Un film de propagande de guerre côté production, à l'arrière, qui m'a surpris, surtout que ce film date de juste après La Légende du grand judo (1943), plutôt pacifiste et humaniste, même si les valeurs d'engagement total et de loyauté se retrouvent dans les deux fictions. Rappelons qu'en cette période de guerre, dans ce régime militariste et nationaliste, il ne faisait pas bon contester l'ordre établi et la religion d'Etat shintoïste. Ici, la religion, c'est celle de l'entreprise et de la production. Les ouvriers d'une usine d'optique sont invités à augmenter leur quota de production de 100 % en vue de l'effort de guerre (les dividendes ne sont pas évoqués, ce qui n'empêchera pas Kurosawa de traiter de l'avidité meurtrière du capitalisme dans Les Salauds dorment en paix, par exemple, en 1960). Les femmes, quant à elles, n'auront qu'une augmentation de 50 % de leur production à effectuer. Et là, attention : grogne, fronde, remous parmi les ouvrières. Pourquoi 50 % d'augmentation de travail sans gagner plus ? Alors que les hommes ont 100 %, c'est injuste ! Finalement le magnanime patron leur accorde 80 % d'augmentation de travail. Joie dans les travées, les fifres et tambours et équipes sportives féminines de la boîte ! La mission sera remplie, coûte que coûte, question d'honneur. Si on demande humblement un congé, c'est pour aller chercher une ouvrière tombée malade et que ses parents peinent à laisser partir. Et si on a de la fièvre, on supplie la chef de le celer, pour pouvoir continuer à trimer ! Idem quand la mama meurt au pays, on veut rester ! Les sourires attendris face à ces sacrifices sont glaçants : illustrant la mièvrerie et le pathos du mal, ils révèlent par transparence des rictus de tête de mort. On se demande parfois si le film n'est pas un long pamphlet ironique, tellement c'est gros. Mais je ne pense pas : même si Kurosawa n'y mettait peut-être pas toute sa sincérité et n'en pensait certainement pas moins (enfin je l'espère et la suite de sa filmographie le laisse plutôt entendre), il s'agit bien là d'un film de commande, approuvé par le ministère de l'information et de la guerre, et destiné à être pris au premier degré, reprenez-moi si je me trompe. Ce qui confère au film un intérêt documentaire, historique, sur la deuxième guerre mondiale, et idéologique, par cette propagande de ferveur au travail et sa version japonaise, à comparer avec les versions stakhanovistes lénino-staliniennes, maoïstes, fordistes, nationales-socialistes, ou de chez Bruno Pizza...
- Un merveilleux dimanche (素晴らしき日曜日, Subarashiki nichiyobi), 1947.
Deux amoureux dans la dèche à Tokyo après la guerre. Le gars, amer, se dit que la possession physique sera au moins ça de pris. Mais la gosse n'est pas d'accord. Drame, raccommodage. Déprime et espoir. Jeu, rêve, dérive, déambulation. Un joli film réaliste social sentimental.
- La Rivière rouge (Red River) de Howard Hawks, 1948.
Un grand propriétaire de bétail fasciste (le propriétaire - John Wayne -, pas le bétail), malgré tout dans la dèche faute de débouchés, décide de remonter vers le nord avec ses milliers de bêtes pour les vendre. Au moment où il s'apprête à faire pendre deux de "ses" hommes ayant préféré tenter de fuir la tyrannie du tonton flingueur, il se fait gentiment remettre à sa place par celui qu'il considère comme son fils (la coqueluche de l'époque, Montgomery Clift), qui prend en main la caravane de bidoche pour la mener à bon port avec humanité. Le vieux, laissé en plan, rageur, décide de se venger et de tuer le jeune Œdipe.
- La Piste des géants (The Big Trail) de Raoul Walsh, 1930.
Premier rôle principal de John Wayne, qui n'était pas encore fasciste. Une caravane de colons traverse les vastes territoires indiens d'Amérique du nord, traversant 1000 morts et dangers. Wayne joue un jeune éclaireur ami des indiens et désireux de venger un de ses potes assassiné par des rascals. Un peu de paternalisme incontournable à cette époque pour les autochtones en voie d'extermination mais nul racisme dans ce film. Appréciable.
L'intégral.
Ceci est évidemment ma dernière actu ciné.