mardi 18 février 2020

Boule de suif

- Oyuki la vierge (マリヤのお雪, Maria no Oyuki) de Kenji Mizoguchi, 1935.
    Vous connaissez tous la cruelle bien qu'excellente nouvelle de Maupassant sur la bourgeoisie nommée Boule de Suif. Eh bien j'ai eu la surprise de reconnaître quasi à l'identique cette histoire en poursuivant ma filmo de Mizogu par ce film des années 30. Sur le DVD, nulle mention de Guy, et je me suis longtemps demandé s'il était possible d'inventer deux fois la même histoire d'un bout du monde à l'autre sans se consulter, d'autant que la fiction du film se déroule en 1870, en pleins bouleversements, soubresauts et poches de résistance au retour central de l'empereur de l'ère Meiji, exactement comme celle de Maupassant dont les faits font référence à la guerre contre les prussiens qui amènera la chute de Badinguet. Tout fier de ma découverte j'allais vous en parler en érudit choqué d'un tel plagiat, quand, cliquant sur le net, je constatai qu'il était de notoriété publique que ce film était tiré de cette nouvelle. Bon, sans être un découvreur, j'aurais au moins la satisfaction de ne pas m'être planté. La fin cependant n'a rien à voir avec l'original, où les deux (au lieu d'une) prostituées se révèlent amoureuses de l'officier auquel elles se sont offertes.

Avec Isuzu Yamada, déjà vue ici ici.

 Les deux prostituées utilisées par les bourgeois pour sauver leurs peaux, puis chassées avec mépris.

- Les Coquelicots (虞美人草, Gubijinsō), de Kenji Mizoguchi, 1935.
   Celui-ci m'a moins plu, il est d'une morale un peu bien pensante. C'est un film d'amours malheureuses. Le fils prodigue faible de caractère, envoûté par une gourgandine intrigante, finira, grâce à son rival honnête et droit, par revenir vers la jeune fille vertueuse, adulée par son vieux père, style Goriot, à deux doigts de clamser et désespéré de l'échec (temporaire) de ses projets pour son unique rejetonne. 

Je suis sûr que vous auriez voulu la gourgandine, eh bien non, vous aurez la jeune fille vertueuse.


Ma dernière actu ciné.

mercredi 12 février 2020

Ein Berliner

Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.
Bertold Brecht (pas à propos de la dernière grève vaincue contre la réforme des retraites, pour l'abolition du travail au service de la bourgeoisie, de l'Etat, de celle-là et de celui-ci et pour l'autonomie des vivants dans toutes leurs activités, mais ça aurait pu).
J'habite maintenant dans la Chausseestrasse, près du cimetière "français", mes fenêtres donnent toutes sur le parc où les généraux huguenots et Hegel et Fichte reposent.
Bertold Brecht à Peter Suhrkamp, mars 1954. Libre traduction du blogueur.


Dans cette maison travaillèrent et habitèrent BB de 1953 à 1956 et HW de 1953 à 1971. C'était en RDA.

Der Zweifler (Le Sceptique), dans la chambre de Brecht.

Juste derrière le muret rouge reposent des huguenots dans leur enclos dédié.


Trouvé sur la tombe.

Mauvais temps pour la poésie

Je le sais bien : seul l’homme heureux
Est aimé. On aime à
Entendre sa voix. Son visage est beau.

Dans la cour, l’arbre rabougri
Pointe vers le sol pourri, mais
Les passants le traitent d’éclopé
A juste titre.

Les bateaux verts et les drôles de voiles du détroit
Je ne les vois pas. De tout cela

Je ne vois que le filet de pêcheur déchiré.
Pourquoi dire
Que la quarantenaire marche courbée ?
Les seins de la fille
Sont chauds comme toujours.

Une rime dans ma chanson
M’apparaîtrait presque comme de l’arrogance.

En moi combattent
L’enthousiasme devant le pommier en fleurs
Et l’épouvante devant les discours du peintre.
Mais seul le deuxième sentiment
Me pousse vers mon bureau.

Traduction de Nicole Gmünder, merci à elle !

Dans le petit cimetière de Dorotheenstadt on trouve aussi la tombe de Heinrich et Nelly Mann.

Le génial compositeur Hanns Eisler que j'évoquais déjà ici (il faut absolument écouter le disque qu'Heiner Goebbels a consacré à sa musique, splendide), compagnon de route de Brecht, plus convaincu par le socialisme réel que Kurt Weil puisque contrairement à ce dernier qui, comme un poisson dans l'eau dans le pays de la libre entreprise, du consumérisme, de l'entertainment, du fascisme et du racisme, et délivré du surmoi brechtien, préféra rester aux States après l'exil, lui, Eisler, rentra, comme Brecht, vivre dans une annexe de l'austère paradis des travailleurs capitaliste d'Etat policier, la RDA. Il faut dire que le choix était pauvre, et le dilemme cornélien, mais j'aime à croire que les deux copains marxistes furent plus motivés par la haine de l'empire bourgeois que par la foi en une équation entre stalinisme et communisme.

On croise aussi Herbert Marcuse. Lui, c'est rigolo, était resté vivre aux States, mais est mort d'une attaque en Allemagne lors d'un séjour.

Et deux cadors de la philo allemande.

L'Hegel.

Et le Fichte.

Le théâtre du grand dramaturge, le Berliner Ensemble.

Sa statue.


Die Mauer.

Oh malheureux que vous êtes !
On violente votre frère et vous fermez les yeux !
La victime hurle, et vous vous taisez ?
La brute se promène et choisit ses sacrifiés
Et vous, vous dites : « il nous épargne car nous ne montrons aucun mécontentement. »
Qu’est-ce que c’est que cette ville, quelle sorte d’hommes êtes-vous ?

Traduction de Nicole Gmünder, vienlen dank  !!!

   Allez pour finir et pour le plaisir, un petit coup de Hanns Eisler, Die Heimkehr (Le Retour), extrait d’un magnifique ensemble de Lieder, Hollywood Liederbuch qu’il a écrit dans les années 40 après son départ de l’Allemagne nazie, pendant qu'il gagnait sa croûte en faisant des musiques de films.


dimanche 2 février 2020

Judéophobie

Peu après la tentative de carnage dans une synagogue de Halle (Allemagne) en plein Yom Kippour, un sondage sur l'antisémitisme était réalisé auprès de 1 300 Allemands.


Plus de 20% des personnes interrogées déclaraient que le peuple juif avait "trop de pouvoir" sur l'économie et les médias.


L'enquête révélait que les personnes riches et diplômées n'étaient pas en reste : 18% étaient raccords avec les préjugés antisémites.


Au pays de la Solution finale, où les juifs ne représentents qu'environ 200 000 personnes sur une population de 80 millions, les actes hostiles envers eux ont augmenté de 20% en 2018.


Et au sein de l'AfD, on n'hésite pas à en rajouter.


Björn Höcke, membre de l'aile völkisch du parti, a qualifié le Mémorial du génocide de Berlin de "monument de la honte au cœur de la capitale" et a invité à rompre avec la culture de la repentance.


Propulsé tête de liste aux régionales en Thuringe, il est arrivé en deuxième position avec 23,3% des voix le 28 octobre dernier, doublant son score de 2014.


L'Histoire ne se répète jamais, dit-on, mais elle peut bégayer salement.










Brève issue du CQFD n° 182 de décembre 2019.

dimanche 26 janvier 2020

Sacqueboute LX : Willie Colon


    Un tromboniste qui m'a été présenté par un ami blogueur et animateur radio. Étant peu érudit en musique latino-américaine, même si je ne suis pas sans l'apprécier quand elle est bonne, je ne connaissais pas Willie Colon, "el diablo !" Et ça balance bien, le gros son du trombone venant marteler l'ondulation de la musique qui fait comme par magie bouger le corps malgré qu'il en ait, et je regrette d'autant plus de n'avoir pas appris à danser la salsa pour sublimer cette tarentule de rouler des hanches qui me tripote alors. Solo à la minute 3.23. L'ami avait évoqué le souffleur portoricain ici.


   Et pour couronner cette découverte, étant malgré tout plus jazzeux que latino, quelle ne fut pas ma surprise et mon plaisir de reconnaitre à la minute 5.16 une citation de l'illustre Moanin' de Bobby Timmons, créé par les Jazz Messenger d'Art Blakey dans leur album éponyme !!! Cocasse inter-musicalité !

Priviouslillonne Sacqueboute :
Sébastien Llado
Mathias Mahler
Charles Greenlee
Dick Griffin
Guive
Voilà du boudin
Bruce Fowler
Glenn Miller
Nils Landgren
Grachan Moncur
Le Trombone illustré
Bettons Tenyue
Watt
Curtis Hasselbring
Steve Turre
Les trois trombonistes de Marc Ducret
Yves Robert
Daniel Casimir
Gary Valente
Chicago
Moon Hooch
Raymond Katarzynski
Albert Mangelsdorff
Christiane Bopp
Honoré Dutrey
Viscosity
Fred Wesley
Dave Lambert
Roswell Rudd
Curtis Fowlkes
Melba Liston
La Flûte aux trombones
La Femme tronc
Journal intime
Gunhild Carling
Nils Wogram et Root 70
Carl Fontana
Animaux
Trombone Shorty
Cinéma
Feu
Le Canadian Brass
Local Brass Quintet
Buddy Morrow
Bones Apart
J.J. Johnson
Lawrence Brown
Vinko Globokar
Les funérailles de Beethoven
Treme
Craig Harris
Mona Lisa Klaxon
Juan Tizol
Bob Brookmeyer
Daniel Zimmerman
Frank Rosolino
Rico Rodriguez
Kid Ory

lundi 20 janvier 2020

La dose de Wrobly : nivôse 2019-2020 EC


- Walter Benjamin.- Das Kunstwerk im Zeitalter seiner technischen Reproduzierbarkeit (L'Oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique).
   Déjà lu en ventôse 2019 EC. Mais ici dans une autre traduction. A la deuxième lecture il me semble que je comprends mieux certains passages qui m'avaient parus obscurs auparavant. Comme souvent en philo, parfois c'est limpide, et la page d'après je me fais des noeuds au cerveau et relis cinq fois la même phrase. Il faut dire que la dialectique matérialiste n'aide pas : du coup, la reproductibilité technique c'est plutôt un truc chouette révolutionnaire, ou une saloperie capitalisto-fasciste ? Très stimulant pour l'esprit, au-delà de l'aura du nom de Benjamin. 


- Les Amis de Ludd.- Bulletin d'information anti-industriel II.
   Là par contre c'est clair, les machines, la technologie, c'est de la merde (je résume). C'est rigolo, cette obédience est attachée au mot "travail" (j'avais déjà rencontré ce phénomène chez certains anarcho-syndicalistes), défend la valeur "travail" (ce que j'appellerais libre activité créatrice ou productive), et inverse les termes de la critique révolutionnaire du travail, en affirmant que ce qui nous fait perdre nos vies actuellement, le taf, le turbin, l'exploitation, c'est le travail dégradé, tué par le capitalisme et sa technique. C'est l'occasion de polémiques entre thèses semblables à terminologie permutée. Au delà de ça, passionnant, évidemment, un chié de stimulant pour l'esprit, qui peut sembler un peu éloigné des préoccupations actuelles visant à limiter le nombre de vieux fouillant dans les poubelles, alors que non, au fond.