Affichage des articles dont le libellé est Macron. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Macron. Afficher tous les articles

vendredi 23 mars 2018

D'un 22 mars l'autre

Un ami picard m'envoie cette esquisse. Je publie volontiers.

1968 – Macronomie et Nécromancie - 2018

    « Macron avait annoncé la nécessité d’une célébration officielle de « Mai 68 » ? Il ne faut pas s’en étonner, car certain gauchisme est soluble dans le libéralisme, qui se nourrit comme matière première, du flou et de la laxité de l’informalité des réseaux. Ce qui n’a rien à voir avec l’aspiration libertaire, sociale et sociétale, à sa structure fédérale et à ses principes de base. Le « libéral-libertaire », Cohn Bendit, a soutenu Macron pendant la campagne électorale. Une « révolution Macron », qui par ses législations fiscales sur le capital mobilier et immobilier, s’en prend à cette vieille bourgeoisie, héritière et patrimoniale, qui lorsqu’elle était encore aux commandes, était la cible des « soixante-huitards ». Une vieille bourgeoisie qui n’est plus guère défendue que par « Valeurs actuelles » et Laurent Wauquiez !! Macron le banquier de haut niveau, s’apprête à les « plumer », et à donner leurs places et valeurs à ses amis, en ce sens il veut faire croire politiquement que c’est lui qui mène la « révolution » ! A ce titre, il se pourrait bien que Macron soit aussi l’un des héritiers de l’après « mai 68 », mais surtout du « négatif de l’après mai 68 ».


    « Nicolas Sarkozy, président de la république, voulait détruire jusqu’au souvenir de Mai 68 (et de ses suites), une prétention risible, mais sans doute empreinte de la lucidité sur le caractère subversif inaliénable de cette période ! Prétention stupide, mais qui aurait laissé « 68 » dans le camp des spectres subversifs qui auraient continué de hanter le monde. Emmanuel Macron, président, veut faire mieux, il veut neutraliser « 68 » en le mettant sous cloche de verre ! Il veut momifier « 68 » et le mettre au musée ! Et prétendre éviter ainsi que ses aspects inaliénablement subversifs ne continuent de hanter le monde ! Daniel Cohn Bendit, ex Dany-le-Rouge, qui a soutenu Macron pendant sa campagne électorale, avait déclaré qu’aujourd’hui « il fallait être à la fois pour et contre Macron ». Cela nous renvoie à cette nébuleuse idéologique dangereuse que l’on évoque sous le nom ambivalent de « libéral-libertaire ».


    « Le « négatif de 68 », a toujours par la perversion qu’il portait en son sein, représenté une perversion camouflée derrière une « subversion fallacieuse ». Comme un enfer toujours pavé des meilleures intention. Cette faille perverse, dans un édifice idéologique tout entier, qui a occupé le devant de la scène pendant quelques décennies, a rapidement été repéré par des intellectuels de la droite réactionnaire, qui ont su appuyer là où cela faisait mal, permettant aussi à l’extrême droite idéologique de reconstruire son édifice.


    Sans bien sur, que l’édifice intellectuel gauchisant soit en mesure d’y répondre, faute d’avoir compris à temps les failles de ses rouages et de son analyse. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire, en ces temps de chaos et donc de refondation d’étoiles dansantes, rien ne doit échapper à la subtilité d’une critique profonde et radicale, d’une libre pensée active et révolutionnaire. Cela inclut la critique radicale, qu’il ne faut laisser à aucun prix à la droite extrême et réactionnaire, de l’édifice gauchisant construit sur le « négatif de 68 » et ses failles totalitaires et perverses. Passage obligé à la refondation d’un authentique mouvement mondial et solidaire, fondé sincèrement sur la volonté de résoudre conjointement, face au capitalisme et aux Etats, les questions sociales, sociétales et éco-systémiques. »

    « Liberal-libertaire » Kesaco ? Marier les termes « libéral » et « libertaire » est aussi monstrueux et dangereux politiquement, que de lier « national » et « socialisme ». Si le nationalisme a perverti l’aspiration socialiste historique, dans le « national-socialisme », le socialisme n’a nullement subverti le nationalisme, il ne lui a servi que de vitrine sociale pour attirer à lui, en toute démagogie, les masses exploitées dans la misère. De la même manière, la dimension libérale (au sens économique du terme), pervertit l’aspiration libertaire qui lui est accolée. Cette aspiration libertaire, ne subvertit nullement la dimension libérale qui la digère comme il se doit ! Cette caution du terme « libertaire », s’exerce exclusivement sur son aspect d’émancipation sociétale, mais une émancipation sociétale qui ne trouve comme seul débouché, que celui du marché consumériste, lui même d’essence « libérale » et fortement impliqué dans l’inégalité et l’injustice sociale. Dans le mariage « libéral-libertaire », le terme « libertaire » se retrouve totalement amputé de sa dimension d’aspiration à la justice sociale, qui fut la raison première de sa révolte et de ses fondations. La notion de dimension « libérale-libertaire » est une monstruosité, et l’on ne peut que chercher à séparer ces deux concepts. Les séparer pour les opposer autour de l’axe de la liberté sociétale, et sur la base, d’un côté, de l’injustice sociale liée au libéralisme, et de l’autre, de la justice sociale comme aspiration libertaire fondamentale ! C’est d’ailleurs, ce qui doit arriver, ce qui va arriver. Par delà les relents bruyants des gauches finissantes dont on ne perçoit que les râles d’agonie, le futur antérieur tend mondialement à opposer non plus cette vieille idée de « droite contre gauche », mais le libéralisme économique comme mécanique politique d’un capitalisme débridé se cherchant grâce à la force des Etats des débouchés d’avenir, contre l’aspiration libertaire qui sait combiner et articuler liberté, égalité et solidarité, justice sociale et justice sociétale. »


    « Or, nous savons désormais que l’expansion technologique est parvenue historiquement à un tel développement, que « Si l’énergie dépensée aujourd’hui par le parc de machines dans le monde l’était par des êtres humains, on estime que la terre serait peuplée de l’équivalent de 30 000 milliards de travailleurs » (p. 112) Pierre-Yves Gomez, Intelligence du travail, Desclée de Brouwer, 2016, 184 p. Cet auteur, économiste chrétien n’est pas suspect d’être un « dangereux » révolutionnaire gauchiste ! »

    « Par ailleurs l’usage sans discernement, le gaspillage même, de l’énergie nécessaire à cette formidable productivité, menace l’équilibre climatique de la planète, c’est à dire celui qui a vu se produire l’avènement de l’humanité tel que nous la connaissons depuis 10 000 ans, avec le néolithique puis l’histoire écrite. »


    « Le 22 Janvier 2018, les analyses de l’ONG Oxfam démontrent dans son rapport "Récompenser le travail, pas la richesse" portant sur l’année 2017, que les inégalités ont continuées à se creuser à tel point que « 82% de la richesse créée en 2017 dans le monde a terminé entre les mains du 1% le plus riche de la population de la planète ». Et qu’à l'inverse, « 50% de la population mondiale n'a pas touché le moindre bénéfice de la croissance mondiale ».


    « En ce début de XXIème siècle, le caractère absurde, injustifiable et illégitime du fait qu’une minorité tienne les commandes, les rouages, les profits (à son bénéfice premier) du processus économique apparaît évident. Car dans ces conditions historiques de capacités productives, il devrait être question du partage généralisé à toute l’humanité de ce patrimoine historique qui devra relever du domaine commun et à l’usage de tous. Un processus qui se doit d’être contrôlé par toute l’humanité, sur la base de ses besoins, des capacités productives et distributives, et à la lumière des évaluations scientifiques, afin de veiller sur tout ce qui pourrait impacter la modification climatique de cause humaine, c’est à dire sur notre cadre de vie planétaire. » « Combien d’offres d’emplois restent non pourvues ? Entre 300 000 et 500 000, il s’agit pour la plupart d’entre eux d’emplois précaires de services, de livraison, de restauration. A côté de cela, il y a près de 6 Millions de chômeurs, sans compter les radiés du chômage et les très nombreux allocataires du RSA sortis des dispositifs de comptage du chômage ! »

    « Quand on sait que d’ici 2025, - dans les 7 ans qui viennent -, 250 Millions d’emploi vont disparaître dans le monde, par la robotisation et ses profits ! »


    « Nous avons à portée de main, sur cette terre en 2018, tous les outils et connaissances, pour partager les richesses et assurer la satisfaction des besoins fondamentaux de tous, tout en utilisant cette force de production, d’idées et de connaissances scientifique, pour appliquer un programme réel de protection des espèces, et de l’équilibre climatique qui nous a vu nous développer. »

    « Abolir la misère matérielle d’une part et stopper la destruction des derniers espaces naturels et de leurs habitats et habitants, qui représentent notre seule ressource au besoin généralisé de la préservation de notre équilibre climatique, celui qui a vu l’humanité commencer à se démultiplier il y a seulement 10 000 ans, d'autre part ! Ces deux tâches, ces deux objectifs fondamentaux, qui relient le local au mondial-global, sont à mener conjointement et en interaction, car il ne peut y avoir de réussite viable par la séparation de ces deux objectifs d’intérêt public mondial. »


    « C’est donc à nous toutes et tous, de nous organiser, de définir nos besoins sociaux, et d’en fixer le prix, afin que, d’une façon ou d’une autre, au coeur de ce monde capitaliste en mutation technologique, nous puissions arracher collectivement à la plus-value du capital ce dont nous avons besoin ! »


    « Quel humanisme pour le XXIème siècle ? Un humanisme non béat qui doit inclure le fait potentiel que « l’horreur est humaine », et qui se positionne dans une position antireligieuse dans ses actes et options, c’est à dire anti-patriarcale, antiraciste et anti-anthropocentriste, et de fait anticapitaliste et anti-étatiste. »

    « Le travail collectif, à l’échelle de la planète, n’a pour seul but que la satisfaction des besoins fondamentaux et communs de tout un chacun-e, partout dans le monde ! Mais aussi la prise en compte des besoins singuliers, durables ou momentanés, liés aux handicaps et/ou aux pathologies transcendantales et traumatiques. »

vendredi 27 octobre 2017

Inversion des normes

   Ordonnances El Khomri, Loi Valls, 49-3 macronien... Que d'informations, que de confusion. Autant dire que pour un non spécialiste, il n'est pas facile de s'y retrouver. Ces réformes créeront-elles de l'emploi ? Et qu'en est-il du bien être de tous les collaborateurs.

    Aujourd'hui La Plèbe se penche sur le concept d'inversion de la hiérarchie des normes. Les droits des salariés (ceux qui ne pourraient pas survivre sans quotidiennement se vendre aux détenteurs du capital) était jusqu'à présent, suite au compromis issu de toutes les luttes ouvrières du XXème siècle, cristallisé dans des normes générales, protégeant tous les prolétaires. Assez sclérosant, vous ne trouvez pas.

    Grâce aux réformes, c'est au sein de chaque entreprise que les collaborateurs décideront, démocratiquement, de leurs droits et devoirs. Puis, ils se rattraperont aux branches.

    Edouard-Sigismond Betta, l'un de nos grands reporters, a infiltré une start-up en tant que tâcheron de base, pour nous rapporter, concrètement ce que cela signifie, au fond. Pédagogie, professionnalisme. Il nous narre ici le cas de Joseph Pamphile*, qui eu la mauvais idée d'être membre du CHSCT avant sa suppression et son remplacement par le nouveau machin. D'où la menace de licenciement qui a pesé sur sa tête au lendemain de la restauration macroniste, il faut dire qu'il l'avait un peu cherché. Le referendum d'entreprise posant la question : "souhaitez-vous maintenir notre collaboration et donc accepter une rémunération au mérite et sous la forme que jugera bon de lui donner votre manager ?" ayant remporté un oui massif, et Joseph Pamphile n'ayant pas d'économies pour payer son loyer plus d'un mois ou deux, il a bien fallu qu'il donne la preuve de sa nouvelle loyauté à l'entreprise. On le trouve ici, au moment de solliciter sa rémunération mensuelle, mis au défi par son nouveau manager, Emmanuel Lebreton*.

    La Plèbe, Hâte, déjà va..., reportage.

* Les noms et prénoms ont été changés.


Dans la boîte, on le détestait et on le craignait. Le père Pamphile n'ignorait aucun de ces détails. Mais il en avait vu d'autres, plus terrible que ce Lebreton, qui s'étaient adoucis à sa parole. Il avait même observé que les plus féroces, en apparence, se montraient souvent, soit par orgueil, soit par boutade, les plus généreux. Au risque d’un refus injurieux - ce qui ne comptait déjà plus pour lui - il franchit la porte et se présenta dans le bureau.
   - Qu’est-ce qui m’a foutu un sale fainéant comme ça ? s’écria Lebreton… Eh bien ! vous avez du toupet de venir traîner vos sales pieds dans mon bureau !… Qu’est-ce que vous voulez ?
    Le pauvre employé s’humiliait. Effaçant ses épaules, presque suppliant :
   - Bon monsieur Lebreton, balbutia-t-il… je… Il fut aussitôt interrompu par un juron.
   - Pas de simagrées, hein ?… Qu’est-ce que vous voulez ?… C’est de l’argent que vous voulez, de l’argent, hein ! sale mendiant !… Attends, je vais t’en foutre, moi, de l’argent !
   Le misérable allait le pousser à la porte, quand, se ravisant, à l’idée de se divertir aux dépens du gestionnaire, il reprit d’un ton goguenard :
   - Écoute, mon vieux bon à rien… Je veux bien t’en donner, de l’argent… mais à une condition : c’est que tu viendras le prendre là où je le mettrai… Et je parie que tu n’y viendras pas !
   - Je parie que si ! fit le père Pamphile d’une voix ferme et grave.
   - Eh bien, mâtin !… nous allons voir ça !… D’abord, fais-moi le plaisir d’aller au fond du bureau ; mets-toi, à quatre pattes, comme un chien, ton sale museau en face de cette fenêtre… et attends.


   Tandis que le collaborateur obéissait tristement, Lebreton se dirigea vers la fenêtre, mettant toute la longueur de la salle entre sa victime et lui. Il retira de sa poche quelques billets qu’il déposa sur le plancher, fit tomber sa culotte, s’agenouilla, et troussant sa chemise, d’un geste ignoble :
   - Je parie que tu n’y viendras pas, grand lâche ! cria-t-il.
   Le père Pamphile avait pâli. Le cou tendu, le dos arqué, les yeux stupides, en arrêt sur cette offensante chair étalée, il hésitait. Pourtant, d’une voix redevenue tremblante, d’une voix où passait le gémissement d’un sanglot, il répondit :
   - Je parie que si.
   Alors, Lebreton ricana, prit une billet de vingt euros, le plia en huit, le roula comme une cigarette et l’inséra dans la fente de ses fesses rapprochées.
   - Eh bien ! viens y donc ! dit-il. Et tu sais, pas avec les mains… avec les dents, nom de Dieu ! Le père Pamphile s’ébranla, mais tout son corps frissonnait ; une faiblesse ployait ses jarrets, amollissait ses bras. Il avançait lentement, avec des balancements d’ours.
   - Allons, viens-tu ! grommela Lebreton, qui s’impatientait… Je m’enrhume.
   Deux fois, il tomba, et deux fois il se releva. Enfin, il se raidit dans un dernier effort, colla sa face contre le derrière de l’homme, et, fouillant, de son nez, les fesses qui se contractaient, il happa le billet d’un coup de dent.
   - Bougre de saligaud ! hurla Lebreton qui se retourna et vit le billet sur les lèvres du moine… Eh bien ! mâtin… il faut que tous y passent ! il faut que j’en claque, ou que tu en claques !… Allons, à ta place !
   Dix fois, le Père Pamphile subit ce hideux supplice. Ce fut le manager, qui, le premier, y mit un terme. Il se releva, la figure très rouge, grognant :
   - En voilà assez !… Mais il m’avalerait tout mon argent, ce salaud de moins que rien-là !
   Malgré la colère où il était d’avoir perdu dix beaux billets, il ne put maîtriser son admiration ; et il tapa sur le ventre du partenaire.
   - Tu es un rude saligaud, conclut-il… C’est égal, tu es un bougre tout de même… Nous allons trinquer.
   Le père Pamphile refusa d’un geste doux, salua et sortit.



   Dans un prochain article, La Plèbe éclairera pour vous les passionnantes notions de CHSCT et de tribunal des prudhommes, afin de vous voir compléter votre petit recueil de fiches techniques juridique "La Plèbe".

   Il n'y a pas de quoi, non, vraiment, vous nous faites rougir.

vendredi 13 octobre 2017

34e Congrès HR : reportage.


   Comme vous le savez si vous êtes bien informés, les DRH de nos belles entreprises de France, et de notre belle entreprise France dirais-je si j'osais, se sont réunis en congrès ces deux derniers jours dans un restaurant de luxe du bois de Boulogne, le Pré Catelan, afin de peaufiner leurs connaissances grâce au partage, dans une franche ambiance de camaraderie de bon augure. Depuis qu'Emmanuel Macron, apôtre de la réalisation des principes vertueux de la République par les moyens n'ayant plus à faire leurs preuves des meilleures de nos entreprises, mères nourricières de la nation, la sainte Egalité inscrite au fronton des bâtiments de nos augustes institutions n'est plus un vain mot. C'est dans la continuité de cette mission que nos bons directeurs se réunissent.

   La Plèbe, et vous vous en doutez, n'est pas à la traîne de cet évènement. Il a infiltré un de ses envoyés spéciaux dans la place, Jean-Bernard Varlin, grimé en loufiat. Ce collaborateur (soyons innovants et progressistes, nous aussi !) nous a rapporté les propos d'un des participants de l'atelier "Concilier vie professionnelle et professionnelle dans la nouvelle ère collaborationniste" du congrès, réunie dans un des salons du Relais et Chateaux, qui a vu certains des représentants de nos plus prestigieuses start-ups, accueillir leurs collaborateurs prestataires, auto-entrepreneurs, intermittents, ou personnes en service civil (dont certains, même, venus en famille...), pour traiter en toute confraternité - le contrat léonin, la relation de subordination, la hiérarchie est désormais obsolète dans ce que nous pourrions appeler le socialisme libéral de notre jupiterien mentor - des affaires courantes gagnant-gagnant. L'un de ces collaborateurs se présente pour négocier le tarif des prestations qu'il propose...

   Place au journalisme ! Jean-Daniel, nous lisons avec avidité la relation que nous fait de cet atelier votre aimable informateur !


   "Nous trinquâmes à sa santé sur le comptoir au milieu des collaborateurs auto-entrepreneurs qui en bavaient d’envie. Les collaborateurs c’étaient des ex-salariés assez délurés pour oser s’approcher de nous les DRH, une sélection en somme. Les autres puent-la-sueur, moins dessalés, préféraient demeurer à distance. L’instinct. Mais les plus dégourdis, les plus contaminés, devenaient des managers d’intérimaires. Dans les boîtes, on les reconnaissait les managers anciens prolos à ce qu’ils engueulaient passionnément les autres collaborateurs. Un collègue en costume Jonas et Cie achetait des prestations de courses en ville, à vélo, en scooter, en voitures. 

   Comme nous étions là, jamais las de l’entendre, une famille de coursier, timide, vient se figer sur le seuil de la porte. Le père en avant des autres, ridé, affublé d'un petit gilet jaune, son gros casque à bout de bras. 

   Il n'osait pas entrer le sauvage. Un des managers de prestataires l'invitait pourtant : « Viens, bougnoule ! Viens voir ici ! Nous y a pas bouffer prolos ! » Ce langage finit par les décider. Ils pénétrèrent dans la cagna cuisante au fond de laquelle tempêtait notre homme au costume « Jonas et Cie ». 

   Ce tâcheron n'avait encore, semblait-il, jamais vu de grand restaurant, ni de DRH peut-être. Sa femme le suivait, yeux baissés, tenant dans ses mains, tremblantes, l’épais relevé de courses impayées. 

   D'autorité les managers recruteurs s'en saisirent de son relevé pour évaluer le contenu sur la balance de l'offre et de la demande. Le trimeur ne comprenait pas plus le truc de la balance que le reste. La femme n'osait toujours pas relever la tête. Les autres überisés de la famille les attendaient dehors, avec les yeux bien écarquillés. On les fit entrer aussi, enfants compris et tous, pour qu'ils ne perdent rien du spectacle. 

   C’était la première fois qu’ils venaient comme ça tous ensembles de banlieue, vers les cols-blancs en ville. Ils avaient dû s’y mettre depuis bien longtemps les uns et les autres pour effectuer toutes ces courses. Alors forcément le résultat les intéressait tous. C’est long les allers-tours en mobylettes, dans les petits goulets entre les bus et les camions. Souvent, on n’en a pas un petit SMIC en deux mois. 

   Evaluation faite, notre cadre entraîna le père, éberlué, derrière son comptoir et avec un crayon lui fit son compte et puis lui enferma dans le creux de la main quelques pièces en argent. Et puis : « Va-t'en! qu'il lui a dit comme ça. C'est ton compte !... » 

   Tous les petits amis start-upers s'en tordaient de rigolade, tellement il avait bien mené son business. Le pauvre restait planté penaud devant le comptoir avec son petit pantalon de survêtement orange sur les fesses. 

   « Toi, y a pas savoir argent ? Sauvage alors ? que l'interpelle pour le réveiller l'un de nos managers, débrouillard, habitué et bien dressé sans doute à ces transactions péremptoires . Toi y en a pas parler « francé » dis ? Toi y en a gorille encore hein ?... Toi y en a parler quoi hein ? Kous Kous ? Verlan ? Toi y en a couillon ! Banlieusard ! Plein couillon ! 

   Mais il restait devant nous le prolo, la main refermée sur les pièces. Il se serait bien sauvé, s'il avait osé, mais il n'osait pas. 

   « Toi y en a acheter alors quoi avec ton pognon ? intervint le cadre opportunément. J'en ai pas vu un aussi con que lui tout de même depuis bien longtemps, voulut-il bien remarquer. Il doit venir de loin celui-là ! Qu'est-ce que tu veux ? Donne-moi le ton pognon ! » 

   Il lui reprit l'argent d'autorité et à la place des pièces lui chiffonna dans le creux de la main un grand mouchoir très vert qu'il avait été cueillir finement dans une cachette du comptoir. 

   Le père pue-la-sueur hésitait à s'en aller avec ce mouchoir. Le cadre fit alors mieux encore. Il connaissait décidément tous les trucs du commerce équitable. Agitant devant les yeux d'un des tous petits pauvres enfants, le grand morceau vert d'étamine : « Tu le trouves pas beau, toi, dis morpion ? T'en as souvent vu comme ça, dis ma mignonne, dis ma petite charogne, dis mon petit boudin, des mouchoirs ? » Et il le lui noua autour du cou, d'autorité, question de l'habiller. 

   La famille de collaborateurs précaires contemplait à présent le petit orné de cette grande chose en cotonnade verte... Il n'y avait plus rien à faire puisque le mouchoir venait d'entrer dans la famille. Il n'y avait plus qu'à l'accepter, le prendre et s'en aller." 


mercredi 7 septembre 2016

Démission, piège à cons

Les têtes de gondoles de l'oligarchie semblent ignorer qu'il n'y aura pas d'élections présidentielles, et elles commencent à fourbir leurs armes, leurs crocs et leurs sourires colgate, afin d'être les premiers à servir papa Patron. Début de campagne, reportage.

  Sans doute le méfiant Tibère avait-il déjà commencé à se douter qu'il y avait anguille sous roche quand sa belle sœur Antonia (la mère de Germanicus), elle-même alertée par un serviteur de Séjan, l'avertit que celui-ci, grisé par ses succès, projetait de le renverser.
  Il n'était que temps de réagir ! Le Préfet du Prétoire avait déjà acquis une telle puissance qu'il était désormais quasi impossible de le renverser par voies légales. Il fallait ruser, opposer à Séjan un Séjan et demi.


  Ce coquin, pire encore que le tout-puissant Préfet du Prétoire, s'appelait Macron (Nævius Sertorius Macro), un officier ambitieux. Tibère le convoqua à Capri, lui donna des instructions secrètes, puis le renvoya à Rome porteur d'une lettre adressée au Sénat. Dès le lendemain (18 octobre 31) Macron réunit les Sénateurs en séance extraordinaire pour leur lire le message impérial, une lettre incroyablement longue et tarabiscotée.


  Séjan, assis au premier rang, écoutait sans méfiance cet écheveau de billevesées. Lui, il croyait naïvement que Tibère allait lui accorder la puissance tribunitienne qui ferait de lui le deuxième personnage de l'Empire. Cette interminable prose, sentencieuse et emphatique, n'était destinée qu'à faire "durer le suspens".
  Séjan se trompait lourdement ! La signification complète du message ne se révéla qu'à la dernière phrase : le Préfet du Prétoire était accusé de haute trahison et Tibère ordonnait son arrestation immédiate.
  Comme un seul homme, les Sénateurs votèrent la déchéance, la mort et l'exécution immédiate de Séjan et de ses enfants.


  L'historien Suétone (qui n'en rate pas une dès qu'il s'agit de narrer des horreurs) prétend que le bourreau, chargé d'exécuter la plus jeune des filles du Préfet déchu, ressentit comme l'ombre d'un scrupule légaliste : la loi romaine n'interdisait-elle pas d'exécuter les jeunes filles vierges ? Le "bonhomme" résolut l'épineux problème à sa façon : Il viola la fillette avant de la tuer !

Extrait de l'excellent blog belge Empereurs romains.

mardi 17 mars 2015

Jouons un peu avec les filous !

"Un voleur est un homme rare ; la nature l'a conçu en enfant gâté ; elle a rassemblé sur lui toutes sortes de perfections : un sang-froid imperturbable, une audace à toute épreuve, l'art de saisir l'occasion, si rapide et si lente, la prestesse, le courage, une bonne constitution, des yeux perçants, des mains agiles, une physionomie heureuse et mobile, tous ces avantages ne sont rien pour le voleur, et forment cependant déjà la somme de talents, d'un Annibal, d'un Catilina, d'un Marius, d'un César."

Chers ! Comme vous le constatez, sur ce blog, il va y avoir pleins de jeux ! Ouais ! Le tout sans emprunter d'hélicoptère : profitez-en !

Donc qui a écrit le petit paragraphe là-haut ? Deux tickets de RER pour aller se promener en forêt les 22 et 29 mars pour l'heureux gagnant ! N'utilisez pas Google ou assimilé, c'est trop facile :

- Georges Darien ?



- Donald Westlake ?



- Maurice Leblanc ?



- Honoré de Balzac ?



- Pierre-Joseph Proudhon ?



- Pierre Souvestre et Marcel Allain ?



Voilà, et après le divertissement, à l'ouvrage :

- demain ;

- jeudi ;

- samedi.