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mercredi 14 octobre 2020

Conjonction Vénus - Uranus régie par Stercus

 Un gaz associé à la vie découvert sur Vénus.
The World News

    

Sandro Botticelli.- La Nascita de Venere


   La belle [...] se dégagea encore en criant : "Non, tu ne me la mettras pas..." Mais en faisant ce mouvement, elle lâcha un pet, non pas un pet vulgaire, mais un pet au son cristallin qui provoqua chez elle un rire violent et nerveux. Sa résistance alors se relâcha, ses cuisses s'ouvrirent...
Guillaume Apollinaire.- Les Onze mille verges.



Idée volée à un dessin de CQFD d'octobre 2020.

vendredi 1 septembre 2017

Y a qu'là qu'on est bien

À droite de mon banc s’ouvrait précisément un trou, large, à même le trottoir dans le genre du métro de chez nous. Ce trou me parut propice, vaste qu’il était, avec un escalier dedans tout en marbre rose. J’avais déjà vu bien des gens de la rue y disparaître et puis en ressortir. C’était dans ce souterrain qu’ils allaient faire leurs besoins. Je fus immédiatement fixé. En marbre aussi la salle où se passait la chose. Une espèce de piscine, mais alors vidée de toute son eau, une piscine infecte, remplie seulement d’un jour filtré, mourant, qui venait finir là sur les hommes déboutonnés au milieu de leurs odeurs et bien cramoisis à pousser leurs sales affaires devant tout le monde, avec des bruits barbares.

Entre hommes, comme ça, sans façons, aux rires de tous ceux qui étaient autour, accompagnés des encouragements qu’ils se donnaient comme au football. On enlevait son veston d’abord, en arrivant, comme pour effectuer un exercice de force. On se mettait en tenue en somme, c’était le rite.

Et puis bien débraillés, rotant et pire, gesticulant comme au préau des fous, ils s’installaient dans la caverne fécale. Les nouveaux arrivants devaient répondre à mille plaisanteries dégueulasses pendant qu’ils descendaient les gradins de la rue ; mais ils paraissaient tous enchantés quand même.


Autant là-haut sur le trottoir ils se tenaient bien les hommes et strictement, tristement même, autant la perspective d’avoir à se vider les tripes en compagnie tumultueuse paraissait les libérer et les réjouir intimement.

Les portes des cabinets largement maculées pendaient, arrachées à leurs gonds. On passait de l’une à l’autre cellule pour bavarder un brin, ceux qui attendaient un siège vide fumaient des cigares lourds en tapant sur l’épaule de l’occupant en travail, lui, obstiné, la tête crispée, enfermée dans ses mains. Beaucoup en geignaient fort comme les blessés et les parturientes. On menaçait les constipés de tortures ingénieuses.

Quand un giclement d’eau annonçait une vacance, des clameurs redoublaient autour de l’alvéole libre, dont on jouait alors souvent la possession à pile ou face. Les journaux sitôt lus, bien qu’épais comme de petits coussins, se trouvaient dissous instantanément par la meute de ces travailleurs rectaux. On discernait mal les figures à cause de la fumée. Je n’osais pas trop avancer vers eux à cause de leurs odeurs.


Ce contraste était bien fait pour déconcerter un étranger. Tout ce débraillage intime, cette formidable familiarité intestinale et dans la rue cette parfaite contrainte ! J’en demeurais étourdi.

Je remontai au jour par les mêmes marches pour me reposer sur le même banc. Débauche soudaine de digestions et de vulgarité. Découverte du communisme joyeux du caca. Je laissais chacun de leur côté les aspects si déconcertants de la même aventure. Je n’avais pas la force de les analyser ni d’en effectuer la synthèse. C’est dormir que je désirais impérieusement. Délicieuse et rare frénésie !

Louis-Ferdinand Céline.- Voyage au bout de la nuit.



Rien à voir, si ce n'est que c'est une vraie merde, si vous voulez avoir un microscopique sentiment d'oeuvrer, vous aussi, tout en préservant votre pied de la bouillie, vous pouvez-toujours écrire aux copains blessés, ou signer.

vendredi 16 décembre 2016

Une oeuvre controversée


   Pier Paolo Pasolini est très fort. Avec des moyens somme toute réduits, des effets spéciaux pour le moins spécieux, et sans HD ni même 3D (!), je crois qu'il nous a livré ici le seul film qui a failli réellement me faire dégueuler dans la salle, ou alors je n'étais pas dans mon assiette ordinaire. Évidemment il n'est pas question ici de vertueuse indignation ou de vertu outragée, non, juste un phénomène physiologique qui s'est spontanément déclenché quand les protagonistes se sont mis à manger du caca.

   Pour la petite histoire le réalisateur se fit assassiner peu de temps après la sortie du film.

   Un document au charme désuet, mais à découvrir absolument.

    Promis, pendant ces quelques jours de trêve des confiseurs, W. mettra en ligne des choses plus positives, constructives, moins clivantes que la coprophagie. Nous tenterons d'être dans la réconciliation, de rassembler plutôt que diviser.

   Ma dernière actu ciné.


La Plèbe écoute tout le temps :
Jeudi 15 décembre (c'était hier, mais il vous reste le téléchargement !) : Jazzlib' (jazz). Thème de la bi-mensualité : nouveautés rééditions suite.
When, where, how ?
Jazzlib' sur radio libertaire 89,4 FM en RP. Tous les 1er et 3e jeudis de 20:30 à 22:00.
Podcast ou téléchargement MP3, pendant un mois, sur la grille des programmes.
Cliquer sur le lien correspondant à la bonne date (Jazzlib'/Entre chiens et loups). Attention de bien vérifier que vous êtes sur le 1er ou/et 3e jeudi, vous avez, en haut à gauche, les semaines disponibles.

vendredi 25 novembre 2016

Maigrir pour des idées




      Difficile de commenter après la baffe que j'ai prise en voyant ce film. On avait déjà évoqué la guerre féroce de Thatcher et son monde contre le prolétariat anglais. Ici, ce sont les résistants indigènes républicains anti-colonialistes (assez intransigeants aussi, c'est le moins qu'on puisse dire), qui vont payer le tribut impitoyable du vaincu.

      Pour eux, la résistance, dont l'objet était l'obtention du statut de prisonnier politique, passe par le refus de la tenue de prisonnier, donc par la nudité, et la grève de l'hygiène : les corps ne seront pas lavés ; toutes les excrétions seront utilisées pour tapisser les murs des cellules, parfois en surprenantes oeuvres d'art ; les restes alimentaires seront stockés jusqu'à putréfaction ; l'urine réservée dans les pots, afin d'être déversée en commun au même moment dans les couloirs, transformant ceux-ci en marécages de pisse. Les nombreux stratagèmes par lesquels les détenus parviennent à communiquer entre eux et avec l'extérieur réussissent à nous faire sourire, un peu jaune quand même. Les cassages de gueules par les matons, eux, sont en revanche franchement pénibles, mais certainement moins pour nous que pour eux.

      Le comédien jouant Bobby Sands a, pour le film et sous contrôle médical maigri jusqu'à l'apparence squelettique d'un non alimenté de 60 jours, une performance glaçante. Car après la grève de l'hygiène et suite au mépris de Thatcher, les prisonniers entament une grève de la faim illimitée, et meurent : neuf y sont restés.

      On est sur les nerfs d'un bout à l'autre, c'est dire si on ne s'ennuie pas une seconde. Le seul moment de détente est celui où le surveillant de prison va voir sa maman à la maison de retraite.

vendredi 22 avril 2016

Intertextualité

Vous vous souvenez peut-être de ces pauvres carmélites, s’en allant gaiement curer leur fosse à merde avec au cœur l’amour du Seigneur, et n’en ressortant finalement que les pieds devant, enfin c’est une métaphore (et une métonymie à la base, non ?), vu que pour retirer quelqu’un d’un trou, on est plutôt contraint à une certaine verticalité, et même dans l’hypothèse où on évacuerait le cadavre carmélite par les pieds (ce qui n’est pas forcément le cas, on pourrait le tirer par les aisselles), les pieds seraient en l’occurrence en haut, et non devant. C’était narré ici.

Fosse (cabinets) du couvent des Trappistines de Laval.

Eh bien, troublante magie des correspondances textuelles, nous avons très récemment découvert l’extrait suivant, dont l’anecdote finale n’a pas été sans faire naître en nous cette impression de déjà lu si étrange que nous connaissons tous. Elle ne fait néanmoins et a contrario que confirmer en nous la foi en cette maxime frappée au coin de la sagesse populaire, de la common decency la plus élémentaire eut dit Orwell qui l’illustra lui-même dans sa Ferme des animaux : qui n’aime pas les animaux n’aime pas les humains.

On nuancera cependant la thèse défendue ci-dessous, en rappelant que de sains recyclages sont encore possibles, même s'ils restent insuffisants face aux centaines de millions de tonnes annuelles de déjections de type fécal de l'industrie de l'élevage en France, par exemple.

   "Revenons donc à notre question de départ : qu’advient-il de cette masse de merde extrêmement dangereuse ?

Xavier Beulin, ministre de l’agriculture, patron du groupe producteur de pesticides (poisons) Avril, du MEDEF de l’industrie agro-alimentaire, la FNSEA, et de ses SA (sturmabteilungen) départementalisés casseurs de zadistes des FDSEA.

   Si tout se déroule conformément au plan, les déchets liquéfiés sont rejetés dans d’immenses « mares » creusées près des porcheries. Ces mares toxiques s’étendent parfois sur plus de 11 000 mètres carrés – autant que les plus grands casinos de Las Vegas – et atteignent jusqu’à dix mètres de profondeur. La création de ces latrines aussi grandes que des lacs est considérée comme normale et est parfaitement légale, en dépit de leur incapacité constante à effectivement absorber les déchets. On peut trouver jusqu'à une centaine de ces puisards géants dans les environs d'un seul abattoir (les élevages industriels ont tendance à s'entasser autour des abattoirs). Si vous tombiez dans l'un d'entre eux, vous mourriez. (Tout comme vous mourriez d'asphyxie en quelques minutes si le courant était coupé dans une porcherie industrielle où vous vous trouveriez.) Tietz rapporte une histoire terrifiante au sujet d'une de ces mares : "Etourdi par l'odeur, un ouvrier du Michigan qui travaillait à la réfection d'une mare est tombé dedans.

Stéphane Le Foll, son chef de cabinets.

Son neveu de quinze ans a plongé pour le sauver, mais il a perdu conscience, le cousin de l'ouvrier s'est jeté dans l'étang pour sauver l'adolescent, mais il s'est évanoui, le frère aîné de l'ouvrier a voulu y aller à son tour, et a lui aussi perdu conscience, puis le père de l'ouvrier a plongé. Ils sont tous morts dans de la merde de porc.""
Jonathan Safran Foer.- Faut-il manger les animaux ?

Bakounine, sympathique ardéchois, a de la chance : il connait la lumière du soleil et le parfum du vent.

 Espiègle, facétieux, joueur, comme tous ses congénères, il adore qu'on l'arrose au jet.

 Non manipulé génétiquement, il ne se nourrit pas d'antibiotiques, ni d'hormones, son caca sent bon.

Et celui-ci pourra, avec ceux de Louise et de Carlo, être absorbé par la nature environnante, et la fertiliser, car nos amis ne sont pas des milliers confinés dans un hangar, mais tous les trois. Y a de la marge.

"Autant que les plus grands casinos de Las Vegas": ils sont vraiment dingues ces américains. Heureusement, nous, nous avons le cochon bien de chez nous, le cochon breton ! Alors pour une extraction de minerai de viande de porc française (oui Monsieur !), et de qualité ; avec Xavier Beulin, la FNSEA, Stéphane Le Foll et tous les entrepreneurs du secteur, scandons avec conviction nos vrais valeurs contre les agents de l'étranger extrémistes, écologistes et/ou végétariens : Nation, Extraction, Eutrophisation !

vendredi 8 janvier 2016

Jouons un peu avec la matière

Que le monde soit un gros caca, on n’a pas attendu Cioran pour le savoir.
Jean-Pierre Martinet

Après le succès de notre évocation douce-amère de l’autel d’Aise de Magdeleine, et après ces jours, proches encore, au cours desquels :


Vint Gloutonnerie aux pattes graisseuses ;
La serviette attachée au cou,
Bajoues enflées, menton en branle,
Grasse à pleine peau, d’une peau huileuse ;
Rivée dans un spacieux fauteuil
Avec trois parts dans son assiette ;
Insatiable ; à l’homme aux mœurs simples,
Elle apprit à se crever de mangeaille
[…]
Et d’elle est née la troupe
[…]
Assoupissement, en bonnet de laine,
Faisant son somme après le repas ;
Hydropisie au teint blafard,
Grosse bedaine et lente démarche ;
Goutte princière, enveloppée de fourrures ;
Asthme, qui siffle et n’ose faire un geste.


… pourquoi ne pas s’alléger le sang et les circuits cérébraux par un petit jeu culturel bien digne de nous, matérialistes que nous sommes !

Voici donc deux extraits de deux poèmes de notre personnage mystère, à découvrir donc, où se révèle cette obsession de la matière fécale qui est certainement une des formes de la folie où tombera l’auteur(e) vers la fin de sa vie. La plus frappante des deux pièces reste néanmoins la deuxième où le dégoût morbide des excréments est si extraordinaire, que l’on se demande si l’on est pas déjà en présence de l’œuvre d’un(e) malade mental(e). Mais nous avons cru bon de donner cette pièce psychopathologique pour plaire à notre lectorat freudien.



O généreuse Déesse Cloaquine,
Pourquoi te confiner dans tes temples ?
On ne te laisse plus vivre au grand air ;
Pourquoi ces autels souterrains ?

Quand Saturne seul régentait le ciel,
- Cet âge doré ignorant l’or –
Ce globe, que tu avais en partage
Recevait les dons de tous les hommes.
Tu avais dix mille autels à la ronde
Tout couronnés d’offrandes fumantes.
Là, chaque jour tes fidèles zélés
Plaçaient en hâte leurs sacrifices.
De douces vapeurs montaient vers toi,
Soit des bords d’un ruisseau jaseur,
[…]
Soit de l’abri d’un frais bocage,
Où deux amants venaient flâner ;
Soit d’un val fleuri, gente offrande
Portée sur l’aile d’un zéphyr ;
Là, poussait mainte fleur abstersive :
Tes fleurs favorites, de teinte jaune,
Le crocus avec la jonquille,
La molle primevère et le narcisse.
[…]



Voluptueuse Aise, fille de richesse
Qui, sournoisement infecte nos cœurs.
Nul ne te quête plus au grand air,
Ni ne te dresse de candides autels ;
Mais dans d’obscènes réduits ou caves,
On t’offre un sacrifice impur.
De là naissent des vapeurs malsaines,
Qui offensent ton nez exigent.
Ah, qui, en ces jours décadents,
Donne l’offrande comme Nature l’y pousse ?
Nature, jadis, point ne distinguait
Entre le sceptre ou bien la bêche…

Grands de ce monde, pourquoi dédaigner
De payer tribut à même le sol ?
Pourquoi, par paresse et orgueil,
Mettre l’autel au bord de vos couches ?
Car le plus laid des pots d’argile
Reçoit des offrandes plus sincères
Que le vase d’argent qu’une fière Duchesse
Enferme dans un coffret de cèdre.

Mais toute dévotion n’est pas morte
Chez nos frustes pasteurs du Nord,
Dont les offrandes en files dorées
Ornent les bords de notre rivière limpide ;
Garnissent parfois les dunes fleuries
De pointes en spirales et couronnes doubles ;
Ou dorent dans un clair matin
Les humbles branches d’un buisson.
[…]
Mon pied, souvent, par maladresse
Rapporte ici la vile substance ;
Ou, si le soulier est hors de cause,
Je dore, malgré moi, le passepoil terni ;
Mon jupon s’orne d’une deuxième frange,
Teinte au contact de la branche sacrée.



Et voici notre deuxième extrait :

L’altière Célia a mis cinq heures
A s’habiller (peut-on faire moins ?) ;
Elle ressort mise comme une déesse
Tout en dentelles, brocart, drap d’or…
Stréphon passe, et voit la pièce vide.
[…]
Il entre à pas de loup, et il scrute
[…]
Stréphon va-t-il vous dire la suite ?
Faudra-t-il vous parler du coffre ?
Quelle étourdie ! Ne pouvait-on
L’avertir d’enlever ça d’ici ?
Ne pas le laisser au beau milieu
Pour prêter le flanc à nos sarcasmes.
En vain le menuisier, plein d'astuce
A contrefait gonds et moulures,
Afin qu'un profane pût se croire
En présence d'un bonheur du jour...
Car Stréphon voulut, coûte que coûte,
Voir ce qu'il y avait à l'intérieur,
(Il suffisait de soulever le couvercle)
L'odeur l'avait mis sur la piste.
[…]
Ainsi Stréphon souleva le couvercle,
Pour voir ce qui se cachait dans le coffre
Les vapeurs s’échappèrent par le trou ;
[…]
O puisse jamais ne se revoir
Chez Célia le meuble sans gloire !
[…]
Telle quand aplatie et salée,
La côtelette d’agneau, reine des viandes,
Est, selon les lois de la cuisine
Rôtie devant un feu léger ;
Si, devant les babines alléchées,
Une goutte de graisse tombe sur la braise,
La flamme devient fumée puante
Qui corrompt la chair d’où elle sort ;
L’odeur de suif est si infecte
Que vous maudissez la souillon.
Ainsi, certaines choses innommables,
Quand elles font plouf, dans le coffre puant
Répandent une odeur d’excrément
Qui gâte les parties dont elles sortent,
Et donne aux jupons et chemises
Un parfum qui les suit partout.

Terminant donc sa vaste enquête
La mort dans l’âme, Stréphon s’enfuit,
Et dans ses transports, il répète
Dire que Célia, que Célia chie !... 


Si vous voulez vous marrer franchement, si ce burlesque passe près de chez vous, ruez-y vous ! Entre les slapsticks muets de Chaplin et le savoureux bon goût de « Hara-Kiri », cependant résolument ancré dans la modernité. Ca s'appelle Bigre.

P.S. (beurk) : si un noble lecteur peut m'expliquer comment enlever ce laid halo blanc autour du texte de l'article, j'en serais fort aise, et lui serai éternellement reconnaissant...
Wrob. pour La Plèbe.

vendredi 11 décembre 2015

Lieu d'aisance

Episode précédent : Traumatisée par la violence inouïe des rapports sociaux portée par des prolétaires fainéant ayant presque lynché ses collègues, Magdeleine, DRH d’un grand groupe, est subjuguée par un éveil spirituel la menant droit en cellule. Aujourd’hui, elle découvre la vraie nature de la démocratie représentative, en son symbole maculé : l’isoloir.

J’ai expliqué qu’une seconde porte de bois noir se trouvait à la tête de mon lit.
Je croyais en avoir terminé avec la visite de ma cellule, et j’étais revenue déposer ma lampe-de-chœur sur la table, quand je me souvins tout à coup de cette porte.
Elle était plus petite et plus basse que celle de l’entrée et fermait à l’aide d’un verrou rouillé.
Qu’y avait-il derrière ? Donnait-elle sur un couloir ? Permettait-elle de communiquer avec une autre cellule ? Je résolus d’en avoir le cœur net et poussai le verrou délibérément.

[…]

L'installation artistique nommée ”Oeuvre ensemble pour le climat"© est une invitation à un temps de réflexion et d'engagement dans des isoloirs de vote aux couleurs de l'arc en ciel. C'est aussi un temps d'immersion dans la couleur d'un isoloir de son choix, et un temps de création pour tous, de 9 à 99 ans.

J’avais à peine entre-bâillé la porte en question, qu’une odeur alcaline de fétidité ancienne parvenait à mes narines et me suffoquait littéralement. Je dus m’appuyer au chambranle pour ne pas choir de toute ma hauteur.
- Oh ! c’est épouvantable, fis-je avec consternation. Jamais je ne pourrai…
C’était épouvantable en effet. Quelque effort d’imagination que vous fassiez, vous n’arriverez point à imaginer cette odeur ni la répugnante indigence du dispositif d’où elle provenait.
Représentez-vous dans un placard étroit une espèce de récipient cylindrique en fer galvanisé nanti de deux anses. Un seau de toilette ? Si vous voulez, mais un seau de toilette sans rebords et sans couvercle. Vous m’entendez bien sans couvercle. La « tinette » des prisonniers a, m’a-t-on assuré, un couvercle. Ce raffinement est ignoré au Carmel, où par amour de Dieu, par esprit de sacrifice, on méconnaît volontairement les lois de l’hygiène la plus élémentaire.


Par terre, à même le carrelage, un paquet de gros papier gris : du papier d’emballage ni plus ni moins. Et pas d’eau naturellement. Rien pour atténuer l’horrible simplicité de cette installation. Je n’insisterai pas. Mais il faut tout de même que l’on sache encore ceci : le récipient est vidé seulement tous les trois jours – rendez-vous compte l’été – par une religieuse, professe ou novice, pour qui cette corvée constitue une pénitence. Rassurez-vous : il n’y a pas d’injustice : toutes les religieuses, même la Révérende Mère Supérieure, même la maîtresse des novices, même les plus anciennes qui sont membres du Chapitre, passent en moins de deux mois, à tour de rôle, par cette pénitence-là.
Avertie par un coup de cloche, l’habitante de la cellule tire l’objet hors du placard, le pousse ou le traîne jusque dans le couloir, puis elle referme sa porte. Peu après la sœur de corvée passe, enlève la chose sur un petit chariot, et l’emporte vers les communs. Il y a dans un coin du jardin une fosse…
Un quart d’heure plus tard, autre coup de cloche. Le récipient est rendu vide, mais non désinfecté : crésyl ni acide phénique, rien. On l’a rincé tout au plus avec un peu d’eau claire(*).

.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 


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J’avais remis précipitamment le verrou, et je m’étais sauvée à l’autre extrémité de la pièce, loin, le plus loin possible de ce placard qui devait rester ma principale hantise pendant la durée de mon séjour au Carmel.
L’effroyable odeur cependant me poursuivait. […]
Je devais vivre dix-huit mois dans cette atmosphère pestilentielle et subir du matin au soir ce supplice de l’odorat, un des plus raffinés qui soient, car si la rigueur de certaines souffrances s’émousse à la longue par l’effet de l’accoutumance, cette souffrance-là par contre ne diminue jamais d’intensité : elle est toujours aussi vive, aussi cruelle, elle se renouvelle sans cesse, maintenant le sens olfactif dans un état de perpétuelle rébellion qui finit par affecter durement le reste de l’organisme.
On a beau essayer de n’y plus penser, il semble que cette odeur dont les narines sont emplies, dont les vêtements sont imprégnés, dans laquelle l’on vit et l’on se meut, il semble que cette odeur qui vous accompagne partout se dégage de vous-même. Elle vous inflige à tout moment – et cela sans doute est-il calculé et voulu – comme un avant-goût de la putréfaction du tombeau.
Peyronnec Magdeleine / Marcy Jean-Benoit.- J'ai été Carmélite.


(*) NOTE D’UN DES AUTEURS. - Pour les lecteurs qui se refuseraient à ajouter foi à ce qui précède, pour ceux qui seraient tentés de croire que certains souvenirs de Mme Peyronnec ont été « enjolivés » ou arrangés dans on ne sait quel but de propagande antireligieuse, je préciserai que ce genre de mortifications est, avec quelques variantes, en honneur non seulement au Carmel mais dans d’autres ordres cloîtrés de femmes. Un fait encore récent le prouve, qui relève de la simple information et fut relaté en son temps par tous les journaux : l’accident survenu […] au couvent des Trappistines de Laval, et qui coûta la vie à trois malheureuses femmes. Cet après-midi-là, plusieurs religieuses avaient été désignées pour une pénitence insigne qui consistait à vider les cabinets à l’aide de vieilles casseroles. La fosse fut ouverte et une des sœurs y ayant placé une échelle, commençait à descendre lorsqu’elle tomba suffoquée par l’odeur. Une autre religieuse se précipita voulant la tirer de son épouvantable position, mais les émanations la foudroyèrent et elle tomba à son tour. Une troisième et une quatrième subirent le même sort. Prévenus par les tourières, les sapeurs-pompiers, des sauveteurs bénévoles, des médecins accoururent. On put dégager saine et sauve la dernière religieuse. On s’efforça de ranimer avec des ballons d’oxygène apportés en hâte, la troisième, qui avait été recueillie accrochée aux barreaux de l’échelle, mais tous les soins restèrent inutiles. Et ce ne fut qu’au prix d’efforts inouïs, après plusieurs heures de travail, qu’il fut possible de retirer les cadavres des deux premières. […]