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mardi 14 avril 2020

Correspondances de confinement

   En quelques jours, en confinement, écho, chantant quand bruit on mène, m'a renvoyé des évocations de certaines de mes icônes, ayant fait le modeste et intime mais néanmoins partagé objet de posts de ce blog. En fait d'objets il s'agit d'humains ayant apporté au monde beauté, intelligence et désir de batailler contre l'oppression millénaire et pour une union libre et fraternelle du vivant.

   Pour commencer, rappelez-vous :


   Dans cet articule je partageais mon enthousiasme pour les films d'Akira Kurosawa, notamment à travers L'Ange ivre et Barberousse.


   Eh bien vous pourrez en savoir beaucoup plus sur ces deux films dans cet article.

***

   Je vous avais également communiqué mon grand intérêt, tâtonnant vu mes limites intellectuelles, un intérêt peut-être sentimental et teinté d'un romantisme qu'il aurait probablement condamné, pour Walter Benjamin, précisément en l'occurrence pour son ouvrage Sur le concept d'histoire.


   Eh bien j'ai trouvé un certain éclairage sur ce texte-là dans ce texte-ci. Attention, v'là la haute volée philosophique qu'évidemment je ne prétends pas avoir intégralement comprise. 

*** 

   Enfin, vous n'avez certainement pas oublié ce tromboniste, Lawrence Brown, membre de l'orchestre de Duke Ellington, et compositeur du tube Caravane.


   Vous l'avez compris, magie des correspondances, en écoutant au pieu l'album du pianiste sud africain Abdullah Ibrahim qu'un pote m'a prêté, Dream time, j'ai découvert ce titre, en son hommage :

Ça ne ressemble pas du tout à du trombone pourtant. Étonnant, non ?

lundi 15 avril 2019

Sayonara !

  Bon, eh bien je vous laisse quelques temps. Je vais aller offrir une bouteille de Champagne duty free au Doshu (gardien de la voie), Ueshiba Moriteru dirigeant de l'Aïkikai et petit fils du fondateur.

Dans la famille Ueshiba, le petit fils, actuel Doshu.

Le grand-père, Morihei, fondateur, mort en 1969, année de ma naissance.

Le père, Kishomaru. Il systématisa et codifia l'aïkido moderne.

  L'Aikikai Foundation (財団法人合気会, zaidanhôjin aikikai) est une organisation créée en 1940 par Kisshomaru Ueshiba (troisième fils de Morihei Ueshiba) avec l'appui de son père pour promouvoir le développement de l'aïkido. Le dojo central de l'Aikikai est l'Aikikai Hombu Dojo (合気会本部道場), un bâtiment en béton de quatre étages construit en 1967 pour remplacer la structure originale en bois du Kobukan (皇武館) qui datait de 1931. Le dojo est situé au cœur de l'arrondissement de Shinjuku (l'arrondissement  chaud selon certains guides) à Tokyo, dans le quartier de Wakamatsu-cho. Une équipe d'une trentaine d'instructeurs s'y relaie pour assurer les différents cours chaque jour.


  J'offrirai aussi une boutanche à Yasuno sensei, mon préféré à ce jour.


  Je vous promets d'essayer de ne pas trop me faire casser la gueule et de vous ramener des belles photos, et je vous dis : "mata raigetsu !".

  Et pour terminer je voudrais vous partager ma dernière actu ciné : Vivre dans la peur de Kurosawa Akira (生きものの記録, Ikimono no kiroku), 1955. Avec un Mifune Toshiro méconnaissable et Shimura Takashi, c'est l'histoire d'un patron d'usine vieillissant, atteint d'une phobie des attaques nucléaires, dans les années 50. Il en vient donc à vouloir échanger son usine contre une ferme au Brésil où il emmènerait sa famille officielle femme et enfants adultes, ainsi que ses trois maitresses et ses enfants dits illégitimes. La famille légale se rebiffe.

  La peur de l'atome donc. Et moi qui vais passer deux jours dans la magnifique ville de Nikko qui n'est qu'à 208 km de la centrale nucléaire de Fukushima Daichii... Remarquez nous ici on en a 50 réparties sur le territoire, sans compter la poubelle qui se prépare dans la répression. Irresponsabilité et crime du pouvoir et des profiteurs d'atome, héroïsme matraqué des activistes, inertie engluante du quotidien, "maintien de la confiance" et chantage au mode de vie paralysants. De quoi flipper, oui, je suis bien d'accord !


lundi 8 avril 2019

Sabre nu, festin nu et piment doux

- Paprika (パプリカ, Papurika) de Kon Satoshi, 2006.
  J'ai pensé à l'Age d'or et au Chien andalou de Bunuel, à moins que ce ne soit à Alice au pays des merveilles... Les dialogues sont contaminés par l'écriture automatique ou les cadavres exquis. Il nous souvient aussi bien sûr de Miyazaki, du Voyage particulièrement. Twin Peaks refait surface un peu également... On ne comprend pas tout, mais ce n'est pas grave, on rêve et on cauchemarde, par procuration.


  Le rapprochement avec le surréalisme, je ne suis pas le seul à l'avoir fait. Il faut dire que c'est patent :


  La bande son participe à l'effet de parade carnavalesque grouillante, survoltée, dysharmonique, onirique, hypnotique, obsessionnelle.


- Sanjuro (椿三十郎, Tsubaki Sanjūrō) de Kurosawa Akira, 1962.
  Mifune Toshiro, Shimura Takashi et geyser de sang. Les neuf samouraïs et le ronin crado. Simple, drôle et trépidant, on kiffe.

Attention ! gaucher contrariant.

- Le Garde du corps (用心棒, Yōjinbō) de Kurosawa Akira, 1961.
  Mifune Toshiro, Shimura Takashi et méchant passage à tabac du héros. Premier épisode avec le ronin crado trentenaire, il n'y en a eu que deux à ma connaissance. J'ai vu le I après le II. Celui-là, qui sent fort sa série B, est moins léché que celui-ci. Mais je n'ai pu m'empêcher de penser aux westerns spaghettis de Sergio Leone avec le Républicain, là, j'ai un trou, celui qui creuse, ce qui est quand même une analogie positive.


- Le Festin nu (Naked Lunch) de David Cronenberg, 1991.
  Bon, ça reste du Cronenberg, avec des êtres et des choses qui se métamorphosent en choses et êtres visqueux, gluants, rouges, roses ou blancs cadavre, tumescents et turgescents (je ne connais pas la différence mais j'aime bien les deux mots, le deuxième rajoutant encore à l'impression de bébête malhounnête), sécrétant, suintant, exsudant voir franchement éjaculant par les orifices et muqueuses les plus divers. Ici, on a droit à des cafards géants qui parlent à l'aide d'un gros cerveau-anus sur le dos, des centipèdes (insectes semi-aquatiques du Brésil) et leur viande, et des espèces d'allien humanoïdes blancs et glabres, nus (ce sont peut-être eux, le festin...), dotés de multiples appendices sur la tête d'où gicle parfois du sperme que les protagonistes du film consomment comme drogue avec délectation, désespoir et épouvante. On ne s'ennuie pas parce que c'est assez rigolo, toutes ces hallucinations, d'autant qu'elles viennent de la beat generation qui avait une défonce plutôt créative (ce qui n'empêche pas le héros de vivre un cauchemar d'angoisse).

  Deux remarques :

  - Le personnage principal, qui représente, malgré la fiction, un peu beaucoup l'auteur du roman, William Burroughs, disons-le, soyons littéraires ; ce personnage, donc, William « Bill » Lee, est joué par... Peter Weller, incroyable ! Un acteur dont j'ignorais jusqu'au nom et qui m'instruis en me distrayant deux fois en deux semaines, puisque c'est aussi ce Peter Weller qui incarne Robocop, que j'évoquais ici même. Les deux rôles n'ont rien à voir, si ce n'est le thème de la métamorphose. Cronenberg y a-t-il pensé en choisissant cet acteur ?...

  - La musique est du... légendaire et libre jazzman Ornette Coleman ! Rien que pour ça j'étais heureux de téter du spectacle en contemplant ce film ! Il fait partie de mon panthéon ! Son sax free accompagne, des States à l'Afrique du Nord, tous les délires de ces personnages qui, après s'être shootés à la poudre anti-cafards, se tapent des fix de viande noire de centipède en poudre, avant de finir par tailler des pipes aux appendices crâniens des mugwumps dont le sperme défonce bien comme il faut !


Écoutons Ornette ! On a même la BO intégrale ici.


  Ma dernière actu ciné.

vendredi 29 mars 2019

Vengeance, fuite, compassion et apartheid

  - Kurosawa Akira.- Les salauds dorment en paix (悪い奴ほどよく眠る, Warui yatsu hodo yoku nemuru), 1960.

  Vengeance dans le monde de la corruption. Une exposition sans complaisance de la connivence des élites technocratiques et managériales, ou de la corruption de la bureaucratie par les capitalistes, le tout virant franchement au maffieux. J'aime les histoires de vengeance, comme le Comte de Monte Cristo, ou Il était une fois dans l'ouest... A votre avis, ici, qui c'est qui gagne à la fin ?
  Le film m'a fait penser à un des thrillers politiques de Mocky, même si évidemment, si influence il y a, elle va du japonais au français. Mais ici, pas de nanar de série B (j'aime bien Mocky), mais une œuvre magistrale, une fois de plus. Avec Mifune Toshiro, encore ! Et Takashi Shimura, pour changer.



Mots clés : vengeance, capitalisme, mafia.


  - John Frankenheimer.- Seconds : L'opération diabolique, 1966.

  Un film bien glauque. Votre réussite sociale vous emmerde, une start-up vous propose un nouveau corps et une nouvelle jeunesse, mais faut mettre la main à la poche. Et attention, satisfait ou liquidé ! Dame, pour faire tourner la boutique, il faut bien des cadavres.


Mots clés : capitalisme, mafia, renaissance, chirurgie.


  - Verhoeven Paul.- Robocop, 1988.

"La guerre est belle, car elle inaugure le rêve d'un homme au corps métallique."
Filippo Tommaso Marinetti

  J'en avais marre des vieilleries culturelles. J'avais envie d'un film récent, d'action, grand public. Voilà, je l'ai eu. Cette dystopie ressemble aux USA post-11 septembre et surtout à l'occupation de l'Irak. L'action s'y déroule à Detroit, même si le film a été tourné à Dallas. La police et l'armée y sont quasiment privatisées. Une méga firme se gavant des fonds publics invente des armes de guerre, peu importe qu'elles soient ou non efficaces pour une politique de sécurité prétextée, du moment qu'elles sont très lucratives, et prétend nettoyer un quartier pauvre avec des vrais gros méchants dedans pour y construire un giga projet immobilier. Évidemment cette firme est liée à la mafia et au narcotrafic. Le film est aussi une satire des médias de masse, infos intox et pubs débilitantes, style BFM. Même l'agent immobilier est sur écran. Rajoutons à cela une touche de transhumanisme et constatons que nous sommes les deux pieds dedans.


Mots clés : vengeance, capitalisme, mafia, renaissance, Jésus, chirurgie.


  - Kurosawa Akira.- Barberousse (赤ひげ, Akahige), 1965.

"Il est intelligent... Il peut tout ; il sait tout... Il guérit les gens [...]. [...] Il n'est pas question [...] de médecine... [...] c'est un talent. Et un talent, sais-tu ce que c'est ? C'est la hardiesse, une tête saine, une large envolée... [...] De tels gens sont rares ; il faut les aimer... [...] il est quelquefois un peu grossier ; la belle affaire ! Un homme de talent [...] ne peut être un damoiseau. Songe quelle vie a ce docteur [...] ; un peuple grossier, sauvage ; tout autour, la pauvreté, les maladies ; et dans un tel cadre [...]...".
Anton Tchekhov.- Oncle Vania.

  Ce médecin, ici, c'est Barberousse (Mifune Toshiro, toujours !), qui non content de se consacrer à soigner les miséreux dans son dispensaire, est tout à fait apte à envoyer au tapis, seul, avec chacun sa fracture ouverte, une bande d'une quinzaine de sicaires et de maquereaux. On biche. Mais son éthique médicale et sa grande compassion lui feront demander à son apprenti d'apporter des planches pour faire des attelles à tout ce joli monde (pour celui qui a la mâchoire démise, il la lui remet en place immédiatement avec un jeu de poignet d'une rare élégance).

  Un film magnifique, terrible, émouvant, de plus de trois heures.


Mots clés : renaissance, chirurgie.


  - Annemarie Jacir.- Wajib : l'invitation au mariage.
  Une comédie à l'italienne dans la ville choisie également comme lieu de vie du jeune héros dans le conte de Jésus.
  

  Mots clés : Jésus.


  - Kurosawa Akira.- L'Ange ivre (醉いどれ天使, Yoidore tenshi), 1948.
  Dernière minute : je m'aperçois que je n'avais pas rendu compte de mon visionnage de l'Ange ivre. Un film noir, dont la fiction se déroule dans les ruines à peine reconstruites de Tokyo. Un médecin gros buveur va tenter de sauver un pégriot tuberculeux. Avec Mifune Toshiro et Takashi Shimura, de vieilles connaissances.

  Mots clés : Mafia, chirurgie.



  Ma dernière actu ciné.

vendredi 15 février 2019

L'araignée, encore.


- Le Château de l'araignée d'Akira Kurosawa, 1957.

 Adaptation de Macbeth. En y repensant c'est vrai que Kurosawa a un côté shakespearien, notamment dans ses films de samouraïs dont l'action se déroule au XVIème siècle, l'époque même du grand Willy, où, sur l'archipel extrême oriental, les guerres entre clans et les luttes fratricides de pouvoir sont férocement déchaînées. On retrouve l'ami Toshiro Mifune.


- Ran, du même, 1985.

 La couleur en plus, toujours le XVIème siècle, toujours ces insectes géants de milliers de samouraïs bardés, harnachés et pavoisant d'oriflammes multicolores et géométriques sur leurs chevaux sublimes, chevaux auxquels Kurosawa vouait un amour profond. Beauté du carnage. Là aussi il y a une sorte de lady Macbeth, mais dont la force et la rage prend sa source dans la vengeance. Cela dit un rapide coup d’œil sur une notice du film m'apprend que celui-ci est plutôt inspiré du Roi Lear !

On mesure mal l'influence de Kurosawa sur l'esthétique des révoltes en cours et des révolutions qui viennent. Ici, membre du mouvement des gilets jaunes canal étui clitorido-pénien multicolore longeant ce qui jusqu'au XVIIème siècle français fut le palais royal : le Louvre. Troublantes correspondances.


- La Féline de Jacques Tourneur, 1942.

 La jeunesse du professeur Mc Gonagall ? Une aventure de Catwoman, dont tout adepte de Sacher-Masoch se respectant se rappelle encore tout salivant et fiévreux l'incarnation, cuir et fouet, par Michelle Pfeiffer ?... Je vous laisse l'opportunité de la réponse.
 En tout cas je trouve que ce film est l'image renversée de cet autre, évoqué ici. Si dans Jekyll une brute épaisse profite de son statut de dominant et de la minorité sociale des femmes prolétaires pour maltraiter, violer, terroriser et finalement abattre l'une d'entre elle, ici, c'est le psychiatre imbu de sa personne, de son savoir et de son pouvoir, harceleur et violeur potentiel par chantage à l'enfermement, qui se fait dépecer gentiment par une panthère serbe issue de la thérianthropie. On biche gentiment. 


La rivale n'est malgré tout pas laissée indemne.


Ma dernière actu ciné.

mardi 22 janvier 2019

C'est un peu court. Oh ! Ça va !

   - La Légende du grand judo, 1943.


   Quand je pense que j'ai commencé le judo tout minot, et qu'il a fallu que j'attende 49 ans pour avoir envie de retenir le nom de Jigoro Kano, le fondateur, qui correspond à peu près au maître du film. Un film sur la transition d'un Japon à l'esprit féodal à un Japon plus humaniste à l'ère Meiji, surtout selon la vision progressiste de Kurosawa. Ici, les victoires peuvent être des défaites.
    Le duel final, anthologique, dans le vent et les herbes folles, n'est pas sans avoir inspiré Sergio Leone, il me semble, même si les siens, de duels, comme ceux des westerns plus classiques, se situent habituellement dans des lieux désertiques et écrasés de chaleur et de lumière. Mais Kurosawa aime détourner les clichés (la bataille sous la pluie torrentielle dans les Sept samouraïs, que je n'ai pas encore vu, par exemple).


    - La Nouvelle Légende du grand judo, 1945.

   Beaucoup moins bon que le premier, mais intéressant quand même.


   - Chien enragé, 1949.



   Celui-ci je l'avais déjà vu, mais je ne m'en souvenais plus avant ce nouveau visionnage, ni où ni quand. Certainement dans un ciné-club quelconque. Un polar bien noir, et toujours humaniste, ou deux soldats rescapés de la guerre se retrouvent finalement après enquête et chasse à l'homme, face à face, l'un étant devenu flic, l'autre voleur et assassin. Le flic cherche des circonstances atténuantes au "chien enragé", en qui il se reconnait en miroir inversé. De grands acteurs, habitués de Kurosawa, notamment Toshiro Mifune, mais aussi Takashi Shimura.


   - La Forteresse cachée, 1958.


   Un western à la mode John Ford mais à la patte géniale Kurosawa, dans le Japon féodal des seigneurs de guerre du XVIème siècle (l'époque Sengoku). Toshiro Mifune tient encore le haut de l'affiche, magnifique, et on voit Takashi Shimura dans un petit rôle. D'autres excellents acteurs et un film d'aventure simple et trépidant. Qui inspira Lucas pour le premier Star Wars.


   - Mâdadayo, 1993.



   Son dernier film anthume, un film mélancolique sur la vieillesse, mais aussi drôle et tendre sur l'amitié intergénérationnelle, entre prof vieux monsieur légèrement indigne qui s'envoie son litre de bière cul-sec tranquillou, et élèves farceurs.


   - Lost in translation de Sofia Coppola, 2003.

   Pour changer de Kurosawa, un film sur le Japon. De la fille, Sofia, d'un grand admirateur du Maître, à l'image de George Lucas et Steven Spielberg : Francis Ford Coppola. Amitié encore, dans le Japon des 2000's cette fois, intergénérationnelle toujours, intersexuelle en l’occurrence, de deux amerloques perdus dans leur vie et dans ce Tokyo géant. Là aussi, tendresse et humour. Bémol : je trouve que c'est un peu méprisant pour les japonais, surtout de la part du personnage masculin principal joué par Bill Murray, mais peut-être est-ce aussi une légère critique du bourrin d'américain qui se croit en pays conquis partout, et déblatère son idiome impérialiste en s'imaginant que chaque animalcule, surtout mangeur de riz s'étant pris la pâtée soixante dix ans plus tôt, est censé le comprendre et lui répondre sans accent...
En tout cas si Kurosawa nous montre le Japon traditionnel, ici on voit Tokyo comme la mégapole folle qu'elle est, n'ayant rien à envier à New York en terme de démesure et de foisonnement. 



Ma dernière actu ciné.

mardi 4 décembre 2018

Métamorphoses

- Docteur Jekyll et M. Hyde (1941) de Victor Fleming.

La magnifique Ingrid Bergman, en prendra plein la gueule

   Ajoutez que les rares fois où Watt entrevoyait Monsieur Knott, il ne l'entrevoyait pas clairement, mais comme dans une glace, une glace sans tain, une fenêtre à l'est le matin, une fenêtre à l'ouest le soir.
   Ajoutez que la forme que Watt entrevoyait parfois, dans le vestibule, dans le jardin, était rarement la même d'une entrevision à l'autre, mais variait tellement, à en croire les yeux de Watt, en corpulence, taille, teint et même chevelure, et bien sûr dans sa façon de circuler, et de rester sur place, que Watt ne l'aurait jamais crue la même, s'il n'avait sur que c'était Monsieur Knott.
   Watt n'avait jamais entendu Monsieur Knott non plus, entendu parler s'entend, ou rire, ou pleurer. Mais une fois il crut l'entendre dire, Cui ! Cui ! à un petit oiseau, et une autre fois il l'entendit faire un bruit étrange, PLOPF PLOPF Plopf Plopf plopf plop plo pl. Cela se passa parmi les fleurs.


- Rashōmon (1950) d'Akira Kurosawa.

Ici aussi, là encore, comme dans la vie, c'est la femme qui déguste et trinque le plus.

Car tout ce que je sais au sujet de Monsieur Knott, et de tout ce qui touchait à Monsieur Knott, et au sujet de Watt, et de tout ce qui touchait à Watt, c'est de Watt que je le tiens, et de Watt seul. Et si je n'ai pas l'air d'en savoir long au sujet de Monsieur Knott, et de Watt, et de tout ce qui touchait à eux, c'est parce que Watt n'en savait pas long, sur ces sujets, ou qu'il préférait ne pas le dire. Mais il m'assura à l'époque, quand il commença à dévider son histoire, qu'il me dirait tout, et puis plus tard, quelques années plus tard, quand il eut fini de la dévider, qu'il m'avait tout dit. Et l'ayant cru à l'époque, et puis plus tard, je n'avais qu'à continuer, l'histoire depuis longtemps dévidée, et Watt disparu. Non qu'il y eût la moindre preuve permettant d'assurer que Watt avait dit en effet tout ce qu'il savait, sur ces sujets, ou même qu'il s'était proposé de le faire, et cela pour la bonne raison que moi je ne savais rien, sur ces sujets, en dehors de ce que Watt voulait bien me dire. Car Erskine, Arsene, Walter, Vincent et les autres avaient tous disparu, bien avant mon entrée en scène. Non que Vincent, Walter, Arsene et Erskine eussent pu dire quoi que ce soit au sujet de Watt, sauf peut-être Arsene un peu, et Erskine un peu plus, loin de là. Mais ils auraient pu dire quelque chose au sujet de Monsieur Knott. Alors nous aurions eu le Monsieur Knott d'Erskine, et le Monsieur Knott d'Arsène, et le Monsieur Knott de Walter, et le Monsieur Knott de Vincent, à mettre en regard avec le Monsieur Knott de Watt. Ce qui aurait été un exercice plein d'intérêt. Mais ils avaient tous disparu, bien avant ma parution.
   Cela ne veut pas dire que Watt n'ait pu omettre certaines choses qui étaient arrivées, ou qui avaient existé, ou en rajouter d'autres qui n'étaient jamais arrivées, ou qui n'avaient jamais existé. Il a déjà été fait état du mal qu'éprouvait Watt à distinguer entre ce qui arrivait et ce qui n'arrivait pas, entre ce qui existait et ce qui n'existait pas, dans la maison de Monsieur Knott. Et Watt ne faisait aucun mystère, dans ses conversation avec moi, de ce que maintes choses présentées comme étant arrivées, dans la maison de Monsieur Knott, et naturellement sur ses terres, n'étaient peut-être jamais arrivées du tout, ou étaient peut-être arrivées tout autrement, et que maintes choses présentées comme ayant existé, ou plutôt comme n'ayant jamais existé, car celles-ci étaient les plus marquantes, n'avaient peut-être jamais existé du tout, ou plutôt avaient existé tout le temps. Mais cela mis à part, il est difficile à quelqu'un comme Watt de raconter une longue histoire comme celle de Watt sans omettre certaines choses, et sans en rajouter d'autres. Et cela ne veut pas dire non plus que moi je n'aie pu omettre certaines choses que Watt m'avait dites, ou en rajouter d'autres que Watt ne m'avait jamais dites, malgré tout le soin que je prenais de tout noter sur le champ, dans mon petit calepin. Il est si difficile s'agissant d'une longue histoire comme l'histoire de Watt, malgré tout le soin qu'on prend à tout noter sur-le-champ, dans son petit calepin, de ne pas omettre certaines choses qui furent dites, et de ne pas en rajouter d'autres qui ne furent jamais dites, jamais jamais dites du tout.

   Mes deux dernières actu ciné.

   Textes de Samuel Beckett dans Watt.