Leopold Mozart, le père de, donc, avait consacré au trombone une œuvre soliste très chantante. Et bien peut-être que Wolfgang Amadeus s'en est souvenu dans son requiem, au moment du "Tuba mirum" : c'est en effet un trombone qui enroule littéralement sa voix autour de la basse, créant ainsi sans doute le premier grand solo de trombone de l'histoire de l'orchestre (1791). Un solo qui met le tromboniste au défit de produire un son éloquent mais doux, tout en pensant à phraser comme s'il était lui-même un chanteur, le trombone étant fondamentalement un instrument chantant.
- Danièle Pistone.- Histoire de la musique en France de 1789 à 1900.
Musicienne jouant du qanon et danseuse, image de Musique et instruments de musique du Maghreb.
"De la fondation à 1900 se succédèrent à la tête de l'établissement (le Conservatoire - note du blogueur) : [...]
- D.F.E. Auber, de 1842 à 1871
- Salvador Daniel, sous la Commune (6)
- Ambroise Thomas, de 1871 à 1896 [...]
(6) A la mort d'Auber, il se plaça lui-même à la tête de l'établissement ; mais il fut tué quelque quinze jours plus tard."
On n'en saura pas plus sur la mort de cet honorable monsieur... On apprendra par contre ceci sur ses centres d'intérêts et ce qu'il apporta à la musique en France :
"Dans les gazettes, les articles la concernant (la musique arabe - note du blogueur) sont toutefois plus rares que ceux relatifs à la musique extrême-orientale [...] ; mais les Expositions Universelles contribuèrent à faire connaître les mélodies arabes et S. Daniel (24) par exemple, venant d'Alger, avait fait découvrir à plusieurs reprises aux Parisiens (25) de semblables concerts. D'authentiques instruments furent présentés à nos compatriotes (26).
(24) Celui-là même qui devait se placer à la direction du Conservatoire pendant la Commune [...].
(25) Voir, entre autres, son article dans Le Ménestrel du 27 janvier 1867, pp. 65-67 et son concert de musique arabe au Palais Pompéien en 1866 (ibid. du 8 juillet 1866).
(26) Voir Le Ménestrel XXX, 1863, pp.353-354, pour la description de ce spectacle."
C'est peu, mais ce livre a au moins le mérite d'évoquer Francisco Salvador Daniel. L'histoire officielle du Conservatoire de Paris, elle, n'en a pas fait autant : elle fait succéder Ambroise Thomas à Auber. C'est ce qu'on apprend en tout cas dans ce passionnant article du splendide blog La Commune de Paris (voir aussi ci-contre), qui nous raconte toute l'histoire de cet attachant musicien communard.
Zohra de Francisco Salvador Daniel.
- Michel Bakounine.- Michel Bakounine et l'Italie : 1871-1872. Troisième emprunt de ce livre d'archives du Russe internationaliste, j'espère le finir cette fois-ci. L'occasion de rappeler quelque banalités malheureusement pas superflues dans notre actualité libéralo-fasciste :
"[...] la noble passion de la liberté. Et la liberté, quoi qu'en dise Mazzini et avec lui tous les idéalistes - qui, naturellement, ne comprennent rien à ce mot et qui, lorsque la chose se présente à eux, la détestent - la liberté, par sa nature même, ne peut être seulement individuelle - une telle liberté s'appelle privilège - la liberté vraie, humaine, complète d'un seul homme implique l'émancipation de tout le monde, parce que, grâce à cette loi de solidarité qui est la base naturelle de la société, je ne puis être réellement libre, me sentir et me savoir libre, si je ne suis pas entouré d'hommes également libres, et l'esclavage du dernier d'entre eux est mon esclavage."
- Molière.- Les Fourberies de Scapin.
Il y a une semaine Jean-Baptiste aurait eu 400 ans. Et cela personne n'en parle. Le boycott médiatique de l'auteur du Malade imaginaire n'est-il pas la preuve la plus symptomatique du grand complot des élites et de son non moins gigantesque reset pharmaceutique ? Je laisse votre esprit critique méditer cette question. Ou bien, comme le mien, se taper une bonne farce avec de francs fourbes dedans pour fêter ça.
- Jean-Patrick Manchette.- L'Affaire N'gustro.
Qu'il est bon quand, comme moi, on a boycotté depuis l'adolescence tous les appareils idéologiques d'Etat (sauf quelques rares émissions de réel service public à la radio) et capitalistes, tous ces nauséeux médias bourgeois, pour rester pur, se préserver de toute leur pub, propagande et lénifiante entreprise d'abêtissement, et qu'on se retrouve dans telle activité à attendre son fils et que deux personnes vous entreprennent avec passion du dernier Houellebecq, dernier produit d'appel de l'industrie littéraire à la mode dont je n'ai que foutre et dont je ne souhaitais pas dans ma vie simple ententre parler, quel bonheur, donc, de n'avoir jusqu'à présent pas été complètement branché non plus, d'avoir plutôt fôlatré dans ses découvertes artistiques, poétiques, littéraires, philosophiques... plutôt que de s'être précipité le plus vite possible sur ce qu'il fallait avoir lu dans les milieux avancés auxquels je me flatte malgré tout d'appartenir, quoi qu'il m'en coûte, quel plaisir, donc de se retrouver la cinquantaine bien sonnée avec tout plein de Manchette à découvrir ! J'en suis donc à mon troisième : L'Affaire N'Gustro, après Ô dingos, ô châteaux ! et Laissez bronzer les cadavres ! Je ne vous en dis naturellement pas plus, pas mon genre de divulgâcher, et je retourne bicher avec mon petit chef-d’œuvre de vrai glauque, rien à voir avec les 700 pages du m'as-tu-vu bouffon courtisan catholique ci-dessus et bien à contre cœur-évoqué...
Quelqu'un va se souvenir de cette fonction du trombone qui consiste à invoquer
le monde surnaturel, celui des esprits, eh bien c'est Mozart ! Wolfgang cette
fois, dans Don Giovanni. Vous souvenez-vous de la scène du cimetière, celle ou
Don Giovanni et Leporello sont interrompus par la voix d'outre-tombe du Commandeur ? Eh bien ce sont des trombones qui accompagnent le spectre !
Wolfgang Amadeus Mozart.- Don Giovanni, acte II, scène du cimetière.
Don Giovannie est sceptique, Leporello est terrorisé. Les trombones interviennent à la minute 2.12, mais on peut aussi décider de bosser son italien en écoutant depuis le début.
Ces trombones reviendront évidemment dans la scène finale pour l'apparition du
Commandeur, alors qu'ils ne jouent pas dans l'ouverture qui utilise la même
musique. On voit une fois de plus jusqu'où va le soin de la dramaturgie chez
Mozart, c'est absolument incroyable, rien n'est laissé au hasard.
Nous avons jusqu'à présent beaucoup entendu le trombone comme instrument soliste, mais pendant longtemps il a été surtout un soutien, notamment pour doubler les voies, en particulier dans la musique vocale, par exemple l'opéra baroque. Souvent, chez les compositeurs d'oeuvres de ce dernier genre musical, le trombone est associé au monde des esprits. C'est le cas dans l'Orfeo de Monteverdi, mais c'est encore le cas dans l'Orphée et Eurydice de Gluck, notamment quand les furies se déchainent.
Ces appels impressionnants des furies, nous les devons à trois trombones, ceux d'Yvelise Girard, Fabien Cherrier et Guy Genestier, musiciens du Louvre. C'est l'occasion d'indiquer que si les cors vont toujours par deux ou par quatre, les trombones de l'orchestre vont en général par trois.
La révolte des marins de Kronstadt, contre le pouvoir bolchevique se déroula en Russie soviétique en mars 1921 : il y aura donc 100 ans en mars prochain ! Saurons-nous fêter comme il se doit ce centenaire, deux semaines avant le cent cinquantenaire de la Commune de Paris ?
L'insurrection de Kronstadt est le dernier grand mouvement contre le régime bolchevique sur le territoire russe pendant la guerre civile et la plus importante manifestation ouvrière d'opposition au léninisme.
En 1917, les marins de Kronstadt sont à l'avant-garde, « foyer le plus ardent de la révolution d'octobre ».
En 1921, les marins, soldats et ouvriers de Kronstadt, y compris de nombreux communistes déçus par la direction du gouvernement bolchevique, exigent une série de réformes et rejoignent les revendications des ouvriers de Petrograd en grève : élections libres des soviets, liberté de la presse et de réunion pour toutes les forces socialistes, suppression des réquisitions, libre partage des richesses.
Dénonçant la dictature des commissaires bolcheviques, les insurgés revendiquent la démocratie ouvrière et paysanne confisquée par le Parti communiste : « Tout le pouvoir aux soviets et non aux partis ».
Isolée du continent, cette révolte spontanée débute le 1er mars 1921 et est écrasée militairement deux semaines plus tard, le 18 mars, par l'Armée rouge, sur ordre de Trotsky.
En hommage aux insurgés, voici un concerto de trombone composé par un officier de marine, Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov, dont l'un des postes occupé était celui d'inspecteur des orchestres militaires. Ce concerto a la particularité d'avoir été écrit pour orchestre militaire. Certes, à la Plèbe nous abhorrons l'armée, c'est un de nos fondamentaux. Mais pourquoi ne pas rêver qu'un ou plusieurs des marin musicien ayant participé à la création ce concerto en 1878 à la base navale de Kronstadt, ait pu participer à la mythique mutinerie 43 ans plus tard ? Car c'est bien là, à la base navale de Kronstadt, qu'il fut créé !
Écoutons donc ce concerto pour trombone de Rimsky Korsakov.
Le trombone a très vite attiré les compositeurs, beaucoup plus que le cor ou la trompette, et ceci pour une raison très précise : il a longtemps été le seul cuivre a pouvoir jouer toutes les notes, les 12 notes de la gamme chromatique, alors que pour ses deux collègues sus-cités il a fallu attendre le XIXème siècle et l'invention du... piston !
L'un des plus grands trombonistes de notre époque (version classique) est Jörgen van Rijen, trombone solo du Concertgebouw d’Amsterdam depuis 1997 et tous les étés au premier pupitre des trombones du festival de Lucerne depuis l'époque de Claudio Abbado. Il s'intéresse à tous les instruments, y compris l'ancêtre du sien, la sacqueboute. Et quand il compare les deux, il explique qu'il aime la légèreté et l'agilité de celle-ci due au fait qu'elle demande beaucoup mois de prise d'air, et donc de souffle que sont robuste descendant.
A l'époque classique il y a des musiques composées pour sacqueboute / trombone solo, même des concerti, entre autre de... Leopold Mozart (le papa...), comme le prouve ici l'allegro du concerto en ré majeur pour trombone et orchestre, joué avec souplesse et dextérité par Jörgen van Rijen sur une sacqueboute.
Révision : le roi des cuivres graves est un des instruments les plus anciens, on le trouve dès le XVème siècle, ou plutôt son ancêtre, la sacqueboute (sacquer et bouter = tirer et pousser), déjà avec un long tuyau courbé dont une partie repose sur l'épaule et une coulisse que l'on actionne. Très important à toute l'époque Renaissance et baroque pour la musique religieuse (que des mécréants comme nous peuvent aujourd'hui kiffer par pure concupiscence de bêtes sécréteuses de désir que nous sommes, tout en nous exaltant des émotions intimes, humaines ou cosmiques qu'elle peut nous procurer). Par exemple à Venise où il se mêle au cornet pour créer un véritable cœur de cuivres.
Écoutons le en 2014 dans cette Canzon à huit n°8 pour ensemble de cuivres de Giovanni Gabrieli par les Sacqueboutiers de Toulouse.
J'ai un peu écouté Stravinsky car je suis jaloux des oreilles bien exercées qui parviennent à trouver ineffable la musique contemporaine du XXème siècle, française, russe, ou même roumaine. Et un des morceaux que j'ai vraiment trouvé magnifique, enthousiasmant, est Pulcinella.
Las ! Pour les musiciens initiés, je ne dirai pas snobs, car ce n'est pas parce que je suis limité que je dois critiquer ceux qui sont supérieurs à moi en compréhension et en aptitude à ressentir ; pour les grands initiés, donc, ce Pulcinella est un ballet néo-classique ! Oui, vous avez bien lu, néo-classique, c'est-à-dire que c'est la honte ! Les musicos avant-gardistes de son époque, comme Schönberg, le chambraient et le critiquaient vertement justement parce qu'il avait osé composer des pièces aux belles mélodies, qu'un Jojo en gilet jaune pourrait aimer facilement. Pour comprendre ce sentiment de trahison des amateurs de musique plus coriace, il faut rappeler que Stravinsky était des leurs. Il raconte dans une interview que, quand il composait le Sacre du printemps en Suisse dans les années 10, un jeune garçon qui jouait dans la cour s'était mis à crier : "C'est faux, ! c'est faux !". "Pour lui, c'était faux", rigole Igor, "mais pas pour moi !". Et il a bien raison ! Mais à mon niveau, je suis bien content qu'il ait aussi fait du néo-classique.
Je vous copie ci-dessous un texte que m'a envoyé l'Orchestre de Paris, c'est toujours intéressant. Ce texte parle du ballet Petrouchka. Petrouchka, a priori, signifie, si j'ai bien tout compris, Polichinelle en russe, de même que Pulcinella en italien. Mais ce second Polichinelle est en revanche bien dans le style plus ardu et rugueux à l'oreille du Stravisnsky du Sacre (dont la création au théâtre des Champs-Élysées à Paris, le 29 mai 1913 provoqua, rappelons le, un scandale artistique comparable à la non moins célèbre bataille d'Hernani en 1830). C'est pourquoi il nécessite, pour moi en tout cas, de multiples écoutes pour en découvrir les joyaux et finir par le kiffer un jour.
Poupées russes
Créé en 1911 au Théâtre du Châtelet par les Ballets russes, Petrouchka de Stravinski est construit autour d’un personnage fort. De l’Italie à la Russie, en passant par la France, ses racines sont multiples… Explorons son "arbre généalogique" !
Les cousins éloignés
Premier cousin : Arlequin, dont l’origine, discutée, remonterait aux pièces latines. Les comédiens masqués de la Commedia dell'arte – le théâtre populaire italien du XVIe siècle - le révèlent : originaire de Bergame en Lombardie, il est paresseux, fourbe, séducteur et change rapidement d’opinion. Par la suite, à ses talents de mime s’ajouteront ceux d’acrobate.
Agile aussi, physiquement tout comme dans ses relations, Polichinelle (Pulcinella en italien), représentant au départ les Napolitains, est également bon vivant et coureur de jupons.
Demi-masque noir, nez crochu et costume blanc sont ses attributs ! La version française est une marionnette bossue à gros sabots et à la voix stridente, qu’on retrouve dans le théâtre de Guignol.
La version anglaise de Polichinelle s’appelle Punch ; en Russie, on l’appelle… Petrouchka.
Le Polichinelle russe
Dans le ballet de Stravinski, Petrouchka évolue au sein d’une fête populaire russe. D’abord simple pantin sans vie aux côté de deux autres - la Poupée et le Maure -, il se met à danser grâce au pouvoir d’un inquiétant magicien. Il s’éprend de la Poupée, qui lui préfère le Maure, les deux pantins masculins se battent et Petrouchka meurt. Son esprit finira par hanter le magicien.
Pierrot, qui emprunte son costume blanc à Polichinelle, est en quelque sorte l’équivalent français de Petrouchka. Ils sont tous deux mis à l’écart de la société, parce qu’ils sont idiots, laids, solitaires ou maladroits et sont chacun au cœur d’un trio amoureux (Colombine et Arlequin pour Pierrot). L’incarnation de Petrouchka par le célèbre danseur Nijinsky devient un marqueur pour d’autres artistes à la fois tristes et drôles du XXe siècle comme Jerry Lewis ou Charlie Chaplin.
Une plus large palette
Dans la Commedia dell'arte, faire rire était central, notamment par l’imitation ou des gestes grotesques. Au XXe siècle, les clowns et mimes gagnent en profondeur et expriment par le seul moyen du corps, des situations, des émotions. C’est le cas du mime Marceau (1923 – 2007) dont le jeu est empreint de poésie et de sensibilité. Avec son "Charlot" émouvant et malicieux, Charlie Chaplin (1889 – 1977) est également un héritier de ces personnages : dans Charlot garçon de café ou Charlot vagabond, il est soumis aux injustices de la société et adresse à la caméra des regards tantôt emplis de tristesse, tantôt moqueurs.
Je reproduis ici le contenu d'un mail que m'a envoyé l'Orchestre national de Paris.
Il existe en théâtre ou en musique toutes sortes de superstitions. Connaissez-vous celle de la Symphonie n° 9 ?
Alors que Mozart ou Haydn écrivent respectivement environ 40 et 100 symphonies, Beethoven va révolutionner le genre : il chamboule les quatre mouvements traditionnels, ajoute un chœur, intensifie les possibilités de l'orchestre… La neuvième symphonie qu'il écrit est un triomphe, mais elle sera sa dernière. C'est le début de la "malédiction de la neuvième" !
Qui sont les victimes ?
La première est le jeune Franz Schubert. Admiratif de Beethoven considéré comme le plus grand musicien du temps, il porte le flambeau lors de ses obsèques publiques mais meurt brutalement l'année d'après, au moment où il achève sa Grande Symphonie en ut majeur, la n° 9 justement ! Ce numéro porterait-il malheur ?
Quelques années plus tard, la malédiction continue avec Antonín Dvořák qui n'a pas le temps d'aller plus loin que sa Symphonie n° 9 "Du nouveau monde" !
Comment contrer la malédiction ?
Très superstitieux et sentant que le chiffre 9 peut lui être fatal, Gustav Mahler recourt à un subterfuge lorsqu'il achève sa Symphonie n° 8. Il compose Le Chant de la Terre, véritable symphonie, mais il ne la comptabilise pas comme telle ! Croyant avoir déjoué le mauvais sort, il se met donc à écrire une nouvelle symphonie, la n° 9. Mais il meurt au moment où il commence la suivante. Il semble impossible d'échapper à ce destin, la figure de Beethoven plane…
Ne lisez pas ce livre : il est issu de la boutique du M.I.T., où les esprits créatifs s'adonnent aux joies de la littérature de demain.
Le cas Anton Bruckner
Le compositeur autrichien vit dans l'admiration de Beethoven et Wagner. Alors qu'il essuie de nombreuses critiques durant l'élaboration de sa Symphonie n° 8, il est quelque peu découragé avant de se remettre à la tâche. Il va finalement mourir pendant l'écriture du 3ème mouvement de sa symphonie suivante, la neuvième…
Des musicologues ont tenté de reconstruire la suite, mais il est de coutume de s'arrêter sur ce troisième mouvement, un Adagio poignant qui est en train d'annoncer les audaces harmoniques et stylistiques du nouveau siècle.
Incapables de dépasser Beethoven, personne n'ose aller au-delà du chiffre 9. Chostakovitch le fera en 1953 avec sa Symphonie n° 10, il en composera 15 au total !
Vous pouvez écouter... à vos risques et périls. La maison décline toute responsabilité etc.
Je vous avais fait un compte-rendu de ma dernière sortie avec mon pote Didier ici. Cette fois on a fréquenté un lieu rien plus prestigieux ! C'était une première pour moi, mais je ne regrette pas, de temps en temps ça fait du bien d'être bien traité (enfin je ne parle pas des portiques de sécurité qui font "ding" et des fouilles style aéroport à l'entrée). Et puis comme tous mes amis blogueurs sont des fans de Radio France et qu'ils ne manquent pas de mettre en ligne des liens que je ne peux pas écouter, n'étant qu'un blogueur de perruque, c'est à dire officiant uniquement sur du temps volé et du matériel détourné (repris individuellement, évidemment, vous le savez aussi bien que moi, vous avez au moins entendu parler de Proudhon ou de Marx, le voleur, c'est lui) à mon employeur, que ma bécane est par conséquent bridée. N'étant donc que cela, je ne peux pas écouter les belles émissions qu'ils dispensent au monde, et je n'ai que peu de scrupules à avouer que je suis allé au studio 104 de Radio France écouter jazz manouche, flamenco et autres très bonnes choses. C'est toujours mieux chauffé que la Chope des puces en tout cas, même si l'ambiance est un peu plus prout prout, et moins bobo. Et puis quand on est un habitué quotidien de la gare de St-Denis (à ce propos les ouvriers de nettoyage en grève de la gare ont gagné, j'ai du mal à y croire, mais j'en suis ravi, les ayant par ailleurs soutenus avec mes modestes moyens), sortir de cette grande maison ronde et voir la tour Eiffel, ça remonte un peu le moral.
Les deux petits gars ci-dessus, 21 ans à tout péter, se sont rencontré au conservatoire. Partis de la guitare classique, Manuelito s'est ensuite spécialisé guitare flamenco, dont il connaît toutes les arcanes, conformément à ses racines, mais attention il est métis, ses racines donc bretonno-mayennaises. Antoine Boyer, lui, en bon normand, est devenu un virtuose du jazz manouche. Leur duo, c'est un peu comme si Django Rienhardt et Paco de Lucia s'étaient rencontrés à vint ans, sans se douter des légendes qu'ils allaient constituer à l'avenir. Ils nous ont joué du manouche, donc, du flamenco, du mélange des deux, reprises et compositions personnelles, et même du classique !
La coolitude qui fuse et swingue
Quant à Angelo Debarre (un dionysien, soit dit en passant, la boucle est bouclée), Marius Apostol et les autres excellents musiciens qui les accompagnent, on ne les présente plus. On a eu droit à Honeysuckle Rose de Fats Waller, Nuages et Minor swing de Django, une danse hongroise de Brahms, une chanson russe qui accélère ultra-connue, des compositions, notamment le Swing de Samois, du nom de la ville ou vécut la fin de sa vie et mourut Django... Je suis toujours soufflé du flegme avec lequel ces mecs là jouent à une telle vitesse. Ils sont vraiment l'image même du fait d'être cool, relâchés en haut, mobiles en bas, un peu comme en aïkido, ou plutôt comme les cow-boys de Sergio Leone avant le carnage. Et s'en est un !
La question que je me suis efforcé de poser dans ce livre, c’est celle de la capacité de la plèbe à produire son propre langage… Comment les classes subalternes arrivent-elles à vivre dans un monde qui n’est pas le leur ? en se créant des mondes parallèles, dans la clandestinité sociale et culturelle ! Comme les Noirs du Deep South, aux USA, qui étaient l’objet d’un tel mépris, d’une telle ségrégation… après l’abolition de l’esclavage, d’être relégués en marge, en quelque sorte livrés à eux-mêmes, paradoxalement ça leur conférait une liberté d’expression inédite –la société WASP s’en foutait pas mal qu’ils pratiquent des rites magiques, qu’ils frappent sur leurs tambours et qu’ils chantent, tant que ça restait entre eux, entre sauvages... Cela a produit le blues, le jazz, le gospel, et puis le rock’n roll, la soul, le funk, le rap… excusez du peu ! tout cela a été fatalement recyclé dans le business de l’entertainement (comme l’ont été aussi, plus récemment, la tarantella, la pizzica etc.) mais le langage reste là, disponible…
Alèssi dell’Umbria
Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ; Adieu, vive clarté de nos étés trop courts ! J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres Le bois retentissant sur le pavé des cours.
Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère, Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé, Et, comme le soleil dans son enfer polaire, Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.
J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ; L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd. Mon esprit est pareil à la tour qui succombe Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
Il me semble, bercé par ce choc monotone, Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part. Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne ! Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.
II
J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre, Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer, Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre, Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.
Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère, Même pour un ingrat, même pour un méchant ; Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.
Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide ! Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux, Goûter, en regrettant l'été blanc et torride, De l'arrière-saison le rayon jaune et doux !
Malheureusement c'est raté ! Le tableau de Franz Stöber représentant les funérailles de Beethoven, mort le 26 mars 1827, à Vienne, est trop petit, on ne voit pas bien les détails et les personnages. Ce qui enlève toute pertinence à sa présence dans cette rubrique. Je peux réparer ça en vous assurant, libre à vous de me croire ou pas, que précédant le cercueil dans le convoi, à peu près au milieu de la partie gauche de l'image, marchent quatre (ou six) trombonistes, eh oui ! Bon, comme ce post est un flop pour le trombone, on peut toujours faire un jeu.
Il y a des hommes portant des chandeliers autour du cercueil. L'un d'entre eux a eu sa petite notoriété, sauras-tu trouver de qui il s'agit (pour les forts en histoire de la musique classique, j'avoue que je n'aurais par moi-même jamais résolu cette énigme) ? Un indice ? Blanche était la chair du poisson que Jacques et ses frères apprêtèrent après le lui avoir pris.
On peut en faire un second, plus raccord avec les lecteurs de ce blog.
Romain Rolland a dit : « Jamais Empereur d’Autriche n’eut de funérailles telles que Beethoven. » Sauras-tu me donner une approximation du nombre de personnes ayant suivies les dépouilles suivantes (pas de Ouiki ou autre triche du même style sinon c'est pas drôle) ?
- Ludwig van Beethoven : .............
- Jules Vallès : .............
- Victor Hugo : .............
- Renaud Séchan : .............
Et puis, comme on aime le grand Ludwig, et que sa magnifique sonate dite Clair de lune (1801) adoucit vraiment les moeurs par sa mélancolie romantique langoureuse (en tout cas le premier mouvement), nous allons l'écouter ici. Attention, le son est crescendo, au début la grand musique lunaire qui préfigura tant de nocturnes du XIXème siècle est imperceptible.
Pour finir, bouclons la boucle avec un autre grand alité.