"Puis y a un truc qui fait masse."
Boris Bergman
"Croire, c'est vouloir avec passion..."
Michel Bakounine
mercredi 4 février 2015
Un beau roman inattendu
J'ai trois sources de lectures :
- le Tas : des bouquins à lire, accumulés depuis bien 30 ans, et qui augmente parfois plus vite qu'il ne diminue, dans un ordre aléatoire ;
- les cadeaux : parfois des daubes (Houellebeck...), destinées à être lues quand même car il est bon de connaître l'ennemi ; parfois de bonnes surprises (un roman primé de Leroy sur Zelda Sayre, la compagne de Scott Fitzgerald, par exemple) ou de très bons coups, pas forcément des surprises (aussi variés, mais j'y reviendrai, que Les Origines du totalitarisme d'Hannah Arendt, les oeuvres complètes de François Villon, ou un recueil de romans de Gaston Leroux...
- ce que je ne peux pas m'empêcher d'emprunter à la bibliothèque ;
A travers ces trois syntagmes, je dégagerais trois paradigmes, qui pourraient s'apparenter à des types de contenu des livres :
- de la littérature, dite plutôt classique, ou grande, du Lagarde et Michard augmenté disons ;
- des essais ou des documentaires (philo, spiritualité, sociologie, langues, arts, histoire, géographie, ...) ;
- de la littérature dite plutôt populaire : polars, BDs, science fiction (même si j'ai beaucoup de lacunes dans ce dernier genre)...
Anyway, je digresse. Le beau roman en question ne correspond à aucun des trois syntagmes précédents, puisqu'il m'a été conseillé par la prof d'anglais qui m'a formé dernièrement. Il se situe entre littérature plutôt classique et documentaire de langue, puisque je l'ai lu dans le texte, pour me perfectionner dans celle de Shakespeare. Ou plutôt de Dos Passos, puisque John Williams est étasunien, ainsi que son roman, ses personnages, ses lieux, ses évènements. Un anglais qui se lit très bien si on a quelques rudiments.
Stoner est un enfant de paysans pauvres. Comme ses parents et beaucoup de leurs collègues, il n'attend pas grand chose de nouveau de la vie, sinon les même travaux pénibles se reproduisant inexorablement au rythme cyclique des saisons. Travail pénible quand on n'est pas assez nombreux et qu'on doit pour survivre, en échanger les fruits contre de l'argent, ce truc dont il n'y a jamais assez pour tout le monde, au lieu de les mettre en commun et d'en jouir ensemble.
Stoner est un de ces personnages dépassé par les évènements. Un jour son père lui propose d'aller à Columbia, à l'université, étudier l'agronomie, pour revenir aider aux champs ensuite avec des compétences techniques utiles. Il bénéficiera pour cela bien sûr d'une bourse, et devra aider dans la ferme ou il sera hébergé.
Attention, ce n'est pas un roman social, sur le fameux ascenseur, même si Stoner l'emprunte. C'est la découverte fortuite d'une voie, d'une passion qu'une petite ouverture dans la fatalité permet de suivre, de nourrir : à l'université Stoner se découvre, étonné et effrayé, une attirance péremptoire pour... la littérature de langue anglaise. Ses parents l'apprendront bientôt, il ne reviendra pas à la ferme, il n'y peut rien, ça s'est trouvé comme ça...
Les Etats-Unis entrent dans la grande guerre. Y aller : he would prefer not to. C'est plutôt mal vu, c'est l'Union sacrée là-bas aussi, bellicisme, patriotisme, haine du boche, un vieux prof d'allemand manque en faire les frais en frôlant le lynchage. Non, Stoner n'ira pas finalement, il se fait embaucher comme enseignant par son mentor, sans l'avoir vraiment décidé, mais en se laissant mener sur cette pente qu'il sent être la sienne.
Puis il tombe amoureux, pas un coup de foudre, plutôt un courant de rivière, et il le suit, comme d'habitude, cette fois même résolument. Las, cette jeune femme de St-Louis, Edith, fille de bourgeois d'affaire, se révèle très névrosée, nouée, incapable de rien partager avec lui, ni physiquement, ni affectivement, ni intellectuellement. Elle passe de la maladie à la compulsion de corvées ou travaux réservés aux filles de cette époque, comme encore pas mal de la nôtre d'ailleurs. Quand un jour l'idée fixe et soudaine lui vient d'enfanter, ses sens se déchaînent férocement, mais juste le temps de concevoir. Après, plus rien. Après la mort de son père, suicidé de 29, sa névrose devient psychose (enfin je suis pas psychiatre...), elle change de personnalité et se met à persécuter activement son mari cette fois, tentant même de le séparer de sa fille, avec qui il avait noué de tendres liens, pour dresser celle-ci par une éducation rigoriste. J'ai pensé à un symptôme de traumatisme suite à un inceste paternel pour Edith, certains évènements peuvent le laisser penser, mais rien n'est dit clairement.
Puis à son grand étonnement encore une fois, Stoner devient bon. Bon prof. Apte à transmettre sa passion à ses étudiants (la passion de la grammaire médiévale et de la renaissance, faut le faire !). Bon écrivain. Et il aime ça ! La fac devient pour lui un refuge, un "home", ou il passe le plus clair de son temps pour échapper à l'ambiance morbide de sa "house". Il rencontre des personnes sympathiques, excentriques, élèves et profs. Et puis, toujours sans le vouloir, il va rencontrer l'amour avec une de ses élèves, il y aura donc adultère....
J'en suis là. C'est très émouvant, ce personnage est sympathique qui découvre sa mission, sa passion, peut-être le bonheur, malgré lui, mais avec une ouverture d'esprit qui lui permet de ne pas rater le coche. Contrairement au personnage de Melville, son leitmotiv ne serait pas "I would prefer not to", mais "why not ?"
C'est comme ça que j'aurais peut-être dû faire. Mais j'étais plutôt névrosé, comme Edith, et il a fallu que je quitte tôt les études pour avoir un salaire pour faire la fête pour oublier tout ça... Bref, trop réactif le gars (ou pas assez...), pourtant loin d'être un hyper-actif...
Bof, au final, j'en ai trouvée une pas si mal, de voie, puisque j'en suis à faire ce blog.
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dimanche 1 février 2015
Moi je suis plutôt ce Charlie
Enfin, depuis 92...
Anyway, je souhaitais dédicacer ce morceau aux bloggers m'ayant inspiré et donné envie de passer encore plus de temps devant un écran :
- Les Copains de L'Herbe tendre, dont l'émission (que je n'écoute jamais sans frétiller de plaisir) de février est consacrée à l'enfance. Ces amis m'ont sympatochement invité à m'exprimer sur leur blog, ce que je fis avec un articule sur Verlaine, Debussy et Ferré. On y prend goût...
- L'énigmatique Moine bleu qui fut celui qui me demanda un beau soir quand c'est-y que j'y ferai un blog. Avant je me sentais bien dans ma peau de lecteur. C'est vrai, je me disais que pour qu'il y ait des écriveurs il fallait bien des lecteurs. Et même pour les livres vous savez, ces vieux trucs avec des pages de papier à l'intérieur, chaque fois que l'idée d'écrire me venait, je me disais que ça prendrait sur mon temps de lecture alors je la chassais rapidement. Anyway, pour le Moine j'ai cherché Blue Monk (Monk canard) des mêmes P'tits loups du jazz, mais je ne l'ai pas trouvé sur YouTube. Pour Blue Monk j'invite les plus rebelles aux langues étrangères à en profiter pour courir s'inscrire à la bibliothèque municipale la plus proche et y compulser un dictionnaire d'anglais. Et en ce qui concerne les P'tits loups du jazz, c'est un hommage à sa tendresse légendaire et jamais démentie pour le monde merveilleux de l'enfance ;
- Mon mentor, George Weaver. Il m'a tout appris, de l'italique au gras, en passant par les liens html, et ce n'est pas fini, puisqu'il me pilote pour le Grand Oeuvre dont vous constatez actuellement les piteux balbutiements. C'est aussi grâce à lui que je connais les précédents activistes du ouèbe. Et il est parvenu à me trouver une méthode Assimil d'italien au fin fond de son antre la semaine dernière ! Je crois également savoir qu'il est en charge d'une jeune Sylphide qui pourrait être à même d'apprécier les P'tits loups : je te le grave quand tu veux George !
- Yves, mon guide ès musiques de jazz, une de mes passions dévorantes, avec Jazzlib' sur Radio Libertaire, 89,4 FM en RP. Tous les 1er et 3e jeudis de 20:30 à 22:00. Podcast pendant un mois sur la grille des programmes, ou en téléchargement MP3. Cliquer sur le lien correspondant à LA BONNE DATE (Jazzlib'/entre chiens et loups). Attention à bien vérifier que vous êtes sur le 1er ou/et 3e jeudi, vous avez en haut à gauche, les semaines disponibles.
- Ma compagne Mu et mon fils Puck, 5 ans et fan des P'tits loups, de Ted Nugent et des gros méchants de Motörhead -il a eu aussi sa période Vincent Malone, peut-être demain sur Radio Canal Sud ?- Mu, promis, je prendrai uniquement sur mon temps de travail (salarié) pour réaliser ce blog !
Now's the time !
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vendredi 30 janvier 2015
Genre la révolution
Va à la prochaine manif antifa en mini-jupe, tu verras, tu n'en seras pas moins efficace !"*
Bon, ben je commence les amis... J'aime beaucoup chanter cette chanson** quand j'enfile les gants de caoutchouc (c'est une métonymie, en réalité je fais la vaisselle à mains nues), espace de création que je tâche de me réserver exclusivement, tant ma compagne aurait aisément la velléité de monopoliser la totalité de ces beaux arts ménagers si je n'y prenais garde. Tel un mantra, ce puissant chant me donne du coeur à l'ouvrage, un peu comme le "Hey hi ! Hey ho !" pour le travail hiérarchiquement plus viril des 7 nains. La balle est dans notre camp, frères couillus ! Pour les lessives, la bouffe, le môme, le ménage, les courses... entonnons ces nouveaux chants révolutionnaires. Ensuite on pourra mener nos grand combats sur qui c'est qu'à raison pour bien faire la révolution, et chanter l'Internationale en manif avec cohérence. Et la voix de tête ne sera pas motif de timidité !
*Virginie Despentes in CQFD (en kiosque chaque début de mois), Si tu ne déconstruis pas le genre, il ne peut pas y avoir de révolution, janvier 2015.
** Celle-ci marche aussi très bien.
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