Ô Peuple, nous t'aimons immensément :
N'es-tu donc pas la pauvre âme ignorante
En proie à tout ce qui sait et qui ment ?
N'es-tu donc pas l'immensité souffrante ?
La charité nous fait chercher tes maux,
La foi nous guide à travers tes ténèbres.
On t'a rendu semblable aux animaux,
Moins leur candeur, et plein d'instincts funèbres.
Paul Verlaine
Entre l'autruche et le footballeur, le rapprochement est [...] flagrant : la danse d'amour, par exemple, est presque la même. Exemple : mettons vingt-deux autruches dans le désert de Zobi. Donnons-leur une noix de coco. Aussitôt, les autruches se divisent en deux camps de onze et se mettent à courir comme des cons dans tous les sens pour pouvoir taper dans la noix de coco. Quand une autruche arrive à envoyer la noix de coco entre deux cactus, c'est le signe de l'amour. Les autruches commencent par sauter sur place puis elles se filent des grands coups d'ailes dans le dos et s'embrassent goulûment. L'instant d'après, c'est la copulation qui assurera la survie de l'espèce autruchienne. Les footballeurs font exactement la même chose, mais leur quotient intellectuel étant légèrement inférieur à celui de l'autruche, ils sont incapables de sortir leur sexe au moment de l'embrassade générale. Alors ils recommencent à taper dans le ballon, jusqu'à épuisement complet. C'est pourquoi les footballeurs ne se reproduisent pas, ils shootent : c'est la femme de l'équipe de France qui me l'a dit.
- que les citadins participent aux travaux des champs ;
- l'égalité ;
- la fin du capitalisme ;
- la fin de la médecine industrielle capitaliste et le retour à une médecine naturelle retrouvée dans les connaissances populaires ancestrales ;
- récupération et détournement des technologies capitalistes pour les nouvelles activités des hommes libérés...
Vous commencez à deviner ? Hein ? La zone de non droit à défendre (et La Plèbe est un soutien inconditionnel de toutes les zones de non droit à défendre, et de leur prolifération ad libitum) de Notre Dame de Landes ? Bien tenté, mais non. Attendez ! Je n'ai pas dit le meilleur :
- combustion de tous les billets de banque !
Alors ?... Dites-donc, vous êtes un peu bouchés, non ?
Il s'agit du lumineux, rayonnant, merveilleux Kampuchéa démocratique !
Qu'est-ce qui cloche ? Peut-être à chercher dans la notion d'idéologie, une vision du monde (Welt anschauung), qui se fige, se transforme en dogme (Weltanschauung), qui finit par être complètement le contraire de la réalité, un pur mensonge, soutien d'un pouvoir. Une forme de religion laïque, monde réellement renversé où le vrai est un moment du faux. Qu'on retrouve aussi bien chez les tueurs de masse à la Staline (assassiné par le complot des blouses blanches, je viens de l'apprendre, contrairement à la version officielle, quelques juifs voulant l'empêcher de battre Hitler dans les chiffres du génocide), Pot, Mao, Hitler..., que dans le marigot militant qui, lui, évidemment ne tue pas en ce moment, mais peut prétendre être une expression de la liberté quand tout prouve par ailleurs que des jeux de pouvoir et de propriété régissent l'orga. On pense évidemment à 1984, d'Orwell. D'ailleurs le fait que le parti des khmers rouges s'appelle Angkar m'a troublé : se sont-ils sciemment inspirés de l'Angsoc d'Orwell ?
Dans les causes possibles de l'horreur déconcertante, il y aussi la brutalité des anciens maîtres, et le réalisateur l'évoque clairement, également. Ce qui est une des raisons de plus qui m'ont fait aimer ce film pénible et tendre. Et qui m'ont incité à le revoir.
Quelqu’un chantait sous la fenêtre. Winston, protégé par le rideau de mousseline, regarda au dehors. Le soleil de juin était encore haut dans le ciel et, en bas, dans la cour baignée de soleil, une femme aux avant-bras d’un brun rouge, qui portait, attaché à la taille, un tablier en toile à sac, marchait en clopinant entre un baquet à laver et une corde à sécher. Monstrueuse et solide comme une colonne romane, elle épinglait sur la corde des carrés blancs dans lesquels Winston reconnut des couches de bébé. Dès que sa bouche n’était pas obstruée par des épingles à linge, elle chantait d’une voix puissante de contralto.
Ce n’était qu’un rêve sans espoir.
Il passa comme un soir d’avril, un soir.
Mais un regard, un mot, les rêves ont recommencé.
Ils ont pris mon cœur, ils l’ont emporté.
L’air avait couru dans Londres pendant les dernières semaines. C’était une de ces innombrables chansons, toutes semblables, que la sous-section du Commissariat à la Musique publiait pour les prolétaires. Les paroles de ces chansons étaient composées, sans aucune intervention humaine, par un instrument appelé versificateur. Mais la femme chantait d’une voix si mélodieuse qu’elle transformait en un chant presque agréable la plus horrible stupidité.
Winston pouvait entendre le chant de la femme, le claquement de ses chaussures sur les dalles, les cris des enfants dans la rue et, quelque part dans le lointain, le grondement sourd du trafic de la cité. La chambre paraissait cependant curieusement silencieuse, grâce à l'absence de télécran.
[…]
Si j’étais un homme : quand la voisine commence à chanter ça avec trémolos, le désespoir point. Mais quel traitement ont-ils bien pu lui faire subir pour qu’elle en arrive à délibérément détruire la beauté d’une après-midi d’été paisible ? Pauvre sister ! Pauvre sieste peinard avec un bon bouquin !
En bas, dans la cour, la femme aux bras rouges évoluait encore entre le baquet et la corde. Elle ôta de sa bouche deux épingles de bois et chanta avec sentiment :
On dit que le temps guérit toute blessure.
On dit que l’on peut toujours oublier.
Mais la vie est toujours là et tout le temps qu’elle dure.
Par la joie ou par les pleurs toujours mon cœur est travaillé.
Elle semblait connaître par cœur toute la rengaine. Sa voix s’élevait dans la douceur de l’air d’été, mélodieuse et chargée d’heureuse mélancolie. On avait l’impression qu’elle eût été parfaitement heureuse, pourvu que le soir de juin fût infini et le nombre de couches inépuisable, heureuse de rester là des milliers d’années à attacher des couches et chanter des stupidités. Winston fut frappé par le fait étrange qu’il n’avait jamais entendu chanter, seul et spontanément, un seul membre du Parti. Cela aurait paru légèrement non orthodoxe, ce serait une excentricité dangereuse, comme de se parler à soi-même. Peut-être était-ce seulement quand les gens n’étaient pas loin de la famine qu’ils avaient des raisons de chanter.
[…]
Maintenant bandez.
Pensez que le groupe Indochine fait de la moto sans casque. Et boum, le camion.
D’en bas venaient le bruit familier des chansons et le claquement des bottes sur les pavés. La femme aux bras rouges brique que Winston avait vue là lors de sa première visite était presque à demeure dans la cour. Il semblait qu’elle passât toutes les heures du jour à marcher dans un sens ou dans l’autre entre le baquet à laver et la corde à linge. Tantôt elle fermait la bouche sur des épingles à linge, tantôt elle faisait éclater un chant lascif.
[…]
Il resta un moment à sommeiller, puis l’habituelle chanson, chantée à plein poumons, monta de la cour :
Ce n’était qu’un rêve sans espoir.
il passa comme un jour d’avril,
mais un regard et un mot, et les rêves qu’ils éveillent,
tordent encore les fibres de mon cœur !
La ritournelle semblait encore en vogue. On l’entendait par toute la ville. Elle tenait plus longtemps que la chanson de la Haine. Julia se réveilla au bruit, s’étira voluptueusement et sortit du lit.
[…]
Il n’est pas recommandé de parler de kalachnikov en ces temps-ci, c’est bien ça ?
La voix infatigable continuait à chanter :
On dit que le temps apaise toute douleur,
on dit que tout peut s’oublier,
mais les sourires et les pleurs, par-delà les années,
tordent encore les fibres de mon cœur !
[…]
La femme, infatigable, allait et venait, s’emplissait la bouche d’épingles, les enlevait, chantait, puis restait silencieuse, épinglait toujours plus de couches, encore et encore.
[…]
Céline Dion : « Je me suis acceptée, transformée, sans l'aide de la chirurgie ».
Sa vie s’était passée à blanchir, brosser, repriser, cuisiner, balayer, polir, raccommoder, frotter, blanchir, d’abord pour ses enfants, puis pour ses petits-enfants, pendant trente ans d’affilée. Au bout de trente ans, elle chantait encore.
[…]
- Te souviens-tu, demanda-t-il, de la grive qui chantait pour nous, le premier jour, à la lisière du bois ?
- Elle ne chantait pas pour nous, répondit Julia, elle chantait pour se faire plaisir à elle-même. Non, pas même cela. Elle chantait, tout simplement.
Les oiseaux chantaient, les prolétaires chantaient, le Parti ne chantait pas. Partout, dans le monde, à Londres et à New York, en Afrique et au Brésil et dans les contrées mystérieuses et défendues par-delà les frontières, dans les rues de Paris et de Berlin, dans les villages de l’interminable plaine russe, dans les bazars de la Chine et du Japon, partout se dressait la même silhouette, solide et invincible, monstrueuse à force de travail et d’enfantement, qui peinait de sa naissance à sa mort, mais chantait encore.
George Orwell.- 1984.
Entendu ce matin par une gentille collègue : "ce qu'il y a de bien au
groupe de fans de Vanessa, c'est qu'on apprend plein de choses. Oui,
parce que chaque fan de Vanness' est fan d'un autre truc." Puis, d'une
ironie pète-sec en passant devant des photos du mouvement contre la loi
Travaille ! et de sa répression affichées par des étudiants : "Y a pas
assez de manifs ? Il faut en plus mettre des photos ?"
Confronté aux catégories qu’on nous sert à longueur de médias, certaines à prétentions scientifiques (portées par des économistes, des sociologues, des politologues, des géographes, des historiens, des géopoliticiens, des statisticiens, etc. etc….), toutes à prétention rationnelle et logique, je me pose des questions épistémologiques. Mais ces catégories spectaculaires, semblant être la manifestation directe de structures non définies préalablement, ou en tout cas biaisées, ont un effet stérilisant pour une recherche-action critique, ce qui est plutôt bath, ras-le-bol de la critique, qu'on nous laisse en paix sucer le lait concentré sucré numérique ! Ne cherchons plus à comprendre pourquoi ou comment ce monde est invivable en tentant d'élaborer une théorie explicite. Contentons-nous de taxinomier, de classifier, comme la presse libre d'expression sait si bien le faire. Dire que les éléments de l'ensemble social peuvent être classés, c'est formuler sur ces éléments l'hypothèse la plus faible qui soit, et là se situe la part des humains puisque la complexité, il y a des ordinateurs pour ça. Des catalogues donc, des inventaires, avec des affects liés aux éléments qui les constituent. Ainsi et entre autres des catégories distinctives, opposées ou mises en regard suivantes, même si pour certaines, quand une majorité d’éléments de l’une opprime ou discrimine une majorité d’éléments de l’autre, elles pourraient retrouver une certaine pertinence dangereuse si elles venaient à tomber entre des mains trop malines pour leur bien si tant est que des mains puissent être malines (ces catégories seront associées à un astérisque) :
citoyen / casseur, usager / gréviste, antibloqueurs / preneurs d'otage, braves gens / racailles, terroriste / non terroriste / anti-terroriste*, travailleur / chômeur / SDF / rom / sans papier, public / privé, allemand / français / grec / algérien / suisse / tunisien / malien / chinois..., noir* / blanc* / arabe* / rouge, homme* / femme*, ville / campagne, juif / chrétien / musulman / athée / bouddhiste, capitalisme financier / productif / d'Etat / économies alternatives / libéral / régulateur...
Dès lors, me passionnant plutôt pour les sciences naturelles que sociales, je suis en train de rédiger une thèse impliquant la refonte totale des classifications d'icelles, en m'inspirant un peu (je suis old school que voulez-vous) de ce qui se faisait avant Linné. Ainsi, je pense tenir quelque chose qui pourra faire date dans le champ de la connaissance pré-transhumaine, la classification du monde animal selon ce premier critère : ceux qui se grattent / ceux qui ne se grattent pas. Voici donc les résultats de mes balbutiements de recherche concernant la première catégorie :
Le kangourou se gratte (les noms pourront être changés selon les résultats ultérieurs de mes recherches).
Le chat se gratte.
Gare à celui-là ! Il se gratte aussi !
Eh oui ! Le dada se gratte également !
Désolé pour le flou, j'ai eu du mal à surprendre un spécimen. Le chien a ainsi échappé de peu à la deuxième catégorie, celle des animaux qui ne se grattent pas.
L'espèce de vache à grande corne là, se gratte.
Gratouille ! gratouille ! Cha fait du bien cha !
Bon,l'avorton pré-transhumain se gratte encore, nous sommes bien forcés d'en convenir.
Un chagrin, je constate que tous mes specimens recouvrent l'ancienne catégorie des mammifères. Aussi j'invite mes nombreux lecteurs, aussi passionnés qu'érudits, à me fournir s'il en existe des exemples d'oiseaux se grattant, ce ne devrait pas être difficile. De reptiles. Plus ardu, de poissons se grattant. De crustacés, mollusques. Je paye un artichaut frit à l'huile d'olive à celui qui me trouve insectes, acariens, amibes, paramécies, protozoaires, virus, bactéries soulageant leurs démangeaisons par frottement.
"L'idéologie dominante est l'idéologie de la classe dominante."
Qu'a le masque (de mémoire).
"«C'est comme je disais ce matin à l'apéritif au capitaine de gendarmerie : on perd son temps à vous plaindre parce que vous n’êtes pas intéressants. Il y a du monde qui vient me parler des taudis de la Malleboine et de la misère en trois tomes de volume. Mais moi, je leur réponds : « Cause à l’autre. » Oui, voilà ce que je leur réponds, parce que moi, je m’intéresse d’abord et surtout à l’ouvrier sérieux. Et alors là, écoute bien ce que je te dis : l’ouvrier sérieux, à l’heure qu’il est actuellement, il n’habite pas à la Malleboine. L’ouvrier sérieux, pendant la bonne époque, il s’est mis de l’argent de côté et il s’est construit une petite maison dans les faubourgs avec un jardin autour, et à présent, il ne vous connaît plus. Et le dimanche, qu’est-ce qui arrive ? C’est que quand il promène sa famille, on dirait un fonctionnaire aux écritures. Alors, oui, des ouvriers comme ça, qui cherchent à s’élever, je veux. J’en ai des fois qui viennent à la maison, à l’occasion d’une sortie entre amis ou d’une réunion syndicale. Eh bien, avec eux, jamais un ennui, jamais. La correction même, ils sont.»
[…]
Trésor, mélancolique, s’éloigna en pensant à ces hommes des faubourgs, anciens compagnons de la Malleboine, qui avaient aujourd’hui maison et jardin, et qui se conduisaient dans l’établissement de Léonard comme des gens du monde. Il songeait surtout aux familles demeurées dans le quartier et qui rêvaient peut-être d’émigrer à un bout de la ville ; qui n’habitaient les sombres rues de la Malleboine que contraints par la nécessité. Trésor se sentit moins heureux.
[…]
« Ton copain, demanda Trésor, il s’appelle comment ?
- Antoine », dit Antoine.
Cette fois, Trésor fut très satisfait. […] Il leva les bras en l’air en regardant ses mains comme du fond d’un puits et c’était une façon de dire qu’Antoine habitait sans doute dans la ville haute.
« Route de Paris, répondit Buq. Un peu plus loin que le pont du chemin de fer.
- Alors comme ça, tu as ta maison à toi avec un jardin ? »
- Antoine confirma d’un signe de tête, et, croyant discerner quelque ironie dans cette réflexion, il devint rouge. Trésor s’en aperçut et voulut le mettre à l’aise.
- « Tout le monde ne peut pas habiter au même endroit, fit-il observer. Dans la ville haute, il y a des statues. C’est bien aussi. »" Marcel Aymé.- Le Moulin de la Sourdine
"Le Français est
plus que tout autre
le dépossédé, le misérable. Sa
haine de l’étranger se fond avec sa haine de soi
comme étranger
.
Sa jalousie mêlée d’effroi pour
les « cités » ne dit que son ressentiment pour tout
ce qu’il a perdu. Il ne peut s’empêcher d’envier ces
quartiers dits de « relégation » où persistent encore
un peu d’une vie commune, quelques liens entre
les êtres, quelques solidarités non étatiques, une
économie informelle, une organisation qui ne s’est
pas encore
détachée de ceux qui s’organisent."
Comité invisible.- L'Insurrection qui vient.