En quelques jours, en confinement, écho, chantant quand bruit on mène, m'a renvoyé des évocations de certaines de mes icônes, ayant fait le modeste et intime mais néanmoins partagé objet de posts de ce blog. En fait d'objets il s'agit d'humains ayant apporté au monde beauté, intelligence et désir de batailler contre l'oppression millénaire et pour une union libre et fraternelle du vivant.
Pour commencer, rappelez-vous :
Dans cet articule je partageais mon enthousiasme pour les films d'Akira Kurosawa, notamment à travers L'Ange ivre et Barberousse.
Eh bien vous pourrez en savoir beaucoup plus sur ces deux films dans cet article.
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Je vous avais également communiqué mon grand intérêt, tâtonnant vu mes limites intellectuelles, un intérêt peut-être sentimental et teinté d'un romantisme qu'il aurait probablement condamné, pour Walter Benjamin, précisément en l'occurrence pour son ouvrage Sur le concept d'histoire.
Eh bien j'ai trouvé un certain éclairage sur ce texte-là dans ce texte-ci. Attention, v'là la haute volée philosophique qu'évidemment je ne prétends pas avoir intégralement comprise.
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Enfin, vous n'avez certainement pas oublié ce tromboniste, Lawrence Brown, membre de l'orchestre de Duke Ellington, et compositeur du tube Caravane.
Vous l'avez compris, magie des correspondances, en écoutant au pieu l'album du pianiste sud africain Abdullah Ibrahim qu'un pote m'a prêté, Dream time, j'ai découvert ce titre, en son hommage :
Ça ne ressemble pas du tout à du trombone pourtant. Étonnant, non ?
Et bien voilà, avec ces trois films j'épuise la filmographie du grand Akira Kurosawa, découverte majeure pour moi de cette année, même si j'avais déjà vu Chien enragé il y a quelques années. Enfin quand je dis la filmographie, je parle du stock de DVD de la bibliothèque. Je ne crois pas qu'ils ont tout. Il me restera donc peut-être d'autres magnifiques rencontres à faire, tant mieux !
L'ami CHROUM-BADABAN m'en avait parlé dans un commentaire de mon actualité cinématographique comprenant les Bas-Fonds du même Kurosawa d'après Gorki. Il est vrai que les thématiques sont semblables : la survie dans la misère, et ses acmés de poésie. Ici cependant nous ne sommes pas dans un trou, mais dans un bidonville en pleine lumière, aéré et dégagé. Et en couleur : c'est le premier opus du réalisateur qui en bénéficie. Un pur chef d’œuvre, encore ! On est tenu en haleine et émerveillé par la beauté des images, hilare ou épouvanté, en suivant les péripéties sordides de cette humanité damnée. Sillonnée par ce pauvre petit gosse qui se prend pour un tramway et qui scande le beat du moteur en traversant les terrains vagues : "Dodes'kaden - dodeskaden - dodekaden".
Ce film fut un échec. Il paraît que Kurosawa en fit une dépression, tenta de se suicider et faillit arrêter là son œuvre. Heureusement, il n'en fit rien.
- Je ne regrette rien de ma jeunesse (わが青春に悔なし, Waga seishun ni kuinashi) d'Akira Kurosawa, 1946.
Un peu l'anti Le Plus dignement. On se souvient que ce dernier film était une fiction de propagande "stakhanoviste" de guerre. Ici on a, sur fond d'amour fou à la Breton, ou sublime à la Péret, un film de résistance au militarisme, au fascisme, au nationalisme, à l'expansionnisme du Japon, des années 30 à la fin de la guerre. La mise en scène de la répression impitoyable et et de l'ostracisme pratiqué à l'égard des réfractaires peut aider à comprendre pourquoi Kurosawa a commis son film collaborationniste de 1944, au plus fort de la guerre. En tout cas il s'est bien rattrapé avec celui-ci, qui, esthétiquement et narrativement, incomparablement, est une œuvre bouleversante quand l'autre n'est qu'une navrante réclame patriotique. Et éthiquement il nous convient aussi, c'est tout bénef'.
- Qui marche sur la queue du tigre (虎の尾を踏む男達, Tora no o o fumu otokotachi) d'Akira Kurosawa, 1945.
Un court métrage qui préfigure les grands films de samouraï ultérieurs. Je suis d'ailleurs resté sur ma faim quand le film s'est terminé. Nous sommes ici sur le ton de la comédie picaresque. Nulle violence ne sera finalement employée, mais la ruse. Le porteur Sancho Pancesque jouant bouffonnement au faire valoir des 7 samouraïs déguisés en ascètes bouddhistes montagnards (yamabushis).
- Les 7 samouraï (七人の侍, Shichinin no samurai) d'Akira Kurosawa, 1954.
A propos de samouraïs au fait, ce n'était pas tout à fait vrai que j'avais épuisé la resserre de la bibliothèque. Il me restait, attendant patiemment que je trouve à disposer de trois heures et demie, le cultissime Sept samouraïs, que je n'avais jamais vu, je m'étais arrêté à Yul Brynner ! C'est maintenant chose faite. Un grand moment, dont la fin entre en résonance avec le sentiment de deuil qui me traverse au bout de cette série Kurosawa. Attention divulgâchage : Où êtes vous Kikuchiyo, Gorobei Katayama, Kyuzo, Heihachi Hayashida ? Où est le Wroblewski vierge de l’œuvre de Kurosawa, prêt à en prendre plein les mirettes et le ventre ? Il est en allé. Ils sont passés.
Mais peut-être sont-ils revenus, de novembre à juin, sur les ronds-points de France et de Navarre... Peut-être reviendront-ils lors de nouveaux combats épiques remuer dans leur routine mes travaux quotidiens et s'attaquer de concert à mon inertie et aux pilleurs de vie (ampoulé et maladroit, ok, mais l'instant valait que je tente quelque chose, que j'élargisse et dégage des points d'horizon).
- Le Plus dignement (ou Le Plus beau) (一番美しく, Ichiban utsukushiku), 1944.
Un film de propagande de guerre côté production, à l'arrière, qui m'a surpris, surtout que ce film date de juste après La Légende du grand judo (1943), plutôt pacifiste et humaniste, même si les valeurs d'engagement total et de loyauté se retrouvent dans les deux fictions. Rappelons qu'en cette période de guerre, dans ce régime militariste et nationaliste, il ne faisait pas bon contester l'ordre établi et la religion d'Etat shintoïste. Ici, la religion, c'est celle de l'entreprise et de la production. Les ouvriers d'une usine d'optique sont invités à augmenter leur quota de production de 100 % en vue de l'effort de guerre (les dividendes ne sont pas évoqués, ce qui n'empêchera pas Kurosawa de traiter de l'avidité meurtrière du capitalisme dans Les Salauds dorment en paix, par exemple, en 1960). Les femmes, quant à elles, n'auront qu'une augmentation de 50 % de leur production à effectuer. Et là, attention : grogne, fronde, remous parmi les ouvrières. Pourquoi 50 % d'augmentation de travail sans gagner plus ? Alors que les hommes ont 100 %, c'est injuste ! Finalement le magnanime patron leur accorde 80 % d'augmentation de travail. Joie dans les travées, les fifres et tambours et équipes sportives féminines de la boîte ! La mission sera remplie, coûte que coûte, question d'honneur. Si on demande humblement un congé, c'est pour aller chercher une ouvrière tombée malade et que ses parents peinent à laisser partir. Et si on a de la fièvre, on supplie la chef de le celer, pour pouvoir continuer à trimer ! Idem quand la mama meurt au pays, on veut rester ! Les sourires attendris face à ces sacrifices sont glaçants : illustrant la mièvrerie et le pathos du mal, ils révèlent par transparence des rictus de tête de mort. On se demande parfois si le film n'est pas un long pamphlet ironique, tellement c'est gros. Mais je ne pense pas : même si Kurosawa n'y mettait peut-être pas toute sa sincérité et n'en pensait certainement pas moins (enfin je l'espère et la suite de sa filmographie le laisse plutôt entendre), il s'agit bien là d'un film de commande, approuvé par le ministère de l'information et de la guerre, et destiné à être pris au premier degré, reprenez-moi si je me trompe. Ce qui confère au film un intérêt documentaire, historique, sur la deuxième guerre mondiale, et idéologique, par cette propagande de ferveur au travail et sa version japonaise, à comparer avec les versions stakhanovistes lénino-staliniennes, maoïstes, fordistes, nationales-socialistes, ou de chez Bruno Pizza...
- Un merveilleux dimanche (素晴らしき日曜日, Subarashiki nichiyobi), 1947.
Deux amoureux dans la dèche à Tokyo après la guerre. Le gars, amer, se dit que la possession physique sera au moins ça de pris. Mais la gosse n'est pas d'accord. Drame, raccommodage. Déprime et espoir. Jeu, rêve, dérive, déambulation. Un joli film réaliste social sentimental.
- La Rivière rouge (Red River) de Howard Hawks, 1948.
Un grand propriétaire de bétail fasciste (le propriétaire - John Wayne -, pas le bétail), malgré tout dans la dèche faute de débouchés, décide de remonter vers le nord avec ses milliers de bêtes pour les vendre. Au moment où il s'apprête à faire pendre deux de "ses" hommes ayant préféré tenter de fuir la tyrannie du tonton flingueur, il se fait gentiment remettre à sa place par celui qu'il considère comme son fils (la coqueluche de l'époque, Montgomery Clift), qui prend en main la caravane de bidoche pour la mener à bon port avec humanité. Le vieux, laissé en plan, rageur, décide de se venger et de tuer le jeune Œdipe.
- La Piste des géants (The Big Trail) de Raoul Walsh, 1930.
Premier rôle principal de John Wayne, qui n'était pas encore fasciste. Une caravane de colons traverse les vastes territoires indiens d'Amérique du nord, traversant 1000 morts et dangers. Wayne joue un jeune éclaireur ami des indiens et désireux de venger un de ses potes assassiné par des rascals. Un peu de paternalisme incontournable à cette époque pour les autochtones en voie d'extermination mais nul racisme dans ce film. Appréciable.
- Rêves (夢, Yume), d'Akira Kurosawa, 1990. Magnifique film rassemblant plusieurs courts métrages restituant des rêves. On passe de l'imaginaire enfantin et des légendes, à des visions plus désespérées mettant en scène la destruction humaine de la nature, les catastrophes atomiques (Kurosawa a été visionnaire, on a là déjà une centrale qui pète au Japon), la guerre et ses massacres ; mais aussi plus lumineuses avec la vie simple et proche de la nature d'une communauté villageoise, décroissante pourrait-on dire aujourd'hui, ou la beauté et la compulsion créatrice, puisqu'on y rencontre, non pas Kirk Douglas ni Jacques Dutronc, mais Vincent Van Gogh quand même, à l'oeuvre. Les images d'une beauté ébaubissante et les messages courts comme des haïkus nous laissent tout suspendus. Quelle chance j'ai de pouvoir découvrir ces trésors à l'âge mûrissant qui est le mien !
- Les Bas-Fonds (どん底, Donzoko) d'Akira Kurosawa, 1957. D'après Maxime Gorki. Magnifique également. Dans le genre beauté du laid, sublimation de l'enfer, détournement par les protagonistes de la misère par l'ivresse, le jeu et la danse dionysiaque. L'interprétation dramatique de chaque actrice et de chaque acteur est ciselée comme du diamant, du grand art. Pas du tout envie de voir la version de Jean Renoir après ça.
Mais ça m'a rappelé de mauvais souvenirs finalement. Quand j'ai squatté deux ou trois ans au début des 90's. Moi mes héros, c'étaient les Avengers autonomes. Mais mes tendances m'ont vite amené à finir avec les défoncés, branleurs et vrais sans logis. Point de valeureux et généreux vols individuels ou organisés et d'activités intellectuelles et manuelles intenses pour équiper un lieu de résistance et d'activités révolutionnaires et fournir des moyens de subsistance largement suffisants à ses habitants, mais de minables combines, des rapines peu reluisantes, le salaire de petits boulots ou les recettes des aides sociales, du caritatif ou de la manche. Le tout afin de, pas H24 mais pas loin, boire 8.6, bières de chez ED ou plus costaud quand nous étions en fonds, fumer du shit quand c'était la richesse et la fête, et, après que j'aie fréquenté un psychiatre pour me faire réformer du régiment, s'enfiler les Xanax que je ramenais, par pincées. C'était moins esthétique que dans le film, mais parfois on pouvait retrouver ces orgasmes collectifs et ces acmés de franche rigolade. L'ensemble sur fond noir : crasse, incendie pour cause de feu à même le taudis pour se réchauffer, promiscuité écœurante, rixes, mort de maladie sans soin...
Bon, allez, pour nous remonter le moral de cette misère (je ne parle pas de la maladie de la dépendance, qu'on retrouve évidemment chez les bourgeois, mais de conditions de survie contraignant a minima à dormir en compagnie de rats et de cafards, et à connaître de manière non anecdotique les sensations de froid, de faim, de peur que ça dure, etc., on pourrait aujourd'hui penser aux roms, ou aux campeurs des périphériques, entre autres), cette misère qui illustre une réalité qu'on ne voit pas à la télé si ce n'est par transparence dans les rictus crispés de tous les macrons du monde, pour nous remonter le moral donc, je découvre en même temps que vous ce groupe qui reprend un répertoire de chansons populaires vieux de plusieurs siècles, le Min'ho, en salsa, reggae et jazz éthiopien : Minyo crusaders.
Les deux films ci-dessus évoqués sont ma dernière actu ciné.
Bon, eh bien je vous laisse quelques temps. Je vais aller offrir une bouteille de Champagne duty free au Doshu (gardien de la voie), Ueshiba Moriteru dirigeant de l'Aïkikai et petit fils du fondateur.
Dans la famille Ueshiba, le petit fils, actuel Doshu.
Le grand-père, Morihei, fondateur, mort en 1969, année de ma naissance.
Le père, Kishomaru. Il systématisa et codifia l'aïkido moderne.
L'Aikikai Foundation (財団法人合気会, zaidanhôjin aikikai) est une organisation créée en 1940 par Kisshomaru Ueshiba (troisième fils de Morihei Ueshiba) avec l'appui de son père pour promouvoir le développement de l'aïkido.
Le dojo central de l'Aikikai est l'Aikikai Hombu Dojo (合気会本部道場), un bâtiment en béton de quatre étages construit en 1967 pour remplacer la structure originale en bois du Kobukan (皇武館) qui datait de 1931. Le dojo est situé au cœur de l'arrondissement de Shinjuku (l'arrondissement chaud selon certains guides) à Tokyo, dans le quartier de Wakamatsu-cho. Une équipe d'une trentaine d'instructeurs s'y relaie pour assurer les différents cours chaque jour.
J'offrirai aussi une boutanche à Yasuno sensei, mon préféré à ce jour.
Je vous promets d'essayer de ne pas trop me faire casser la gueule et de vous ramener des belles photos, et je vous dis : "mata raigetsu !".
Et pour terminer je voudrais vous partager ma dernière actu ciné : Vivre dans la peur de Kurosawa Akira (生きものの記録, Ikimono no kiroku), 1955. Avec un Mifune Toshiro méconnaissable et Shimura Takashi, c'est l'histoire d'un patron d'usine vieillissant, atteint d'une phobie des attaques nucléaires, dans les années 50. Il en vient donc à vouloir échanger son usine contre une ferme au Brésil où il emmènerait sa famille officielle femme et enfants adultes, ainsi que ses trois maitresses et ses enfants dits illégitimes. La famille légale se rebiffe.
La peur de l'atome donc. Et moi qui vais passer deux jours dans la magnifique ville de Nikko qui n'est qu'à 208 km de la centrale nucléaire de Fukushima Daichii... Remarquez nous ici on en a 50 réparties sur le territoire, sans compter la poubelle qui se prépare dans la répression. Irresponsabilité et crime du pouvoir et des profiteurs d'atome, héroïsme matraqué des activistes, inertie engluante du quotidien, "maintien de la confiance" et chantage au mode de vie paralysants. De quoi flipper, oui, je suis bien d'accord !
J'ai pensé à l'Age d'or et au Chien andalou de Bunuel, à moins que ce ne soit à Alice au pays des merveilles... Les dialogues sont contaminés par l'écriture automatique ou les cadavres exquis. Il nous souvient aussi bien sûr de Miyazaki, du Voyage particulièrement. Twin Peaks refait surface un peu également... On ne comprend pas tout, mais ce n'est pas grave, on rêve et on cauchemarde, par procuration.
Le rapprochement avec le surréalisme, je ne suis pas le seul à l'avoir fait. Il faut dire que c'est patent :
La bande son participe à l'effet de parade carnavalesque grouillante, survoltée, dysharmonique, onirique, hypnotique, obsessionnelle.
- Sanjuro (椿三十郎, Tsubaki Sanjūrō) de Kurosawa Akira, 1962.
Mifune Toshiro, Shimura Takashi et geyser de sang. Les neuf samouraïs et le ronin crado. Simple, drôle et trépidant, on kiffe.
Attention ! gaucher contrariant.
- Le Garde du corps (用心棒, Yōjinbō) de Kurosawa Akira, 1961.
Mifune Toshiro, Shimura Takashi et méchant passage à tabac du héros. Premier épisode avec le ronin crado trentenaire, il n'y en a eu que deux à ma connaissance. J'ai vu le I après le II. Celui-là, qui sent fort sa série B, est moins léché que celui-ci. Mais je n'ai pu m'empêcher de penser aux westerns spaghettis de Sergio Leone avec le Républicain, là, j'ai un trou, celui qui creuse, ce qui est quand même une analogie positive.
- Le Festin nu (Naked Lunch) de David Cronenberg, 1991.
Bon, ça reste du Cronenberg, avec des êtres et des choses qui se métamorphosent en choses et êtres visqueux, gluants, rouges, roses ou blancs cadavre, tumescents et turgescents (je ne connais pas la différence mais j'aime bien les deux mots, le deuxième rajoutant encore à l'impression de bébête malhounnête), sécrétant, suintant, exsudant voir franchement éjaculant par les orifices et muqueuses les plus divers. Ici, on a droit à des cafards géants qui parlent à l'aide d'un gros cerveau-anus sur le dos, des centipèdes (insectes semi-aquatiques du Brésil) et leur viande, et des espèces d'allien humanoïdes blancs et glabres, nus (ce sont peut-être eux, le festin...), dotés de multiples appendices sur la tête d'où gicle parfois du sperme que les protagonistes du film consomment comme drogue avec délectation, désespoir et épouvante. On ne s'ennuie pas parce que c'est assez rigolo, toutes ces hallucinations, d'autant qu'elles viennent de la beat generation qui avait une défonce plutôt créative (ce qui n'empêche pas le héros de vivre un cauchemar d'angoisse).
Deux remarques :
- Le personnage principal, qui représente, malgré la fiction, un peu beaucoup l'auteur du roman, William Burroughs, disons-le, soyons littéraires ; ce personnage, donc, William « Bill » Lee, est joué par... Peter Weller, incroyable ! Un acteur dont j'ignorais jusqu'au nom et qui m'instruis en me distrayant deux fois en deux semaines, puisque c'est aussi ce Peter Weller qui incarne Robocop, que j'évoquais ici même. Les deux rôles n'ont rien à voir, si ce n'est le thème de la métamorphose. Cronenberg y a-t-il pensé en choisissant cet acteur ?...
- La musique est du... légendaire et libre jazzman Ornette Coleman ! Rien que pour ça j'étais heureux de téter du spectacle en contemplant ce film ! Il fait partie de mon panthéon ! Son sax free accompagne, des States à l'Afrique du Nord, tous les délires de ces personnages qui, après s'être shootés à la poudre anti-cafards, se tapent des fix de viande noire de centipède en poudre, avant de finir par tailler des pipes aux appendices crâniens des mugwumps dont le sperme défonce bien comme il faut !
- Kurosawa Akira.- Les salauds dorment en paix (悪い奴ほどよく眠る, Warui yatsu hodo yoku nemuru), 1960.
Vengeance dans le monde de la corruption. Une exposition sans complaisance de la connivence des élites technocratiques et managériales, ou de la corruption de la bureaucratie par les capitalistes, le tout virant franchement au maffieux. J'aime les histoires de vengeance, comme le Comte de Monte Cristo, ou Il était une fois dans l'ouest... A votre avis, ici, qui c'est qui gagne à la fin ?
Le film m'a fait penser à un des thrillers politiques de Mocky, même si évidemment, si influence il y a, elle va du japonais au français. Mais ici, pas de nanar de série B (j'aime bien Mocky), mais une œuvre magistrale, une fois de plus. Avec Mifune Toshiro, encore ! Et Takashi Shimura, pour changer.
Mots clés : vengeance, capitalisme, mafia.
- John Frankenheimer.- Seconds : L'opération diabolique, 1966.
Un film bien glauque. Votre réussite sociale vous emmerde, une start-up vous propose un nouveau corps et une nouvelle jeunesse, mais faut mettre la main à la poche. Et attention, satisfait ou liquidé ! Dame, pour faire tourner la boutique, il faut bien des cadavres.
Mots clés : capitalisme, mafia, renaissance, chirurgie.
- Verhoeven Paul.- Robocop, 1988.
"La guerre est belle, car elle inaugure le rêve d'un homme au corps métallique."
Filippo Tommaso Marinetti
J'en avais marre des vieilleries culturelles. J'avais envie d'un film récent, d'action, grand public. Voilà, je l'ai eu. Cette dystopie ressemble aux USA post-11 septembre et surtout à l'occupation de l'Irak. L'action s'y déroule à Detroit, même si le film a été tourné à Dallas. La police et l'armée y sont quasiment privatisées. Une méga firme se gavant des fonds publics invente des armes de guerre, peu importe qu'elles soient ou non efficaces pour une politique de sécurité prétextée, du moment qu'elles sont très lucratives, et prétend nettoyer un quartier pauvre avec des vrais gros méchants dedans pour y construire un giga projet immobilier. Évidemment cette firme est liée à la mafia et au narcotrafic. Le film est aussi une satire des médias de masse, infos intox et pubs débilitantes, style BFM. Même l'agent immobilier est sur écran. Rajoutons à cela une touche de transhumanisme et constatons que nous sommes les deux pieds dedans.
Mots clés : vengeance, capitalisme, mafia, renaissance, Jésus, chirurgie.
"Il est intelligent... Il peut tout ; il sait tout... Il guérit les gens [...]. [...] Il n'est pas question [...] de médecine... [...] c'est un talent. Et un talent, sais-tu ce que c'est ? C'est la hardiesse, une tête saine, une large envolée... [...] De tels gens sont rares ; il faut les aimer... [...] il est quelquefois un peu grossier ; la belle affaire ! Un homme de talent [...] ne peut être un damoiseau. Songe quelle vie a ce docteur [...] ; un peuple grossier, sauvage ; tout autour, la pauvreté, les maladies ; et dans un tel cadre [...]...".
Anton Tchekhov.- Oncle Vania.
Ce médecin, ici, c'est Barberousse (Mifune Toshiro, toujours !), qui non content de se consacrer à soigner les miséreux dans son dispensaire, est tout à fait apte à envoyer au tapis, seul, avec chacun sa fracture ouverte, une bande d'une quinzaine de sicaires et de maquereaux. On biche. Mais son éthique médicale et sa grande compassion lui feront demander à son apprenti d'apporter des planches pour faire des attelles à tout ce joli monde (pour celui qui a la mâchoire démise, il la lui remet en place immédiatement avec un jeu de poignet d'une rare élégance).
Un film magnifique, terrible, émouvant, de plus de trois heures.
Mots clés : renaissance, chirurgie.
- Annemarie Jacir.- Wajib : l'invitation au mariage.
Une comédie à l'italienne dans la ville choisie également comme lieu de vie du jeune héros dans le conte de Jésus.
Dernière minute : je m'aperçois que je n'avais pas rendu compte de mon visionnage de l'Ange ivre. Un film noir, dont la fiction se déroule dans les ruines à peine reconstruites de Tokyo. Un médecin gros buveur va tenter de sauver un pégriot tuberculeux. Avec Mifune Toshiro et Takashi Shimura, de vieilles connaissances.
- Le Château de l'araignée d'Akira Kurosawa, 1957.
Adaptation de Macbeth. En y repensant c'est vrai que Kurosawa a un côté shakespearien, notamment dans ses films de samouraïs dont l'action se déroule au XVIème siècle, l'époque même du grand Willy, où, sur l'archipel extrême oriental, les guerres entre clans et les luttes fratricides de pouvoir sont férocement déchaînées. On retrouve l'ami Toshiro Mifune.
- Ran, du même, 1985.
La couleur en plus, toujours le XVIème siècle, toujours ces insectes géants de milliers de samouraïs bardés, harnachés et pavoisant d'oriflammes multicolores et géométriques sur leurs chevaux sublimes, chevaux auxquels Kurosawa vouait un amour profond. Beauté du carnage. Là aussi il y a une sorte de lady Macbeth, mais dont la force et la rage prend sa source dans la vengeance. Cela dit un rapide coup d’œil sur une notice du film m'apprend que celui-ci est plutôt inspiré du Roi Lear !
On mesure mal l'influence de Kurosawa sur l'esthétique des révoltes en cours et des révolutions qui viennent. Ici, membre du mouvement des gilets jaunes canal étui clitorido-pénien multicolore longeant ce qui jusqu'au XVIIème siècle français fut le palais royal : le Louvre. Troublantes correspondances.
- La Féline de Jacques Tourneur, 1942.
La jeunesse du professeur Mc Gonagall ? Une aventure de Catwoman, dont tout adepte de Sacher-Masoch se respectant se rappelle encore tout salivant et fiévreux l'incarnation, cuir et fouet, par Michelle Pfeiffer ?... Je vous laisse l'opportunité de la réponse.
En tout cas je trouve que ce film est l'image renversée de cet autre, évoqué ici. Si dans Jekyll une brute épaisse profite de son statut de dominant et de la minorité sociale des femmes prolétaires pour maltraiter, violer, terroriser et finalement abattre l'une d'entre elle, ici, c'est le psychiatre imbu de sa personne, de son savoir et de son pouvoir, harceleur et violeur potentiel par chantage à l'enfermement, qui se fait dépecer gentiment par une panthère serbe issue de la thérianthropie. On biche gentiment.
"Personne ne contestera que le patriotisme instinctif ou naturel des misérables populations des zones glacées, que la civilisation humaine a à peine effleurées et où la vie matérielle elle-même est si pauvre, ne soit infiniment plus fort ou plus exclusif que le patriotisme d'un Français, d'un Anglais, ou d'un Allemand par exemple. L'Allemand, l'Anglais, le Français peuvent vivre et s'acclimater partout, tandis que l'habitant des régions polaires mourrait bientôt du mal du pays, si on l'en tenait éloigné. Et pourtant quoi de plus misérable et de moins humain que son existence ! Ce qui prouve encore une fois que l'intensité du patriotisme naturel n'est point une preuve d'humanité, mais de bestialité."*
Michel Bakounine.- Aux compagnons de l'Association internationale du Locle et de la Chaux-deFonds, ou Lettres sur le patriotisme (1869).
- Akira Kurosawa.- Dersou Ouzala (1975).
Ce film m'a rendu dingue ! Je me fais actuellement tous les films d'Akira Kurosawa en complément de mon apprentissage du japonais. J'étais assez fier d'avoir déjà mémorisé un certain nombre de mots et expressions que je n'étais pas sans reconnaître, parfois, dans les dialogues des chefs d’œuvre du grand cinéaste. Je m'apprête encore à de grandes joies linguistiques en lançant ce DVD (je n'ai malheureusement pas de ciné-club dans ma banlieue), et là ! Rien ! Je n'entrave que dalle ! Pas un mot ! Écoutez, ça aurait été du russe ça n'aurait pas été moins de l'hébreu pour moi ! Quelle recul, quelle déception, et que de rudes heures de pratique et d'étude encore avant d'enfin pouvoir maîtriser les rudiments de la langue de Yokozuna Kisenosato !
Il semble cependant que ce film ait pour thème la décroissance. Ainsi l'on voit l'un de ces indigènes "des zones glacées" qui, perdu avec un officier russe dans un marais gelé à perte de vue, constatant que le soleil se couche et que cela signera leur arrêt de mort s'ils ne trouvent pas une solution, se met à couper frénétiquement avec sa machette et l'aide ahurie du capitaine, de hautes herbes, genre roseaux, à toute vitesse, toujours plus vite avant la nuit, dans le froid et le vent, pour finalement parvenir à construire une cabane à l'aide du trépied du militaire, de cordes et de ce foin miraculeux, cabane, ou plutôt terrier, qui leur sauve la vie en leur permettant de se mettre au chaud. Cet indigène et d'autres sauvent plusieurs fois les russes (le capitaine et ses soldats) de l'irréparable, grâce à leur connaissance de la nature qu'ils habitent, et aux techniques vivrières qu'ils y ont développées. On ne sait pas à quel fin l'officier géographe vient faire des relevés de la taïga, mais on peut s'imaginer que c'est dans le but ultérieur d'y construire une métropole attractive, d'y creuser une mine de cuivre, de métaux rares ou des puits de pétrole, d'y bâtir une centrale nucléaire, un méga centre commercial, un club de vacances, un parc d'attraction, une autoroute, une ligne à grande vitesse, un aéroport ou autres joyaux et joyeusetés de la civilisation humaine. Un manifeste pour tous les zadistes ! Et puis il y a aussi l'amitié qui nait et se fortifie toujours plus entre le misérable bestial et l'humain, ce qui rajoute à la beauté, et à la tristesse du film.
- Akira Kurosawa.- Kagemusha, l'Ombre du guerrier (1980).
Une fresque historique grandiose et splendidequi aurait mérité d'être vue sur grand écran. Ces armées de seigneurs féodaux japonais du XVème siècle, caparaçonnées, hérissées et pavoisant leurs bannières de couleurs comme d'immenses colonies d'insectes ou de vers flamboyants mus par reptation péristaltique sont éblouissants.
Cette épopée a une ambiance de fin d'ère, puisque le premier shogun Tokugawa, Ieyasu, (attention divulgâchage !!!), y met un terme de presque trois siècle au féodalisme (la guerre des clans et des seigneurs), en exterminant, entre autres, le clan Takeda (il immolera également quelques papistes à l'occasion), pour instaurer un dictature militaire totalitaire et isolationniste qui, paradoxalement ou pas, amènera le pays à une paix de longue durée.
Nous regretterons seulement que les producteurs de ce film aient à ce point manqué de finesse dans leurs placements de produits, cela frelate un peu la fête macabre (comparer les premières images de la bande annonce ou la photo ci-dessous avec le logo plus en dessous).
Ma dernière actu ciné.
* Ce n'est pas sympa du tout de ma part de citer ainsi le Camarade Vitamine avec un passage qui ne dépareillerait pas dans le Dictionnaire de la bêtise de Bechtel et Carrière (indispensable), mais c'est la loi des conjonctions inopinées des mondes et des instants qui a fait que je l'ai lu à un moment quasi synchronisé avec celui qui me fit découvrir le film Dersou Ouzala. J'avais déjà évoqué dans une note de lecture sur Bakounine que sa vision des peuples sauvages et du progrès historique était l'un des quelques points de son œuvre avec laquelle je me sentais en désaccord. Pour moi, des hommes et femmes usant de dizaines de mots pour désigner la neige et ses infinies variations, sont certainement moins misérables, moins bestiaux, que d'autres en en employant autant pour dénoter des prostituté(e)s. Et je me demande qui de nos jours, dans la vision et l'endurance quotidiennes des fins des mois et du monde, peut encore croire que la civilisation à la moindre supériorité sur Cro Magnon et les tribus dites primitives. Il est vrai que Bakounine est resté, à l'instar du socialiste autoritaire Charles Marx, un gros d'Hegel as. Cela dit, et exception faite donc de ces quelques discordances, Michel reste pour moi un guide et un ami sans faille.
Quand je pense que j'ai commencé le judo tout minot, et qu'il a fallu que j'attende 49 ans pour avoir envie de retenir le nom de Jigoro Kano, le fondateur, qui correspond à peu près au maître du film. Un film sur la transition d'un Japon à l'esprit féodal à un Japon plus humaniste à l'ère Meiji, surtout selon la vision progressiste de Kurosawa. Ici, les victoires peuvent être des défaites.
Le duel final, anthologique, dans le vent et les herbes folles, n'est pas sans avoir inspiré Sergio Leone, il me semble, même si les siens, de duels, comme ceux des westerns plus classiques, se situent habituellement dans des lieux désertiques et écrasés de chaleur et de lumière. Mais Kurosawa aime détourner les clichés (la bataille sous la pluie torrentielle dans les Sept samouraïs, que je n'ai pas encore vu, par exemple).
- La Nouvelle Légende du grand judo, 1945.
Beaucoup moins bon que le premier, mais intéressant quand même.
- Chien enragé, 1949.
Celui-ci je l'avais déjà vu, mais je ne m'en souvenais plus avant ce nouveau visionnage, ni où ni quand. Certainement dans un ciné-club quelconque. Un polar bien noir, et toujours humaniste, ou deux soldats rescapés de la guerre se retrouvent finalement après enquête et chasse à l'homme, face à face, l'un étant devenu flic, l'autre voleur et assassin. Le flic cherche des circonstances atténuantes au "chien enragé", en qui il se reconnait en miroir inversé. De grands acteurs, habitués de Kurosawa, notamment Toshiro Mifune, mais aussi Takashi Shimura.
- La Forteresse cachée, 1958.
Un western à la mode John Ford mais à la patte géniale Kurosawa, dans le Japon féodal des seigneurs de guerre du XVIème siècle (l'époque Sengoku). Toshiro Mifune tient encore le haut de l'affiche, magnifique, et on voit Takashi Shimura dans un petit rôle. D'autres excellents acteurs et un film d'aventure simple et trépidant. Qui inspira Lucas pour le premier Star Wars.
- Mâdadayo, 1993.
Son dernier film anthume, un film mélancolique sur la vieillesse, mais aussi drôle et tendre sur l'amitié intergénérationnelle, entre prof vieux monsieur légèrement indigne qui s'envoie son litre de bière cul-sec tranquillou, et élèves farceurs.
- Lost in translation de Sofia Coppola, 2003.
Pour changer de Kurosawa, un film sur le Japon. De la fille, Sofia, d'un grand admirateur du Maître, à l'image de George Lucas et Steven Spielberg : Francis Ford Coppola. Amitié encore, dans le Japon des 2000's cette fois, intergénérationnelle toujours, intersexuelle en l’occurrence, de deux amerloques perdus dans leur vie et dans ce Tokyo géant. Là aussi, tendresse et humour. Bémol : je trouve que c'est un peu méprisant pour les japonais, surtout de la part du personnage masculin principal joué par Bill Murray, mais peut-être est-ce aussi une légère critique du bourrin d'américain qui se croit en pays conquis partout, et déblatère son idiome impérialiste en s'imaginant que chaque animalcule, surtout mangeur de riz s'étant pris la pâtée soixante dix ans plus tôt, est censé le comprendre et lui répondre sans accent...
En tout cas si Kurosawa nous montre le Japon traditionnel, ici on voit Tokyo comme la mégapole folle qu'elle est, n'ayant rien à envier à New York en terme de démesure et de foisonnement.
- Docteur Jekyll et M. Hyde (1941) de Victor Fleming.
La magnifique Ingrid Bergman, en prendra plein la gueule
Ajoutez que les rares fois où Watt entrevoyait Monsieur Knott, il ne l'entrevoyait pas clairement, mais comme dans une glace, une glace sans tain, une fenêtre à l'est le matin, une fenêtre à l'ouest le soir.
Ajoutez que la forme que Watt entrevoyait parfois, dans le vestibule, dans le jardin, était rarement la même d'une entrevision à l'autre, mais variait tellement, à en croire les yeux de Watt, en corpulence, taille, teint et même chevelure, et bien sûr dans sa façon de circuler, et de rester sur place, que Watt ne l'aurait jamais crue la même, s'il n'avait sur que c'était Monsieur Knott.
Watt n'avait jamais entendu Monsieur Knott non plus, entendu parler s'entend, ou rire, ou pleurer. Mais une fois il crut l'entendre dire, Cui ! Cui ! à un petit oiseau, et une autre fois il l'entendit faire un bruit étrange, PLOPF PLOPFPlopf Plopf plopf plop plo pl. Cela se passa parmi les fleurs.
- Rashōmon (1950) d'Akira Kurosawa.
Ici aussi, là encore, comme dans la vie, c'est la femme qui déguste et trinque le plus.
Car tout ce que je sais au sujet de Monsieur Knott, et de tout ce qui touchait à Monsieur Knott, et au sujet de Watt, et de tout ce qui touchait à Watt, c'est de Watt que je le tiens, et de Watt seul. Et si je n'ai pas l'air d'en savoir long au sujet de Monsieur Knott, et de Watt, et de tout ce qui touchait à eux, c'est parce que Watt n'en savait pas long, sur ces sujets, ou qu'il préférait ne pas le dire. Mais il m'assura à l'époque, quand il commença à dévider son histoire, qu'il me dirait tout, et puis plus tard, quelques années plus tard, quand il eut fini de la dévider, qu'il m'avait tout dit.
Et l'ayant cru à l'époque, et puis plus tard, je n'avais qu'à continuer, l'histoire depuis longtemps dévidée, et Watt disparu. Non qu'il y eût la moindre preuve permettant d'assurer que Watt avait dit en effet tout ce qu'il savait, sur ces sujets, ou même qu'il s'était proposé de le faire, et cela pour la bonne raison que moi je ne savais rien, sur ces sujets, en dehors de ce que Watt voulait bien me dire. Car Erskine, Arsene, Walter, Vincent et les autres avaient tous disparu, bien avant mon entrée en scène. Non que Vincent, Walter, Arsene et Erskine eussent pu dire quoi que ce soit au sujet de Watt, sauf peut-être Arsene un peu, et Erskine un peu plus, loin de là.
Mais ils auraient pu dire quelque chose au sujet de Monsieur Knott. Alors nous aurions eu le Monsieur Knott d'Erskine, et le Monsieur Knott d'Arsène, et le Monsieur Knott de Walter, et le Monsieur Knott de Vincent, à mettre en regard avec le Monsieur Knott de Watt. Ce qui aurait été un exercice plein d'intérêt. Mais ils avaient tous disparu, bien avant ma parution.
Cela ne veut pas dire que Watt n'ait pu omettre certaines choses qui étaient arrivées, ou qui avaient existé, ou en rajouter d'autres qui n'étaient jamais arrivées, ou qui n'avaient jamais existé. Il a déjà été fait état du mal qu'éprouvait Watt à distinguer entre ce qui arrivait et ce qui n'arrivait pas, entre ce qui existait et ce qui n'existait pas, dans la maison de Monsieur Knott.
Et Watt ne faisait aucun mystère, dans ses conversation avec moi, de ce que maintes choses présentées comme étant arrivées, dans la maison de Monsieur Knott, et naturellement sur ses terres, n'étaient peut-être jamais arrivées du tout, ou étaient peut-être arrivées tout autrement, et que maintes choses présentées comme ayant existé, ou plutôt comme n'ayant jamais existé, car celles-ci étaient les plus marquantes, n'avaient peut-être jamais existé du tout, ou plutôt avaient existé tout le temps. Mais cela mis à part, il est difficile à quelqu'un comme Watt de raconter une longue histoire comme celle de Watt sans omettre certaines choses, et sans en rajouter d'autres.
Et cela ne veut pas dire non plus que moi je n'aie pu omettre certaines choses que Watt m'avait dites, ou en rajouter d'autres que Watt ne m'avait jamais dites, malgré tout le soin que je prenais de tout noter sur le champ, dans mon petit calepin. Il est si difficile s'agissant d'une longue histoire comme l'histoire de Watt, malgré tout le soin qu'on prend à tout noter sur-le-champ, dans son petit calepin, de ne pas omettre certaines choses qui furent dites, et de ne pas en rajouter d'autres qui ne furent jamais dites, jamais jamais dites du tout.