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mercredi 13 juillet 2022

Sacqueboute LXXI : Mnozil Brass

   Encore du trombone (entre autres cuivres) bouffon et acrobatique, autrichien cette fois-ci.


   On pense un peu à notre sacquebouteuse suédoise numéro 23 Gunhild Carling, en tout aussi, bien que résolument plus masculin.


   Excellent et très drôle, une détente bien venue alors que la trêve estivale se dessine à l'horizon.


   Quant à Wroblewski, entre grève, chagrin, et maman qui vieillit, quand il a un moment, il tente de relever beaucoup, plus modestement et avec l'endurance nécessaire à son petit niveau, le chorus de Miles Davis sur le So what de Kind of blue, afin de le reproduire au trombone, pas avec les pieds évidemment, comme un pied serait plus juste. On verra bien si ça (s)a(cque)boutit à quelque chose...

SACQUEBOUTE
Priviouslillonne Sacqueboute :
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les esprits / 2- le spectre
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l'Essaim de nuit
les esprits / 1- les furies
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Les trois trombonistes de Marc Ducret
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Bob Brookmeyer
Daniel Zimmerman
Frank Rosolino
Rico Rodriguez
Kid Ory

mardi 20 octobre 2020

La dose de Wrobly : vendémiaire 2020 EC


- Raul Ornelas Bernal.- L'Autonomie, axe de la résistance zapatiste.

   La formation et le fonctionnement des communes autonomes rebelles zapatistes (Municipios Autonomos Rebeldes Zapatistas, Marez) illustrent l'envergure de la lutte zapatiste sur le terrain de la transformation sociale. Ces municipalités rebelles reposent sur un regroupement territorial qui tient compte de liens historiques divers : l'appartenance à une ethnie, les travaux communautaires, la situation géographique, les relations d'échange. A la différence des divisions territoriales arbitraires des communes "officielles", les communes rebelles sont le résultat des affinités existant chez leurs habitants. Une telle rupture constitue un défi radical lancé au pouvoir, en ceci qu'il fait passer le conflit de la sphère politique à la question primordiale du contrôle du territoire. Les hauts magistrats les plus rétrogrades, au niveau local comme dans l'ensemble du Mexique, ont voulu répondre à ce défi en invoquant le "séparatisme" et les dangers d'une balkanisation que représente selon eux cette exigence d'autonomie. Il n'est donc pas inutile de rappeler que les zapatistes luttent "pour être reconnus comme indigènes et comme Mexicains".
 
Se lit en consommant la bonne came mexicaine
 
Pour des textes plus récents (j'ai toujours un paquet de trains de retard, un vrai escargot), lire aussi ici et/ou . Egalement des idées de sorties et un vaste choix de loisirs.

Soutien inconditionnel.

- Antoine de Baecque.- Le Club des péteurs.

Pour décompresser, même si un peu court et futile face au magnifique exemple d'humanité telle qu'elle devrait être évoquée supra, et quand il nous incombe plus que jamais de souffler nous-mêmes notre forge.

lundi 22 juin 2020

Si même les papistes le disent...

Les amis de Monsieur de Cambrai* s'étaient flattés que le Pape, charmé d'une soumission si prompte et si entière, et qui avait témoigné plus de déférence pour le Roi que tout autre sentiment dans le jugement qu'il avait rendu, le récompenserait de la pourpre ; et en effet il y eut des manèges qui tendaient là. Ils prétendent encore que le Pape en avait envie, mais qu'il n'osa jamais, voyant que depuis cette soumission sa disgrâce n'était en rien adoucie. Le duc de Béthune, qui venait toutes les semaines à Versailles, y dînait assez souvent chez moi, et ne pouvait, avec nous, s'empêcher de parler de Monsieur de Cambrai : il savait qu'il y était en sûreté, et, outre cela, mon intimité avec M. de Beauvillier. Cette espérance du cardinalat perdue, il se lâcha un jour chez moi jusqu'à nous dire qu'il avait toujours cru le Pape infaillible, qu'il en avait souvent disputé avec la comtesse de Gramont, mais qu'il avouait qu'il ne le croyait plus depuis la condamnation de Monsieur de Cambrai ;

Ce nazi, infaillible ?

il ajouta qu'on savait bien que ç'avait été une affaire de cabale ici, et de politique à Rome, mais que les temps changeaient, et qu'il espérait bien que ce jugement changerait aussi et serait rétracté, et qu'il y en avait de bons moyens pour cela.

Ce agent pandémique, qui mettait la capote à l'index plutôt que sur sa Sainte Verge toute flapie par la débauche, infaillible ?

Nous nous mîmes à rire, et à lui dire que c'était toujours beaucoup que ce jugement l'eût fait revenir de l'erreur de l'infaillibilité des papes, et que l'intérêt qu'il prenait en l'affaire de Monsieur de Cambrai eût été plus puissant à lui dessiller les yeux que la créance de tous les siècles, et tant et tant de puissantes raisons qui détruisaient ce nouvel et dangereux effet de l’orgueil et de l'ambition romaine, et de l'intérêt de ceux qui le soutenaient jusqu'à en vouloir faire un pernicieux dogme.


De quoi dégueuler, vraiment !



* Fénelon.

vendredi 10 avril 2020

Pachamama t'appelle, bro

   J'ai fait hier soir une découverte réjouissante. En prenant les bouquins sur la pile de ma table de nuit, le rythme d'écoulement s'accélérant notablement avec le temps libéré par le copain COVID 19, je suis arrivé hier soir au cadeau de Noël de ma chère belle sœur, merci à elle, la BD Petit traité d'écologie sauvage, que j'avais négligemment placée au dessous des volumes à lire, sans trop savoir de quoi il s'agissait, m'en réservant la surprise pour le moment venu. 


   Je saisis donc le volume, et comme d'habitude, commence à le manipuler sensuellement, le tournant et le retournement, ne laissant aucune illustration ou bribe de texte non caressée. Soudain, mon fils Hadrien, 10 ans, allongé à côté de moi dans le lit, me dit : "Oh ! on dirait les dessins qu'on a vu dans Lundi matin mercredi après-midi...". Il faut dire qu'Hadrien est un contributeur de ce site. Je vérifie, et oui, il a raison, Alessandro Pignocchi a bien publié de roboratifs comics ici, et !

   Je suis scié par cette synchronicité, cette concomitance, et je me penche avec d'autant plus d'attention sur l'ouvrage (j'avoue que je craignais d'avoir à lire une BD d'écologie gentiment réformiste, transition, renouvelable, toujours développement fusse-t-il durable, nous invitant à voter pour les bons...), et je ne suis pas déçu. D'un humour délicieusement absurde et ironique, le livre nous présente un monde ayant basculé dans la vision du monde animiste des indiens jivaros, qui considèrent animaux, plantes et milieux de vies comme des pairs avec qui vivre des liens similaires aux liens humains (quand ceux-ci sont fraternels), plutôt que comme des ressources à exploiter pour produire et accumuler (pour certains). Et le plus drôle, est que les dirigeants de la planète sont tous convertis, et tiennent des discours complètement décalés d'apologie de la décroissance, du nomadisme, de l'agriculture paysanne, vivrière, dans une harmonie de relations égalitaires entre humains, bêtes, plantes, milieux. Du baume, même si, livre fermé, la triste réalité reprend le dessus. Mais aussi un titillement à l'action. Comprenant de nombreuses non actions, évidemment. 

   Cette vidé vous en dira un peu plus : 

lundi 8 octobre 2018

Vivre ensemble

   Grüezi ! Wie gots ? Je tiens à vous avouer, une fois n'est pas coutume, je n'ai pas l'habitude de m'étaler sur ma vie privée sur ce porte-voix de la révolution communiste-anarchiste mondiale, que je suis Suisse-allemand, je possède la double nationalité. Mon grand-père maternel était ainsi du canton d'Appenzell, vous savez, le vrai pays du fromage. J'ai encore une tante, un oncle, des cousins, et d'autres membres de la famille à Zürich, dans le canton du même nom, et à Buchs, dans le canton de Saint-Gall, notamment. C'est assez rare, je suis plutôt peu mobile, un peu plouc décroissant mais pas complètement, pas le courage, l'énergie, les amis ou les compétences, mais bon, le coeur y est... C'est assez rare, donc, mais je n'aime rient tant que d'aller leur rendre visite et d'arpenter ce beau pays qui m'évoque quelques souvenirs d'enfance (la plus grand partie de ceux-ci néanmoins ont la Suisse romande pour origine, mon grand-père ayant vécu la période de mes visites avec ma mère à Genève). Cet été par exemple, je suis allé voir tata à Zürich, et on a fait une petite promenade jusqu'au Vierwaldstättersee, le lac des Quatre-Cantons, à Lucerne. Bon, j'avoue que ça pue le fric, et ça n'a pas le cachet de Garges-lès-Gonesse, Villiers-le-Bel ou Saint-Denis, mais de temps en temps, ça change un peu, on ne peut pas dire que j'abuse des voyages.

   Je vous propose aujourd'hui d'en apprendre plus sur cette merveilleuse confédération, et notamment sur sa partie germanophone.

   Bis baud!


Zürich, juste à côté du lac

Paysage Suisse alémanique

Suiss(ess)es allemand(e)s

Luzern (Lucerne)

Un Allemand en Suisse allemande

Vierwaldstättersee (lac des Quatre cantons) 

Et puis puisque l'excellent Pétillon vient de nous quitter, j'en profite pour vous recommander cette très documentée monographie, introduction idéale à la découverte de notre merveilleux pays (d'ailleurs faudra que je le relise, j'ai un doute, est-ce que ça ne se passerait pas plutôt chez ces aristos de luxembourgeois ?...).

vendredi 28 septembre 2018

Un peu d'humour

   Comme je ne regarde pas la télé, je ne connaissais pas cette humoriste. On me l'a faite connaître. Je me reconnais bien dans le "nazi", le "psycho-rigide", désignant toute personne essayant d'accorder avec un minimum de logique et d'intensité ce qu'il aime et ce qu'il gerbe avec ce qu'il vit. Dans mon milieu humaniste aux idées avancées on dit aussi "ayatollah". Quand j'essaye de manger moins de viande, par exemple, quand j'arrête l'aspirateur pour me remettre gaiment au balai ou quand il ne me viendrait pas plus à l'idée de perdre 5 mn de vie devant une chaîne de télé que de pénétrer dans un Apple store ou un Mac Donald sans barre de fer, orphelin que je suis qui plus est et circonstance aggravante, de téléphone intelligent. "Accorder les valeurs et la vie", ou "la théorie et la pratique", j'en parle évidemment très humblement, et si je m'y essaye c'est plus par défaut qu'avec l'intensité sus-évoquée, j'ai toujours été petits bras et je suis loin d'y parvenir. Mais d'ailleurs, si c'était le cas, il n'y aurait besoin ni de se mettre la rate au court bouillon, ni de contribuer timidement à envisager une révolution : les greffés de l'écran pourraient végéter d'un côté, et nous courir les bois giboyeux en joyeuses communautés libertaires sans crainte des tuniques bleues, des sicarios ou des pluies nucléaires... J'ai bien aimé aussi le passage sur les Roms, et aussi celui sur l'Arabe, cette exception françaises dans le système de strates des immigrés exposés chacun à leur tour à la haine et au mépris.

   Mais cessons d'être sinistres, fendons-nous un peu la gueule !


vendredi 8 juin 2018

Le bac français sans rater l'émeute III

   Mes chers lycéens en classe de première, vous n'avez plus le temps de vous préparer au baccalauréat de français, puisque vous êtes en grèves, en manifestations, en occupations, et c'est tout à votre honneur. Mais rassurez-vous, La Plèbe, Hâte, déjà va ! vous propose ici un cours de rattrapage du commentaire composé, afin de vous donner quand même quelques éléments pour passer l'épreuve traditionnelle en toute quiétude (enfin, ce sera pour l'année prochaine maintenant...). Nous avons choisi l'admirable poème de Baudelaire, l'un des plus beau, La Beauté. Voici, pour commencer, le sonnet en lui-même.


La beauté.

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles ;
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !


Les poètes, devant mes grandes attitudes... Qu'est-ce que c'est que des grandes attitudes ? Vous paraissez gênés pour le pauvre Baudelaire et je vous comprends, mais ce n'est pas votre faute si ces grandes attitudes, venant après ce que nous avons vu, font irrésistiblement penser au photographe et à quelque reine de mi-carême. Mais je n'ai pas à lui en vouloir d'être pompier.


Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments... Pas d'objection à ce vers-là non plus. Il est faible, il est plat, mais ce n'est pas la question. Tout de même, il est juste de noter qu'il ne signifie rien de précis. Consumeront leurs jours en d'austères études... Joli, mais bien exagéré. Ces façons de parler ne s'ajustent pas du tout à la réalité. Elles visent à donner du poète une image dramatique, éminemment fausse, et font de lui une espèce de prêtre-sorcier qu'il est en effet devenu dans nombre d'imaginations. Observez aussi que "les grandes attitudes" sont la cause de cette consomption et dites-moi pourquoi si vous pouvez. Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants, - De purs miroirs qui font toutes choses plus belles... Notez le "car" qui exprime un rapport de causalité. Vous trouvez naturel que la fascination exercée par les yeux de cette Beauté sur de dociles amants contraigne ceux-ci à d'austères études ? Vous voyez là un enchaînement aussi nécessaire que tendrait à nous le faire croire le "car" ? Pour moi, c'est simplement du charabia. Et les purs miroirs qui font toutes choses plus belles, est-ce que ça a un sens ? De ce que la beauté existe, il ne s'ensuit pas que les choses laides se trouvent embellies. On attendrait même plutôt le contraire. Vu à côté d'une jolie femme, un laideron paraît encore plus laid, tout le monde sait ça. En écrivant ce vers que je me plais à reconnaître prestigieux, le poète en a certainement pesé le sens et il n'a pas pu lui échapper qu'il péchait contre la logique, l'évidence. A moins qu'il n'ait écrit sans réfléchir. Les deux hypothèses sont troublantes. Allons, finissons-en. Voici les derniers vers : Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles ! D'abord, j'aimerais savoir ce que c'est que de larges yeux. Supposez qu'on vous dise d'une femme : "elle a l’œil large." Qu'est-ce que vous comprendrez ? Cela ne peut vouloir dire qu'elle a de longs yeux puisque, dans l'ordre des dimensions, la longueur est le contraire de la largeur. De grands yeux ? Non plus, car l'adjectif large ne peut pas, comme l'adjectif grand, exprimer le plus ou moins d'étendue d'une surface. reste que large mesure un écart remarquable entre la paupière supérieure et l'inférieure. C'est ce que l'on exprime couramment en disant de quelqu'un qu'il a de gros yeux ronds ou en boules de loto. Aucun doute, ce n'est pas là ce qu'a voulu dire l'auteur. Alors ? Eh bien, rien. L'auteur a posé là un mot vide de sens. Pour ce qui est des "clartés éternelles", je ne suis guère moins embarrassé. Lorsque Corneille fait dire à Polyeucte : "Éternelles clartés !" nous savons de quel ordre sont ces clartés, même si, n'étant pas touchés par la grâce, nous sommes incapables de nous les représenter. Dans le sonnet qui nous occupe, impossible de préciser s'il s'agit d'une lumière spirituelle ou d'un certain éclat du regard qui ajouterait à la beauté de la Beauté. "Éternelles", mot spécifiquement vague, mais qui appartient à l'arsenal de la spiritualité, ferait pencher pour la première supposition, mais le rayonnement spirituel implique une sorte de générosité qui ne s'accorde pas avec la majesté glacée de la Beauté. Qui sait même si ces clartés ne seraient pas de très baudelairiennes clartés de l'Enfer ? Bref, nous finissons en plein vague. Après avoir, tout au long de son sonnet, prodigué les non-sens, les absurdités, les obscurités, les impropriétés, les imprécisions, le poète termine sur une apothéose de flou. Et voilà comment on torche une œuvre impérissable, en coulant des sottises dans un moule assez beau, mais non pas irréprochables.

   Vous voyez donc mes enfants qu'il n'y a aucune raison de s'en faire, nos grands hommes, nos monstres sacrés, nos génies dont les appendices alaires hypertrophiés sont une réelle entrave à la randonnée pédestre, sont finalement des gens comme nous : ils n'ont qu'une seule tête, ils n'ont qu'un seul cul ! Il n'y a donc a fortiori aucune raison de ne pas se rendre à la Brèche le 13 juin, pour soutenir nos beaux et valeureux mais néanmoins joyeux combattants du jour ! Cré nom !

mercredi 2 mai 2018

Le bac français sans rater l'émeute II

   Mes chers lycéens en classe de première, vous n'avez plus le temps de vous préparer au baccalauréat de français, puisque vous êtes en grèves, en manifestations, en occupations, et c'est tout à votre honneur. Mais rassurez-vous, La Plèbe, Hâte, déjà va ! vous propose ici un cours de rattrapage du commentaire composé, afin de vous donner quand même quelques éléments pour passer l'épreuve traditionnelle en toute quiétude. Nous avons choisi l'admirable poème de Baudelaire, l'un des plus beau, La Beauté. Voici, pour commencer, le sonnet en lui-même.

La beauté.

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles ;
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !


    Voyons le second quatrain : Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris. Que la Beauté trône, j'y consens, mais dans l'azur ? Et ce sphinx incompris est-il assez platement redondant ? Sans compter que là non plus, la comparaison ne s'impose pas irrésistiblement. Passons. J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes. Je sais ce que sont un cœur de boue, un cœur de pierre, un cœur d'artichaut, mais je vous défie de me dire ce que c'est qu'un coeur de neige. Est-ce pureté, froideur, indifférence, inviolabilité ? Nous n'en saurons rien. Quant à la blancheur des cygnes, il s'agit très probablement de la couleur de la peau. Imaginez un corps blanc comme le plumage des cygnes. Ce serait assez dégoûtant. D'autre part, ce que nous savons de Baudelaire nous permet d'avancer qu'il avait peu d'inclination pour ce genre de peau. Mais il a suffi que cet assemblage de mots lui semble d'un effet heureux et il a renié ses préférences. Et voici maintenant ce fameux vers tant admiré, tant célébré : Je hais le mouvement qui déplace les lignes. C'est absurde. Quelque idée qu'un poète se fasse de la beauté, il ne peut refuser de la voir dans le mouvement, dans la vie, dans le déplacement des lignes. Et Baudelaire moins que tout autre, lui qui a aimé la danse. Aucun doute, il a été victime de l'expression "beauté sculpturale" que lui a suggéré le premier vers. A mon avis, c'est très grave, car si les poètes, non contents de chercher à nous envoûter par des artifices de langage, se laissent eux-mêmes surprendre par des expressions toutes faites, le risque de confusion devient extrême. Que faut-il penser maintenant du vers suivant ? Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris. Celui-ci aussi doit tout à "beauté sculpturale". A qui en douterait, je conseillerais de lire attentivement Les Fleurs du Mal où il apparaît que le dogme de l'impassibilité de la beauté n'est baudelairien que par accident. Vous objecterez qu'un sonnet constitue un tout, qu'il n'est pas loyal de se reporter ainsi à d'autres oeuvres de l'auteur et que celui-ci peut très bien dire noir dans un poème et blanc dans un autre sans mériter le reproche d'incohérence. Je l'admets - quoiqu'à contrecoeur, parce qu'enfin, l'idée que se fait un poète de la beauté passe pour être des plus importante et doit lui tenir en tête un peu plus que le temps d'écrire un sonnet. Mais j'y pense, que représente cette Beauté qu'on nous décrit ici ? une croyance ou une vision ou une préférence du poète ? ou bien une figure à la mode, simplement ? Pensez-y avant de vous endormir.

Chuis beeelle ! Oh ! Mortel !

A SUIVRE...

vendredi 30 mars 2018

Le bac français sans rater l'émeute

   Mes chers lycéens en classe de première, vous n'avez plus le temps de vous préparer au baccalauréat de français, puisque vous êtes en grèves, en manifestations, en occupations, et c'est tout à votre honneur. Mais rassurez-vous, La Plèbe, Hâte, déjà va ! vous propose ici un cours de rattrapage du commentaire composé, afin de vous donner quand même quelques éléments pour passer l'épreuve traditionnelle en toute quiétude. Nous avons choisi l'admirable poème de Baudelaire, l'un des plus beau, La Beauté. Voici, pour commencer, le sonnet en lui-même.

La beauté.

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles ;
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !


    Nous allons maintenant l'éplucher un peu. Voyons le premier vers : Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre. Ca ne veut rien dire. Un rêve de pierre peut être beau ou laid. Donc, pour nous faire connaître la Beauté, l'auteur la compare à une chose vague, indéterminée, dont la notion nous est encore plus incertaine que celle de l'objet à connaître. Ce premier vers est un assemblage de mots qui ne nous apprend absolument rien. Passons au deuxième : Et mon sein où chacun s'est meurtri tour à tour... Je veux bien que "meurtri" soit figuratif, mais il rappelle fâcheusement la comparaison du premier vers et impose abusivement l'image d'un sein en pierre. Je relève dans ce second vers une faute magistrale qu'il faut bien appeler solécisme. "Tour à tour" signifie en effet l'un après l'autre ou alternativement. On n'est pas plus fondé à écrire "chacun s'est meurtri tour à tour" que "chacun s'est meurtri à tour de rôle". Il aurait fallu dire : "Où chacun s'est meurtri à son tour." Qu'une faute de cette dimension ait trouvé place dans un sonnet aussi corseté, voilà qui est regrettable, mais le plus fâcheusement significatif est qu'aucun de ses innombrables admirateurs n'ait, à ma connaissance, relevé cette énormité. Passons aux deux vers suivants : Est fait pour inspirer au poète un amour - Éternel et muet ainsi que la matière. N'oublions pas que c'est le sein de la Beauté qui inspire cet amour. Ç’aurait pu être le visage, le dos, les cuisses ou l'ensemble, mais c'est le sein. Il doit y avoir à cela des raisons que nous ne connaîtrons pas et il faut nous contenter de l'affirmation gratuite. L'amour inspiré par ce sein est "éternel et muet ainsi que la matière". Rien à dire contre éternel, sinon que le mot, qualifiant un amour, est peu signifiant. En revanche il n'y a pas de raison valable pour que l'amour du poète soit muet. Tout le monde sait bien que les poètes sont très diserts sur ce point et Baudelaire le sait mieux que personne puisque pour sa part, il dédie un sonnet à la beauté et, ailleurs, un hymne. "Muet ainsi que la matière", est-il dit. Matière est un mot d'une portée bien générale pour une telle comparaison. En fait, dans le bon langage ordinaire, on dit muet comme une carpe, comme la tombe ou comme une pierre. Ce rapprochement d'amour et de matière, lourdement chevillé, est une recherche inutile et, à vrai dire, il eût mieux valu s'abstenir de toute comparaison. Mais matière vous a un fumet philosophique des plus tentants.

A SUIVRE...

mardi 6 février 2018

Humour encore

    Il faudra bien que je prenne le temps de regarder ces vidéos intégralement (à moins qu'il passe par chez moi), parce que je trouve ce type à la fois drôle et instructif.





  

mardi 23 janvier 2018

Gna plus d'rigolade

   C'est ce qu'on se disait sous la douche hier soir avec un pote dentiste dans une petite ville prospère de banlieue. Lui parlait de la télé, qu'il ne regarde pas beaucoup mais assez pour le constater. Et sa nostalgie allait vers Louis de Funès, quand sa voiture se retourne et se transforme en bateau, me contait-il en se savonnant la brioche, ou alors les Bronzés, surtout quand l'autre est sur le télésiège (pour être honnête je dois avouer que quand j'étais môme j'ai aussi rigolé de telles farces). J'opinai, sur un pied, en me récurant la plante de l'autre. Et même si je ne suis pas usager de cette technologie de diffusion utilisée pour transmettre des images à distance par voies hertziennes captées par une antenne ou un câble, je concédais que j'avais moi aussi l'impression, mon bon monsieur, qu'on ne riait plus guère de nos jours, en tout cas je ne connais aucun humoriste qui ne soit déjà décédé. Élucider sur quel compte mettre ce constat sociologique nécessiterait un long développement, et je n'en ai malheureusement ni le temps ni le talent.

   Pourtant déjà, il y a 11 jours, des collègues me faisaient découvrir Samia Orosemane, et ça m'avait bien fait convulser les zygomatiques. Et là, ce matin même, à la radio, en me lavant les crochets, j'entends un sketch d'un autre inconnu, Wally Dia, et là aussi, j'ai été la proie de gais hoquets. Comme ça fait du bien, j'invite. Je pense que ces comiques sont très connus des téléspectateurs et hors les trois sketchs écoutés, je ne sais rien d'autre d'eux, mais c'est pas grave, on complètera peut-être plus tard.

   Quand te reverrai-je, pays merveilleux où ceux qui s'aiment vivent à deux ?


vendredi 12 janvier 2018

Les bons plans de Tulipine et Yamina*

   Bof ! Je sais plus quoi fiche sur ce blog. Heureusement les deux jeunes mamans avec qui je passe le plus clair de mon temps enfermé, Tulipine, franco-ivoirienne catholique et Yamina kabyle franco-algérienne musulmane, m'ont fait connaître il y a peu les vidéos des humoristes ci-dessous. Ne pratiquant pas la contemplation de l'écran de diffusion idéologique familial, et n'ayant pas le temps de hanter les cafés-théâtres, la vie est faite de choix cornéliens, je ne connais aucun jeune humoriste. J'en suis resté à Coluche et Desproges. Le fait que je sois contraint d'user de l'écran interactif idéologique en réseau détournable pour mes activités professionnelles me permet aujourd'hui de partager avec les vieux ou les aigris hargneux critiques du monde spectaculaire-autoritaire-marchand-anéantisseur à terme de toute vie sur terre tel qu'il va comme moi ces aimables divertissements. On n'est pas toujours d'accord avec ces collègues, mais j'avoue que là, je n'ai pas été sans sourire, c'est fort. Merci à elles, d'autant que j'ai déjà partagé ici l'un des bons plans indispensables transmis par Yami.

* Les prénoms ont été changés.






Rien à voir, mais en hommage

Et de trois, l'As de pique est en deuil, le brelan qui l'a créé didn't live forever :

dimanche 7 mai 2017

La victoire pour les sourds

Que faites-vous ? Vous marchez. Vous allez de l'avant.
Victor Hugo à Charles Baudelaire, 1859.



   Nos amis malentendants sont les grands oubliés de la campagne électorale et des programmes des différents candidats. Pourtant, dans son discours de victoire et de remerciements aux Français au soir du 7 mai 2017, Dominique Macron a pris la peine de faire traduire ses propos en langue des signes et en temps réel, par un interprète.

   Toujours à l'avant-garde de la défense des minorités, La Plèbe, ayant pu bénéficier de la présence d'un aimable lecteur sur l'esplanade du Louvre, est en mesure de vous proposer la description de cette traduction.

      Témoignage.


    Monsieur Macron commença son adresse au peuple de France. Lors fit l'interprète tel signe. La main gauche toute ouverte il leva haut en l'air, puis ferma en poing les quatre doigts de celle-ci, et le pouce étendu assit sur la pointe du nez. Soudain après leva la droite toute ouverte et toute ouverte la baissa, joignant le pouce au lieu que fermait le petit doigt de la gauche, et les quatre doigts de celle-ci mouvait lentement en l'air ; puis, au rebours, fit de la droite ce qu'il avait fait de la gauche et de la gauche ce qu'avait fait de la droite.

   L'assistance connut un léger flottement.

    Notre président reprit sa harangue et notre interprète s'appliqua à nouveau à rendre au mieux ses propos pour nos amis du monde du silence. Sans mot dire, il leva les mains et en fit tel signe. De la main gauche il joignit l'ongle du doigt index à l'ongle du pouce, faisant au milieu de la distance comme une boucle.


   Et de la main droite serrait tous les doigts au poing, excepté le doigt index, lequel il mettait et tirait souvent par entre les deux autres susdits de la main gauche. Puis de la droite étendit le doigt index et le majeur, les éloignant le mieux qu'il pouvait et les tirant vers les électeurs.


   Ceux-ci commencèrent à pâlir.

mercredi 3 mai 2017

Du nouveau sur Zola

      La revue scientifique américaine New Reader vient de publier des manuscrits inédits du Germinal de Zola, que celui-ci aurait écartés de l'ouvrage définitif. C'est l'arrière petit fils d'une soubrette de l'illustre écrivain et humaniste, dont le grand père avait émigré en Amérique pour y trouver un emploi chez un marchand de vin de Boston, qui a retrouvé ce précieux document, au milieu de chaudes lettres d'amour dont nous tairons la teneur, dans une grande caisse du grenier du siège social de la grande entreprise d'importation de Bourgueil distillé par radiations que dirige aujourd'hui le descendant du pionnier.

      Nous savons que le jeune journaliste Zola, arriviste avant tout, répandit sur les charniers de la Commune son flot d'ignominies, vomit son eau forte sur les insurgés vaincus et assassinés. Certes, il se rattrapa par un courageux humanisme lors de l'Affaire que tout le monde connait, quelques trente ans après. Pour cela, pour ce vaillant combat qu'il mena sur sa vieillesse contre nationalistes, jésuites, antisémites, militaristes et autres ganaches galonnées, tel un frère Jean des Entommeures déchaîné contre les hordes picrocholines, on peut lui savoir gré, peut-être lui pardonner. Mais il reste malgré cela un écrivain qui, sous des dehors progressistes, a toujours dépeint la classe ouvrière comme un amas de brutes avinées, malpropres et violentes. Le roman Germinal en est un exemple.

      Ces manuscrits perdus et retrouvés, montrent un paroxysme dans le préjugé anti-ouvrier de l'écrivain bourgeois : nous y voyons des mineurs querelleurs, envieux, puérils, grossiers, de mauvaise foi, et, pour couronner le tout, d'une culture plutôt au ras des paquerettes. Peut-être est-ce cette charge par trop exagérée qui poussa le grand gazé à faire don de cette esquisse, modeste brouillon pour lui, mais si précieux souvenir pour elle, à son ancillaire maîtresse.

      Je vous les livre en exclusivité ici, une traduction par mes soins en français d'une traduction du français en anglais, vous excuserez les quelques erreurs possiblement éparses au fil du texte.  Comme il s'agit d'un premier jet que le grand homme envoya à sa femme de chambre pour qu'elle lui dise ce qu'elle en pensait, le texte est resté sous forme de dialogue, non encore rédigé narrativement.

Malgré son ridicule appendice pileux de hipster, Emile a consacré son oeuvre au paupérisme, et une partie cachée de sa vie à honorer la dignité des gens de condition servile, pour qui il ressentait une réelle tendresse.

      Littérature.

     Mineur 1 : Me parle point sur ce ton, salaud de menteur !
     Lantier : Sale porc, t'as vraiment rien à foutre dans cette mine.
     Mineur 1 : Gros con de snobinard ! Tu te crois si malin !
     Contremaître : Vous vlà encore en train de vous battre, putain ! Arrêtez donc ou je vous carre cette pioche dans la gueule ! Qu'est-ce qui s'est passé ?
     Mineur 1 : C'est lui qui a commencé.
     Contremaître : J'm'en contrefous, de qui a commencé. C'est à quel propos ?
     Lantier : Ben, il prétend que le putain de traité d'Utrecht c'était en 1713.
     Mineur 1 : Et j'ai foutrement raison !
     Lantier : Foutrement tort ! Il a été ratifié en février 1714.
     Mineur 1 : Il bluffe. Il te manque une case, Lantier. Tu dis n'importe quoi.
     Contremaître : Il a raison, Lantier,. Le traité a été ratifié en septembre 1713. Toute cette foutue mine sait ça. Relis ton Trevelyan, page 468.
     Mineur 2 : Il pendait au putain de traité de Westphalie.
     Lantier : T'es en train d'insinuer que je fais pas la différence entre la putain de guerre de Succession d'Espagne et la putain de guerre de Trente Ans ?
     Mineur 2 : Tu ferais même pas la différence entre la bataille de Borodino et le cul d'un tigre.
     (Ils commencent à se battre)
     Contremaître : Arrêtez ça ! Arrêtez ça ! J'en ai ras le casque de vos putains de bagarres ! Quand c'est pas le foutu traité d'Utrecht, c'est le foutu théorème binomial ! On n'est pas dans la salle des doyens du Collège de France, ici putain ! On est à la mine !
     Mineur 3 : Hé, contremaître, tu peux régler queuquechose ? Maheu dit qu'on trouve l'abaque entre les triglyphes des frises de l'entablement des temples doriques classiques.
    Contremaître : Espèce de gros abruti, Maheu, ça c'est la métope. L'abaque, l'est entre l'architrave et l'échine dans le Capitole.
     Maheu : Putain de menteur !
 
     Nous espérons que cette précieuse découverte fera faire un bond aux études zoliennes.

mercredi 15 mars 2017

Amende honorable

La Plèbe souhaite présenter ses excuses pour la façon dont les hommes politiques ont été présentés au long de ses posts.


Il n'a jamais été dans notre intention d'insinuer que les politiciens sont des mous du genou, des opportunistes plus préoccupés par leurs vendettas personnelles et leurs luttes privées que par le service de l'Etat.


Il n'était pas non plus dans notre intention de laisser entendre qu'ils perdent toute crédibilité en empêchant tout débat sur la trompeuse impression que l'unité des partis passe avant le bien être des gens qu'ils sont censés représenter.


Ni même de laisser croire à quelque moment que ce soit qu'ils ne sont que des petits lèche-bottes chamailleurs qui se fichent complètement des problèmes sociaux du pays.


Ni d'inciter les lecteurs à voir en eux des vermines égoïstes et variqueuses, avec du poil aux pattes, un penchant marqué pour l'alcool et des pratiques sexuelles d'une nature propre à choquer.


Pardonnez-nous si, au final, c'est cette impression qui l'emporte.

Celui-là est bien, il est pour le peuple.

vendredi 3 mars 2017

Une historiette de Béatrice

   - Bonjour.
   - Bonjour, monsieur, je peux vous aider ?
    - Euh... oui. Avez-vous un exemplaire de Trente jours dans le désert de Samarkind avec la duchesse de Kent de A. E. J. Eliott ?
   - Ah... je ne connais pas cet ouvrage, monsieur.
   - Euh... Ca ne fait rien, ça ne fait rien... Et Cent une façons de déclencher une bagarre ?
   - De ?
   - Un gentleman irlandais, dont le nom m'échappe...
   - Non, nous n'avons rien de ce genre...
   - C'est pas grave. Pas de souci... Peut-être aurai-je plus de chance avec David Coperfield
   - Ah ça, Dickens, oui, bien sûr...
   - Euh... non.
   - Pardon ?
   - Pas Dickens, Edmund Wells.
   - Je pense qu'en cherchant bien, vous vous souviendrez que c'est Charles Dickens qui a écrit David Copperfield, monsieur.
   - Non, non. Charles Dickens a écrit David Copperfield, avec deux P. Je cherche David Coperfield avec un seul p. L'ouvrage d'Edmund Wells.
   - David Coperfield avec un seul p ?
   - Exactement.
   - Alors là... dans ce cas-là, non, je ne l'ai pas.
   - C'est étonnant. Vous avez pourtant tout un tas de livres ici.
   - Oui, nous en avons beaucoup, mais pas David Coperfield avec un seul p d'Edmund Wells.
   - C'est dommage. Ce bouquin est quand même bien plus réussi que celui de Dickens.
   - Plus réussi ?!?
   - Oui, oui. Peut-être cela vaudrait-il le coup que vous jetiez un oeil à vos David Copperfield, on ne sait jamais...
   - Non, je suis désolé, tous nos David Copperfield ont deux p, ce n'est pas la peine que je regarde...
   - Vous êtes sûr ?
   - Certain.
   - Ça ne vaut pas la peine...
   - Non.
   - Bon. Et Olive Ertwist ?
   - Oui, celui-là, nous l'avons.
   - C'est bien Olive... Ertwist d'Edmund Wells ?
   - (Soupir.) Non. Dans ce cas, nous ne l'avons pas. Nous n'avons rien d'Edmund Wells, aucun livre, pas le moindre, rien du tout, d'accord ?
    - Même pas Monsieur Pique-Nique
   - Non.
   - Les Comptes de Noël... C-O-M-P-T-E-S.
   - Je vous dit que non !
   - L'Etang difficile ?
   - NON !
   - Désolé, désolé... désolé de vous avoir dérangé.
   - Ce n'est rien.
   - Eh bien au revoir.
   - Au revoir.
   - Oh !
   - Oui...
    - J'allais oublier. Auriez-vous un exemplaire de Ranarby Budge ?
   - Non ! Je n'arrête pas de vous dire que nous n'avons rien d'Edmund Wells !
   - Mais ce n'est pas d'Edmund Wells. C'est de Dikkens.
   - Charles Dickens ?
   - Oui.
   - Vous voulez dire Barnaby Rudge, alors.
   - Non. Ranarby Budge. De Charles Dikkens. Avec deux k. Le fameux auteur néerlandais.
   - Non. Nous n'avons pas Ranarby Budge de Charles Dikkens, avec deux k, le fameux auteur néerlandais. Et pour gagner du temps, sachez que nous n'avons pas non plus Renard Bybudge de Darles Chickens, ni non plus Bernard Roger de Marles Pickens, ni même Réarmez Badges de Farles Wicken, avec cinq w et un q muet !!!!!!! Pourquoi n'allez-vous pas essayer la librairie d'en face ?
   - J'ai essayé. C'est eux qui m'ont envoyé ici.
   - C'est eux ?
   - Oui. Ah, juste une dernière chose.
   - S'il vous plaît, non...
   - Avez-vous les Extraordinaires Aventures du capitaine Gladys Stoutpamphlet et de son épagneul breton chez les Pygmées géants... le volume huit, s'il vous plait.
   (Longue pause et longs soupirs.)
   - Non. Non. Non. C'est étonnant, n'est-ce pas ? Nous avons pourtant beaucoup de livres, ici, nous en avons des milliers, mais là, non, non et non. Je vais devoir vous demander de vous en aller, monsieur.
   - Mais pourtant vous l'avez ce livre !
   - Nous ne l'avons pas !
   - Mais...
   - Et puis il est midi de toute façon, je ferme, je dois aller déjeuner.
   - Ah je vois... Argument de foireux...
   - Pardon ?
   - Je le vois le livre, là, derrière vous !
   - Comment ?
   - Il est là. Le Guide Olsen des oiseaux.
   - Le Guide Olsen des oiseaux ?
   - Oui.
   - Olsen, O-L-S-E-N ?
   - Oui.
   - Des oiseaux, O-I-S-E-A-U-X ?
   - Oui.
   - C'est un fait, il est là.
(Il le prend.)
   - C'est la version expurgée ?
   - Comment ?
   - C'est la version expurgée ?
   - LA VERSION EXPURGÉE du Guide Olsen des oiseaux ???!!!???!!!
   - Celles sans l'hirondelle ?
   - Celle sans l'hirondelle ?!?!?! Mais l'hirondelle est dans tous ! C'est un oiseau des plus communs !
   - Je ne les aime pas. Leurs nids me dégoûtent !
   - (Furieux.) Très bien, regardez l'hirondelle, je l'expurge sous vos yeux (La libraire déchire la page.) Il y en a d'autres que vous n'aimez pas ?
   - Je n'aime pas les rouges-gorges.
   - (En criant.) Le rouge-gorge, le rouge-gorge, le voilà, et hop (elle déchire la page), plus de rouge-gorge ! Plus d'hirondelles, plus de rouges-gorges : tenez, voilà VOTRE livre !!!!
   - Mais je ne vais pas acheter ça... Il est déchiré !
   - (Bruit particulièrement incohérent.)
   - Auriez-vous...
   - Allez-y, demandez-moi ce que vous voulez, j'ai plein de livres, j'ai tout ici, allez-y, allez-y...
   - La noix de coco va chez le coiffeur ?
   - Non, c'est bizarre, c'est bizarre, mais nous ne l'avons pas...
   - L’Évangile selon saint Gauche ?
   - Raté ! Essayez encore !
   - Ethel le petit raton laveur fait une étude de marché ?
   - Ethel... Oui, oui, nous l'avons ! Il est là-bas, il est là-bas, il est là, le voilà, le voilà !!!!! Il est là, c'est lui, voilà VOTRE livre alors vous le payez et bonsoir !
   - Je n'ai pas d'argent.
   - (Désespérée.) Un chèque, peut-être ?
   - Non plus, non. Je n'ai pas de compte en banque.
   - Attendez, voilà, voilà, je le paye de ma poche, voilà, et prenez ça pendant qu'on y est, tenez, c'est pour le taxi, prenez l'argent, le livre et filez prendre un taxi IMMÉDIATEMENT !
   - Attendez, attendez...
   - Attendez quoi ?
   - Je ne sais pas lire.
   (Prenant une bonne bouffée d'air et cherchant à rester calme.)
   - Vous ne savez pas lire... tout va bien... tout va bien... du calme... tout va bien... alors ASSEYEZ-VOUS ! Asseyez-vous ! Voilà, vous êtes assis confortablement ? Tout va bien ? Bon. (La libraire ouvre le livre.) "Ethel le petit raton laveur trottinait tranquillement près de la rivière un beau matin, lorsqu'il vit, au loin, un entrepreneur chargé d'une étude de marché..."




Publié par Wroblewski à 16:01
Sujets Bouquinerie comptera pas, Historiette

vendredi 17 février 2017

Questions pour un marxiste

* EN EXCLUSIVITÉ SUR LA PLÈBE *


La Plèbe : Mesdames et messieurs, bonsoir. Ce post est certainement à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire de la blogosphère. Nous avons en effet le rare privilège, l'immense honneur de recevoir dans notre studio Karl Marx, fondateur du socialisme moderne et auteur du Manifeste Communiste.
Première question, Karl Marx, je vous rappelle que vous pouvez gagner aujourd'hui un superbe salon meublé, première question donc, ne soyez pas nerveux, par quel autre développement est conditionné le développement du prolétariat industriel ?
Karl Marx : Par le développement de la bourgeoisie industrielle !
La Plèbe : Bravo, bonne réponse, on applaudit Karl Marx (on peut aller liker sur son FB), qui est en bonne voie pour gagner le salon entièrement meublé... Allez Karl, on se concentre, deuxième question maintenant : de quelle nature est la lutte des classes ?
Karl Marx : De nature politique.
La Plèbe : Magnifique, merveilleux, plus qu'une question, Karl, et ce superbe salon meublé est à vous. Vous être prêt ? Qui a gagné la finale de la coupe d'Angleterre en 1949 ?
Karl Marx : Euh... Le contrôle des moyens de production par le prolétariat ? La disparition du prolétariat rural ?
La Plèbe : Eh non, désolé Karl, c'était Manchester, qui a battu Arsenal par 2 à 1 !

D'après un texte des Monty Python.

jeudi 29 décembre 2016

Bons dessins, décès de merde


     C'était mon préféré des dessinateurs de Siné mensuel. Sa pleine page de crobards était pour moi un pur délice chaque premier mercredi. J'étais très réceptif à son humour, peut-être mon côté Suisse (oui, j'ai la double nationalité, mon sang est un quart suisse, un quart morvandiau, et une bonne moitié bâtardo-parisienne). J'ai évidemment beaucoup de sympathie pour Carali, ou Berth. Mais c'était vraiment à la lecture de Mix et Remix qu'un sourire intérieur me lavait un peu de toute cette délétère atmosphère au sein de laquelle nous survivons.


     Après Siné, la légende, Puig Rosado, le poète et Chimulus, le discret mais attachant fils de , Mix et Remix, l'humoriste tout en rondeurs.



     Vous avez des nouvelles de Jiho et de Lindingre ?...

vendredi 4 novembre 2016

Effet domino

   Après celle de Siné il y a quelques mois, je viens d'apprendre la mort de deux dessinateurs de son canard, Puig Rosado et Chimulus.


   Puig Rosado n'était pas mon préféré du point de vue dessin et humour, loin de là. Je trouvais ses crobards un peu téléphonés (genre dessin des rois mages qui se bourrent la gueule, mdr !), comme ceux de Siné d'ailleurs, mais en plus gentillets. Ils me passaient presque inaperçus. Mais c'était un fidèle de Bob depuis L'Enragé (autour de 68). Je l'avais vu dans une manif récente, peut-être contre la loi Travaille !, me souviens plus bien, tenir un stand de Siné mensuel avec André Langaney et Catherine Sinet, et dédicacer des dessins. Je crois que peu de gens le remettaient, moi le dernier. Et je m'étais dit à l'époque : "eh ben ! nos ainés, ils sont courageux pour défendre leur bébé dans la rue comme ça, et pas beaucoup aidés, pas un seul jeune et fringant sexagénaire pour leur filer un coup de main !" Je me suis dit aussi que j'avais pris un coup de vieux, que je lisais des journaux de vieux. J'ai assumé.

Le calendrier scolaire pose problème


   Quant à Chimulus, dont j'appréciais beaucoup plus l'esprit, son histoire est cocasse, puisqu'il était le fils de... Jacques Faizant, eh oui, l'humoriste faisandé des journaux et magazines de droite bien raide, dont les plus de quarante ans ont pu, quand ils étaient petits pour les moins de cinquante-cinq ans, lire les phylactères (à moins que les dialogues ne figurassent sous le dessin, en légende, à l'ancienne, me souviens plus bien) un peu rances dans les salles d'attente des médecins et autres dentistes. Et bien le petit Chimulus s'était bien émancipé de cet humour de bourgeoisie radicale, et en avait pris le contre-pied. Comme il était fils de..., je me le suis toujours représenté jeune, mais en fait il n'était pas si vieux, 72 ans.

Salut à eux, et aux suivants...

La Plèbe écoute tout le temps :

Lundi soir 7 novembre : Dans l'herbe tendre (chanson française). Thème du mois : les animaux.