgeoise, moi ça me va. Aujourd'hui, Clérambard serait zadiste. Et cet héroïsme, dont je ne suis, à l'instar de l'immense majorité de mes concitoyens attachée à ses chaines semblant malgré tout garantir un confort auquel envisager de renoncer apparaît au-dessus des forces ordinaires, pas habité, cet héroïsme ne devrait en être que plus inspirant pour le décliner, en masse, en force collective libératrice plus abordable mais plus efficiente pour tous.


Extrait 2 :


LE CURÉ


   Votre zèle m'apparaît des plus respectables, mais prenez garde d'être présomptueux. Rien ne vous a préparé à la tâche que vous prétendez assumer. Vous pouvez vous tromper et entraîner les autres dans l'erreur.
CLÉRAMBARD
 
   Même si je reste fidèle , humblement fidèle à l'enseignement de l’Évangile ?
LE CURÉ
 
   Malheureux ! Comment saurez-vous si vous lui êtes fidèle ? L’Évangile est une nourriture qui a besoin d'être accommodée, comme toutes les nourritures. Et l’Église, seule, a compris la nécessité de protéger les fidèles contre la parole du Christ. Elle seule sait les retenir sur la pente des interprétations dangereuses.
CLÉRAMBARD
 
   Je n'ai pas l'intention de me priver des lumières de l'Eglise.
LE CURÉ
 
   Tant mieux. Mais l’Église se méfie des francs-tireurs et à juste titre. D'autre part, en ce qui concerne les miracles...
CLÉRAMBARD
 
   Vous avez raison, je m'étais trompé. Il n'y a pas eu de miracle.
LE CURÉ
 
   Ah ! Vous n'y croyez plus !
CLÉRAMBARD
 
   Non, pas à celui-là, mais je crois aux miracles passés et à venir, car il y en aura encore, j'en suis sûr. Il y en aura jusqu'à la fin des temps. Et je ne désespère pas qu'un jour Dieu me favorise d'un miracle. Ce n'est pas que j'en aie besoin pour assurer ma foi. Je n'en suis plus là. Mais je voudrais pouvoir en témoigner à la face du monde ! Ah ! de quelle ardeur je témoignerais ! Ce miracle-là, je le proclamerai d'un bout à l'autre de la terre, par les villes et par les campagnes ! Et on m'entendra gueuler dans les rues et aux carrefours et sur les places ! J'en étourdirai les passants, les hommes et les femmes, les curés aussi ! Et pour ceux qui oseraient ricaner, je me charge de leur frotter les oreilles !
LE CURÉ 
 
   Vous ne changerez jamais. Ni la foi, ni la charité, ni François d'Assise n'y feront rien. Vous resterez l'homme violent, excessif, intransigeant, que vous avez toujours été. C'est ce qui me fait peur pour vous, monsieur le Comte. Qui sait si vous n'allez pas, dans un mouvement de charité inconsidéré, vous enflammer pour des idées soi-disant généreuses et, disons le mot, révolutionnaires ?
CLÉRAMBARD
 
   Pourquoi pas ? Il y a tant d'injustice dans le monde !
LE CURÉ 
 
   J'en étais sûr ! Vous voilà déjà parlant justice et injustice ! Sachez-le, Notre-Seigneur lui-même ne fondait aucune espérance sur la justice de ce bas-monde. Ce n'est que dans l'au-delà que la veuve et l'orphelin peuvent compter sur Lui.
CLÉRAMBARD 
 
   Curé, vous êtes en train d'interpréter les Évangiles.

vendredi 18 octobre 2019

Justicières, courtisanes, actrices, esclaves, servantes impératrices, marchandes de fleurs.

    • 1945 : L'Épée Bijomaru (名刀美女丸, Meitō bijomaru)
   C'est en forgeant qu'on devient forgeron : artisanat, amour et vengeance. L'action se situe à la fin du shogunat Tokugawa, dans la deuxième moitié du XIXème siècle.

   • 1946 : Cinq femmes autour d'Utamaro (歌麿をめぐる五人の女, Utamaro o meguru gonin no onna)
   Biographie du peintre Utamaro Tikagawa (1753-1808). Je connaissais Hokusai, le "vieux fou de dessin" vous savez, le peintre du célèbre tsunami (pour le situer dans le temps, savoir qu'il est de la même année que l'un des mentors de ce blog, Gracchus Babeuf - 1760 -), mais c'est ce film qui m'a fait connaitre Utamaro, spécialisé dans les jolies femmes. Le film commence par une provocation en duel du peintre par un noble appartenant à une ancienne école d'art plastique, à charge de laquelle il avait pu lire un brocard émanant du premier sur une estampe. Utamaro refuse le combat au sabre, mais propose un affrontement au pinceau. Le dessin de la personne de qualité est jugé parfait par Utamaro, la personne dessinée ayant juste un défaut, elle est morte. Quand Utamaro esquisse son propre croquis, l'aristo est subjugué et décide de tout quitter, en renonçant à un riche mariage néanmoins d'amour, pour devenir disciple du génie qu'il vient de découvrir, et vivre son art avec lui dans les milieux interlopes qu'il fréquente entouré de nombreuses amitiés féminines, aux destins variés, heureux ou tragiques...

 Utamaro.- Trois beautés de notre temps.

 Hokusai.- La Grande vague de Kanagawa.

   • 1947 : L'Amour de l'actrice Sumako (女優須磨子の恋, Joyū Sumako no koi)
   Pas évident de monter la Maison de poupée d'Ibsen à la fin de l'ère Meiji (1868-1912). C'est ce que feront l'actrice Sumako et le metteur en scène Shimamura. Non contents d'introduire un théâtre autre que le kabuki dominant à l'époque, ils vivront scandaleusement dans l'adultère puis le concubinage, tout en professant des idées avancées, par exemple qu'une fille peut choisir son amoureux. Encore un film dont l'intention est de raconter la vie de personnes réelles et connues.


   • 1954 : L'Intendant Sansho (山椒大夫, Sanshō dayū)
   Risqué de prendre la défense de la plèbe face aux cruels décret gouvernementaux lorsqu'on n'est qu'un détenteur local de l'autorité. On finit déporté, sa femme et ses enfants vendus et réduits en esclavage. Certains s'en sortiront, certes, mais pas indemnes. 


   • 1955 : L'Impératrice Yang Kwei-Fei (楊貴妃, Yōkihi)
"La pure fleur de lotus s’épanouit sur un étang boueux, le bois de santal parfumé sort du sol, les gracieuses fleurs de cerisier proviennent des arbres, la belle Yang Guifei était la fille d’une femme de basse condition, et la lune s’élève de derrière les montagnes pour les éclairer."
Nichiren.
Ici, bien sûr, nous sommes en Chine, au VIIIème siècle, sous les Tang.

   • 1964 : My fair lady
   L'hilarante adaptation de la comédie musicale de Broadway, elle-même transposée de la désopilante pièce du sympathique George Bernard Shaw, Pygmalion. Finalement, à quelques différences près, de circonstances, de péripéties et de ton, c'est un peu la même histoire que dans le film précédent...


Extrait :
The flower girl : I want to be a lady in a flower shop stead of selling at the corner or Tottenham Court Road. But they won't take me unless I can talk more genteel. He said he could teach me. Well, here I am ready to pay him - not asking any favour - and he treats me as if I was dirt. [...]
Higgins [tempted, looking at her] : It's almost irresistible. She's so deliciously low - so horribly dirty* -
Liza [protesting extremely] : Ah - ah - ah - ah -ow - ow - oo - oo !!! I ain't dirty : I washed my face and hands afore I come, I did.
Pickering : You're certainly not going to turn her head with flattery, Higgins.

* "dirty", "sale" en anglais, signifie aussi et en l'occurrence "obscène".


   My last movie news, make no mistake !

lundi 14 octobre 2019

Nihon yôkoso XVIII

Ascenseur de verre
Vermeer, château, gratte-ciel
Avec le soleil.
Jeudi 4 mai 2019

   
Découvrir les œuvres de Vermeer dans toute leur aura à Osaka, assez inédit. Le musée n'est pas grand, et il y a du monde : difficile d'approcher les chefs-d’œuvre. Mais là j'ai quand même l'impression qu'il y a quasiment l'intégrale. Sauf la Laitière, privatisée par Yoplait comme on sait.

Bon, ça devient lassant, après Notre-Dame et la tour Eiffel, voici la grande arche de la Défense. L'Umeda Sky Building en réalité.


De là-haut on découvre, ébahi, une autre forêt de building (cf supra : Tokyo), et la baie d'Osaka.





On a juste eu un petit souci.

Le château d'Osaka.



Quel Kurosawa ?...

Sacqueboute hors série : le métro d'Osaka.

Le pays du soleil couchant, aussi.