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vendredi 2 juin 2017

Jouons un peu avec les migrants

      Apparemment y a plus de migrants... Enfin je ne sais pas, je ne regarde pas la télévision, ni la radio ou l'internet dominant, mais il me semble que, comme les drogués, cette catégorie de personnes souffrantes qui défraya la chronique entre haine et compassion ont disparu des gazettes et autres médias. Pourtant, plusieurs dizaines de migrants sont morts noyés mercredi en huit, dont beaucoup de très jeunes enfants, après être tombés d’une embarcation surchargée au large de la Libye où la tension monte entre humanitaires et garde-côtes libyens. Mais il faut croire que le spectacle doit se renouveler, pour que le show goes on, et il faudra peut-être attendre, après le gros morceau des présidentielles, que le festival de Cannes, Roland-Garros et les législatives soient passés pour qu'on en entende reparler. 

      A la Plèbe, par contre, on lâche pas le morceau. Alors on va vous parler d'Ali. Ali est un jeune syrien ayant fuit la guerre et les persécutions. Son périple dans la Méditerranée en quête d'un port pour poser son lourd bagage est digne des plus rocambolesques romans d'aventure, n'était la souffrance, la peur et la mort qui, dans son cas, n'étaient pas une combinaison d'images crées par l'imagination et de caractères d'imprimerie noircissant une page blanche. Il a bien voulu nous raconter son périple de saute frontière damné de la terre, d'éternel Caïn des mers rejeté sans cesse de rive en rive, loin de l'hospitalité et de la possibilité de trouver un bout de terre, un terrain, un lieu, une maison, une autonomie, des liens d'amitié.

      Voici, en résumé, les différentes étapes qu'il a suivies, à partir de son premier appareillage en Méditerranée, depuis les côtes de Turquie.

     1- Il est donc parti de Turquie, embarquant dans une coque de noix surpeuplée au sud du détroit des Dardanelles, espérant rejoindre une petite île de la mer ionienne ou des membres de sa famille, partis avant lui, l'attendaient. L'embarcation est parvenue à doubler le cap Malée, extrême pointe du Péloponnèse sans trop d'encombres, malgré les affres que vous imaginez. Mais là, un vent de tempête les entraîne, les détournant de leur erre, à l'ouest, vers l'inconnu, bien au delà du golfe de Corinthe et de la mer ionienne... 


     2- Paf ! Le voilà jeté à Djerba, au sud-est de la Tunisie. Il y rencontre des mangeurs d'all inclusive, prolos + sans conscience des pays riches venant oublier leurs humiliations de 11 mois en se gavant au soleil dans les anciennes colonies ou autres pays sous tutelle de la finance internationale qui les presse de s'intégrer dans l'Economie en étranglant leurs populations. Mais c'est moins cher. Ali y bosse pour survivre quelque mois comme soutier à la plonge, au ménage et comme serveur.

Djerba

      3- Prêt pour un autre départ, il embarque sur un nouveau bateau de type gonflable. Débarquement en catastrophe dans un pays de volcan : les Champs Phlégréens, sur le golfe de Pouzzoles (Golfo di Pozzuoli), sur la façade nord-ouest de la baie de Naples. Il y travaille comme saisonnier sous l’œil d'une police vexatoire et d'une mafia avide et brutale.

Vue sur la baie de Naples. Une Margherita offerte à qui découvrira l'origine de cette photo.
 
     4- Nouveau départ sur un petit bateau de pêche moyennant finances. Le capitaine se jugeant sous-payé en cours de route, les dépose à Stromboli, dans l'archipel des Lipari. Rien de notable ne lui arrive sinon un vent violent tout le long de son court séjour sur cette île.

Une des îles éoliennes, ou Lipari.


     5- Il repart sur un grand voilier de plaisance sur lequel il a réussi à se faire embaucher comme homme de peine. Direction la Sardaigne, Porto Pozzo, sur la côte des bouches de Bonifacio, où il échappe de peu à une ratonnade par une équipe de joueurs de rugby éméchés en villégiature.


     6- Il s'échappe, seul, sur le canot de sauvetage du voilier de ses employeurs, avec lequel il parvient à retourner en Italie, à mi chemin du golfe de Naples et de l'embouchure du Tibre, au bord de la mer Tyrrhénienne, au sud du Latium, exactement au pied du mont Circé. Il vivra ici une orageuse histoire d'amour avec une éleveuse du cru envoûtante et dominatrice, qui l'aima d'un amour possessif et ardent. Un jour qu'il était parti marcher pour faire le point dans sa tête, il s'est endormi près du lac Averne, sur cette même baie de Naples, et il rêva que tous ses compagnons de voyages morts noyés étaient là, et lui reprochaient de ne pas rejoindre les siens.

Le lac Averne

     7- Il prend donc congé de son hôtesse et embarque dans un chalutier à la pêche à la sardine au large de la presqu'île de Sorrente.

     8- Pris dans une tempête, décidément, le bateau manque de s'écraser sur un récif juste avant d'échapper de peu à un tourbillon géant, de part et d'autre du détroit de Messine.


     9- Jeté en Sicile, il y passe trois mois à se faire dorer au soleil, vivant d'expédients. Puis il repart encore, sur un esquif, espérant en voyant s'éloigner les deux amers du détroit séparant Vulcano de Lipari, dans les îles éoliennes de nouveau, que cette fois il pourra se rapprocher de sa famille en mer ionienne.

     10- Ce n'est évidemment pas ce qui s'est passé. Dans le but de fuir des garde-côtes, il met cap à l'ouest, à l'opposé de sa destination. Le moteur tombe en panne, les courants l'emportent... sur le bord africain du détroit de Gibraltar ! Il vit dans des campements plusieurs mois encore au pied du mont Atlas. Là encore il connait une idylle torride et clandestine avec une veuve. La femme voulait le garder, il devait partir. Re-départ naval. 

Là, pour rester dans nos habitudes de lecture de carte, je ferais faire un quart de tour horaire à celle-ci.


     11- C'est presque la fin de son parcours du combattant, finalement tout sourit à la nouvelle embarcation, vents, courants, absence d'avarie. En quelques jours il accoste à Corfou ! La chance s'y trouve encore, loi des séries, il rencontre des membres d'une association d'aide aux migrants qui prennent soin de lui et lui permettent de se reposer et de reprendre des forces sur cette île que plus d'un assujetti social comme moi rêverait de fréquenter quelques semaines. 
 
Corfou

     12- Grâce à ces nouveaux amis, il peut rembarquer en sécurité et se diriger au sud, vers la petite île de Zanthe, ou il retrouvera sa femme, son fils et d'autres proches qui, en l'attente imminente du statut de réfugié, et encore grâce à l'aide d'associatifs de l'hospitalité, participent à une coopérative textile bio à base de laine de caprin. Ici se termine son périple. Jusqu'à quand ? Tout ce que je lui souhaite, c'est de ne pas venir au pays des macrons. Un caprin oui, un macron non !

Enfin Zanthe, fin du voyage...

    Conclusion : les migrants sont des héros, et nous devrions les accueillir comme tels, les bras ouverts.

    Mais, au fait, en rédigeant ce périple de damné de la terre, le nom du voyageur malgré lui a été changé, ainsi que quelques détails de son épopée. Sauras-tu corriger tout cela ? Allez ! Un indice quand même : il ne s'agit pas de Panaït Istrati.

vendredi 15 avril 2016

Jouons un peu avec l’inventaire de pré bleu

Quelle différence y a-t-il entre :

la raie manta, le diable de mer, la raie douce, le requin babosse, le requin cuivre, le requin des Galapagos, le requin gris, le requin de nuit, le requin taureau, le grand requin blanc, le requin-marteau,


l’aiguillat commun, l’aiguillat cubain, le requin renard à gros yeux, le requin taupe bleu, le requin peau bleue, le wahoo, le marlin voilier, la bonite, le thazard barré, le thazard atlantique, le makaire bécune,


le makaire blanc de l’Atlantique, l’espadon, la lanterne de Kroyer, le baliste cabri, l’aiguille, la castagnole, la carangue, le centrolophe noir, le coryphène, le Cubiceps pauciradiatus, le poisson porc-épic,


la comète saumon, l’anchois, le mérou, le poisson volant, la morue, l’hippocampe, la calicagère blanche, le poisson royal, l’escolier noir, la liche, le triple queue, la baudroie, le poisson-lune, la murène,


le poisson pilote, l’escolier à long nez, le cernier commun, le tassergal, l’otolithe, le tambour rouge, la sériole couronnée, la sériole, le pagre commun, le barracuda, le poisson globe, la tortue caouanne, la tortue verte,


la tortue luth, la tortue imbriquée, la tortue de Kemp, l’albatros à bec jaune, le goéland d’Audoin, le puffin des Baléares, l’albatros à sourcils noirs, le goéland marin, le puffin majeur, le pétrel noir, le puffin gris,


le goéland argenté, la mouette atricille, l’albatros royal, l’albatros à cape blanche, le puffin fulgineux, le fulmar antarctique, le puffin yelkouan, le goéland leucophée, le petit rorqual, le rorqual boréal, le rorqual commun, le dauphin commun, la baleine franche, le globicéphale, la baleine à bosse, la baleine à bec, l’orque, le marsouin commun, le grand cachalot, le dauphin bleu et blanc, le dauphin tacheté de l’Atlantique, le dauphin à long bec, le grand dauphin et la baleine à bec de Cuvier ?

SOLUTION

Eh ! ben dites-donc vous, vous n'êtes pas très joueurs... Enfin, on vous pardonne, on sait que vous passez vos nuits debout, bravo !

Donc je vous apporte la solution : aucune !


Les êtres cités ci-dessus font partie des 145 espèces tuées de façon routinière - et gratuite - lorsqu'on pêche le thon. Imaginez que l'on vous serve une assiette de sushis. Si l'on devait y présenter également tous les animaux qui ont été tués pour que vous puissiez les déguster, votre assiette devrait mesurer un peu plus d'un mètre cinquante de diamètre.


C'est ce qu'on appelle le bycatch (prise accessoire). Cela désigne les créatures marines capturées accidentellement - sauf que ça n'est pas vraiment un "accident", puisque le bycatch a été sciemment intégré aux méthodes de pêche modernes. La pêche actuelle a tendance à avoir recours à de plus en plus de technologie et à de moins en moins de pêcheurs. Cette combinaison entraîne des prises massives accompagnées de quantités énormes de prises accessoires. Prenons les crevettes par exemple. Une opération routinière de chalutage de crevettes rejette par-dessus bord, morts ou agonisants, entre 80 et 90 % des animaux marins ramenés à chaque remontée du chalut. (Une bonne partie de ce bycatch est composé d'espèces menacées.) Les crevettes ne représentent en poids que 2 % de la quantité d'aliments marins consommés dans le monde, mais 33 % du bycatch mondial. Nous n'y pensons guère car nous n'en savons rien. Que se passerait-il si l'étiquetage d'un produit indiquait combien d'animaux ont été tués pour que celui que nous voulons manger se retrouve dans notre assiette ? Eh bien, pour ce qui concerne les crevettes d'Indonésie, par exemple, on pourrait lire sur l'emballage : POUR 500 GRAMMES DE CREVETTES, 13 KILOS D'AUTRES ANIMAUX MARINS ONT ÉTÉ TUÉS ET REJETÉS A LA MER.

Bon, allez, je vous laisse, la DRH intérimaire nous a donné l'après-midi, je dois être le seul resté ici pour blogger. Demain je pars à St-Malo. Nous avons prévu de nous faire un plateau de fruits de mer.

Des extraits et des reformulations du livre de Jonathan Safran Foer : Faut-il manger les animaux ? ont été utilisés pour cet article.