Un livre passionnant, qui donne l'impression d'être intelligent. A 18 / 19 ans ans j'avais lu Ce que parler veut dire, sur la reproduction de la société de domination via la langue, tiré d'une bibliographie suggérée par le programme des études de que dalle que j'avais commencées à la fac de Censier, ç'avait été une révélation ! Je parvenais à comprendre une pensée complexe exprimée dans des termes techniques de sociologues, de linguistes..., avec un crayon et en relisant plusieurs fois certains passages ou pages, mais j'y arrivais (du moins il me semblait), et ça m'ouvrait des dimensions plus vastes de ma critique autodidacte et spontanée de l'oppression dans et de ce monde. Certes Pierre Bourdieu a des défauts, il a bossé pour Mitterrand et c'est un mandarin qui à force de décortiquer les mécanismes de la domination finalement nous embourbe un peu dedans en dévoilant sans pitié leurs aspects tellement profonds qu'ils découragent un peu les tentatives déjà bien exangues d'en sortir, mais j'ai une grande tendresse pour ce monsieur, qui pour moi est un gentil, et un scientifique rigoureux et engagé, qui n'a pas dévié dans sa critique des puissants et de leur loi explicite et implicite. Ici, comme son nom l'indique, plus que la reproduction de la domination de classe, c'est évidemment de celle de genre qu'il est question, avec un parallèle entre la société traditionnelle kabyle ou la loi patriarcale et ses dispositifs symboliques de reproduction restent très purs, et tous ses restes et traces on ne peut plus prégnants dans nos sociétés occidentales actuelles.
Lois McMaster Bujold.- La Saga Vorkosigan : Chute libre / L'Honneur de Cordelia / Barrayar.
Merci à Sébastien qui, après le roman de Barjavel précédemment cité La Nuit des temps, me prête cette saga à rallonge. Je ne connaissais pas du tout, mais je suis peu féru de science fiction, sauf exception, je suis plutôt polar. Ces romans se lisent bien, facilement, il y a le suspense qu'il faut pour qu'on ne s'ennuie pas, les principes défendus dans la morale et la critique sociale de la métaphore futuriste de notre monde sont plutôt généreux. J'en suis au troisième, je verrai si la suite vaut le coup. Si vous connaissez n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !
Décidément, Mizoguchi est vraiment un cinéaste que la prostitution a inspiré, ou hanté, car nombre de ses films sont à charge de cette toujours violente exploitation du corps des femmes par un système patriarcal qui ne laisse aucune chance aux prolétaires du sexe, quand bien même elles seraient des lutteuses, s'étant laissées happées avec plus ou moins de formes, mais toujours par un chantage à la survie, par ce viol tarifé toléré. Plus largement ces témoignages de fiction agissant comme des procès mettent en évidence la domination masculine et la sujétion des femmes.
Parmi les films de Mizoguchi évoquant la prostitution que j'ai pu voir dernièrement et au sujet desquels j'ai écrit quelques lignes ici : La Cigogne en papier, Oyuki la vierge, Cinq femmes autour d'Utamaro, La Vie d'O'Haru femme galante, Les Contes de la lune vague après la pluie, L'Intendant Sansho, La Rue de la honte.
Attention, de relatifs divulgâchages peuvent apparaître dans les notices ci-dessous.
- La Marche de Tokyo (東京行進曲, Tōkyō kōshinkyoku), 1929.
Film muet et incomplet. Une jeune femme, Michiyo, hébergée chez son oncle ouvrier après la mort de sa mère Geisha, est contrainte, quand celui-ci se retrouve au chômage, de s'adonner au métier de celle-là, pour soulager financièrement le foyer. Avant de mourir, la maman, ayant été mise enceinte puis abandonnée par le courageux papa, avait sommé sa fille de ne jamais faire confiance aux hommes. Elle lui remit à cette occasion sa bague. Dans l'établissement où elle travaille Michiyo subit une cour assidue d'un vieux et richissime chef d'entreprise jouisseur. Avant cela, le fils de celui-ci, plutôt gentil, tombait éperdument amoureux d'elle, qu'il avait aperçue dans la rue en habits de pauvresse. Au moment où le client-patron n'y tient plus et s'apprête à violer gentiment notre geisha, il aperçoit sa bague et blêmit. Quand son fils lui annonce qu'il veut épouser Michiyo, il doit lui révéler, écroulé, que c'est impossible car celle-ci est sa propre sœur, c'est à dire sa fille, à lui, le vieux (vous me suivez toujours ?).
Bref, après Maupassant, nous voici donc chez Molière.
- Les Sœurs de Gion (祇園の姉妹, Gion no shimai), 1936.
Le quartier de Gion, à Kyoto, à l'est de la rivière Kamo, je l'ai un peu arpenté ici. Deux prostituées, la gentille, qui éprouve de la compassion et de l'affection pour les hommes, et la méchante, qui n'est que vengeance, mensonge, duplicité, vente au plus offrant et trahison. Les deux en arriveront à la même conclusion : elles sont dans le cercle de l'enfer aux souffrances incessantes et ce cercle n'a pas d'issue.
- Femmes de la nuit (夜の女たち, Yoru no onnatachi), 1948.
Réduites à la misère et/ou à la dépendance après les destructions de la guerre, les leurs disparus, ou victime de la violence prédatrice masculine car trop naïve et aventureuse, trois femmes tombent dans l'enfer de la prostitution de rue, à Osaka. La scène finale dans un cimetière, dantesque, témoigne épouvantablement de cette damnation. Mais on voit mal ce que la dite sainte dite vierge, sur un vitrail de laquelle la caméra s'attarde lourdement, vient faire là-dedans. Alors ce serait soit putain, soit bigote ?...
Avec l'attachante Kinuyo Tanaka (à gauche) qu'on a pu voir ici aussi (voir actus cinéma japonais précédentes) dans Cinq femmes autour d'Utamaro, L'Amour de l'actrice Sumako, La Vie d'O'Haru femme galante, Les Contes de la lune vague après la pluie, L'Intendant Sansho, Flamme de mon amour (voir ci-dessous), et même dans Barberousse de Kurosawa ! Au début elle ne paye pas de mine, rien d'une vamp, et lorsqu'on finit par s'habituer à son visage et la reconnaître au bout d'un moment on se met à développer une grande sympathie pour les personnages qu'elle incarne, son jeu d'une profonde sensibilité et son petit visage rondelet capable de lancer des éclairs ou d'être d'une provocante désinvolture.
- Flamme de mon amour (我が恋は燃えぬ, Waga koi wa moenu).
Encore un film féministe, sauf erreur. Pas de prostitution cette fois, mais une femme, en 1884, luttant contre la domination masculine, aussi bien au village coutumier que dans le grand Tokyo, notamment dans un parti politique de gauche de l'époque, c'est à dire démocrate bourgeois, dont le leader, qui devient l'amant de notre héroïne, se révélera être un macho comme les autres.
Université bloquée par un collectif féministe non mixte ce matin 9 mars 2020.
Le terminus de l'héroïque ligne 13, totalement fermée pendant un bon mois de grève en décembre-janvier.
Le nouveau président américain a décidé d’interdire le financement d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement, soulevant un tollé. LE MONDE | 25.01.2017 à 21h04 |
Quand Eurydice, Eurydice aux yeux bleu turquoise et aux bandeaux d'or roux, eut seize ans, c'était une frêle fille à taille de libellule. Mais déjà pointait en son cœur à peine épanoui la flammerole de l'amour, de l'amour qui ne distingue point entre les tiges menues que peut rompre même une fatale brise et les robustes fûts qui résistent à la tempête.
Suave ainsi qu'un matin de mai, elle plut infiniment aux vingt ans du poète Orphée, Orphée à l'âme tumultueuse, tout à tour doux comme l'agneau et ardent comme un fauve, oscillant de la tendresse naïve à la passion farouche.
Un soir de printemps, dans une auberge de banlieue, après une randonnée dans les bois de Meudon, par lui elle connut physiquement l'amour.
Dès lors, elle fut un petit cœur tout battant chaud pris à pleine main d'Orphée. Et lui, une main à jamais fermée sur le cœur d'Eurydice.
Des semaines ayant passé, un jour, baignée de joie comme en présence d'une preuve, car elle avait la simplicité d'une femme-enfant, Eurydice sentit qu'elle était grosse.
Paysage avec Orphée et Eurydice
Nicolas Poussin (1594-1665)
Dans la souveraine insouciance du mâle pour le martyre de la femme qu'il a fécondée, Orphée chanta, en quelques poèmes où voluptueusement il glissait un los au beau plaisir d'amour, son espoir d'être père. Et pourtant il aimait Eurydice. Mais le mâle est le mâle.
Eurydice porta péniblement le fruit du beau plaisir d'amour. Les derniers mois de sa gestation surtout furent douloureux.
Alors, l'angoisse tordit le cœur d'Orphée. Et sa conscience s'éveilla à la vive souffrance de l'aimée. N'était-ce pas là son oeuvre, la réalisation d'un sien concept égoïste de l'amour ? N'aurait-il pas dû éviter la grossesse à la frêleur enfantine de sa compagne ? N'était-il pas un peu coupable ? Mais, comme à cette occasion son esprit délaissait souvent le rêve un peu superficiel du poète pour la méditation profonde du philosophe, il se demandait si, en définitive, la culpabilité n'était pas plutôt attribuable à la cause inconnue que les hommes appellent Dieu.
La délivrance d'Eurydice fut laborieuse. Un moment, on crut qu'elle avait franchi le pas de la mort. Orphée était atterré. Cependant, l'enfant vint à l'existence. Mais, durant les quelques jours suivants, elle traversa un enfer de fièvre. Sa vie ne tenait qu'à un fil. Le destin voulut qu'il ne fut pas rompu. Lorsque l'accoucheur, un ami, le docteur Pluton, la jugea, quoique faible encore, hors de danger, il dit à Orphée :
- Je te rends Eurydice, Orphée. Ménage-la : elle revient de loin... Ne lui fais pas d'autre enfant, sinon, la prochaine fois...
Orphée devant Pluton et Proserpine
François Perrier
Musée du Louvre.
Et son geste indiquait que ce serait la mort certaine.
Il ajouta :
- Tu n'ignores pas que l'homme peut se rendre maître de sa faculté d'engendrer. Tu sais ce qu'il faut faire ?...
- Je sais, répondit Orphée. J'aime ma compagne : ce sera notre unique enfant.
Le fils d'Orphée ne vécut d'ailleurs que quelques jours.
Emmi les blancheurs de son lit de convalescente, la pâle Eurydice songeait qu'elle avait souffert pour l'amour d'Orphée et qu'elle était heureuse d'avoir donné sa preuve, elle aussi, encore que l'enfant ne soit pas une preuve d'amour de l'homme.
Orphée aux enfers
Pierre Paul Ruben (1577-1640)
Musée du Prado, Madrid
- Mon Orphée, je t'aime toujours, lui dit-elle, comme ayant l'intuition du tourment de son amant.
- Moi de même, Eurydice. Et c'est pourquoi je souffre. L'amour donne une fleur splendide et odoriférante, mais son fruit est amer. Pardonne-moi d'avoir causé ta souffrance. Je suis un homme : j'ai agi en homme. J'ai cédé à l'impulsion qui fait le monde. J'ai été l'esclave de la force inconsciente qui veut la reproduction des êtres. Mais si l'homme n'est qu'un instrument aux mains de cette force, je veux, moi, être autre chose et davantage. Mon Eurydice, je veux que tu n'aies plus à souffrir de mon amour : ce premier enfant sera le dernier.
- Orphée, je t'aime... Si la volupté entière du geste par lequel l'homme devient père t'est nécessaire ou si le désir de la paternité te hante de nouveau, je ne te refuserai pas ce bonheur... Prends-moi toute, mon Orphée, dussé-je mourir de ta caresse...
- Non, jamais ! conclut-il.
Longtemps, Orphée tint parole.
Orphée ramenant Eurydice des enfers
Camille Corot (1796-1875)
Huston, Musée des beaux-arts
Mais, depuis qu'il tenait entre ses bras une chose vivante, il avait senti peu à peu son âme se dédoubler. Il avait son âme du jour, pure, lucide et généreuse, et son âme de la nuit, trouble, hallucinée et cruelle. La première lui apportait à l'aube la bonne conscience ; mais quand elle s'évanouissait, au soir, la seconde venait, mauvaise conseillère. Il lui suffisait alors de contempler Eurydice pour sentir couler en tout son être une étrange sensation de volupté frisant le sadisme qui l'incitait à la possession totale et mortelle. Il découvrait en elle une survivance d'innocence virginale et un accomplissement de féminité dû à la maternité, dont le singulier mélange l'émouvait jusqu'au tréfonds de sa chair. En de tels moments, il la désirait imprégnée de lui-même jusqu'à la fécondation, témoignage indéniable de la maîtrise du mâle sur sa proie. Et pourtant il n'ignorait pas quelle perspective de meurtre ouvrait une semblable éventualité. Et cependant, encore, il savait qu'il éprouverait de sa perte un chagrin immense et que sans elle sa propre vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue.
Il lutta longtemps et longtemps en lui même l'âme de lumière fut la plus forte. Mais le combat dont l'issue fixait le sort d'Eurydice était de chaque jour.
A la musique de ses vers, il avait tenu sous le charme jusqu'à des brutes, presque des bêtes. Oui, il avait charmé des bêtes. Et cependant la bête de ténèbre qui élisait sa demeure en lui chaque soir ne cessait de hurler et de bondir.
Son désir tournait à l'obsession. Etait-ce un désir normal ou morbide ? Il ne le savait plus. En tout cas, c'était devenu une idée fixe qui réclamait impérieusement satisfaction. Le ventre rond d'Eurydice dansait devant les yeux d'Orphée en des songeries lascives, avec un goût de déjà vu. Dans la lutte que se livraient ses deux âmes, celle du jour râlait, écrasée, réduite à l'impuissance par celle de la nuit.
La bête triompha. Eurydice fut enceinte de nouveau.
A mesure que les mois rapprochaient la date fatidique, l'effroi d'Orphée grandissait : effroi de l'évènement futur, effroi de lui-même.
Il était un assassin. Il connaissait à peu près le jour où sa victime allait mourir. Et la victime savait qui était son meurtrier. Chaque soir, elle se couchait à côté de celui qui lui avait délibérément donné la mort, à l'échéance de neuf mois.
Par un jour d'hiver gris, sale comme était devenu le cœur d'Orphée, Eurydice quitta la vie dans la torture où le beau plaisir d'amour conduit parfois celles qui l'ont partagé, mais surtout donné. Et ses derniers mots furent encore : "Mon Orphée, je t'aime !"
Orphée, conscient de sa part de responsabilité humaine devant celle qui s'en allait et qu'il avait poussé hors de l'existence, regardait fixement cette forme naguère vivante qu'il avait aimée et détruite par amour, par le plus bassement conçu des amours. Dans son désespoir, il clamait vainement vers le Dieu sourd sa supplication : "Eurydice ! Eurydice !"
- Eurydice est morte... Tu l'as voulu, Orphée !... dit tristement le docteur Pluton.
Alors, les larmes aux yeux, la peine au cœur, Orphée s'assit - pour écrire un poème funèbre.
1918.
Manuel Delvaldès.- Contes d'un Rebelle.
La Plèbe écoute tout le temps :
Jeudi 2 février 2017 :Jazzlib' (jazz). Thème de la bi-mensualité : La suite (sans fin) des aventures du Duke. Ça continue car il y a tant à dire et surtout à écouter !
When, where, how ?
Jazzlib' sur radio libertaire 89,4 FM en RP. Tous les 1er et 3e jeudis de 20:30 à 22:00.
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Lundi soir 6 février 2017 :Dans l'herbe tendre (chanson française). Thème du mois : les traîtres.