Affichage des articles dont le libellé est Block Lawrence. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Block Lawrence. Afficher tous les articles

vendredi 19 novembre 2021

La dose de Wrobly : brumaire 2021 EC


   Bon, Wroblewski a pu lire un peu plus ce mois-ci. La cause en est qu'il s'est fait voler son sac à dos à Ménilmuche pendant qu'il soufflait dans son trombone lors d'un petit concert à un mini salon de la presse alternative devant une librairie. Dedans il y avait la masse sur l'art japonais qu'il déchiffre péniblement depuis des mois. Il l'avait presque terminé, il en était aux annexes, plus précisément à la liste des musées des quatre grandes îles et peut-être des plus petites. Mais le renard, qui devait en avoir besoin, être à des sortes d'abois, ayant profité de l'attroupement joyeux autour des souffleurs et des frappeurs, a fait disparaître ce volume qui a pris pas mal de temps et d'efforts de concentration à Wrobly, certes, mais qui lui a aussi procuré curiosité et instruction. Le voleur a un peu accéléré les chose. Heureusement c'était l'automne et ses températures plus basses, toutes les laisses portatives du monde moderne, papiers, cartes et passes, fric, clés, étaient dans les poches du blouson du musico du dimanche, et pas dans son sac, comme en été qu'il se balade en tee shirt. Mais il y perdit un K-Way, le bouquin en question, un agenda, et, un peu plus chiant, ses lunettes. Depuis il fait avec des anciennes, et a pris rendes-vous chez l'ophtalmo pour début déccembre. Ca ne l'a pas empêché de bouffer du papier imprimé relié.

- Nanni Balestrini.- Black out.
"le pouvoir d'un côté et les jeunes de l'autre

ce trouble-fête de 1968 n'en finira jamais

tout le monde a essayé de récupérer les jeunes
[...]
tout ce qui en 1968 était encore latent ou indéterminé s'est maintenant radicalisé

sa cohérence révolutionnaire dont on voudrait se débarasser pour rêver en paix
[...]
Fiat craint leur haine pour l'usine
[...]
ce sont surtout les contremaîtres qui sentent sur leur peau leur mépris
[...]
ces jeunes arrivent d'une autre planète a-t-il commenté

pour travailler ils travaillent mais dès que la sirène sonne ils détalent comme des lièvres s'ils peuvent ils se mettent en maladie
ils garaient des camions de location devant le magasin et chargeaient calmement des divans-lits des armoires des frigos des téléviseurs
[...]
qui veut des téléviseurs a crié quelqu'un en découvrant un stock à la lumière faiblarde des bougies ici en haut il y a des guitares et des saxos annonce un autre
[...]
une femme m'a téléphoné pour me dire ils passent dans Bushwick avenue on dirait des buffles

une jeune femme qui s'était présentée sous le nom d'Afreeka Omfrees a dit vraiment c'est quelque chose de merveilleux tout le monde est rassemblé dans les rues il y a une atmosphère de party

une femme de cinquante ans son panier à provision au bras entre dans le magasin en disant aujourd'hui on fait son marché gratis
[...]
un jeune homme deux saxos sous le bras m'a arrêté et m'a dit il y a cinq ans à Brooklyn j'ai été obligé de mettre en gage mon sax et maintenant je vais me remettre à jouer encore"

- Choderlos de Laclos.- Critique littéraire.
   Ah ! les Lumières ! Dommage que ça se soit fini en eau de boudin, c'était quand même un très bon esprit !
   "Les amis de la liberté et de l'égalité apprendront ici avec plaisir que La Pérouse avait, dès 1786, les idées libérales qui n'ont été proclamées ouvertement en France qu'en 1789. Le passage suivant en fournit une preuve frappante : "Quoique les Français, dit-il, fussent les premiers qui, dans ces derniers temps, eussent abordé sur l'île de Mowée, je ne crus pas devoir en prendre possession au nom du roi. Les usages des Européens sont à cet égard complètement ridicules. Les philosophes doivent gémir sans doute, de voir que des hommes, par cela seul qu'ils ont des canons et des baïonnettes, comptent pour rien 60 000 de leurs semblables ; que, sans respect pour leurs droits les plus sacrés, ils regardent comme un objet de conquête une terre que ses habitants ont arrosée de leur sueur et qui, depuis des siècles, sert de tombeau à leurs ancêtres. Ces peuples ont heureusement été connus à une époque où la religion ne servait plus de prétexte à la violence et à la cupidité.""

   Si ils savaient !...

- Sébastien Navarro.- Péage sud.
   Une des plus insolites révolutions sémantiques du XXIème siècle débutant : le jaune, de mouchard patronal, de traître à sa classe, est passé émeutier déter', insurgé rentre-dedans, plèbe à bout bouillant spontanément !

   "- Je travaille de 6 heures du matin à minuit pour un salaire de 1000 balles. J'ai le dos cassé. J'en peux plus. Le matin, je dois être au poste à 5h55. Dès que ça sonne, je dois m'activer. Pas de temps mort. Des heures à transporter des palettes. S'il manque un ou deux mecs, le patron s'en bat les couilles. C'est à moi de boucher les trous. Pour le même salaire évidemment. Je cours partout. Pour le patron c'est tout bénéf. D'ailleurs il a rejoint les foulards rouges*. Mais moi c'est décidé, je le plaque. J'arrête. Je me fous au chômage.

   Au rond point, il n'y a que trois clampins. Dont JP, le gendarme retraité. Je lui parle du texto reçu. Paraît que ça se corse. JP nous affranchit : il y a une AG sur le parking du Lidl. On peut dire que les gilets ont le chic pour trouver les endroits les plus sexy où se réunir : après les ronds-points gazolés, les parkings de supermarché low-cost."

* Ephémère mouvement pro-Macaron.
- Marcel Aymé.- Confidences et propos littéraires.
   "Au fond de notre coeur, nous nous refusons instinctivement à admettre que l'un de nous puisse être jugé par ses semblables revêtus de toges et de peaux de lapin.
   Nous ne croyons ni à leur infaillibilité, ni au pouvoir dont ils sont investis par la société de faire jaillir une vérité même incertaine et tremblotante, et nous avons besoin de faire appel à notre raison pour reconnaître la nécessité des tribunaux dont les sentences, rendues avec majesté, ne sont à tout prendre que des opérations de police du deuxième degré. Du reste, l'expérience confirme souvent, trop souvent, le bien fondé des avertissements que nous prodigue notre instinct.
   [...] on n'a vu aucun procureur, aucun président de cour d'assises confesser publiquement qu'ils avaient sur des données entièrement fausses expédié des innocents au bagne et à la guillotine. A combien s'est-il élevé le nombre de leurs victimes ? Encore ces serviteurs de la justice étaient-ils de bonne foi.
   Mais que dire des juges de la Libération qui condamnèrent par timidité, par veulerie, pour ne pas entrer en conflit avec le nouveau pouvoir ? Il est rare que l'histoire ratifie les condamnations prononcées contre des prévenus politiques. Qui donc, de nos jours, peut songer sans écœurement à la férocité des conseils de guerre de 1871 ?
   Cela dit et considéré, il faut convenir que la peine de mort est une périlleuse aventure pour la justice dont elle compromet sérieusement la majesté sinon l'exercice. Faut-il ajouter qu'elle est encore plus périlleuse pour ceux qui en sont les victimes ?
   L'innocent expédié au bagne peut encore espérer une réparation, mais celui qui meurt sous le couperet ou sous les balles du peloton d'exécution n'a plus à compter que sur le tribunal du jugement dernier. On comprend d'ailleurs mal pourquoi, en France, le mépris public demeure attaché à la profession de bourreau alors que la carrière d'un magistrat ayant obtenu la mort de ses semblables se poursuit dans les honneurs.
   S'il est vrai que le second serve la société, le premier en peut dire autant. Pour ma part je trouve indécent et révoltant qu'un monsieur puisse, le cul sur un fauteuil et sans courir le moindre risque, réclamer avec des effets de manche la mort d'un homme, coupable ou non."
Arts, 25 mars 1959.

- Serge Truffaut.- Les Résistants du jazz.
   Un très beau livre, superbement illustré, et instructif, puisqu'il nous permet de mieux connaître, ou de découvrir, des "mi-moyens" du jazz américain, qui sont aussi de somptueux musicos, dont la biographie est retracée avec une verve parfois polémique, en lien avec le contexte social, géographique, culturel, historique... de leur apparition, du chemin qu'ils ont tracé, de l'héritage qu'ils on laissé : Red Garland, Charlie Rouse, Lee Morgan, Julius Hemphill, Horace Silver, Gerry Mulligan, Mal Waldron, Jackie McLean, Lester Bowie, Johnny Hodges, Hampton Hawes, Dinah Washington, Paul Desmond, Duke Jordan, Sun Ra, Johnny Griffin, Art Blakey, Eddie "Lockjaw" Davis, Gil Evans, Ray Bryant, Don Cherry, Booker Ervin, Donald Byrd, Mary Lou Williams, Rahsaan Roland Kirk, Stanley Turrentine, Shelly Manne, Ben Webster, Zoot Sims, Randy Weston, Buck Clayton, Horace Parlan, Hank Mobley, Roswell Rudd, Max Roach, Art Pepper, Dr John, Cannonball Adderley, Elvin Jones. Quatre pépinières de jazz sont également décrites dans leurs différents apports à la grande fructification de cette musique libertaire, free jazz ou pas : Detroit, Kansas City,...

Comme y a 37 mecs pour 2 nanas, on discrimine positivement.

   "De leur vivant, Billie Holiday, Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan furent célèbres et le demeurent. Dinah Washington, elle, fut populaire et le reste. Dans les ghettos, dans les lieux où les intonations du blues doivent être claires, nettes, que ce soit dans le jazz, le rhythm and blues et autres genres ou sous-genres.
[...]
   Tout au long des années 50, elle va aligner des hits : I Won't Cry Anymore, Come Rain Or Come Shine, Am I Blue ?, My Heart Cries For You, Cry Me A River, All Of Me, Make The Man Love Me et une floppée d'autres titres. Certains ont été arrangés et orchestrés par Quincy Jones. D'autres ont été réalisés en compagnie des poids lourds du bebop comme Max Roach, Clifford Brown Richie Powell et consorts quand elle n'était pas invitée par Count Basie et Duke Ellington.
   Mais voilà, sa gourmandise vocale devait lui jouer un sale tour de la fin des années 1950 à son décès le 14 décembre 1963. Elle fit de la pop, du sirop, du très sirupeux. Elle a enregistré une quantité de pièces noyées par des dizaines de cordes. Non seulement ça, elle fera même du Hank Williams. Tout ça sans jamais, il faut le souligner, gommer les accents du blues.
   Reste que cette déviation vers des genres jugés trop populaires, donc trop vulgaires, par les critiques "branchés" de l'époque devait lui valoir un chapelet de réactions toues formulées à l'enseigne du mépris. on précisera même : le mépris de classe."

- Lawrence Block.- Drôles de coups de canifs.
   Entre deux réunions des AA, Scudder se fait pote avec un boucher (c'est une métaphore, et un surnom), et démasque le tueur gentrifieur, dans un New York ou la spéculation immobilière interdit désormais et de plus en plus aux pauvres la possibilité de se loger. On se croirait à Paris.

dimanche 25 avril 2021

La dose de Wrobly : germinal 2021 EC

   Le mois dernier Wroblewski est parti pour New York. Littérairement s'entend. Manhattan, bien sûr, mais aussi Brooklyn. Deux genre différents, deux époques, mais des passions qui s'enveniment au sein de la grande pomme pourrie, avec les femmes pour proie, le patriarcat pour prédateur, y compris au sein des classes les plus opprimées de la jungle capitaliste, notamment la classe ouvrière. Les passions dominantes étant toujours les passions de la classe dominante.



Manhattan, vu de Brooklyn.

 


- Lawrence Block.- Huit millions de façons de mourir.

   Cette fois ça y est, Scudder a arrêté de boire et fréquente les Alcooliques Anonymes. Il décrit de manière magistrale ces premiers jours d'abstinence, cette tempête obsessionnelle orchestrée sous un crâne d'alcoolique par la puissante, déroutante, et surtout sournoise maladie dont il est atteint, mais seuls les appelés à de telles alarmes pourront s'y reconnaître et en vérifier la véracité. Les descriptions des groupes et des réunions sont aussi criantes de vérité, et font sourire l'adepte, surtout vues par les yeux d'un jeune abstinent bourru, encore dans la révolte, le déni et le jugement de celui pour qui "moi, c'est pas pareil".


   Mais que les chanceux qui peuvent picoler normalement ne soient pas déçus, ce polar vaut quand même son pesant de divertissement, au-delà des références à l'alcoolisme. Ainsi, vous pourrez vous amuser comme tout un chacun à essayer de deviner qui a bien pu transformer la souris en steak tartare à l'aide d'une machette. Son souteneur ? Il est pourtant si distingué, et cultivé, et plutôt sympathique... Alors ? Scudder, entre une réunion et 48 heures de trou noir actif suite à une rechute parviendra-t-il à en connaître le fin mot ?...


Greenpoint, Brooklyn. Chance, le souteneur de Kim, y emmène Scudder dans sa garçonnière secrète, une ancienne caserne de pompiers.


- Arthur Miller.- Vu du pont.
   Là je découvre un écrvain. Je le connaissais évidemment de nom, mais pour moi c'était un écrivain de la jet set. Le mari de Marylin Monroe. Et puis l'Arthur à rejeter avec mépris au profit de l'Henry du Serge et de sa beauté cachée.

   Et j'apprends qu'il était d'origine juive polonaise (avant d'être islamo-gauchiste j'étais, et je suis toujours, philosémite), ah !... Mais ça ne signifie finalement pas grand chose. Puis je réalise qu'il a été inquiété sous le maccarthysme, qu'il a comparu devant la Commission des activités non-américaines, comme Dashiell Hammet, pour le coup un écrivain que j'ai dans le collimateur depuis longtemps, mais refuse de révéler les noms de supposés communistes. Il est condamné, puis acquitté en appel. Il parait qu'il symbolise par ailleurs l'auteur engagé...


   Et puis j'ai vieilli. Quand j'étais ado, et ça a duré, les cyniques me faisaient vibrer, je m'identifiais, et j'étais obsédé sexuel et pas toujours bien conscient de ce que certains aspects de ce qui me paraissait une preuve de liberté avait de profondément phallocrate, machiste (j'utilise les vieux mots, je n'ai pas encore complètement assimilé le vocabulaire des études de genre et du féminisme ésotérique, mais je progresse...). Alors, oui, les paroles de Gainsbourg étaient pour moi d'évangile. Et d'autre part l'engagement, c'était ringard, il fallait être "dégagé", le militantisme était le stade suprême de l'aliénation. Avec ces belles idées je n'ai quasiment rien fait de ma vie qui puisse être mis au crédit d'un apport quelconque à l'avancée de la révolution. J'ai bien été obligé de constater que finalement, être dégagé, même si à vingt ans on se dit que l'idéologie éclatera au contact de la subjectivité radicale, être dégagé c'est beaucoup être engagé par défaut et passivement dans le meilleur des cas pour l'ordre dominant. Après il y a engagement et engagement, je n'évoque évidemment pas la soldatesque stalinienne ou plus largement léniniste, ou les représentants de commerce électoralistes sauce dém' ou autres. Je ne connais pas exactement les idées d'Arthur Miller, mais les intentions générales semblent s'accorder avec les tendances de ma vie d'aujourd'hui, au moins humanistes, même si certainement pas anarcho-communistes (je parle des idées d'Arthur Miller, mes aspirations sont restées anarcho-communistes, même si de manière purement idéales, restons humbles). Ah ! La dernière chose qui a éveillé mon attention favorable chez Miller : il incarne beaucoup des ses personnage au sein de la classe ouvrière.

   Mais au-delà de ces considérations d'ordre biographique, et anecdotique, au-delà des préoccupations de l'opinion de l'auteur, de sa couleur politique, qui sont un peu une hérésie en terme d'appréciation littéraire pure, je dois dire que la lecture de cette première pièce (oui, Arthur Miller était dramaturge) m'a passionnée, une tension est savamment installée puis amplifiée tout au long de l'intrigue, avec un chié de suspense à la clé, et un putain de fatum des familles, un genre de tragédie grecque avec des Siciliens au pays des indiens exterminés par l'impérialisme WASP, qui fait que si on lit peut-être Henry Miller de la main gauche (je ne l'ai pas encore essayé), je constate aujourd'hui qu'il est difficile de ne pas lire Arthur Miller sans se ronger ongles et sangs !

Vue du pont.

lundi 21 décembre 2020

La dose de Wrobly : frimaire 2020 EC


- Bruno Alexandre.- Chroniques d'un incroyant, tome 2.
      J'ai encore appris plein de choses sur la religion en lisant ce tome 2 (pour le tome 1 voir la Dose de fructidor 2020 E. C.). Notamment que l'"Immaculée Conception" n'avait rien à voir avec la virginité de Marie quand elle accouche de Jésus, mais avec le fait qu'elle-même n'a pas été touchée par le péché originel quand sa daronne à elle l'a conçue. Méfions-nous donc quand un journal trouve swag d'ironiser sur la religion par quelques informations parcellaires, de ne point aller ensuite croiser le fer polémique avec des papistes en l'occurrence sans connaître tous les tenants et aboutissants de la question. Aussi je me disais bien que Marie vierge enceinte datait d'avant Jean-Roger Caussimon et surtout d'avant la prononciation solennelle du dogme de l'Immaculée Conception par Pie IX en 1854, à mon esprit revenant comme un caillou critique dans ma chaussure conceptuelle ces vers de François Villon :

Envers le fils de la vierge Marie
Que sa grâce ne soit pour nous tarie.



     On apprend encore plein de choses dans ce tome 2 dont nous lûmes le 1er volume en fructidor dernier.


- Jean Barrué.- L'Anarchisme aujourd'hui / Michel Bakounine.- La réaction en Allemagne.
     Après l'hérésie contre le vivant ci-dessus décrite et critiquée par Alexandre Bruno, ces torrents de blasphèmes contre la liberté, l'égalité et la fraternité humaine, la lecture d'une version parmi d'autres de notre catéchisme révolutionnaire fait un bien fou ! Même si on le dévore dans nos pantoufles confinées.


- Lawrence Block.- Le Coup du hasard.
     Qui a tué la souris ? Le rôdeur au pic à glace, comme tout le monde l'a cru ? Ou bien le mari ? la maîtresse ? le voisin ? la sœurette ?... comme essaye de l'éclaircir Matt Scudder huit ans après les faits, en arpentant les cinq "bourgs" du New York du début des 80's. Pas évident quand on n'échappe à la gueule de bois que par une nouvelle biture ! Mais ce sera le dernier opus du Scudder alcoolique pratiquant, dès le prochain il aura rejoint les Alcooliques Anonymes et se contentera de la foi sans les œuvres... Enfin peut-être pas pour moi car je viens de me rendre compte que je me suis trompé dans l'ordre de mes lectures, j'en ai encore un à découvrir qui se passe avant celui-ci, donc en pleine imbibation de notre privé sans licence (ex-keuf, il faut bien le dire...).

vendredi 30 août 2019

La dose de Wrobly : thermidor 2019 EC

- Donald Westlake.- Au pire qu'est-ce qu'on risque ?


   Je me suis encore bien bidonné avec mon Dortmunder annuel et estival. C'était le 9ème de la série, dans l'ordre. Il m'en reste encore 7 ! J'ai un peu honte tellement je ploie sous la bonne fortune : 7 ! Encore !
   Ici, Dortmunder s'en prend, à notre grande jubilation, à une petite frappe de milliardaire qui lui a piqué sa bague. On serait consolé si pour une fois c'était les gentils (i.e. le prolétariat, la bande de pieds nickelés de John, quoi !) qui gagnaient, mais je ne souhaite rien vous divulgâcher, alors...

- La France et l'Allemagne (1932-1936).


   En contrepoint de l'excellentissime divertissement ci-dessus référencé, de l'Histoire pure, compacte et massive. Editions du CNRS et universitaires (avec, je dois l'avouer, quelques militaires). Pas l'Histoire que j'ai l'habitude de lire, du point de vue des vaincus révolutionnaires qui tentons (même si je suis un branleur, je me comprends parmi vous les amis !) pathétiquement d'orienter ladite geste humaine dans le sens de nos désirs, mais du principe de réalité, du factuel, du documenté, du chiffré. Ça fait pas de mal de temps en temps. Une chiée de piqûre de rappel avec approfondissement poussé de mes cours de classe terminale. Ça chamboule chouia toutes mes belles théories pacifistes, anti-militaristes, de lutte des classes, d'internationalisme... quand on voit durant toutes ces années, de Weimar au troisième Reich, l'Allemagne se réarmer tranquillou, violant dans un fauteuil tous les traités, à côté d'une France laissant faire et permettant finalement à Hitler de reconstituer l'armée qui écrasera la patrie du maréchal Pétain en 40, on a la tentation de se dire que les fachos des Croix de Feu avaient finalement raison de militer pour écraser l'infâme dans l’œuf, et suffisamment tôt faire coucher le chien policier allemand nationalo-militariste puis national-socialiste afin qu'il ne se relève plus. Ici c'est pas pour la France qu'on tremble de rage, c'est pour la liberté, et contre l'assassinat de masse et le racisme décomplexés. Cependant il faudrait vite-vite que je me procure un bouquin de Daniel Guérin pour me remettre dans la ligne. Je me suis d'ailleurs laissé dire qu'il a manqué un Bakounine pour analyser cette période de Wiederwehrhaftmachung (remise en état de défense) allemand puis de guerre, comme il l'avait fait en 1870, avec son point de vue de guerre révolutionnaire, de peuple en arme, sans aucune complaisance envers le despotisme prussien, mais cohérent avec sa conception de la lutte des classes et du "socialisme" (désolé, c'est comme ça que ça s'appelait à l'époque...) libertaire, même si peu réaliste quand on prend connaissance de la situation réelle. Il se serait démarqué du pacifisme global, de la droite à la gauche, qui régnait en France dans les années 30, conséquemment au traumatisme que les hécatombes de 14/18 avaient profondément causé. Finalement je me dis que je n'ai pas de solution, et que je ne suis pas censé en avoir, petit animalcule balloté au sein de toute cette fureur. En tout cas, c'est passionnant, même si, pour l'été, c'est bien costaud !

   On peut lire cet ouvrage ici.

- Lawrence Block.- Tuons et créons, c'est l'heure.
   Deuxième de la série Scudder. Pas du niveau de Westlake, loin de là. Mais j'ai commencé cette série, peut-être l'ai-je déjà évoqué après la lecture du premier opus, parce que le privé est un alcoolique, certes (il n'est pas le seul), mais qui va devenir abstinent en fréquentant une association d'anciens buveurs, avec tous les commentaires plus ou moins ironiques qu'il fera sur ces groupes. C'est d'ailleurs un ami fréquentant ces twelve steps meeting qui m'avait fait connaître cet écrivain, il y a un bail. Bref, comme mon meilleur ami fréquente aussi ces lieux, ça m'a donné envie. Dès le départ toutefois j'ai été déçu : la pochtronnerie de Scudder est somme toute assez légère, ne serait-ce que comparativement à un Nestor Burma bien de chez nous. Il consomme presque comme Marlowe, ni plus ni moins, en homme fort (d'ailleurs, si on essayait de s'enfiler tout ce qu'ils s'enfilent dans une journée de la diégèse bon pied bon oeil, on alignerait un certain nombre de comas éthyliques, je crois que c'est Malet qui avait fait remarqué cela). Lui c'est le café et Bourbon. Il ne se pisse pas dessus, ne se vomit pas dessus, n'a pas d'insondables pertes de conscience et/ou de mémoire, ne rentre pas chez lui gueule en sang sans savoir pourquoi, ne se met pas à chialer d'épuisement n'importe où, n'entretient pas les forges de Vulcain dans son ventre, sa poitrine, ses veines et sous son crâne les lendemains de la veille, ne fait pas fuir de voyageuses de leurs places de métro par sa puanteur, ne semble pas plus que ça hanter les neuf cercles, semble juste un peu déprimé... Il fait des pauses au troquet, voilà tout... Et couche avec la barmaid... Je ne vois pas l'intérêt de poser le verre dans ces conditions, mais le meilleur des romans sera malgré tout certainement quand il l'aura fait, je pense. Pas mal de clichés, mais facile à lire, un divertissement reposant mais loin d'être transcendant. On est toujours à New York.


- Julien Jenger.- La Libre Pensée, l'alcool et le sport : Rapport présenté au congrès national de la Libre Pensée Marseille, 15 et 16 août 1924 .
   C'est complètement un hasard, mais il est encore question d'alcool dans cette petite brochure. Moi, perso, vu que mon meilleur ami est abstinent depuis lurette pour des raisons de santé, voir de vie ou de mort, les problèmes liés à l'alcool et autres produits modifiant le comportement me passent complètement au dessus de la tête. Je m'en considère comme délivré y compris au niveau de la société des débats. Mais j'ai quand même une petit opinion qui, malgré la conscience et l'expérience directe de mon meilleur ami et par le biais de nombreux amis dont un certain nombre n'en sont jamais revenus que je puis avoir des conséquences épouvantables de la maladie de la dépendance active, en tant que libertaire, certes, mais surtout en tant que meilleur ami d'alcoolique, je ne crois pas aux vertus de la prohibition, et même pas trop non plus à celles de la prévention. Ceux qui ne sont pas dépendants consomment et ça ne constitue aucun problème, ni pour eux, ni pour leur entourage. Pour les malades en revanche, aucune prévention n'y fera rien : ils devront aller jusqu'au bout de la nuit, toucher le fond de l'enfer avant d'avoir l'improbable et rare mais pourtant existante étincelle qui leur fera peut-être refaire surface, avec de l'aide.
   Le camarade Jenger, lui, il est beaucoup plus radical que moi. Pour lui, pas de révolution tant que l'homme pressera le raisin : il est pour l'abolition de l'alcool et des drogues et il appelle les camarades à rejoindre son juste combat. Par contre il n'est pas pour l'abolition du sport mais pour son aménagement anti-capitaliste en "culture physique".
   Alors moi je veux bien, mais je pose quand même la question : si on abolit la religion et le pinard, comment qu'elle fera pour soupirer, hein, la créature opprimée ?

vendredi 24 août 2018

La dose de Wrobly : thermidor 2018 EC


1- Voltaire.- Les Questions de Zapata : absurdités des prétendues écritures saintes et fausseté du christianisme.

   Rien à voir avec la révolution mexicaine.

Citation : 61° Instruisez-moi pourquoi le Credo, qu'on appelle le Symbole des apôtres, ne fut fait que du temps de Jérôme et et de Rufin [cf. (4) - note du blogueur -], quatre cents ans après les apôtres. Dites-moi pourquoi les premiers Pères de l'Eglise ne citent jamais que les évangiles appelés aujourd'hui apocryphes. N'est-ce pas une preuve évidente que les quatre canoniques n'étaient pas encore faits ?

Mots clés : XVIIIème siècle

Liens : (2) et (3).


2- Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut.- L'Art de péter.

Citation : Pisser sans péter, c'est aller à Dieppe sans voir la mer.

Mots clés : XVIIIème siècle

Liens : (1) et (3).


3- Choderlos de Laclos.- De l'éducation des femmes.

   De petits essais mineurs, Laclos est homme d'une seule œuvre génialissime. Mais bien que militaire, le gus est fort sympathique dans ces positions : clairement féministe si c'est possible pour un homme, et du côté de Rousseau contre Voltaire, en ce qui concerne l'état de nature, et le choix affectif pour lequel il opte entre l'indien beau, fort, bronzé, libre, heureux et possédant une connaissance totale de son milieu, et le tas de merde dans un bas de soie prétentieux et méchant adulant la civilisation ou l'histoire sinistre de l'oppression et de l'exil. Cela dit j'aime bien Voltaire quand il taquine le curé, il est drôle, convaincant, documenté : cf. (1).

Mots clés : XVIIIème siècle

Liens : (1) (2) (6).


4- Jean-Christophe Rufin, de l'Académie française.- Le Collier rouge.

Il y a une tradition d’insulter longtemps l’académie puis, l’âge venu, d’y quémander une place. Les académiciens sont donc les seuls français qui crachent dans un fauteuil avant de s’y asseoir. Ils ne s’y assoient que pour faire sous eux, il est vrai : le crachat sert d’amorce.
Tony Duvert.

   Encore un académicien, je m'en était déjà farci un il y a deux mois. Mais je ne l'ai pas trouvé trop mal, toutes réserves liées au fait qu'il fasse partie des 40 gâteux mises de côté évidemment, et il est très rapide à lire, ce qui est aussi un avantage. Je l'avais reçu en pub du Cercle Gallimard de l'enseignement : les vieux fichiers ont la vie dure... Mon frangin, qui apparemment connait bien cet écrivain, m'a envoyé la critique suivante, que je me permets de publier ici sachant qu'il ne lit pas mon blog. Il évoque ici ma brochette de lecture de thermidor : "Je n'ai lu que le collier rouge, dernier Rufin pour moi parce qu'autant avant j'aimais bien mais là il a commencé à m'agacer. Dans l'histoire dans l'histoire dans l'histoire, Stefan Zweig fait mieux, dans l'évocation de la grande guerre je préfère Céline et dans le genre histoire de toutous, il n'arrive pas au jarret de London." Assez sympa comme jugement, surtout par les auteurs évoqués, aussi variés que passionnants.

Citations :

- Alors, elle ne vous a pas dit qui était son père.
- Non.
- Elle ne s'en vante pas. Son père, voyez-vous était un juif allemand, proche de cette Rosa Luxembourg qui a été assassinée l'hiver dernier à Berlin. Il était membre de l'Internationale ouvrière. C'était un agitateur et un pacifiste forcené. Il a été arrêté et il est mort à la prison d'Angers. Il paraît qu'il était tuberculeux.

[...] [...]

- Combien de temps êtes-vous donc resté en permission ?
- Deux semaines. C'est bien trop peu. Mais les livres que je n'ai pas pu lire, je les ai emportés.
- Il n'en tient pas beaucoup dans un barda.
- J'en ai pris trois.
- Lesquels ?
Morlac se redressa pour donner les titres, comme s'il annonçait les Evangiles.
- Proudhon,
Philosophie de la misère, Marx, Le 18 Brumaire, et Kropotkine, La Morale anarchiste.

Mots clés : celle que j'préfère / action révolutionnaire internationaliste /

Liens : (5) et (9).


5- Agatha Christie.- Mr Brown.

   Comme vous le savez, je me refais la série, en bouchant les trous éventuels, et dans l'ordre, maniaque dépendant que je suis. Peut-être nostalgie aussi de l'innocence et de la passion émerveillée du grand jardin du Morvan privatisé par un autre aujourd'hui. C'est donc son deuxième.

   Peut-être l'ai-je déjà lu, mais plus le souvenir. En tout cas, petite surprise, ce n'est pas un whodunit, mais plutôt un genre de comédie d'espionnage, et complotiste (travaillisto-bolcheviko-irlandorépublicano-criminel) qui plus est. Ce genre n'est pas le sien, c'est assez mauvais. Évidemment c'est plutôt réac, et même si un personnage concède qu'il y a des révolutionnaires honnêtes, il précise aussitôt que ceux-ci sont les marchepieds des ambitieux despotiques incarnations du mal. Cela dit, même si le terme d'honnêteté reste un peu limité au domaine moral, les anarchistes et autres ultra-gauches pourraient dire avec raison sensiblement la même chose.

Citation :

- [...] Un tel déballage ne manquerai pas de rameuter tous les Travaillistes. Or, un gouvernement travailliste dans la situation actuelle poserait de graves problèmes à l'économie britannique. Mais tout ceci n'est rien à côté du vrai danger.
"Peut-être avez-vous lu ou entendu dire que l'agitation ouvrière actuelle serait commanditée par les bolcheviques ?
Tuppence acquiesça.
- Eh bien c'est exact. L'or bolchevique afflue dans ce pays dans le seul but de déclencher la révolution. Et il existe un homme dont personne ne connaît le vrai nom et qui travaille dans l'ombre, pour son propre compte. Si les bolcheviques sont derrière l'agitation ouvrière, lui, il est derrière les bolcheviques. Nous ignorons qui il est, mais il se fait appeler d'un nom passe-partout, "Brown", et une chose est certaine : c'est le plus génial des criminels de notre époque. Il contrôle une organisation qui fonctionne à merveille, il a des espions partout. Pendant la guerre, toute la propagande pacifiste et défaitiste a été orchestrée et financée par lui.
- C'est un Allemand naturalisé ? demanda Tommy ?
- Pas du tout, j'ai de bonnes raison de croire au contraire qu'il est anglais. Il était pro-Allemand comme il aurait été pro-Boer. [...] Il y a autour de ce projet de traité un point que nous n'avons pas encore éclairci. La menace que nous avons reçue est sans ambiguïté : l'extrême gauche a carrément déclaré que le document était entre ses mains et qu'elle avait l'intention de le rendre public du jour au lendemain. [...] Mais le gouvernement envisage un grand coup pour contrecarre toute menace de grève. [...] Cependant si le projet de traité remonte à la surface, nous somme perdus. L'Angleterre sombrera dans l'anarchie.

Vivement !

Mots clés : celle que j'préfère

Liens : (4).


Pas de jaloux : version métal.

6- J.-B. Jeener.- Les Chemins de l'Amour.

   Extrait de la quatrième de couverture (le plat verso, dirait le Tenancier), à propos de l'auteur, J.-B. Jeener (?) : "Ses fines analyses de l'amour - d'où les tempêtes charnelles ne sont pas exclues - ressortent d'une longue filiation : Laclos [cf. (3), note du blogueur]... Maurois... Chardonne !" Je ne sais pas pour Maurois et Chardonne, mais concernant Laclos, je trouve que le rédacteur de cette apéritive notice exagère un tout petit peu.

Mots clés : y en a pas


7- Lawrence Block.- Les Péchés des pères.

   J'ai décidé de me faire la série des Matt Scudder, il y a longtemps que j'en avais envie, parce que ce détective est alcoolique abstinent et fréquente une association d'anciens buveurs (enfin dans les trois premiers romans il picole encore), et que mon meilleur ami est dans le même cas. Un pote dans ce cas également m'avait raconté un passage d'un volume qui m'avait fait marrer. Scudder je crois, héros et narrateur, devise : "Dans chaque alcoolique il y a un monstre qui sommeille. Et c'est pour ça que les réunions d'Alcooliques Anonymes sont si nécessaires pour eux : elles sont tellement chiantes, que si le monstre se réveille à un moment, il se rendort aussitôt" (de mémoire et par la bande). Bon, c'est du petit polar qui se lit bien, un peu freudien, avec une séquence de baston pour les amateurs de virilité testostéronée, mais rien de transcendant a priori pour le moment.

Mots clés : La grosse pomme

Liens : (8).


8- Donald Westlake.- Histoire d'os.

   Je poursuis la série du ténébreux Dortmunder par l'excellentissime Westlake, vous êtes au courant maintenant. Que c'est drôle ! J'en ai profité pour me rencarder sur la géographie de New York, comment c'est foutu, à quoi correspondent ces noms rencontrés des milliers de fois : Broadway, Manhattan, Brooklyn, le Bronx, le Village, le Queens, Central Park, Harlem l'East River, l'Hudson, Long Island, le New Jersey, l'Etat de New york... Depuis le temps... Je commence à situer un peu tout ça maintenant, merci Donald (et aussi Lawrence) et Wiki. Allez, un petit jeu facile, mais auquel je n'aurais pas su répondre il y a trois semaines : quelle est la particularité géographique du Bronx par rapport aux quatre autres arrondissements de New York (Manhattan, Brooklyn, Queens et Staten Island ?

Mots clés : La grosse pomme

Liens : (7).


9- Tiburcio Ariza / François Coudray.- Les GARI (Groupes d'Action Révolutionnaires Internationalistes) : 1974, la solidarité en actes.

Quand on exécute au mois de mars
De l'autre côté des Pyrénées
Un anarchiste du Pays basque
Pour lui apprendre à se révolter
Des zigs d'attaque et pleins d'tactique
Nonobstant la bile des bégueules
Par l'rapt, la bombe, l'vol et l'éthique
Du garrot desserrent la sale gueule.

D'après Renaud "I kissed a cop" Séchan.

Mots clés : action révolutionnaire internationaliste

Liens : (4).