Et d’elle est née la troupe
[…]
Assoupissement, en bonnet de laine,
Faisant son somme après le repas ;
Hydropisie au teint blafard,
Grosse bedaine et lente démarche ;
Goutte princière, enveloppée de fourrures ;
Asthme, qui siffle et n’ose faire un geste.
… pourquoi ne pas s’alléger le sang et les circuits
cérébraux par un petit jeu culturel bien digne de nous, matérialistes que nous
sommes !
Voici donc deux extraits de deux poèmes de notre personnage
mystère, à découvrir donc, où se révèle cette obsession de la matière fécale qui est certainement
une des formes de la folie où tombera l’auteur(e) vers la fin de sa vie. La
plus frappante des deux pièces reste néanmoins la deuxième où le dégoût morbide
des excréments est si extraordinaire, que l’on se demande si l’on est pas déjà
en présence de l’œuvre d’un(e) malade mental(e). Mais nous avons cru bon de donner
cette pièce psychopathologique pour plaire à notre lectorat freudien.
O généreuse Déesse Cloaquine,
Pourquoi te confiner dans tes temples ?
On ne te laisse plus vivre au grand air ;
Pourquoi ces autels souterrains ?
Quand Saturne seul
régentait le ciel,
- Cet âge doré ignorant l’or –
Ce globe, que tu avais en partage
Recevait les dons de tous les hommes.
Tu avais dix mille autels à la ronde
Tout couronnés d’offrandes fumantes.
Là, chaque jour tes fidèles zélés
Plaçaient en hâte leurs sacrifices.
De douces vapeurs montaient vers toi,
Soit des bords d’un ruisseau jaseur,
[…]
Soit de l’abri d’un frais bocage,
Où deux amants venaient flâner ;
Soit d’un val fleuri, gente offrande
Portée sur l’aile d’un zéphyr ;
Là, poussait mainte fleur abstersive :
Tes fleurs favorites, de teinte jaune,
Le crocus avec la jonquille,
La molle primevère et le narcisse.
[…]
Voluptueuse Aise, fille de richesse
Qui, sournoisement infecte nos cœurs.
Nul ne te quête plus au grand air,
Ni ne te dresse de candides autels ;
Mais dans d’obscènes réduits ou caves,
On t’offre un sacrifice impur.
De là naissent des vapeurs malsaines,
Qui offensent ton nez exigent.
Ah, qui, en ces jours décadents,
Donne l’offrande comme Nature l’y pousse ?
Nature, jadis, point ne distinguait
Entre le sceptre ou bien la bêche…
Grands de ce monde, pourquoi dédaigner
De payer tribut à même le sol ?
Pourquoi, par paresse et orgueil,
Mettre l’autel au bord de vos couches ?
Car le plus laid des pots d’argile
Reçoit des offrandes plus sincères
Que le vase d’argent qu’une fière Duchesse
Enferme dans un coffret de cèdre.
Mais toute dévotion n’est pas morte
Chez nos frustes pasteurs du Nord,
Dont les offrandes en files dorées
Ornent les bords de notre rivière limpide ;
Garnissent parfois les dunes fleuries
De pointes en spirales et couronnes doubles ;
Ou dorent dans un clair matin
Les humbles branches d’un buisson.
Mon pied, souvent, par maladresse
Rapporte ici la vile substance ;
Ou, si le soulier est hors de cause,
Je dore, malgré moi, le passepoil terni ;
Mon jupon s’orne d’une deuxième frange,
Teinte au contact de la branche sacrée.
Et voici notre deuxième extrait :
L’altière Célia a
mis cinq heures
A s’habiller
(peut-on faire moins ?) ;
Elle ressort mise
comme une déesse
Tout en dentelles,
brocart, drap d’or…
Stréphon passe, et
voit la pièce vide.
[…]
Il entre à pas de
loup, et il scrute
[…]
Stréphon va-t-il
vous dire la suite ?
Faudra-t-il vous
parler du coffre ?
Quelle
étourdie ! Ne pouvait-on
L’avertir d’enlever
ça d’ici ?
Ne pas le laisser au beau milieu
Pour prêter le flanc à nos sarcasmes.
En vain le menuisier, plein d'astuce
A contrefait gonds et moulures,
Afin qu'un profane pût se croire
En présence d'un bonheur du jour...
Car Stréphon voulut, coûte que coûte,
Voir ce qu'il y avait à l'intérieur,
(Il suffisait de soulever le couvercle)
L'odeur l'avait mis sur la piste.
[…]
Ainsi Stréphon
souleva le couvercle,
Pour voir ce qui se
cachait dans le coffre
Les vapeurs
s’échappèrent par le trou ;
[…]
O puisse jamais ne
se revoir
Chez Célia le meuble
sans gloire !
[…]
Telle quand aplatie
et salée,
La côtelette
d’agneau, reine des viandes,
Est, selon les lois
de la cuisine
Rôtie devant un feu
léger ;
Si, devant les
babines alléchées,
Une goutte de
graisse tombe sur la braise,
La flamme devient
fumée puante
Qui corrompt la
chair d’où elle sort ;
L’odeur de suif est
si infecte
Que vous maudissez
la souillon.
Ainsi, certaines
choses innommables,
Quand elles font
plouf, dans le coffre puant
Répandent une odeur
d’excrément
Qui gâte les parties
dont elles sortent,
Et donne aux jupons
et chemises
Un parfum qui les
suit partout.
Terminant donc sa
vaste enquête
La mort dans l’âme,
Stréphon s’enfuit,
Et dans ses
transports, il répète
Dire que
Célia, que Célia chie !...

Si vous voulez vous marrer franchement, si ce burlesque passe près de chez vous, ruez-y vous ! Entre les slapsticks muets de Chaplin et le savoureux bon goût de « Hara-Kiri », cependant résolument ancré dans la modernité. Ca s'appelle Bigre.
P.S. (beurk) : si un noble lecteur peut m'expliquer comment enlever ce laid halo blanc autour du texte de l'article, j'en serais fort aise, et lui serai éternellement reconnaissant...
Wrob. pour
La Plèbe.