Ô Peuple, nous t'aimons immensément :
N'es-tu donc pas la pauvre âme ignorante
En proie à tout ce qui sait et qui ment ?
N'es-tu donc pas l'immensité souffrante ?
La charité nous fait chercher tes maux,
La foi nous guide à travers tes ténèbres.
On t'a rendu semblable aux animaux,
Moins leur candeur, et plein d'instincts funèbres.
Paul Verlaine
Entre l'autruche et le footballeur, le rapprochement est [...] flagrant : la danse d'amour, par exemple, est presque la même. Exemple : mettons vingt-deux autruches dans le désert de Zobi. Donnons-leur une noix de coco. Aussitôt, les autruches se divisent en deux camps de onze et se mettent à courir comme des cons dans tous les sens pour pouvoir taper dans la noix de coco. Quand une autruche arrive à envoyer la noix de coco entre deux cactus, c'est le signe de l'amour. Les autruches commencent par sauter sur place puis elles se filent des grands coups d'ailes dans le dos et s'embrassent goulûment. L'instant d'après, c'est la copulation qui assurera la survie de l'espèce autruchienne. Les footballeurs font exactement la même chose, mais leur quotient intellectuel étant légèrement inférieur à celui de l'autruche, ils sont incapables de sortir leur sexe au moment de l'embrassade générale. Alors ils recommencent à taper dans le ballon, jusqu'à épuisement complet. C'est pourquoi les footballeurs ne se reproduisent pas, ils shootent : c'est la femme de l'équipe de France qui me l'a dit.
Il entra dans un café, commanda une absinthe. C'était le rendez-vous de ces peintres qui à ce moment-là épouvantaient le public. Ils étaient plusieurs, dans le fond, à discuter paisiblement autour d'une table. Il y en avait un grand, imposant, avec une barbe de fleuve ; un autre, roux, le nez tordu, le regard bizarre et perçant ; un autre encore, la figure presque cachée par les poils, coiffé d'une étrange casquette à rabat et un quatrième, avec une petite barbiche en pointe. Ces peintres avaient nom :
Pissarro.
Van Gogh.
Sans sa casquette : c'est Cézanne.
Un peu avant la barbichette en pointe... Signac.
Pour agrémenter notre lecture, j'invite le lecteur joueur à deviner le nom de ces artistes. Pour l'aider, je situe l'année de la scène : 1888, en plein boulangisme. Les œuvres des rapins d'alors valent aujourd'hui des sommes vertigineuses, puisque les marchands donnent des prix à ce qui n'en a pas.
[...]
Quelque temps plus tard, le quartier était en émoi... On démolissait la Reine Blanche ! La façade du vieux bal était maintenant dérobée aux regards des passants par des affiches vantant les pastilles Géraudel et la Saxoléïne, le meilleur pétrole pour les lampes.
Le café d'en face était tout remué. Pour le garçon, c'était une distraction offerte à ses soixante-dix ans...
Quant aux peintres, ils ne décoléraient pas. Le vieux Montmartre s'en allait car ils sentaient bien que cette transformation n'était que les prémices d'autres bouleversements et que les vieilles rues qu'ils aimaient longer et fixer sur leurs toiles, allaient disparaître, au profit d'immenses bâtisses impersonnelles.
[...]
Le seul bruit qu'avait fait le Moulin Rouge avait créé nombre d'imitateurs. La butte et ses approches devenaient le point de mire de tous ceux qui voulaient monter un spectacle.
C'était le ruée sur le moindre emplacement. Le prix du terrain montait en flèche. Les boîtes de nuit faisaient leur apparition. Un original, Maxime Lisbonne, ancien général de la Commune, qui revenait du bagne de Nouméa, amnistié par la récente mesure de grâce dont Rochefort lui-même avait bénéficié, venait de monter une sorte de cabaret qu'il appelait "Les Frites Révolutionnaires".
On pouvait s'y faire servir, suivant ses convictions, par un garçon costumé en Naopoléon III, en Louis-Philippe, en François Ier ou même en général Boulanger. Un groupe financier parlait même d'ouvrir rue de Clichy, un grand établissement qui aurait nom : Casino de Paris.
[...]
L'ancien communard Maxime Lisbonne
Ils repartirent vers Montmartre où Bruant venait d'ouvrir le Mirliton. Au moment où ils entrèrent, Bruant qui chantait, suivant son habitude, les mains dans les poches, s'arrêta. Il était de tradition quand un client arrivait, de l'accueillir par la scie habituelle :
Oh, là, là, c'te gueule C'te poire, c'te binette, Oh, là, là, c'te gueule qu'il a !...
Toute la salle se retournait, faisant chorus et le client ou le couple gêné se faufilait à sa place, tandis que Bruant leur décochait quelque épigramme. Quelquefois, le nouvel arrivant répliquait, faisant assaut d'esprit avec le chansonnier qui finissait toujours par avoir le dernier mot.
[...] Nini, confuse, s'assit sur son fauteuil et prit la main du prince qu'elle garda une seconde tandis que Bruant reprenait "Nini-peau-de-chien" :
A la Bastille, on aime bien Nini-peau-de-chien, Elle est si bonne et si gentille, On aime bien...
Et toute la salle demanda en coeur :
- Qui ça ?
Bruant termina :
- Nini-peau-de-chien ! [...]
Là-bas, à l'autre bout de la salle, deux musiciens avaient encadré Esther. Ils étaient revêtus de haillons voyants. La jeune fille portait une robe très simple. Ils personnifiaient un groupe de chanteurs des rues... La beauté et la jeunesse d'Esther ne souffraient aucunement ni de la lumière trop violente, ni de cette pauvreté voulue, bien au contraire.
Elle commença sa chanson... C'était une complainte de la rue, à la fois navrante et ironique :
En haut de la rue Saint-Vincent Un poète et une inconnue S'aimèrent l'espace d'un instant...
L'emprise d'Esther sur le public était certaine, l'émotion gagnait la salle... [...]
La lune trop blème Pose un diadème Sur ses cheveux roux...
[...]
Extraits de French Cancan d'André Sfer, d'après le film.
A propos de complètement autre chose (une homonymie), dans un commentaire de ce post, j'évoquais Eva Cassidy. Cela m'a remis en tête certaines des ses interprétations, et donné envie de les partager avec vous.
Cette chanteuse tout à fait honnête, de jazz, voir de pop (ou l'inverse, ça dépend des goûts), fait partie des étoiles filantes mortes vraiment trop jeunes, à trente-trois ans en l'occurrence, d'un mélanome. La particularité de son cas est qu'elle est restée peu connue de son vivant, mais eut un énorme succès après sa mort, aux States et en Angleterre (millions d'albums vendus, numéro un des classements...). Elle est passée inaperçue au pays de Xavier Niel et Vincent Bolloré. A ma connaissance, c'était surtout une interprète, qui savait choisir ses chansons.
Du Sting.
Du jazz, un méga-classique, composé par le tromboniste de Duke Ellington, Juan Tizol.
Un tube de Cindy Lauper, que Miles Davis avait repris dans un de ses albums qui font mal aux puristes, mais plaisir au gens simples comme moi.
Allez, un petit jazz encore (Irving Berlin), précédemment chanté par la grande Ella.
Pour finir une petite anecdote qui m'est arrivée aujourd'hui. Je suis emmené au travail par deux collègues, mère et fille, dans leur voiture, et je les en remercie. Ce matin, par hasard (un hasard absolu), la radio s'est arrêtée sur Fréquence Paris Pluriel, une radio associative plutôt sympa (en bon propagandiste, je leur déclare, tout surpris, que j'aime bien cette radio sans pub). Tous les ans, la maman chante une chansons de variété (l'an dernier du Calogero) à la petite galette des rois du boulot. Cette année, elle ne sait pas quoi chanter. A la radio : La Femme d'Hector chanté par Barbara. Je biche, d'autant qu'avant on avait eu du Nina Simone, mais crains le zapping excédé. La fille, en rigolant : "T'as qu'à chanter ça..." La mère : "Je répondrai même pas tellement c'est de la merde" (je cite de mémoire). C'est dingue comme on peut se sentir étranger parfois. Je ne connais pas les chanteurs dont elles parlent entre elles, qui ont, parait-il, un immense succès. Je ne sais pas non plus de quoi qu'elles causent quand elles citent à tout bout de champ TPMP (?). Mais on s'entend bien quand même.
Un patrimoine de l'humanité chanté par une merveille du monde. "De la merde" pour nos pauvres soeurs et frères de classe rééduqués par le télécran.
Ben oui, parce que le monde de science fiction que reflétait l'histoire de ce film à ma première vision, est quasiment devenu réalité aujourd'hui. Sauf pour les jubilatoires matraques vomitives, armes à létalité réduite que nos Bauer n'ont pas encore prescrites à nos Valls / Cazeneuve / Urvoas. Qu'attendons nous bon sang ! Ca ferait d'un chic sur nos migrants calaisiens !
Plus sérieusement, ce film, que j'avais déjà loué à un distributeur du temps où ça existait, et malgré que ce soit un blockbuster, commercial et mainstream, m'a de nouveau captivé et tenu en haleine d'un bout à l'autre. Spielberg connait son métier... Et Dick aussi, bien sûr. Je n'en ai lu aucun, faut que je m'y mette, en commençant par cette documentation d'un fan dont ce blog est l'ami, ici et là. J'ai cru comprendre qu'il y a eu un remake du film, je ne vois pas l'intérêt. On est bien dans la Kulturindustrie, on reprend les vieux trucs, et on les répète, en adaptant vaguement la forme au goût du jour, et on recommence, encore et encore...
Confronté aux catégories qu’on nous sert à longueur de médias, certaines à prétentions scientifiques (portées par des économistes, des sociologues, des politologues, des géographes, des historiens, des géopoliticiens, des statisticiens, etc. etc….), toutes à prétention rationnelle et logique, je me pose des questions épistémologiques. Mais ces catégories spectaculaires, semblant être la manifestation directe de structures non définies préalablement, ou en tout cas biaisées, ont un effet stérilisant pour une recherche-action critique, ce qui est plutôt bath, ras-le-bol de la critique, qu'on nous laisse en paix sucer le lait concentré sucré numérique ! Ne cherchons plus à comprendre pourquoi ou comment ce monde est invivable en tentant d'élaborer une théorie explicite. Contentons-nous de taxinomier, de classifier, comme la presse libre d'expression sait si bien le faire. Dire que les éléments de l'ensemble social peuvent être classés, c'est formuler sur ces éléments l'hypothèse la plus faible qui soit, et là se situe la part des humains puisque la complexité, il y a des ordinateurs pour ça. Des catalogues donc, des inventaires, avec des affects liés aux éléments qui les constituent. Ainsi et entre autres des catégories distinctives, opposées ou mises en regard suivantes, même si pour certaines, quand une majorité d’éléments de l’une opprime ou discrimine une majorité d’éléments de l’autre, elles pourraient retrouver une certaine pertinence dangereuse si elles venaient à tomber entre des mains trop malines pour leur bien si tant est que des mains puissent être malines (ces catégories seront associées à un astérisque) :
citoyen / casseur, usager / gréviste, antibloqueurs / preneurs d'otage, braves gens / racailles, terroriste / non terroriste / anti-terroriste*, travailleur / chômeur / SDF / rom / sans papier, public / privé, allemand / français / grec / algérien / suisse / tunisien / malien / chinois..., noir* / blanc* / arabe* / rouge, homme* / femme*, ville / campagne, juif / chrétien / musulman / athée / bouddhiste, capitalisme financier / productif / d'Etat / économies alternatives / libéral / régulateur...
Dès lors, me passionnant plutôt pour les sciences naturelles que sociales, je suis en train de rédiger une thèse impliquant la refonte totale des classifications d'icelles, en m'inspirant un peu (je suis old school que voulez-vous) de ce qui se faisait avant Linné. Ainsi, je pense tenir quelque chose qui pourra faire date dans le champ de la connaissance pré-transhumaine, la classification du monde animal selon ce premier critère : ceux qui se grattent / ceux qui ne se grattent pas. Voici donc les résultats de mes balbutiements de recherche concernant la première catégorie :
Le kangourou se gratte (les noms pourront être changés selon les résultats ultérieurs de mes recherches).
Le chat se gratte.
Gare à celui-là ! Il se gratte aussi !
Eh oui ! Le dada se gratte également !
Désolé pour le flou, j'ai eu du mal à surprendre un spécimen. Le chien a ainsi échappé de peu à la deuxième catégorie, celle des animaux qui ne se grattent pas.
L'espèce de vache à grande corne là, se gratte.
Gratouille ! gratouille ! Cha fait du bien cha !
Bon,l'avorton pré-transhumain se gratte encore, nous sommes bien forcés d'en convenir.
Un chagrin, je constate que tous mes specimens recouvrent l'ancienne catégorie des mammifères. Aussi j'invite mes nombreux lecteurs, aussi passionnés qu'érudits, à me fournir s'il en existe des exemples d'oiseaux se grattant, ce ne devrait pas être difficile. De reptiles. Plus ardu, de poissons se grattant. De crustacés, mollusques. Je paye un artichaut frit à l'huile d'olive à celui qui me trouve insectes, acariens, amibes, paramécies, protozoaires, virus, bactéries soulageant leurs démangeaisons par frottement.
De Nicolas Mc Yavell, conseiller spécial de l'Elysée, à propos de la manière pour Hollande de conserver le pouvoir (RMC, 23/3) : "Je conclus donc que le président ne doit pas avoir grand-peur des conjurations, pourvu que le peuple lui soit ami ;
mais s'il ne l'aime point et qu'il l'ait en haine, il doit craindre de chacun et de toutes occasions.
Aussi les Etats bien gouvernés et les présidents sages ont toujours mis tous leurs soins à ne point faire tomber les grands dans le désespoir
et à satisfaire le peuple et le rendre content,
car c'est une des plus importantes affaires qu'ait le président." Avec un tel conseiller, on comprend mieux que Hollande soit bon prince !