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mardi 25 septembre 2018

La ZAD, la lionne libre.

    Marcel Aymé se réfère ici à la tradition régionale de la maison dite "en bois de lune", que l'on retrouve curieusement, de nos jours, en Colombie, à Medellin. On appelle ainsi "invasions" des "terrains municipaux sur lesquels s'installent, sans autorisation, les nouveaux arrivants en ville, y construisant en une nuit le plus possible de «maisons»" (Le Monde diplomatique, avril 1996, p.9).

Michel Lécureur

    Autour d'une table brinquebalante au lieu dit Le Maquis, la discussion court sur les gecedonku turcs, des bidonvilles installés illégalement en une nuit, la loi ne s'appliquant pas entre le coucher du soleil et le matin. Ces auto-constructions forment des quartiers entiers, qui témoignent de la combativité d'habitants n'ayant plus rien à perdre, sauf leur logis du jour.
   Dans son roman Contes de la montagne d'ordures, Latife Tekin raconte que l'un de ces gecedonku a été 37 fois détruit par les autorités et remonté opiniâtrement pendant 37 nuits suivantes. Jusqu'à ce que les bulldozers et les officiels lâchent l'affaire. Belle victoire littéraire de la ténacité et de la taule de fortune.

Nicolas de la Casinière



   Les entours de la maison étaient jonchés de briques, de tuiles, de morceaux de bois et de débris de toutes sortes. Arsène eut la coquetterie de déblayer les abords de la façade, mais il dut se mettre seul à la besogne. Urbain ne prenait même pas garde à lui et semblait avoir oublié sa présence. Sans cesse, il sortait de sa maison pour en faire le tour, y rentrait, arpentait les deux pièces, ne se lassant pas d'ouvrir et de fermer les fenêtres. Arsène dut l'appeler trois fois pour qu'il consentît à venir se réchauffer d'un coup d'eau de vie. Pressé de retourner à sa maison, il avala son tord-boyau comme on expédie une corvée. Pour sa part, il ne sentait ni le froid, ni la fatigue et piaffait d'impatience.
    "Attendez donc, lui dit Arsène. La maison, ce n'est pas tout. Il faut penser aussi au reste qui ne se fera pas dans une nuit."
   Arsène se mit à parler jardin, clôture, basse-cour, porcherie. Urbain, devenu attentif, opinait en silence.
   "Quand vous serez chez vous, ce n'est pas l'ouvrage qui vous manquera. A l'automne qui vient, je vous en vois déjà sur les bras. Je demanderai à ma mère de vous laisser le champ des Jacriaux. Vous en serez de labourer avant de faire vos semailles. Cet hiver, vous n'arrêterez pas non plus."
    A la pensée de tout ce travail qui l'attendait, Urbain sentait son cœur s'élargir. Il lui semblait voir fleurir sa maison.
   "Maintenant, si vous voulez, on va s'en aller prévenir Voiturier. Je crois qu'on ferait bien de fermer la maison, hein ?
   - C'est ce que je pensais aussi", dit Urbain.
   Il entra encore une fois dans la maison pour se donner la joie de tirer les persiennes. En sortant, il ferma la porte à double tour et, après avoir ôté la clé de la serrure, hésita sur ce qu'il convenait d'en faire. Arsène l'attendait sur la route et adressait un signe d'amitié à Juliette, apparue sur le pas de la porte. Le vieux se décida à mettre la clé dans sa poche et eut un large sourire. Sur la route, il se retourna vingt fois pour voir sa maison. La distance rendait plus sensible le changement qu'elle introduisait dans un paysage familier. Lorsqu'elle eut cessé d'être visible, il saisit le bras d'Arsène et se mit à le serrer. Il ne pensait plus à sa maison, mais au grand bonheur qu'il avait cru perdre et que l'aube lui rendait. Soudain, il sentit la fatigue du travail de la nuit peser à ses épaules et dans tous ses membres. Il lui sembla porter encore un fardeau et sa haute taille se voûta un peu. Posant la main sur l'épaule d'Arsène, il s'y appuya lourdement et goûta la joie de cet abandon.


    Voiturier était seul dans la cuisine de la ferme où il achevait de se raser en face d'un miroir pendu à l'espagnolette de la fenêtre. Sa fille et ses domestiques, profitant du dimanche, étaient encore au lit. Pour lui, l'heure du matin était la plus redoutable, celle où ses angoisses métaphysiques, dépouillant toutes espèces solides, flottaient dans sa conscience comme des pâleurs de linceul et des tranches de ciel froid. Dieu, incorporel, ayant déposé jusqu'à sa barbe, n'était qu'une volonté sourde sans chemins de prière ni paliers de pitié. C'était l'heure blanche et glacée où la Vierge et les saints intercesseurs, fichés sous une chape d'aube, regardaient durcir les crimes des pécheurs dans l'horreur boréale de l'église paroissiale. Voiturier sentait des nébuleuses et des éternités dériver dans sa tête. L'infinité de Dieu, de sa colère et de son indifférence, lui donnait la gueule de bois. Et la Laïcité ne répondait plus. Sur la photo suspendue au mur de la cuisine, le visage ordinairement si expressif du député de l'arrondissement se fermait, sa barbe noire semblait être en poils de balai. Soudain, le maire se tourna vers lui, le rasoir en l'air, et murmura :"A la fin, moi, j'en ai plein le dos !" Il revint à sa barbe, mais en essuyant son rasoir, il se tourna encore un coup : "Avec vos conneries, vous finirez par me faire tout manquer." Et une troisième fois : "Vous m'emmerdez, monsieur Flagousse. C'est moi qui vous le dit." Dans la cour, un coq se mit à chanter. Voiturier, qui attaquait les derniers piquants de sa barbe, devint très pâle et le rasoir trembla sur sa gorge. Il alla se planter devant la photo et, joignant les mains, s'humilia d'une voix mourante : "Monsieur le député, monsieur le député." L'arrivée d'Arsène et d'Urbain fut pour lui la délivrance. L'horloge de son univers se remettait en marche. Il se porta au-devant d'eux avec un sourire cordial. Quant à la maison d'Urbain, il était informé depuis la veille, mais par courtoisie, pour leur laisser le plaisir de l'étonner, il feignit de ne rien savoir et Arsène lui en sut gré.
    "On est du matin pour venir vous dire le bonjour, mais comme je disais tout à l'heure, Faustin, il commence sa journée avec les oiseaux.
   - Toujours levé pour les amis, c'est bien ce qui est de vrai. Entrez donc, vous prendrez la goutte."
   Il précéda les visiteurs dans la cuisine et mis des verres sur la table. Arsène, par savoir-vivre, ne se pressait pas de venir au fait. Ils échangèrent des nouvelles de leurs familles et parlèrent longuement de la moisson. Voiturier disait n'en avoir jamais vu d'aussi belle. Les épis étaient lourds comme des balles de plomb. Avec l'été qu'il avait fait, ce n'était guère étonnant. Été sec et pourtant des pluies comme à Dieu demandées.
   "Et la chance qu'on a, c'est qu'il n'a pas fait le même temps partout. Je lisais ça hier dans le journal, ailleurs, ils ont eu trop de pluie. Le blé restera cher quand même. Cette année, on n'aura pas eu à se plaindre. Même pour rentrer la moisson, on aura eu le temps rêvé. Si ça continue, je suis d'avoir fini dans moins d'une semaine.
   C'est comme chez nous, dit Arsène, on peut dire que la moisson n'aura pas traîné.
    - Avec des garçons comme ceux de la Louise, je me doute que la besogne doit marcher. Et quand il y a besoin, vous avez Urbain pour vous en remontrer.
   - Je n'en fais pas plus qu'à ma taille, protesta modestement Urbain.
   - Urbain, vous savez comme il est, dit Arsène. Il n'a jamais su faire les comptes de ses peines et sur la besogne, toujours allant. Si on l'écoutait, aux journées, il faudrait coudre des rallonges. Tiens, pendant que j'y pense, puisqu'on est de causer, je crois qu'Urbain aurait auquoi à vous dire."


    Voiturier joua l'étonnement et haussa les sourcils, l'air intrigué. Urbain ne put s'empêcher de sourire en pensant qu'il allait bien l'étonner.
   "C'est pour te dire que je viens de me faire une maison.
   - Une maison ?" dit Voiturier, et ses yeux s'écarquillaient.
   Voyant ses yeux ronds, le vieux se mit à pouffer, d'un petit rire entrecoupé et maladroit qui avait perdu l'habitude de passer.
   "Oui, cette nuit, sur un communal, je me suis fait ma maison. A la Reveuillée, si tu vois. Juste avant le soleil on a eu fini.
    - Nom de Dieu ! éclata Voiturier. Si jamais je me serais douté de ça ! Une maison sur les communaux ! Vous m'en faites de beaux, tous les deux ! Me laisser causer pour me garder le coup de la maison ! J'avais bon air, moi ! Tiens, allons voir ça !"
   Voiturier passa un paletot et alla prévenir sa fille qu'il sortait. Urbain ne tenait pas en place. Il ne sentait plus la fatigue et aurait trouvé naturel que le maire se mît à courir. Il était 6 heures du matin. Le village commençait à secouer sa rosée dans une lumière de vin blanc. Dans les cours des fermes, des hommes traînaient lentement leurs sabots. Des meuglements sortaient d'une écurie. Derrière une vitre apparaissait le visage d'un enfant triste et pensif, accablé par l'obligation dominicale de se débarbouiller au savon et peut-être de se laver les pieds. Voiturier avait perdu son entrain. La marche lui donnait la sensation de l'écoulement de son destin et il lui semblait à chaque pas descendre un degré de l'enfer. Chemin faisant, il entretint Arsène du mariage de sa fille. Sans rien dire de désobligeant à l'égard de Beuillat, il en parlait en hochant la tête, avec une mine dégoûtée. Urbain, qui marchait à côté de lui, n'entendait pas la conversation et regardait le bout de la route, impatient de voir surgir sa maison. Ils y furent en même temps que Victor qui les avait vu venir et accourait de la ferme. Cette fois, l'étonnement de Voiturier fut à peine forcé.
   "Tu m'avais parlé d'une maison, mais c'est un château ! après ça vous viendrez me dire que les miracles n'existent pas."
   Il fit le tour de la maison, affectant de tâter les murs et de s'assurer qu'on ne l'abusait pas, mais ne trouvant que prétexte à s'extasier. Victor, qui était venu pour attiser la rancune d'Urbain, eut l'esprit de comprendre que la situation était retournée. Le visage du vieux brillait de joie et de fierté. On ne pouvait douter qu'Arsène eût gagné la partie. Victor, après s'être contraint aux compliments, ne put résister au désir de prendre une modeste revanche.
   "Maintenant, dit-il, voyons le dedans du château."
   Le dedans était loin d'être fini. Il restait à faire les plafonds, les planchers, à maçonner la cheminée, à couvrir les murs, à les peindre. La visite ne pouvait manquer d'être décevante. Mais Voiturier fut parfait jusqu'au bout et s'excusa sur ce qu'il était attendu chez lui.
    "Ce sera pour une autre fois, déclara-t-il. Maintenant que j'ai vu ce qu'il fallait voir, je peux m'en aller. Pour ton jardin, comme le communal n'est pas grand, tu peux le prendre dans son entier. Ce n'est pas de se garder une langue de terrain qui ferait profit à la commune." 


mercredi 18 juillet 2018

Hommage à la ZAD, la lionne.

    Marcel Aymé se réfère ici à la tradition régionale de la maison dite "en bois de lune", que l'on retrouve curieusement, de nos jours, en Colombie, à Medellin. On appelle ainsi "invasions" des "terrains municipaux sur lesquels s'installent, sans autorisation, les nouveaux arrivants en ville, y construisant en une nuit le plus possible de «maisons»" (Le Monde diplomatique, avril 1996, p.9).

Michel Lécureur

    Autour d'une table brinquebalante au lieu dit Le Maquis, la discussion court sur les gecedonku turcs, des bidonvilles installés illégalement en une nuit, la loi ne s'appliquant pas entre le coucher du soleil et le matin. Ces auto-constructions forment des quartiers entiers, qui témoignent de la combativité d'habitants n'ayant plus rien à perdre, sauf leur logis du jour.
   Dans son roman Contes de la montagne d'ordures, Latife Tekin raconte que l'un de ces gecedonku a été 37 fois détruit par les autorités et remonté opiniâtrement pendant 37 nuits suivantes. Jusqu'à ce que les bulldozers et les officiels lâchent l'affaire. Belle victoire littéraire de la ténacité et de la taule de fortune.

Nicolas de la Casinière



   Le samedi suivant, vers 8 heures du soir, au retour des champs et après avoir dîné de pain et de fromage, Arsène et Urbain quittèrent la ferme avec une voiture chargée de briques , de tuiles, de pièces de bois et d'autres matériaux de construction. Elle était si lourde que le cheval eut de la peine à démarrer. Arsène, qui avait depuis longtemps passé commande au charpentier et au menuisier, ne s'était décidé que l'avant-veille à faire connaître chez lui ses projets. Il s'agissait de bâtir une maison à Urbain sur le terrain communal de la Reveuillée. A Vaux-le-Dévers, l'usage accordait à tout homme sans toit, qu'il fût résident ou étranger, le droit de construire une maison sur les terrains communaux, et les jouissances et prérogatives de propriétaire, pourvu qu'elle fût élevée en une seule nuit.
Cette condition n'était pas seulement une précaution restrictive. Elle servait aussi d'alibi à la commune, car on ne saurait, sans honte, aliéner une partie de son bien, même en faveur d'une personne sans abri. Lorsqu'une maison venait de se bâtir dans la nuit, la commune n'avait pas à se reprocher la faiblesse d'un abandon charitable. Elle se trouvait en face d'un fait accompli. Arsène avait choisi un bout de pré communal en bordure de la route, à une centaine de mètres de chez Mindeur. Urbain pourrait apercevoir, à travers les arbres, la maison où il avait travaillé pendant trente ans. Le choix de l'emplacement offrait aussi l'avantage de contrarier les Mindeur qui avaient l'habitude d'y lâcher leurs cochons.
   Dans l'ensemble, la famille avait accueilli fraîchement la décision d'Arsène. On y voyait une hâte indécente et presque injurieuse pour le vieux. On avait l'air de lui forcer la main, comme si l'on craignait de le voir s'incruster à la ferme. C'était d'autant plus gênant que Louise n'avait cessé de répéter au vieux que son départ ne pressait pas, qu'il eût à prendre son temps pour se préparer à une nouvelle existence et qu'il trouverait toujours à la ferme le vivre et le couvert. Cette mise en demeure soudaine la vexait et la chagrinait. En outre, on trouvait saugrenu l'idée de construire une maison de quatre sous, nécessairement réduite, alors qu'il y avait à Vaux-le-Dévers plusieurs maisons à louer où, moyennant une faible dépense, Urbain trouverait plus d'espace et de commodités. A toutes ces objections, ouvertement formulées, Arsène n'avait pas cru devoir opposer ses raisons et s'était borné à déclarer : "Ce qui est décidé est décidé. Si la maison ne lui plaît pas, il sera toujours libre d'aller s'installer ailleurs."
    Victor, de la fenêtre de la cuisine, assista au départ de la voiture avec une muette indignation. Il s'interdisait de prêter la main à ce qu'il considérait comme une exécution inique, vexatoire, et plus encore, une sottise. Depuis l'avant-veille, il ne s'était pas fait faute d'éclairer Urbain sur les sentiments qui incitaient Arsène à cette entreprise et les inconvénients matériels qu'elle offrait. A plusieurs reprises, il l'avait pressé de se déclarer fermement contre le projet. Le vieux n'avait pas répondu. Pourtant, lui aussi, et plus que personne, il était hostile à l'entreprise. La maison elle-même lui importait peu. Il ne s'arrêtait pas à en peser les avantages et les inconvénients. Mais l'empressement d'Arsène à l'écarter de la ferme et surtout sa constance dans la dureté emplissaient son cœur d'amertume. En pensant aux soins et à la tendresse qu'il avait prodigués au garçon dès son plus jeune âge, il lui semblait avoir donné son affection à un monstre. Il se disait qu'il eût mieux fait d'aimer un chien.
    Arsène menait le cheval par la bride. Il n'y avait pas plus de trois cents mètres à marcher. On apercevait le buisson d'églantines poussé au bord du terrain, près de la route. Urbain suivait à côté de la voiture, les yeux fixés sur la silhouette courte et puissante du garçon au cœur sec. Sans lui, pensait-il, nul n'aurait jamais songé à le renvoyer, et il eût fini ses jours là où s'était écoulée une moitié de sa vie. Urbain n'avait jamais ignoré que le jeune maître fût dur, mais jusqu'alors, il avait cru à son amitié, et sa désillusion lui était plus douloureuse que l'idée de la séparation et de la solitude. Tout à l'heure, dans l'écurie, en posant le harnais sur le dos du cheval, et comme Arsène s'approchait pour lui donner un coup de main, il avait failli lui demander pourquoi il lui en voulait, mais sa fierté l'avait étranglé.


   Il faisait encore jour, mais comme le soleil était couché, on pouvait se mettre au travail. Jouquier, le maçon, venait d'arriver avec une voiture à bras transportant ses outils et des sacs de chaux. Son fils devait le rejoindre dans la soirée. Le maçon promenait déjà son mètre pliant sur le terrain et plantait des jalons dans la terre. La maison d'Urbain devait se composer de deux pièces, l'une regardant la route et les haies, l'autre la rivière. Arsène avait voulu que la façade vint s'encadrer entre un frêne et un cerisier distants de huit à dix mètres. Comme le temps était mesuré, on avait décidé d'économiser sur la maçonnerie qui était le travail le plus long et de multiplier les ouvertures. Chacune des pièces aurait deux grandes fenêtres que le menuisier n'aurait qu'à poser le moment venu. Les murs seraient constitués par une forte ossature de bois, la brique comblant les intervalles. La première besogne fut de creuser quatre trous afin de planter les montants qui soutiendraient la carcasse aux quatre coins de l'édifice. Ayant dételé le cheval qui rentra seul à la maison, le vieux, plein de rancœur, se mit à creuser avec la conscience qu'il apportait à toute espèce de besogne. La terre n'avait jamais été remuée, sinon en surface par les cochons de Mindeur, et la sécheresse de l'été l'avait encore durcie. Pendant qu'Arsène et Urbain piochaient, Jouquier creusait une rigole le long d'un cordeau tendu entre les trous. Comme il s'agissait d'une construction légère, les fondations devaient être peu profondes. Le menuisier et le charpentier arrivèrent ensemble avec une voiture chargée de pièces de charpente, de fenêtres, de portes et de planches. Sans prendre le temps d'un bonjour, ils se mirent à décharger en rangeant les pièces dans un ordre commode et profitèrent du reste de jour pour procéder à certains assemblages. Pressés par l'heure, les six hommes travaillaient en silence, sauf Jouquier qui s'emportait contre le retard de son garçon. "Vous verrez que ce feignant-là, il sera resté à traîner chez Judet. Un samedi soir, il n'y a plus moyen de les tenir, à présent." Quelques curieux s'arrêtaient au bord du chemin et, gênés d'être eux-mêmes inactifs, s'éloignaient presque aussitôt. Beuillat vint offrir ses services à Arsène, mais sans chaleur et en ayant soin de faire observer qu'il n'était pas en tenue de travail. Arsène déclina et, profitant d'une minute où ils se trouvaient un peu à l'écart des autres, lui dit à mi-voix : "Demain après-midi à cinq heures à l'étang des Noues, près du déversoir." Beuillat n'était venu que pour s'assurer de ce rendez-vous.
   "Ça m'aurait fait plaisir de vous aider, dit-il, mais je n'insiste pas."
    Les Mindeur étaient à table et voyaient le chantier par la fenêtre de la cuisine. Ce n'est pas nos affaires, disait Noël, mais lui-même ne pouvait s'empêcher de surveiller les progrès des travaux. La carcasse de la façade était déjà ébauchée et se dressait comme un portique dans la lumière du soir. Armand espérait que la bâtisse s'écroulerait avant peu et peut-être sur la tête d'Arsène.
   "Et d'abord, ils ont vu trop grand. Avant qu'il soit jour, je suis sûr qu'ils n'en auront pas seulement fait la moitié.
   - S'ils vont de ce train-là, fit observer Juliette, je croirais plutôt que leur maison, elle sera finie au milieu de la nuit.
   - Toi, quand il s'agit de parier pour Arsène, tu n'es jamais en retard. Mais ce n'est pas de le regarder avec des yeux de carpe qui l'avancera.
   - Finie ou pas, dit Noël, c'est du pareil. Personne qui viendra chicaner là-dessus. Il y a trois ans, je me rappelle quand le magnin a bâti la sienne, il y avait juste deux murs debout au soleil levé. On n'a pas été lui chercher des poux dans la tête.
   - Ca se peut, répliqua Armand, mais moi, je suis citoyen de la commune, et si tout n'a pas été fait comme il faut, je ne me gênerai pas de réclamer. A chacun son droit. S'ils veulent nous empêcher de mettre nos cochons dans le terrain, qu'au moins ils fassent leur travail comme ça se doit. Autrement, ce serait trop commode. Je ne vois pas pourquoi j'irais faire un cadeau à Arsène. Il ne m'en fait pas lui.
   - Tu me feras le plaisir de rester tranquille. On aurait bon air d'empêcher Urbain de se faire un logement. Moi, ça ne me gêne pas qu'il vienne là.
   - Vous ferez comme vous voudrez, mais moi, j'empêcherai qu'on vole la commune. Et il faudra bien que les autres m'écoutent et me donnent raison."
   Noël faillit s'emporter, mais Juliette lui dit avec un air de quiétude qui mit son frère en fureur :
   "Laissez donc, papa, la maison sera sûrement finie demain matin. Il en sera de s'être monté la tête pour rien."
   Germaine était restée étrangère à la dispute et le regard de ses beaux yeux de vache ne quittait pas la fenêtre. La vue de tous ces hommes s'affairant à portée de voix lui avait mis le sang en mouvement. Vers le milieu du dîner, elle ne put tenir sur sa chaise.
   "Il me semble d'avoir entendu rejinguer le cheval dans l'écurie, répondit-elle à une question de sa mère. Je vais voir s'il ne serait pas détaché.
   - Reste à ta place", ordonna le père.
   La dévorante se laissa retomber sur sa chaise. La poitrine se gonfla jusqu'au milieu de la table et exhala un soupir qui rabattit une moustache de Noël contre son oreille et alla dresser les poils du chat dans un coin de la cuisine.
    Le charpentier avait pris la direction des travaux, distribuant et coordonnant les efforts. La disposition des pièces de bois qui formaient l'ossature des murs relevait de sa spécialité. Bien qu'elle eût été prévue, calculée, elle laissait place à l'inspiration et posait à chaque instant des problèmes. Pendant qu'il mettait les éléments en place et les ajustait, le menuisier clouait, rognait des ais, enfonçait des coins. Jouquier garnissait les intervalles de briques et de mortier. Arsène et Urbain faisaient besogne de manœuvres, apportant les matériaux à pied d’œuvre, creusant des trous et modifiant, selon les besoins, l'inclinaison des phares à acétylène. Belette arriva vers 10 heures et s'employa utilement à l'éclairage en se transportant avec un phare sur tous les points du chantier où on la réclamait. En se déplaçant dans la nuit noire, le faisceau de lumière blanche faisait brusquement surgir un homme dans le champ des projecteurs, ou découvrait de l'autre côté de la route des gerbes de blé alignées sur le chaume. Belette prenait plaisir à ces revanches sur la nuit et était tentée de suivre sa fantaisie, mais les hommes n'avaient égard ni à son sexe, ni à sa jeunesse et la rappelaient à l'ordre en jurant mille dieux. Peu après son arrivée, on entendit un énorme galop de savates sur la route et Germaine Mindeur déboucha dans la lumière des phares qui la laissa d'abord éblouie. Elle s'était arrêtée court, mais ses yeux clignotants cherchaient déjà une proie. La poitrine et la croupe se donnaient un mouvement lent qui prenait de l'amplitude. Arsène, occupé avec Urbain à porter un lourd poteau, mesura le danger. Il eut l'inspiration de confier son fardeau à la dévorante et lui demanda de le remettre aux mains du charpentier. Elle prit le poteau à deux mains, équilibra habilement la charge et s'ébranla d'un pas ferme et prudent. Ses ardeurs étaient déjà assoupies. Lorsqu'il exigeait une grande dépense musculaire, le travail la fascinait. Arsène n'eut pas besoin de lui proposer d'autres tâches. Elle se mit aux ordres du charpentier et, ne sachant plus pourquoi elle était venue, abattit le travail de plusieurs machines à vapeur. Certains problèmes de mise en place s'en trouvèrent notablement simplifiés. Les hommes s'en émerveillaient. Belette s'oublia plus d'une fois à considérer la poitrine qui lui arrachait des soupirs d'envie.


   Urbain s'était laissé prendre à la fièvre des ses compagnons et en oubliait sa rancœur. Comme les autres, il jouait contre l'heure et contre la nuit et, les nerfs tendus par la course, ne pensait plus qu'à gagner le pari. Le sens et la destination de l'entreprise s'étaient presque effacés de son esprit. Pourtant, à plusieurs reprises, il lui arriva de s'arrêter en face de la maison pour en avoir une vue d'ensemble. Dans la lumière des phares, l'ébauche se précisait, prenait forme. Il en éprouvait chaque fois un léger saisissement et se remettait à l'ouvrage avec le sentiment confus et fugitif qu'un changement s'opérait dans sa personne. Peu à peu, un lien semblait se nouer entre la maison et lui.
    Il était plus d'11 heures quand René Jouquier, le fils du maçon, arriva sur le chantier. Il avoua sans la moindre gêne s'être attardé chez Judet en nombreuse compagnie et comme son père le lui reprochait en termes vifs, il répondit que pour avoir passé deux heures au café, il ne serait pas plus pauvre le lendemain. En effet, le maçon n'avait pas voulu que ce travail de nuit lui fût payé. Et le charpentier et le menuisier ne l'avaient pas voulu non plus. Il ne s'agissait pas seulement d'un service amical, mais encore d'un pari tenu en commun. Une rétribution n'aurait pas été dans l'esprit de cette course contre le temps et la victoire escomptée eût paru moins belle. La réflexion du garçon parut à Jouquier si indécente qu'il lâcha sa truelle et se jeta sur lui en criant cochon, tu me fais honte. Mais le charpentier fut assez prompt pour l'empêcher de se faire justice.
   "Demain matin, dit-il à Jouquier, tu lui flanqueras la correction qu'il mérite. Mais pour ce soir, on n'a pas le temps.
   - C'est bon, acquiesça le maçon en reprenant sa truelle. Mais tu vas me foutre le camp, tout de suite. Ici on est tous des gens qui savent les manières. Un goret, on n'en a pas besoin. Hors d'ici, mal poli."
    Le garçon s'effaça dans la nuit, le temps de laisser s'apaiser la colère paternelle, et quelques minutes plus tard, revint furtivement prendre sa part de l'effort. Jouquier voulut bien ignorer sa présence jusqu'à ce qu'il se fut racheté par un zèle persévérant. L'apport d'une deuxième truelle se fit heureusement sentir. La maçonnerie montait plus vite entre les intervalles de bois, et la carcasse des murs prenait corps. A 1 heure du matin, les travaux étaient assez avancés pour que le charpentier se désintéressât des murs et amorçât la mise en place de la charpente. Arsène distribua des casse-croûte et fit circuler des bouteilles de vin. La pause ne dura pas plus de cinq minutes, mais on s'aperçut que Germaine Mindeur en avait profité pour s'enfuir en emportant le fils du maçon. Il avait suffi de ce court répit pour que la dévorante, échappant à la fascination du travail, sentît se réveiller ses ardeurs. Heureusement, le garçon, à la faveur de la nuit, put s'échapper au bout d'un quart d'heure et reprendre la truelle. Cette fois, Jouquier ne lui fit aucun reproche. On ne saurait reprocher à personne d'avoir été surpris et roulé par la tempête. Quoique inassouvie, Germaine vint reprendre sa place au chantier.
    Quand le ciel commença à blanchir sur la forêt, les maçons en avaient fini avec les murs extérieurs et travaillaient à la cloison intérieure. Ayant déjà mis en place les fenêtres et les persiennes, le menuisier posait les serrures des portes. Sur le toit, il restait à consolider l'assemblage des pièces de charpente. Le charpentier y mettait la dernière main. Arsène clouait les lattes où devaient s'accrocher les tuiles de la toiture. On avait encore une heure devant soi jusqu'au lever du soleil. La surface à couvrir n'était pas grande, mais Arsène avait fait choix de petites tuiles plates qui faisaient nombre à la rangée. Il fallut mettre quatre couvreurs au travail. Les autres faisaient la chaîne pour passer les tuiles. A cheval sur l'arête faîtière, et retroussée jusqu'au haut des cuisses, la grande Mindeur recevait les charges de tuiles que Jouquier lui tendait du haut de l'échelle et les distribuait entre les quatre compagnons. La besogne allait vite, mais le ciel se dorait déjà sur les bois, la rosée brillait sur les haies, sur les chaumes, et un merle se mit à siffler. Chez les Mindeur, Armand apparut à la fenêtre de la cuisine, tenant ostensiblement sa montre à la main, prêt à accourir et à constater, le cas échéant, que la maison n'était pas achevée au lever du soleil. L'un des arbres qui l'encadraient lui dissimulant une partie du bâtiment, il sortit pour en avoir une vue plus complète et faillit s'étrangler de rage en découvrant au sommet du toit, les cuisses de sa sœur, toutes ruisselantes des feux de l'aurore.
    La dernière tuile posée, les compagnons ramassèrent leurs outils et s'éloignèrent sans donner seulement un coup d’œil à la maison. Aussi fraîche que si elle fût sortie de son lit et ne comprenant pas qu'ils étaient exténués, la dévorante leur emboîta le pas. Arsène, resté seul sur le toit, entendait résonner son grand rire gourmand. Finis donc, grande salope, gémissaient les hommes avec des voix dolentes. Belette, titubant de fatigue, cheminait vers la ferme et la voyant si chétive et frileuse dans la lumière de l'aube, il fut pris d'un remords et d'une tendre inquiétude. Lui-même était harassé, les membres gourds, et le froid du petit matin le fit frissonner. Comme il mettait le pied à l'échelle, il vit le soleil émerger derrière la ligne des bois dans un ciel de rose et de paille. Tous les oiseaux chantaient. Une cheminée se mit à fumer au milieu du village.


A SUIVRE...

vendredi 2 février 2018

Joyeusetés de l'exil

Au peuple français, aux étudiant.e.s, à celles et ceux qui dorment dans la rue, aux personnes solidaires, aux personnes torturées par le règlement Dublin.

Nous sommes des exilé.e.s du monde entier, des dubliné.e.s, des réfugié.e.s statutaires à la rue. Nous sommes débouté.e.s de l’asile, nous venons de traverser la mer, nous sommes des mineurs sans papiers. Nous occupons l’Université Paris 8 depuis le 30 janvier 2018. Pourquoi avons-nous du faire cette action ? Ces derniers mois, la France a déporté de nombreuses personnes. Nombre d’entre nous se sont suicidé. Il y a trois mois, un ami sous le coup du règlement de Dublin, déprimé, s’est allongé sur les rails d’un train qui l’a percuté. Il y a dix jours à Calais, la police a frappé et gazé des éxilé.e.s dormant dans la rue. Un jeune a eu la moitié du visage arrachée par un tir policier. Un ami qui avait rendez-vous à la préfecture y a été arrêté et mis en centre de rétention administrative (CRA), avant d’être déporté en Italie. La police française a ses gyrophares, ses sirènes et ses gaz, mais ni foi ni loi.

Ce que le système d’immigration français attend de nous, ce sont nos empreintes, pas nous. L’arbitraire et l’aléatoire sont notre quotidien, à l’OFPRA, à la CNDA, à la préfecture. À l’issue des démarches, certain.e.s sont refusé.e.s, d’autres dubliné.e.s indéfiniment, assigné.e.s à résidence, déporté.e.s, et ce sans aucune logique.


Nous revendiquons les choses suivantes :
- Des papiers pour tou.te.s
- Des logements décents et pérennes
- Pouvoir apprendre le français et continuer nos études
- La fin des refus au Dispositif d’Evaluation des Mineurs Isolés Etrangers (DEMIE)
- L’arrêt immédiat des déportations vers tous les pays, en Europe comme ailleurs.

Nous attendons de tou.te.s les exilé.e.s qu’ils et elles luttent partout en France contre l’oppression et l’injustice et contre les pratiques de la police dans la rue.
A la population française : vous qui avez fait cette révolution que l’on étudie dans les livres d’histoires, reprenez-la ! Nous remercions la population de son soutien, qui, contrairement à son gouvernement, nous montre sa solidarité.
L’administration de la fac utilise la carotte et le bâton dans les négociations. Les un.e.s disent qu’ils vont nous donner un autre endroit dans la fac, les autres nous menacent à mots couverts de faire entrer la police. Nous demandons aux étudiant.e.s et aux professeur.e.s de l’Université Paris 8 de nous soutenir dans nos revendications. Nous les remercions et leur demandons de rester totalement avec nous, jusqu’au bout. Nous nous joignons à la lutte des étudiants sans-papiers de l’Université.
À nos ami.e.s mort.e.s en traversant la mer,
À nos ami.e.s suicidé.e.s,
À nos ami.e.s mort.e.s à cause des frontières,
À nos ami.e.s mort.e.s dans le désert,
À nos amies violées en Libye,
Nous ne vous oublions pas.

Les migrant.e.s de Paris 8

vendredi 10 mars 2017

Parias

   Torturés et voués à une mort certaine là où ils vivaient, ils ont décidé de fuir, de passer. Après avoir franchi de nombreux obstacles, ils se retrouvent dans le monde dit libre, sans papiers, sans personne à qui demander de l'aide, toujours ballotés entre leur peur et la malveillance des hommes et ils constatent qu'ils ne trouveront là aucun refuge. Ils connaissent la faim, et la maraude, dame ! les spécialistes, les braves gens, la police, l'armée les traquent. Les médias vont même jusqu'à faire courir le bruit qu'ils seraient porteurs d'une grave maladie contagieuse, dont les épidémies historiques sont notables par leur ampleur et leur sévérité. Dans les montagnes cependant, ils rencontrent la fraternité, l'amitié même, et connaissent l'entraide, mais seul cet individu libre, vivant caché des hommes et se jouant de leurs lois les aura reconnu, et secouru. Mais gare à lui ! On sait le sort réservé par police, justice et ministères aux êtres ayant commis l'acte immonde de solidarité aux damnés de la terre... Pour finir, ils entament un voyage périlleux vers la mer. Là-bas, on leur a dit, ou l'on-t-il rêvé ?, il y a une île, une terre d'asile. Mais le littoral est une véritable jungle, les militaires ayant lâché des meutes de chiens à leurs trousses, leurs hélicoptères sillonnant ces cieux toujours incléments pour les parias. Parviendront-ils à courir jusqu'à la mer ? Pourront-ils accéder, nager jusqu'à leur île ? C'est ce que vous dira ce beau mais cruel dessin animé, cruel comme les seigneurs du monde dans lequel nous (sur)vivons, plus confortablement malgré tout que les indésirables qui nous frôlent, et espèrent désespérément notre aide, quelles que soient leurs "races" ou leurs espèces.

 Scène d'ouverture, accrochez-vous les boyaux.

 Bande annonce.

Film entier. Pour les non anglophones, c'est sous-titré.


L'avis de la Plèbe

   Un peu dur pour les enfants. Complètement déconseillé aux amateurs de Rox et Rouky.
   Ma dernière actu ciné (Walery Wroblewski).

vendredi 27 janvier 2017

Racialisme

   Imaginons une planète située à proximité d'une étoile ou d'un soleil dont elle reçoit de la chaleur par le rayonnement infrarouge. Cette planète est peuplée de deux espèces de pâquerettes en compétition l'une avec l'autre : d'un côté, des blanches qui réfléchissent la chaleur (comme la glace ou la neige) ; de l'autre, des noires qui l'absorbent. Supposons maintenant que les pâquerettes blanches se reproduisent plus rapidement que les noires et finissent par recouvrir la quasi-totalité de la planète. En toute logique, la réflexion de la chaleur va refroidir la planète, la température va descendre au-dessous d'un niveau critique, et inévitablement entraîner la mort des pâquerettes blanches. Tout cet espace libéré va favoriser le développement des pâquerettes noires, qui, à leur tour, vont se reproduire très vite. Les noires vont tapisser la quasi-totalité de la planète et la réchauffer par absorption de la chaleur. Au bout d'un certain temps, l'élévation de la température va devenir critique, au point de provoquer la mort des noires.

   Il est possible de tracer la courbe de croissance de ces deux espèces de pâquerettes, ainsi que la courbe de décroissance de chacune au profit de l'autre. La courbe de température permet également de comprendre le phénomène : lors de la prolifération des blanches, la température descend au-dessous de zéro, par exemple ; elle passe au-dessus de 60°C lorsque les noires se multiplient. Progressivement, une sorte de damier conduisant à la répartition régulière de zones peuplées de pâquerettes blanches et de pâquerettes noires va à la fois réfléchir et absorber la chaleur, créant un équilibre en aboutissant à une température moyenne stable. 

Joël de Rosnay.- Je cherche à comprendre.

Sacré damier !

lundi 5 octobre 2015

Deux "cause toujours", deux causes, toujours.

« Ce peuple old school se voit marginalisé alors que les marges deviennent le souci français prioritaire, avec grandes messes cathodiques de fraternité avec les populations étrangères accueillies devant les caméras du 20 heures. »
Michel Onfray, compilateur à succès et amuseur médiatique bas normand et du front.

Des marges

A ceux qui consentent à vivre gras dans la France asservie, je dirai : « Il ne vous appartient pas de blasphémer la proscription ! Non, toute la science n’est pas dans vos bibliothèques et vos académies aux vieilles senteurs ; non, tout le bien-être n’est pas dans vos spéculations fiévreuses ; non, tout art, toute inspiration, toute poésie, toute action, toute beauté, toute littérature, tout progrès, tout bonheur, vous ne les avez pas confisqués. Non, toute la découverte et toute la révolution ne sont pas en France. L’humanité, la mère féconde, n’a pas fait de nation immortelle au détriment des autres ; son cœur bat pour tous les enfants de son amour. L’exil centuple la vie de l’homme en lui donnant l’humanité pour patrie. Les vrais exilés, sur cette terre, ce sont ceux qui ne peuvent sortir de chez eux qu’avec la permission de leur maître et sur un passeport signé de sa main. »
Ernest Coeurderoy

Tous les mardis du mois d’octobre, les 6, 13, 20 et 27, vous êtes attendus au métro Ménilmontant (Paris 20e), entre 18h30 et 20 h, pour une collecte en solidarité avec les migrant.e.s. Ils sont environ 600 à squatter le lycée Jean Quarré, rue Guillaume Budé dans le 19e, et les besoins sont énormes : matelas, couvertures, draps, duvets, tapis de sol, produits d’hygiène, nourriture, matériel de ménage, fournitures scolaires et livres d’alphabétisation, sac à dos, tickets de métro, torches, piles cintres portants, matériel de cuisine.


« Si une tribu en Amazonie souhaite garder son identité on l’applaudit, si ce sont les Français on les stigmatise… »
Arno Klarsfeld, baveux mal-comprenant et illettré.

Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et de l’homme – tous appartiennent à la même famille.
Seattle.

[…] trop dépendants de la page imprimée […] Vous feriez mieux de vous tourner vers le grand livre de la nature… Car enfin, soyons sérieux : vous pensez bien que si vous prenez vos livres et les étendez tous sous le soleil en laissant pendant quelque temps, la pluie, la neige et les insectes accomplir leur œuvre, il n’en restera plus rien. Tandis que notre mère, la Terre, nous a fourni, à vous comme à moi, la possibilité d’étudier à l’université de la nature les forêts, les rivières, les montagnes, et les animaux dont nous faisons partie.
Tatanga Mani, Indien Stoney


La répartition moyenne de leur temps de « travail », toutes activités comprises, dépasse à peine trois heures par jour… Premières sociétés de loisir, premières sociétés d’abondance, telles sont les sociétés à l’âge de pierre.
Marshall Sahlins

Le mépris des Yanomami pour le travail et leur désintérêt pour un progrès technologique est tel, qu’on peut légitimement parler à leur propos d’une société de refus du travail.
Pierre Clastres

[…] ils ont été unanimes à décrire la belle apparence des indiens, la bonne santé de leurs nombreux enfants, l’abondance et la variété de leurs ressources alimentaires… alors que nul, loin de là, ne travaillait à temps complet.
Pierre Clastres

[…] des gaillards pleins de santé, qui préféraient s’attifer comme des femmes de peintures et de plumes, plutôt que de transpirer dans leurs jardins (où rien ne manquait). Des gens donc qui délibérément ignoraient qu’il fallait gagner son pain à la sueur de son front.
Marianne Mahn-Lot