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vendredi 10 février 2023

Fourier est en deuil.

Moi, Charles Fourier, m'associe aux membres du département de philosophie de l'Université Paris 8 de Saint-Denis afin de vous faire part du décès de René Schérer, survenu le 1er février 2023, et vous partage ce message rédigé par ses collègues Stéphane Douailler et Emmanuel Pehau.


Le département de philosophie de l’Université Paris 8 a la tristesse d’annoncer le décès de René Schérer survenu le 1erfévrier 2023. Un moment de recueillement à la chambre funéraire de Châtillon a réuni hier ses proches, collègues et ami.es, avant que son corps ne rejoigne la ville de Tulle où il sera inhumé dans un caveau familial.

René Schérer appartenait à la génération fondatrice à la fois de notre université (à travers le Centre Expérimental de Vincennes, dont il occupa souvent les bâtiments administratifs sans jamais y siéger) et de notre département (où il enseigna dès le premier semestre). Entré pour enseigner (bientôt par les actes autant que par la parole) la "critique de l'idéologie pédagogique", il devint un réformateur autant qu'un agitateur de l'institution en fondant, avec Châtelet, Deleuze et Lyotard l'Institut Polytechnique de Philosophie (qui permit de délivrer des diplômes de valeur, en particulier à la population étudiante d'origine étrangère, dans un département alors privé d'habilitation nationale), avant de reprendre, après la mort de son camarade de tous les combats, François Châtelet, la reconstruction et la réhabilitation du cursus de philosophie. Il sera le premier responsable, du milieu des années 1980 au début des années 1990, de la formation doctorale en philosophie, d'abord seul puis, après sa retraite, comme conseiller de son complice en phénoménologie Arion Kelkel.

S’il fut l’un des premiers à rejoindre le Centre expérimental de Vincennes, il fut peut-être aussi celui qui honora jusque dans l’âge le plus avancé la mission d’enseignement et de recherche qu’il avait alors acceptée. Ce n’est qu’après 2018, alors qu’il voyait arriver le moment de devenir centenaire, qu’il mit fin à son célèbre séminaire. Lorsque le jeudi soir René Schérer, entouré de quelques étudiant.es, arrivait au département de philosophie, quelque chose comme une autre temporalité sensible s’installait. Se faisant entendre depuis un espace circonscrit imposé par la relative surdité de René, une voix d’une tonalité très particulière s’élevait, instituait une scène inimitable d’écoute et d’échange, agrégeait autour d’elle comme autour d’un colombarium qui aurait été conçu pour donner leur envol à des idées philosophiques inouïes.

René Schérer laisse une œuvre importante composée de près d’une trentaine de livres publiés en nom propre ou en collaboration entre 1961 et 2017, qui l’aura mené d’un travail de présentation et de traduction de la phénoménologie husserlienne comprenant notamment la mise à la disposition du public français des quatre volumes des Recherches Logiques de Husserl vers l’analyse philosophique de la communication prise pour sujet de sa thèse, avant que l’impact des événements de 1968 sur les tâches, méthodes et horizons qui s’ouvraient au travail philosophique ne l’oriente vers un long et personnel chemin de réflexion, où, s’aidant de Charles Fourier, Gabriel Tarde et Gilles Deleuze, il ne cessera de remettre sur le chantier la question du mode de fabrication des sujets humains et des rapports que crée et autorise entre eux une civilisation qui se laisse régulièrement convaincre de s’en tenir aux schémas de compréhension qu’elle a déjà plaqués sur le miroitement infini de la vie. Accordant une attention exceptionnelle aux possibles dont le désir multiforme de « changer de vie et de société » d’après 1968 ne cessa de produire des images variées, il se reconnut dans la tâche d’entreprendre l’édification d’un imaginaire rigoureux dans lequel l’homosexualité, admise à prendre le rôle et la fonction de donnée immédiate de la conscience, apprendrait à impulser un examen de grande ampleur critique, utopique, poétique des catégories et constructions des sciences humaines et sociales qui connaissaient au cours des mêmes années un essor et un renouvellement considérables. Les reconfigurations qu’il proposa de la question éducative et de la question de l’hospitalité se sont propagées au-delà des frontières.

Outre ses livres et ses nombreuses conférences, pour partie perdues, quatre films tournés entre 1975 et 2016 continueront d’attester jusque dans la mémoire de la contre-culture l’autre manière de voir ainsi que l’autre ambition de penser que René Schérer essaya de faire advenir. 


Bibliographie partielle et partiale :
Charles Fourier ou la Contestation globale, Paris, Seghers, 1970; réédition Paris, Séguier, 1996.
L’Âme atomique. Pour une esthétique d’ère nucléaire (avec Guy Hocquenghem), Paris, Albin Michel, 1986.
Pari sur l’impossible. Études fouriéristes, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 1989.
L’Écosophie de Charles Fourier, Paris, Economica, 2001.
En quête de réel. Réflexions sur le droit de punir, le fouriérisme et quelques autres thèmes – Entretien avec Tony Ferri, Paris, L'Harmattan, 2014.
Fouriériste aujourd'hui, suivi de Études et témoignages, sous la dir. de Yannick Beaubatie, Tulle, Éditions Mille Sources, 2017.

lundi 1 février 2021

Eloigné dans une représentation

Que suis-je ?
- Mort d'un soldat loyaliste, photographie du reporter engagé Robert Capa ;
- Mort d'un milicien, image du photographe de guerre antifasciste hongrois Endre Erno Friedmann ;
- La mort d'un travailleur luttant contre le capital sur le front de Cordoba ;
- La mort du militant anarcho-syndicaliste Federico Borrell Garcia, tué le 5 septembre 1936 ;
- L'objet de multiples controverses sur une éventuelle mise en scène, le lieu, la personne... ;
- Une oeuvre d'art ;
- Un objet de spéculation ;
- Un tirage de presse adjugé 75 000 euros à François Pinault, 27ème fortune mondiale et collectionneur d'art, en janvier 2020 dans une salle parisienne de la multinationale de vente aux enchères Southeby's ;
- La propiété d'un ancien grand patron du luxe, connu pour la liquidation féroce de nombreuses entreprises et des licenciements massifs à la clé ;
- Un aide-mémoire pour faire revivre ce moment tragique mais magnifique au cours duquel le peuple en armes sut faire trembler le bourgeois en collectivisant une grande part de l'économie ;
- Une idée et des extraits chipés par un blogueur sans scrupule au journal du reconfinement du syndicat du bâtiment SUB-CNT.

vendredi 12 avril 2019

Un cap en plus

  J'avais passé le cap des 27 ans, celui des 31, et des 46. Je viens de franchir, le 29 mars dernier, la frontière du demi siècle.

  Comme je l'avais évoqué ici, le trompettiste Roy Hargrove n'a pas eu cette belle longévité, qui est mort à 49 ans. Les reins.

  Dans un autre genre, mais appréciable aussi quand on est plutôt éclectique comme bibi, j'ai appris la disparition discrète de Keith Flint, membre danseur et parfois chanteur du groupe de musique électronique The Prodigy. Il avait mon âge également, l'année érotique, mais n'a pas eu le temps de devenir quinqua. C'est la corde qui l'a eu le 4 mars dernier.

On le voit là plus porté par le public, avec des vigiles au cul quand même, que dansant sur scène.

Rest in peace Keith !

  Bon, ben voilà voilà, on s'accroche, on survit, on va essayer de tenir encore un peu. Mais déjà là, c'est pas mal, quand on voit tous les amis fauchés à la fleur de l'âge.


  Dernière minute : Je viens d'apprendre ici la mort de Jimmy Gladiator. C'est encore un peu de ma jeunesse qui pâlit. Je le fréquentais à sa période fin Hôtel Ouistiti début Au libre olibrius, deux de ses fanzines anarcho-surréalistes. J'étais dans ma période bien imbibée mais je tenais encore debout, c'était pas la fin du processus. On se rencontrait avec sa petite cour (ce n'est pas méchant) dans un bar en face du Gibus, à République, pour causer des fanzines, de tout, de rien, et déconner à bloc. Je me souviens d'un scandale à la mode surréaliste que nous fîmes avec lui, à Beaubourg, quand nous avons piqueniqué au beau milieu d'une conférence de surréalistes établis, encroûtés, fétichisés dans l'industrie culturelle (je ne pourrai pas vous donner plus de précisions sur ces querelles, j'allais participer au charivari sans trop me renseigner, je faisais confiance au bon (mauvais ?) esprit de Jimmy et de ses potes !). J'ai rencontré de belles personnes dans son entourage, comme le peintre anarchiste et grand compagnon de biture Jacques Metz, disparu depuis quelques années déjà, et l'auteur du livre Finir la révolution, très sympathique copain de l'époque retrouvé il y a peu par hasard dans la défunte librairie de notre ami George. J'ai fréquenté aussi une japonaise d'Osaka, rencontrée lors de ces réunions, Yaeko, guide touristique en France, perdue de vue depuis longtemps, mais qui a participé à mon lien involontaire et discret mais présent depuis l'enfance et jamais démenti, avec le Japon. Je me souviens croiser Jimmy en fin de manif en 95, en retard que nous étions sur le cortège en bons amateurs de bières, lui en franc jouisseur, moi en obsessionnel compulsif. De bons moments de camaraderie. En revanche, j'ai une petite tristesse en repensant aux propos hostiles et sarcastiques qu'avait écrits un rédacteur du petit et artisanal canard anar l'Arbre est dans la graine, auquel je participais alors (c'était l'époque du légendaire Mordicus, et du bar La Bonne descente). Je participais mais je n'ai pas eu le courage ni l'énergie ni la sobriété tout simplement de dire à ce rédacteur que Jimmy était un pote et que ça me dérangeait, ces propos. J'ai cru voir dans son regard, après la parution et qu'il ait dû prendre connaissance de l'article, lui qui nous lisait et nous considérait comme des amis, un sentiment blessé, de trahison. Je n'ai jamais su si j'avais rêvé, surinterprété avec ma culpabilité... J'ai fait comme de rien n'était, à jeun j'étais du genre muet dans ma jeunesse, et le temps a passé, je l'ai perdu de vue, j'avais mon fond à toucher et un bon coup de talons à redonner tout au fond, avec les années de remontée consécutives. Je regrette aujourd'hui de ne pas l'avoir revu, juste pour lui faire amende honorable.

  Salut l'olibrius !

vendredi 12 janvier 2018

Les bons plans de Tulipine et Yamina*

   Bof ! Je sais plus quoi fiche sur ce blog. Heureusement les deux jeunes mamans avec qui je passe le plus clair de mon temps enfermé, Tulipine, franco-ivoirienne catholique et Yamina kabyle franco-algérienne musulmane, m'ont fait connaître il y a peu les vidéos des humoristes ci-dessous. Ne pratiquant pas la contemplation de l'écran de diffusion idéologique familial, et n'ayant pas le temps de hanter les cafés-théâtres, la vie est faite de choix cornéliens, je ne connais aucun jeune humoriste. J'en suis resté à Coluche et Desproges. Le fait que je sois contraint d'user de l'écran interactif idéologique en réseau détournable pour mes activités professionnelles me permet aujourd'hui de partager avec les vieux ou les aigris hargneux critiques du monde spectaculaire-autoritaire-marchand-anéantisseur à terme de toute vie sur terre tel qu'il va comme moi ces aimables divertissements. On n'est pas toujours d'accord avec ces collègues, mais j'avoue que là, je n'ai pas été sans sourire, c'est fort. Merci à elles, d'autant que j'ai déjà partagé ici l'un des bons plans indispensables transmis par Yami.

* Les prénoms ont été changés.






Rien à voir, mais en hommage

Et de trois, l'As de pique est en deuil, le brelan qui l'a créé didn't live forever :

mercredi 19 avril 2017

Nouvelles du froncé

Obscur et froncé comme un œillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
[...]
C'est l'olive pâmée, et la flûte caline ;
C'est le tube où descend la céleste praline :
Chanaan féminin dans les moiteurs enclos !
Arthur Rimbaud

   J'ai déjà évoqué ici et mes petits soucis de santé. Je dois à mes lecteurs de leur faire part des dernières nouvelles de mes inconforts, douleurs ou mieux être, et des variations de moral qui vont avec.

Le dernier scanner de ma fissure. Comme vous le voyez, pas de mieux. Le gastro, grand esthète devant Hippoccrate, s'est écrié, émerveillé : "Misère à poils ! Magnifique ! On dirait un Lucio Fontana !"

   En gros et pour résumer, après deux visites chez le généraliste puis deux mois d'attente pour voir un spécialiste, ce dernier, un cador, me file un traitement de cheval à administrer par les voies naturelles (rassurez-vous, le calibre était adapté à un être humain). Et de m'asséner : "avec ça pendant six semaines, mon gaillard, z'êtes par près d'revenir me voir, c'est moi qui vous l'dis !"

    Six semaine après, je cesse de me mettre tout un tas de truc là où vous savez, et que croyez-vous qu'il advint ? Eh oui : bobo derechef ! 

    Alors comme je sais que nous sommes nombreux, nous autres révolutionnaires d'écrans-claviers, à mener des luttes intrépides, et à récolter plus souvent qu'à notre tour de nos combats de cuisantes blessures, rançon d'un activisme radical, mes doigts usés par la souris en tremblent ! j'ai décidé de vous transmettre la solution que j'ai trouvée pour pallier à l'incurie de la médecine bourgeoise : les équipes d'e-medics ! J'ai ainsi commandé sur ce site underground (discrétion assurée) l'accessoire ci-dessous, qui nous permettra de continuer d'oeuvrer à l'abolition des classes et de l'Etat sans trop souffrir de nos prises de position bien assises.


    Alors pour notre prochaine action, quand nous publierons ce post ou ce commentaire, likerons ce FB, soutiendrons via Paypall telle grève ou tel copain inculpé, signerons telle pétition en ligne ou mettrons dans notre panier quelque libelle aux idées avancées fraichement paru, pensons-y, ne nous asseyons pas sans protection, agissons molletonnés !

"Le monde va changer de base,
Nous ne sommes rien soyons tout !
"

Nécro : Salut mon Samir. Tu t'es excentré de l'existence en t'encastrant dans un poteau, faute d'avoir pu poser le verre. Je te fais amende honorable, si mon amitié avait été plus chaleureuse, moins avare, moins paresseuse, peut-être un autre possible aurait-il pu naître. Mais on ne peut pas maîtriser le destin d'autrui, et ce n'est pas souhaitable. S'il reste quelque chose de nous après le grand saut, j'espère que les AAmis partis les premiers t'ont préparé une belle salle, avec du bon café ! A trop vite, de toute façon.

vendredi 24 mars 2017

Jazz en nostalgie


     J'écoutais au début de cette semaine en streaming Les Jardins d'Orphée, une émission de musique classique (entre autre mais c'est surtout cela qui m'y mène), et Anita, l'animatrice, y rendait hommage à Gérard Terronès... Elle ne le disait pas clairement de suite, mais je croyais comprendre qu'il nous avait quitté, et la suite l'a confirmé.

     J'étais un fidèle de son émission Jazz en liberté à la fin des 80's début des 90's (pendant un court temps comparé aux 25 ans qu'il a donné à la radio), il a contribué à approfondir le désir que j'avais de mieux connaître cette musique. Je me souviens qu'à l'époque il parlait avec un peu d'agacement des "boîtes de conserves", c'est à dire des CDs, mis sur le marché à la place des vinyls depuis peu... Comme c'est loin !

           Les animateurs que l'auditeur anonyme que je suis écoutais à cette époque, j'étais étudiant, j'avais 20 ans, et le temps d'écouter la radio dans la loge de concierge qui me servait de job d'appoint dans le 13ème, M° Tolbiac, les animateurs de cette époque, donc, partent les uns après les autres, avec ma jeunesse... Je pense par exemple à Jacques de Chroniques hebdo, mais il y en a plein d'autres. Julien (que j'allais voir à la Butte-aux-Cailles, près de ma loge, cette butte que Walery Wroblewski défendit comme un lion avec ses compagnons en mai 1871 contre les bouchers versaillais, et où Julien enregistrait en direct une émission dans un petit cabaret - Le Merle Moqueur ? La Folie en tête ? - plein comme un oeuf, et où l'on pouvait côtoyer au bar difficile d'accès un Alain Leprest en Marcel, jeune et joyeux fort des Halles pétant de vie et sachant lever le coude, stalinien atypique aimant les anars, avec les photo duquel, avant sa mort, quand je me suis rapproché de tout cela dont je m'étais éloigné une dizaine d'années, avec les photos en vieux poète fatigué duquel j'ai eu du mal à faire le lien par la suite ; et Yves Perrault dont je connais encore le générique de l'émission, La Révolte de Sébastien Faure, par coeur ; Paulo...

     Il y avait aussi une émission de jazz New Orleans à l'époque, At the jazz band ball, super, pleine de Bechet, d'Armstrong premières manières, de Fletcher Henderson..., et de tous ces orchestres sans star, parce que dans ce jazz, c'est le collectif qui prime, tout le monde joue en même temps, il y a peu de solos. Mais je ne me souviens plus du nom de l'animateur. Si quelqu'un à le tuyau, et sais si cet ami des oreilles libres est toujours de ce monde...

     J'avais écrit un mail à Gérard il y a quelques années, via sa boîte de production Futura Marge, pour lui demander s'il avait une boutique, ou s'il en connaissait où je pourrais acheter des disques de jazz, souhaitant boycotter tant la FNAC qu'Amazon, mais ayant encore parfois la faiblesse de ressentir le désir de me procurer des CDs. Je me permets de copier ici une partie de sa réponse, en souvenir et comme tuyau pour les amateurs dans le même cas que moi (désolé pour la pub) :

"Paris Jazz Corner (dans le Vème) qui pratique surtout l'occasion et la solde. Personnellement je ne vend pas mes productions ni aux Fnac, ni à PJC. Je préfère travailler avec Le Souffle Continu (dans le XIème / métro Voltaire ou Alexandre Dumas ou Philippe Auguste) qui vends tous mes disques, et ou je suis moi même client. 22 r Gerbier, 75011 PARIS."

     Je suis allé quelquefois chez ce disquaire. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'on ne trouve vraiment pas du mainstream là-bas. Beaucoup de free jazz, et d'autres musiques improbables. Mais le débutant que je suis a quand même pu trouver son miel à l'occasion (dernièrement un hommage à Eric Dolphy et Ornette Coleman par un orchestre français dans lequel la saxophoniste Géraldine Laurent officie avec son grand talent). Il me disait aussi dans son mail qu'il avait quelques problèmes de santé, cela date de quelques années. Comme cela m'arrive parfois en pensant à mes aînés qui forcément prennent encore plus d'âge que moi, je craignais un peu la perte d'une des personne qui m'a accompagné, si peu que ce soit et sans le savoir, dans ma jeunesse à la fois enkystée et tumultueuse et loin d'être sereine, même si je ne viens pas du ghetto.

Pour écouter une passionnante nuit qui lui fut consacrée il y a quelques années, allez sur la semaine 11 du 13/03/2017 et téléchargez du samedi soir 22 heures (Nuits off) au dimanche matin qui suit, plusieurs tranches horaires ("Pendant la nuit, l'enregistrement continue") jusqu'à la fin de l'émission. Vous y entendrez Gérard, Anita, Mohamed (hello !) et d'autres excellents animateurs qui me pardonneront d'avoir oublié leurs prénoms, et vous y (re)découvrirez la grande histoire du jazz, celle de la lutte des noirs américains, et celle de Gérard qui a côtoyé les plus grands. C'est ici.

jeudi 29 décembre 2016

Bons dessins, décès de merde


     C'était mon préféré des dessinateurs de Siné mensuel. Sa pleine page de crobards était pour moi un pur délice chaque premier mercredi. J'étais très réceptif à son humour, peut-être mon côté Suisse (oui, j'ai la double nationalité, mon sang est un quart suisse, un quart morvandiau, et une bonne moitié bâtardo-parisienne). J'ai évidemment beaucoup de sympathie pour Carali, ou Berth. Mais c'était vraiment à la lecture de Mix et Remix qu'un sourire intérieur me lavait un peu de toute cette délétère atmosphère au sein de laquelle nous survivons.


     Après Siné, la légende, Puig Rosado, le poète et Chimulus, le discret mais attachant fils de , Mix et Remix, l'humoriste tout en rondeurs.



     Vous avez des nouvelles de Jiho et de Lindingre ?...

vendredi 11 novembre 2016

Inquiétude

      En ce moment j'ai mal au fondement. J'ai du mal à rester assis. Alors je m'inquiète, forcément, on entend tellement de choses. (Je me rends compte à l'instant que je viens de pasticher Jackie Berroyer). Et pour couronner le tout j'ai visionné ce film il y a quelques jours, assis pendant deux heures trois quarts.


      En plus lui aussi, vers la fin, il commence à avoir mal au cul. Mais son cancérologue le rassure, rien à voir avec son crabe de la prostate. Il mourra donc, mais pas par la voie naturelle. Plutôt rassurant. Je vous tiens au courant de toute façon.

     Plutôt sinistre comme dernière actu ciné...

vendredi 4 novembre 2016

Effet domino

   Après celle de Siné il y a quelques mois, je viens d'apprendre la mort de deux dessinateurs de son canard, Puig Rosado et Chimulus.


   Puig Rosado n'était pas mon préféré du point de vue dessin et humour, loin de là. Je trouvais ses crobards un peu téléphonés (genre dessin des rois mages qui se bourrent la gueule, mdr !), comme ceux de Siné d'ailleurs, mais en plus gentillets. Ils me passaient presque inaperçus. Mais c'était un fidèle de Bob depuis L'Enragé (autour de 68). Je l'avais vu dans une manif récente, peut-être contre la loi Travaille !, me souviens plus bien, tenir un stand de Siné mensuel avec André Langaney et Catherine Sinet, et dédicacer des dessins. Je crois que peu de gens le remettaient, moi le dernier. Et je m'étais dit à l'époque : "eh ben ! nos ainés, ils sont courageux pour défendre leur bébé dans la rue comme ça, et pas beaucoup aidés, pas un seul jeune et fringant sexagénaire pour leur filer un coup de main !" Je me suis dit aussi que j'avais pris un coup de vieux, que je lisais des journaux de vieux. J'ai assumé.

Le calendrier scolaire pose problème


   Quant à Chimulus, dont j'appréciais beaucoup plus l'esprit, son histoire est cocasse, puisqu'il était le fils de... Jacques Faizant, eh oui, l'humoriste faisandé des journaux et magazines de droite bien raide, dont les plus de quarante ans ont pu, quand ils étaient petits pour les moins de cinquante-cinq ans, lire les phylactères (à moins que les dialogues ne figurassent sous le dessin, en légende, à l'ancienne, me souviens plus bien) un peu rances dans les salles d'attente des médecins et autres dentistes. Et bien le petit Chimulus s'était bien émancipé de cet humour de bourgeoisie radicale, et en avait pris le contre-pied. Comme il était fils de..., je me le suis toujours représenté jeune, mais en fait il n'était pas si vieux, 72 ans.

Salut à eux, et aux suivants...

La Plèbe écoute tout le temps :

Lundi soir 7 novembre : Dans l'herbe tendre (chanson française). Thème du mois : les animaux.

lundi 16 novembre 2015

Les héroïnes, le matamore, et le barde

Hier soir, j'ai vu un très beau film d'aventure extrême et d'angoisse.


Un seul regret, c'est trop court. J'ai été vraiment surpris et frustré à la fin du film, j'aurais bien aimé encore passer une heure et demie à trembler, sourire et apprendre avec elles.

Ma dernière actu ciné, mais pas la moindre.


Rien à voir, mais on reste dans l'actu, une citation :

« L’Etat ne cèdera jamais face aux intimidations d’une minorité d’individus ultra-violents*, notre pays est un Etat de droit. Une fois que la justice a tranché, ces décisions doivent être mises en oeuvre et le gouvernement ne peut pas accepter qu’une minorité d’opposants radicalisés fassent obstacle à l’intérêt général et à l’application des décisions de justice. »
Manuel Valls à propos dez zadistes de NDDL.

Que les botanistes du parti des tritons crêtés se le tiennent pour dit !
* C'est nous qui soulignons.

Dormez tranquille braves gens, Rodomont serre le poing et brandit le menton !


Pour terminer, et pour faire le lien avec le début de cet article, mais aussi, après le massacre de vendredi par des monstres (il faut stopper Frankenstein mais qui est-ce ? où est-il ?...), des nazis (bing ! et un point Godwin en moins sur mon permis de maudire ! c'est l'émotion) dont il faudra bien qu'on découvre quel a été le traité de Versailles si on veut éviter les générations spontanées futures, mais en attendant, donc, aussi parce que j'ai envie d'avoir treize ans dans le canapé de chez ma mère à me mater La Dernière séance dans l'insouciance, également parce qu'il est fédérateur, mainstream mais sympa, voici une chanson de papa Schmoll (cette phrase est compliquée, à l'image de notre temps, j'espère juste qu'elle est correcte, dans le cas contraire je vous prie par avance de m'en excuser) :


Dernière minute : un bon pote me cite cette chanson que lui inspire la réalité actuelle. J'espère que ça fera plaisir à Jules aussi, qui trouve qu'il n'y a pas beaucoup de punk sur ce blog. Ce sera le troisième morceau, et le premier non hard core ! L'évènement le vaut.

vendredi 26 juin 2015

Buffet froid

« Il est couché sur le sol, tassé sur lui-même. Très seul. Très mort. »
Raymond Chandler.- La Grande fenêtre.
« Nulle carotide ne palpite là. Nulle vie ne se manifeste. Rien, rien du tout. Sa peau est glacée. »
Chandler Raymond.- La Grande fenêtre.

Hier matin, Amilcar est mort. C’était mon compagnon des mauvais jours* de 16 ans, la présence constante et comblante de mon sentiment d’étrangeté en ce monde. Né le 1er mai 1999, jour de la lutte des prolétaires internationalistes contre le travail, et c’était ma fierté. Trente ans après moi, dix ans avant mon fils. Personnalité bloquée sur l’enfance, il est resté longtemps ce fou virevoltant adepte des cabrioles et acrobaties les plus simiesques. Sa petite taille accentuait ce sentiment de jeunesse éternelle. C’était aussi comme ses semblables un petit moteur vivant massant, et diffusant les ondes aptent à m’apaiser dans cet effet de désert qu’aucun doudou ethanolique, benzodiazépinesque, téachesséé ou du même syle ne devait désormais venir anesthésier.

Amilcar veillant sur son dîner.

Puis il a vieilli d’un seul coup. Hier matin je l’ai trouvé au plus mal. Un couple de septuagénaires emmenant leur bichon pour un vaccin m’a fait profité de sa voiture. Pendant que Mimi agonisait dans de grandes souffrances sous mes caresses à l’arrière (de la voiture, dans cette situation j'ai préféré plutôt lui caresser la tête), ces gens là tapaient sur les grévistes du jour avec rires rageurs et impétueuses descriptions de leurs méfaits vus à la télé. J’eusse aimé à ce moment être doté d’un automatique pour abréger les souffrances de ces deux là en leur logeant une balle dans la nuque - car je ne conçois pas qu’on puisse à ce point trahir sa classe et se faire les valets zélés de tous caïds, despotes et flics contre des rebelles toujours vaincus qui plus est, qu’on ait atteint ce degré d’intoxication au poison médiatique sans une grande blessure intérieure, une profonde détresse** – et du petit être qui se tordait sous mes doigts. Amilcar est mort sur le trajet, avant notre arrivée chez l'euthanasieur. Il repose dans un charmant vieux jardin, non loin d’autres amis disparus.

Encore un stalinien me direz-vous, devenu libéral certes, mais n'est-ce pas la suite logique ? Planification, despotisme économique, dispositifs préventifs, flics, prisons et généraux. L'apparatchik se grime en chef d'entreprise, et vice versa, selon les aléas de sa carrière, voilà tout. C'est bien sûr le poème de Prévert qui résonne avec mon état du moment, même si l'interprétation ne me laisse, malgré tout et entre autre par nostalgie, pas indifférent non plus.

Ciao l’arsouille !

*Et des bons aussi, soyons honnête.
**Le chagrin me fait exagérer, je les remercie pour la course,et leur fais amende honorable dans le cas très improbable où ils arriveraient jusqu'à ce blog.