vendredi 27 octobre 2017

Inversion des normes

   Ordonnances El Khomri, Loi Valls, 49-3 macronien... Que d'informations, que de confusion. Autant dire que pour un non spécialiste, il n'est pas facile de s'y retrouver. Ces réformes créeront-elles de l'emploi ? Et qu'en est-il du bien être de tous les collaborateurs.

    Aujourd'hui La Plèbe se penche sur le concept d'inversion de la hiérarchie des normes. Les droits des salariés (ceux qui ne pourraient pas survivre sans quotidiennement se vendre aux détenteurs du capital) était jusqu'à présent, suite au compromis issu de toutes les luttes ouvrières du XXème siècle, cristallisé dans des normes générales, protégeant tous les prolétaires. Assez sclérosant, vous ne trouvez pas.

    Grâce aux réformes, c'est au sein de chaque entreprise que les collaborateurs décideront, démocratiquement, de leurs droits et devoirs. Puis, ils se rattraperont aux branches.

    Edouard-Sigismond Betta, l'un de nos grands reporters, a infiltré une start-up en tant que tâcheron de base, pour nous rapporter, concrètement ce que cela signifie, au fond. Pédagogie, professionnalisme. Il nous narre ici le cas de Joseph Pamphile*, qui eu la mauvais idée d'être membre du CHSCT avant sa suppression et son remplacement par le nouveau machin. D'où la menace de licenciement qui a pesé sur sa tête au lendemain de la restauration macroniste, il faut dire qu'il l'avait un peu cherché. Le referendum d'entreprise posant la question : "souhaitez-vous maintenir notre collaboration et donc accepter une rémunération au mérite et sous la forme que jugera bon de lui donner votre manager ?" ayant remporté un oui massif, et Joseph Pamphile n'ayant pas d'économies pour payer son loyer plus d'un mois ou deux, il a bien fallu qu'il donne la preuve de sa nouvelle loyauté à l'entreprise. On le trouve ici, au moment de solliciter sa rémunération mensuelle, mis au défi par son nouveau manager, Emmanuel Lebreton*.

    La Plèbe, Hâte, déjà va..., reportage.

* Les noms et prénoms ont été changés.


Dans la boîte, on le détestait et on le craignait. Le père Pamphile n'ignorait aucun de ces détails. Mais il en avait vu d'autres, plus terrible que ce Lebreton, qui s'étaient adoucis à sa parole. Il avait même observé que les plus féroces, en apparence, se montraient souvent, soit par orgueil, soit par boutade, les plus généreux. Au risque d’un refus injurieux - ce qui ne comptait déjà plus pour lui - il franchit la porte et se présenta dans le bureau.
   - Qu’est-ce qui m’a foutu un sale fainéant comme ça ? s’écria Lebreton… Eh bien ! vous avez du toupet de venir traîner vos sales pieds dans mon bureau !… Qu’est-ce que vous voulez ?
    Le pauvre employé s’humiliait. Effaçant ses épaules, presque suppliant :
   - Bon monsieur Lebreton, balbutia-t-il… je… Il fut aussitôt interrompu par un juron.
   - Pas de simagrées, hein ?… Qu’est-ce que vous voulez ?… C’est de l’argent que vous voulez, de l’argent, hein ! sale mendiant !… Attends, je vais t’en foutre, moi, de l’argent !
   Le misérable allait le pousser à la porte, quand, se ravisant, à l’idée de se divertir aux dépens du gestionnaire, il reprit d’un ton goguenard :
   - Écoute, mon vieux bon à rien… Je veux bien t’en donner, de l’argent… mais à une condition : c’est que tu viendras le prendre là où je le mettrai… Et je parie que tu n’y viendras pas !
   - Je parie que si ! fit le père Pamphile d’une voix ferme et grave.
   - Eh bien, mâtin !… nous allons voir ça !… D’abord, fais-moi le plaisir d’aller au fond du bureau ; mets-toi, à quatre pattes, comme un chien, ton sale museau en face de cette fenêtre… et attends.


   Tandis que le collaborateur obéissait tristement, Lebreton se dirigea vers la fenêtre, mettant toute la longueur de la salle entre sa victime et lui. Il retira de sa poche quelques billets qu’il déposa sur le plancher, fit tomber sa culotte, s’agenouilla, et troussant sa chemise, d’un geste ignoble :
   - Je parie que tu n’y viendras pas, grand lâche ! cria-t-il.
   Le père Pamphile avait pâli. Le cou tendu, le dos arqué, les yeux stupides, en arrêt sur cette offensante chair étalée, il hésitait. Pourtant, d’une voix redevenue tremblante, d’une voix où passait le gémissement d’un sanglot, il répondit :
   - Je parie que si.
   Alors, Lebreton ricana, prit une billet de vingt euros, le plia en huit, le roula comme une cigarette et l’inséra dans la fente de ses fesses rapprochées.
   - Eh bien ! viens y donc ! dit-il. Et tu sais, pas avec les mains… avec les dents, nom de Dieu ! Le père Pamphile s’ébranla, mais tout son corps frissonnait ; une faiblesse ployait ses jarrets, amollissait ses bras. Il avançait lentement, avec des balancements d’ours.
   - Allons, viens-tu ! grommela Lebreton, qui s’impatientait… Je m’enrhume.
   Deux fois, il tomba, et deux fois il se releva. Enfin, il se raidit dans un dernier effort, colla sa face contre le derrière de l’homme, et, fouillant, de son nez, les fesses qui se contractaient, il happa le billet d’un coup de dent.
   - Bougre de saligaud ! hurla Lebreton qui se retourna et vit le billet sur les lèvres du moine… Eh bien ! mâtin… il faut que tous y passent ! il faut que j’en claque, ou que tu en claques !… Allons, à ta place !
   Dix fois, le Père Pamphile subit ce hideux supplice. Ce fut le manager, qui, le premier, y mit un terme. Il se releva, la figure très rouge, grognant :
   - En voilà assez !… Mais il m’avalerait tout mon argent, ce salaud de moins que rien-là !
   Malgré la colère où il était d’avoir perdu dix beaux billets, il ne put maîtriser son admiration ; et il tapa sur le ventre du partenaire.
   - Tu es un rude saligaud, conclut-il… C’est égal, tu es un bougre tout de même… Nous allons trinquer.
   Le père Pamphile refusa d’un geste doux, salua et sortit.



   Dans un prochain article, La Plèbe éclairera pour vous les passionnantes notions de CHSCT et de tribunal des prudhommes, afin de vous voir compléter votre petit recueil de fiches techniques juridique "La Plèbe".

   Il n'y a pas de quoi, non, vraiment, vous nous faites rougir.

mercredi 25 octobre 2017

L'homme au centre lourd

Une belle maxime pour le palais, utile au public, remplie de raison, de sagesse et d’équité, ce serait précisément la contradictoire de celle qui dit que la forme emporte le fond.
Jean de La Bruyère.- "De quelques usages", in Les Caractères.

Au pays du tango

5. LA ZONE DE CONFORT
L'aïkido est au premier abord une discipline de suprématie. Un sport de combat. En modèle ultime, un mâle dominant au centre du tatami, avec une posture de magicien. Une attaque, un gagnant, un perdant, l'un toujours debout, l'autre au sol. Ensuite, il est un sport spectaculaire. Des techniques incroyables, réalisées avec un faible investissement énergétique mais surtout réalisable par tout un chacun, sans réellement d'investissement physique personnel sur un long terme.
Une garantie d'efficacité immédiate, un rendement capitaliste extraordinaire au vu de l'investissement capital énergie/temps de pratique faible au départ (comparé à la boxe, au kung fu, au judo, etc.). Une promesse magique qui colle bien à l'époque. Voilà une discipline qui coche assez facilement les cases d'une drôle de période : égotique et narcissique.
Il nous faut donc prendre en compte les défis cognitifs que constitue notre pratique. Cela veut dire une méthodologie complète, sortie de l'approximation, du superficiel psychologique, du juste technique et de la perception égomaniaque étriquée. D'autant plus que l'intoxication mise en œuvre n'est avant tout qu'un enfumage de soi-même. Le maintien dans une zone de confort égoïste. Celle qui ne nous a jamais permis de découvrir quoi que ce soit. Le fond et la forme sont donc intimement liés, qu'on le veuille ou nom.

Au pays des soviets

En son fief

5. L'ENERGIE OU LE STANDARD
Discipline de l'énergie qui questionne la place du corps. Du corps individuel mais aussi du corps social. L'enjeu est la libération des énergies, mais coordonnées, construites et collaboratives malgré le conflit contractuel originel. Rappelons juste que l'aïkido est l'union des énergies, et non la confrontation des égo mal dimensionnés : aï-ki. Combat, collaboration ou dialectique ? Nous y reviendrons plus tard.
Pourquoi alors nous imposer une vision uniforme et un comportement normatif ? Robotisé. Sclérosant. Prenons l'exemple de la droiture du tori comme alpha et oméga de la lecture du combiné que forment les partenaires. La droiture en permanence afin de garder... blabla. Mais voilà, cela sert surtour à se garder. Se garder de tout et de trop plein d'engagement. Ne pas se plonger pleinement dans la bataille de l'équilibre revient souvent à tracter et bringueballer l'autre. Au risque de le blesser par contrition articulaire totalement extérieure à ses fondements physiques. Préserver son intégrité, dites-vous !
Voici un exemple parmi tant d'autres : la droiture, rigide de fait. Droiture du corps face à toutes les situations, quitte à passer son chemin sans rencontrer l'autre. Se construire un phénotype, hors de tout contexte, hors de toute remise en cause de l'équilibre dû à la rencontre, souvent percutante, avec l'autre. Clairement nous ne recherchons pas la même chose. 

Au menu : croquettes et tendon

Texte de Stéphane Blanchet in Les cahiers d'étude et de recherche(s) n° 1 : réflexions appliquées à l'aïki-do (pour toute commande - 10 € - contactez le blog).

vendredi 20 octobre 2017

La dose de Wrobly : vendémiaire 2017 EC


   - Jean de La Bruyère.- Les Caractères (II)

"On peut lui appliquer justement ces paroles du maître inimitable, de la Bruyère : "Il y a dans quelques femmes une grandeur artificielle attachée au mouvement des yeux, à un air de tête, aux façons de marcher, et qui ne va pas plus loin.""
Charles Baudelaire.- Le Peintre de la vie moderne.


   Cet exemplaire date de 1895. Pas du siècle dernier, mais de celui d'avant. Je n'étais pas né. Mon père et ma mère n'étaient pas nés. Mes grands mères n'étaient pas nés. Mon arrière grand père n'était pas né. Je suis le premier à lire ce livre-ci : certaines pages ne sont pas coupées ! Et vous savez quoi ? Sans aucun doute, je serai le dernier.


- Charles Baudelaire.- Le Peintre de la vie moderne.

   Un petit article très intéressant et évidemment écrit au cordeau du poète, sur l'art du peintre Constantin Guys, spécialiste de l'esquisse prise sur le vif dans la vie quotidienne de son époque. Dommage que Baudelaire se croie obligé de faire de la provocation réactionnaire, citant Joseph de Maistre plusieurs fois (pour lui faire dire d'ailleurs des choses qu'il n'a pas dites ou pour donner des prolongements à certains de ses propos qui auraient surpris le théoricien d'extrême droite), comparant la hiérarchie de composition d'un tableau à la juste hiérarchie sociale, tapant sur la démocratie, l'égalité (je crois même qu'il vise Courbet à un moment...), la philosophie des Lumières, la nature. Évidemment il n'avait pas besoin de cela, si ce n'est pour contenter le Figaro, qui le publia, et pour se concilier l'opinion publique et la presse, conciliation peut-être utile, vu qu'il était durablement dans la mouise suite à l'inattendu procès des Fleurs du mal en 1857. Peut-être aussi qu'une aigreur le faisait mal tourner, lui qui avait plutôt été du côté des fusillés de juin 48 (lire le superbe Abel et Caïn), aigreur qui le fera par la suite s'en prendre aux belges, qui eurent l'outrecuidance de ne pas reconnaître son génie. Il a également certaines phobies tenaces, comme sa haine de la nature, qui pour lui est mauvaise, et de Rousseau.
   Pourtant le monde uniformisé qu'il stigmatise n'est pas tant celui d'une réelle égalité sociale qui permettrait au contraire le surgissement de toutes les individualités et créativités, que celle du monde bourgeois, capitaliste, marchand, réduisant chacun à n'être qu'un discipliné agent économique, bien trop la tête dans le guidon de la production (plus tard de la consommation, on sent un peu venir Debord) pour s'épanouir, à côté d'une poignée de nababs à la vulgarité crasse, vulgarité qu'il détestait. Son dandy, comme les romantiques avant lui, pourrait très bien être un dandy révolutionnaire, illégaliste, comme Georges Darien, ou Oscar Wilde, qui irait jusqu'au bout de son dandysme, et non pas un rentier.
   De même s'il critique la nature, l'état de nature, cela ne semble pas s'appliquer aux sociétés dites primitives, puisque il admire également les indiens d'Amérique (les bons sauvages, mais pas ceux de Rousseau, caca ! ceux de Chateaubriand) et leur art d'accommoder cette nature sans la massacrer pour autant. Je n'évoquerai pas sa vision des femmes qui ne doit pas être pour réjouir nos amies féministes.
   Quand à son esthétique prenant pour objet les instantanés du temps, à l'époque des images omniprésentes et du diktats du temps réel, je me demande si je n'y suis pas finalement insensible, et si je ne préfère pas un bon Raphaël, ou un Titien de derrière les fagots du musée du Louvre, à voir des instantanés d'officiers, de bourgeois ou d'aristos, même s'ils sont bien brossés, méritant par là les sarcasmes et le mépris d'un Baudelaire moderne. Un peu passéiste, peut-être, mais ces rebelles de l'esthétique qui finissent, par cracher sur les cadavres d'ouvriers affamés et d'utopistes courageux... Mais ne refaisons pas l'histoire, Baudelaire est mort en 67, et il n'avait pas le ventre aussi tendu que Flaubert, encore moins l'obésité onctueuse d'un Gautier, non les solides propriétés de Sand, encore moins la notabilité de muscadin carnassier d'un Dumas fils... Peut-être finalement, ne se serait-il pas acharné contre les vaincus de la Commune, aurait-il eu la décence et la compassion d'un Hugo... La colère, ne rêvons pas. Restons sur cette note positive au sujet d'un puisant poète qui, souvent, me prend comme une mer.



Heureusement il y a ce summum de civilisation et de beauté, l'armée, qui nous sauve de "cette infaillible nature qui a créé le parricide et l'anthropophagie, et mille autres abominations que la pudeur et la délicatesse nous empêchent de nommer." Moi je veux bien m'y risquer : en plus on verrait tout leur bazar balloter entre leurs cuisses.

mercredi 18 octobre 2017

's not dead

    Allez, réécoutons un peu l'enseignement du Maître, pour respirer un peu au milieu de cette actualité pléthorique en informations. En général je trouve les reprises de Brassens assez inutiles. Brassens c'est un ensemble, des chefs-d'oeuvres, certes, de musiques et de paroles, mais qui ne prennent leurs dimensions magiques que chantées par leur auteur lui même. Bien sûr, des initiatives de reprises comme celles de Sam Alpha, Brassen's not dead, Maxime le Forestier (et il y en a à foison) sont sympathiques. Mais en général elles me laissent plutôt froid, et las, mais las ! et tout agacé de l'être. Ici, c'est une découverte. Je ne dis pas que ça m'enthousiasme, mais c'est sympatoche aussi. Et en plus y a un chanteur qu'on aime bien, nous autres les auditeurs des émissions de radios libres ousk'ils passent de la chanson française non crétinisante. Sauras-tu le découvrir ?




lundi 16 octobre 2017

Expulsions de vieux : un éclairage.

"Bail d'habitation : un locataire âgé peut être expulsé en cas d'impayés.

Le bailleur ne peut pas donner congé à un locataire âgé de plus de 65 ans disposant de ressources modestes, sans lui faire une offre de relogement à proximité (art. 15 de la loi du 6.7.89). Mais cette protection ne joue pas lorsque le locataire ne paie pas ses loyers. Il peut, dans ce cas, voir son bail résilié et être expulsé. C’est ce que vient de préciser un récent arrêt (cass. civ. 3e n° 13-16990 du 15.10.14)."

leparticulier.lefigaro.fr, décembre 2014.


"40 travailleurs et retraités immigrés du foyer Gergovie (Paris 14e) sont menacés d’expulsion à la demande du gestionnaire Adoma (ex-Sonacotra) et assignés en référé devant le tribunal.

"Paris : Nadine, 85 ans et sous tutelle expulsée de son appartement."

"Selon l'association Droit Au Logement, de plus en plus de personnes âgées sont expulsées de chez eux."

   Comme vous avez pu déjà le constater, selon la presse, on expulse de plus en plus de vieux, pardon, de personnes à caducité augmentée. Un phénomène inquiétant. Que le fameux éditocrate Franz-Olivier Jorbier nous fait la faveur de décrypter pour nous.



"Ce n'est pas le besoin d'argent où les vieillards peuvent appréhender de tomber un jour qui les rend avares ; car il y en a de tels qui ont de si grands fonds qu'ils ne peuvent guère avoir cette inquiétude ; et d'ailleurs comment pourraient-ils craindre de manquer dans leur caducité des commodités de la vie, puisqu'ils s'en privent eux-mêmes volontairement pour satisfaire à leur avarice ? Ce n'est point aussi l'envie de laisser de plus grandes richesses à leurs enfants, car il n'est pas naturel d'aimer quelque autre chose plus que soi-même, outre qu'il se trouve des avares qui n'ont point d'héritiers. Ce vice est : plutôt l'effet de l'âge et de la complexion des vieillards, qui s'y abandonnent aussi naturellement qu'ils suivaient leurs plaisirs dans leur jeunesse, ou leur ambition dans l'âge viril ; il ne faut ni vigueur, ni jeunesse, ni santé, pour être avare ; l'on n'a aussi nul besoin de s'empresser, ou de se donner le moindre mouvement pour épargner ses revenus ; il faut laisser seulement son bien dans ses coffres et se priver de tout ; cela est commode aux vieillards, à qui il faut une passion, parce qu'ils sont hommes. 

Il y a des gens qui sont mal logés, mal couchés, mal habillés et plus mal nourris ; qui essuient les rigueurs des saisons ; qui se privent eux-mêmes de la société des hommes, et passent leurs jours dans la solitude ; qui souffrent du présent, du passé, et de l'avenir ; dont la vie est comme une pénitence continuelle, et qui ont ainsi trouvé le secret d'aller à leur perte par le chemin le plus pénible : ce sont les avares." 

"Celui qui a décidé de céder à l'avarice va vivre mieux que celui qui travaille et qui vit au niveau du Smic." Bruno Le Merd.

  

vendredi 13 octobre 2017

34e Congrès HR : reportage.


   Comme vous le savez si vous êtes bien informés, les DRH de nos belles entreprises de France, et de notre belle entreprise France dirais-je si j'osais, se sont réunis en congrès ces deux derniers jours dans un restaurant de luxe du bois de Boulogne, le Pré Catelan, afin de peaufiner leurs connaissances grâce au partage, dans une franche ambiance de camaraderie de bon augure. Depuis qu'Emmanuel Macron, apôtre de la réalisation des principes vertueux de la République par les moyens n'ayant plus à faire leurs preuves des meilleures de nos entreprises, mères nourricières de la nation, la sainte Egalité inscrite au fronton des bâtiments de nos augustes institutions n'est plus un vain mot. C'est dans la continuité de cette mission que nos bons directeurs se réunissent.

   La Plèbe, et vous vous en doutez, n'est pas à la traîne de cet évènement. Il a infiltré un de ses envoyés spéciaux dans la place, Jean-Bernard Varlin, grimé en loufiat. Ce collaborateur (soyons innovants et progressistes, nous aussi !) nous a rapporté les propos d'un des participants de l'atelier "Concilier vie professionnelle et professionnelle dans la nouvelle ère collaborationniste" du congrès, réunie dans un des salons du Relais et Chateaux, qui a vu certains des représentants de nos plus prestigieuses start-ups, accueillir leurs collaborateurs prestataires, auto-entrepreneurs, intermittents, ou personnes en service civil (dont certains, même, venus en famille...), pour traiter en toute confraternité - le contrat léonin, la relation de subordination, la hiérarchie est désormais obsolète dans ce que nous pourrions appeler le socialisme libéral de notre jupiterien mentor - des affaires courantes gagnant-gagnant. L'un de ces collaborateurs se présente pour négocier le tarif des prestations qu'il propose...

   Place au journalisme ! Jean-Daniel, nous lisons avec avidité la relation que nous fait de cet atelier votre aimable informateur !


   "Nous trinquâmes à sa santé sur le comptoir au milieu des collaborateurs auto-entrepreneurs qui en bavaient d’envie. Les collaborateurs c’étaient des ex-salariés assez délurés pour oser s’approcher de nous les DRH, une sélection en somme. Les autres puent-la-sueur, moins dessalés, préféraient demeurer à distance. L’instinct. Mais les plus dégourdis, les plus contaminés, devenaient des managers d’intérimaires. Dans les boîtes, on les reconnaissait les managers anciens prolos à ce qu’ils engueulaient passionnément les autres collaborateurs. Un collègue en costume Jonas et Cie achetait des prestations de courses en ville, à vélo, en scooter, en voitures. 

   Comme nous étions là, jamais las de l’entendre, une famille de coursier, timide, vient se figer sur le seuil de la porte. Le père en avant des autres, ridé, affublé d'un petit gilet jaune, son gros casque à bout de bras. 

   Il n'osait pas entrer le sauvage. Un des managers de prestataires l'invitait pourtant : « Viens, bougnoule ! Viens voir ici ! Nous y a pas bouffer prolos ! » Ce langage finit par les décider. Ils pénétrèrent dans la cagna cuisante au fond de laquelle tempêtait notre homme au costume « Jonas et Cie ». 

   Ce tâcheron n'avait encore, semblait-il, jamais vu de grand restaurant, ni de DRH peut-être. Sa femme le suivait, yeux baissés, tenant dans ses mains, tremblantes, l’épais relevé de courses impayées. 

   D'autorité les managers recruteurs s'en saisirent de son relevé pour évaluer le contenu sur la balance de l'offre et de la demande. Le trimeur ne comprenait pas plus le truc de la balance que le reste. La femme n'osait toujours pas relever la tête. Les autres überisés de la famille les attendaient dehors, avec les yeux bien écarquillés. On les fit entrer aussi, enfants compris et tous, pour qu'ils ne perdent rien du spectacle. 

   C’était la première fois qu’ils venaient comme ça tous ensembles de banlieue, vers les cols-blancs en ville. Ils avaient dû s’y mettre depuis bien longtemps les uns et les autres pour effectuer toutes ces courses. Alors forcément le résultat les intéressait tous. C’est long les allers-tours en mobylettes, dans les petits goulets entre les bus et les camions. Souvent, on n’en a pas un petit SMIC en deux mois. 

   Evaluation faite, notre cadre entraîna le père, éberlué, derrière son comptoir et avec un crayon lui fit son compte et puis lui enferma dans le creux de la main quelques pièces en argent. Et puis : « Va-t'en! qu'il lui a dit comme ça. C'est ton compte !... » 

   Tous les petits amis start-upers s'en tordaient de rigolade, tellement il avait bien mené son business. Le pauvre restait planté penaud devant le comptoir avec son petit pantalon de survêtement orange sur les fesses. 

   « Toi, y a pas savoir argent ? Sauvage alors ? que l'interpelle pour le réveiller l'un de nos managers, débrouillard, habitué et bien dressé sans doute à ces transactions péremptoires . Toi y en a pas parler « francé » dis ? Toi y en a gorille encore hein ?... Toi y en a parler quoi hein ? Kous Kous ? Verlan ? Toi y en a couillon ! Banlieusard ! Plein couillon ! 

   Mais il restait devant nous le prolo, la main refermée sur les pièces. Il se serait bien sauvé, s'il avait osé, mais il n'osait pas. 

   « Toi y en a acheter alors quoi avec ton pognon ? intervint le cadre opportunément. J'en ai pas vu un aussi con que lui tout de même depuis bien longtemps, voulut-il bien remarquer. Il doit venir de loin celui-là ! Qu'est-ce que tu veux ? Donne-moi le ton pognon ! » 

   Il lui reprit l'argent d'autorité et à la place des pièces lui chiffonna dans le creux de la main un grand mouchoir très vert qu'il avait été cueillir finement dans une cachette du comptoir. 

   Le père pue-la-sueur hésitait à s'en aller avec ce mouchoir. Le cadre fit alors mieux encore. Il connaissait décidément tous les trucs du commerce équitable. Agitant devant les yeux d'un des tous petits pauvres enfants, le grand morceau vert d'étamine : « Tu le trouves pas beau, toi, dis morpion ? T'en as souvent vu comme ça, dis ma mignonne, dis ma petite charogne, dis mon petit boudin, des mouchoirs ? » Et il le lui noua autour du cou, d'autorité, question de l'habiller. 

   La famille de collaborateurs précaires contemplait à présent le petit orné de cette grande chose en cotonnade verte... Il n'y avait plus rien à faire puisque le mouchoir venait d'entrer dans la famille. Il n'y avait plus qu'à l'accepter, le prendre et s'en aller." 


mercredi 11 octobre 2017

Les chansons dont vous n'aviez jamais compris les paroles

   Dans cette nouvelle rubrique, vous allez enfin après tant d'années, pouvoir profiter du caractère poétique ou profondément signifiant de paroles de chansons dont vous n'aviez jusqu'à présent pu capter que quelques bribes, soit déficience auditive précoce, soit scansion volontairement inaudible de l’interprète, soit volume de l'accompagnement venant quasi annuler les efforts articulaires de celui-ci. Ainsi, en plus de jouir d'une bonne musique, d'arrangements aux petits oignons, d'une interprétation habitée, et d'un interprète sympa, votre jouissance sera multipliée par la compréhension des paroles. Par exemple, dans la chanson ci-dessous, je ne comprenais que le vers "T'es partie avec mes revenus", qui auguraient d'une savoureuse alchimie du verbe, des sons et du sens à la Gainsbourg. Mais la fonction apéritive de cette phrase restait pour moi en suspend, puisque aussi bien, d'un point de vue textuel, je n'avais plus rien à me mettre sous le tympan. Restait le rythme et les bruits de sirènes un peu punk-rock du titre.

   C'est dingue la déperdition qu'il y a dans la chanson un peu rock'n'roll, voir rap.

   L'inconvénient est réparé ici, merci qui ? En revanche, pour l'explication de texte, il faudra me donner un coup de main.

   Ah ! Les paroles ne sont finalement pas de Gainsbourg, mais de Jean Fauque (raté, par Boris Bergman non plus !).


Bombez !

Ah il sait tout mon petit doigt
T'es partie avec mes revenus
Que d'allées venues

Vers quel crayon s'est-elle taillée désormais ?
Que vais-je faire de cet abandon ?
À qui en faire don ?

Bombez le torse bombez !
Prenez des forces bombez !
Bombez le torse bombez !
Ça c'est my way

I know, I know
Sa turne a l'air habitée
Alors qu'on sait que personne n'y vit
À qui se fier ?

Bombez le torse bombez !
Prenez des forces bombez !
Bombez le torse
Ça c'est my way

Les paras sont normaux sous la tonnelle où rode
Où rode le Japon

Fidèle à ses traditions

Dans un dernier effort
L'empereur se soulève
Donne à boire au dragon
Et scrute les environs

Ah l'enfant que j'ai dans le dos
Fait se retourner tous les badauds
Piler les autos

Bombez le torse bombez !
Prenez des forces bombez !
Ça c'est my way

Ouistiti
T'as pas souri quand elle a ri
Tant pis
Les alter et les égaux
Ça m'est égal ça m'est ego

Bombez le torse bombez !
Prenez des forces bombez
Prenez des forces bombez
Ça c'est des my way.



lundi 9 octobre 2017

A Bifteck baron du Omar.

   Merci au mystérieux informateur qui m'a donné le sujet du post d'aujourd'hui, ça tombait bien, j'étais à cours d'idée. J'avais bien pensé faire un safari photo lors du rassemblement contre Europacity hier place de la République à Paris, mais finalement j'ai été embarqué à faire le DJ dans un spectacle de jonglage en banlieue.


Après cette formation, je vous propose mon expertise en ingénierie sonore, mixage, séquençage, samples, scratchs, beats divers et variés, chauffage de salle, pour vos free styles, mariages, baptêmes, enterrements, communions (supplément pour les confirmations), cérémonies d'ouverture des yeux, bar mitsvah, ruptures de jeûne, grand Aïd... Je peux aussi jouer de la caisse claire, avec les baguettes, au knout à manivelle ou bien au fouet de pâtissier monté sur perceuse.

   Vous allez donc avoir la chance d'entendre le reportage exceptionnel que fit David Simon à Baltimore, reportage qui aboutit quelques temps après à la série (on va pas dire "culte", il paraît que c'est surfait désormais) que j'ai sacrément appréciée, The Wire (voir ici et ).



   Pour composer notre plaisir, comme disait Fourier, la musique de cette émission est composée, elle aussi, et interprétée par Emmanuel Bex à l'orgue Hammond, et Simon Goubert à la batterie, deux musiciens excellentissimes et au bon esprit : on se souvient du spectacle qu'ils créèrent sur la Commune de Paris auquel j'eus le privilège d'assister, privilège que je partage d'ailleurs ci-dessous avec vous, veinards !


   J'en profite pour demander une faveur aux génies de l'informatique qui me lisent et je sais qu'ils sont nombreux. Au boulot, où je réalise ce blog, mon ordi est bridé. Depuis bien longtemps je suis dans l'incapacité d'écouter les liens que notre ami George Weaver de Lexomaniaque ou parfois le camarade Michel Simon de Dans l'herbe tendre postent sur leurs pages. Je rate par ailleurs plein de choses plus personnelles qui m'intéresseraient, comme la journée Maria Callas, le 16 septembre dernier, cela m'a profondément chagriné, étant trop jeune pour bien connaître cette diva, je me réjouissais de pouvoir m'en mettre plein les étiquettes. Bref, mon érudition pâtit sérieusement de cet inconvénient. Sans compter la jouissance que j'y perds et qui vient sacrément grever mon bilan de fin d'année de mes joies et de mes peines. Si l'un(e) d'entre-vous connaissait un moyen de contourner ce brouillage de l'écoute de Radio France (direct et podcast), el(i)le ferait de moi un homme heureux.

   Thanks, b. & s. !

vendredi 6 octobre 2017

Solidaire des délinquants solidaires des délinquants solidaires

      Un bordel comme tout le monde le sait, c'est une maison de prostitution. Le patron de cette maison, tout dictionnaire vous le confirmera, est le macron. Quand cette maison de prostitution prend la dimension d'une nation, ce nom commun prend une majuscule. Ainsi, le patron du bordel France n'est autre que le Macron.

     Ce dernier vient de confisquer et de falsifier (son larbin de com' doit avoir quelques lettres piochées dans Trivial pursuit) le sens de propos du stupéfiant philosophe Baruch Spinoza, comme vous le savez, pour salir ceux des galériens spoliés par les voyous de son espèce qui, joyeusement, relèvent la tête et combattent ses exactions avec courage. C'est pourquoi nous diffusons ci-dessous ces petits films qui débutent par le portrait du grand philosophe hideusement racketté par le hareng junior portant si beau le costume et le maquillage de sa clique.

     A noter qu'on y voit aussi une des figures tutélaires de ce blog, la sister Emma Goldman.





     La suite et le vif du sujet ici.

mercredi 4 octobre 2017

Enfermement et évasion encore

   Ce film est composé des rushes d'un long-métrage inachevé tourné en Guyane par le décorateur du Vampyr de Dreyer, achetés et confiés par l'ex-proprio du Studio 28 (où est sorti le mythique Age d'or de Bunuel) à un membre du groupe surréaliste, Jacques B. Brunius, qui leur adjoint d'authentiques plans du départ des bagnards pour Cayenne filmés clandestinement à Saint-Martin-de-Ré, et plusieurs séquences qu'il réalise lui-même avec... Eugène Dieudonné (évidemment rien à voir avec l'humouriste antisémite), aminche de la bande à Bonnot qui n'a pas participé à son équipée sauvage, mais a quand même écopé d'une condamnation à vie au bagne de Cayenne, dont il n'a fait que 14 ans, notamment grâce au combat d'Albert Londres. Le film sort en 1934 précédé d'une causerie de Dieudonné.

Autour d'une évasion, 1934.

   Vous en voulez encore ? Dieudonné, avait déjà failli faire un film avec un client (retour du bagne, il avait repris le métier d'ébéniste), Jean Vigo, dont le père, Miguel Almeyreda, journaliste anarchiste, en défendit bien d'autres, dont Liabeuf, l'homme hérissé qui aimait serrer les roussins dans ses bras et à sa manière. Le scénar' était de Vigo, de Londres, et du pote à Raymond la Science qui devait y jouer son propre rôle (Dieudo, pas Callemin, qui avait pour sa part éternué dans la sciure depuis beau temps). Mais la censure et le producteur flippèrent après que Vigo ait sorti son Zéro de conduite et le film ne se fit pas.

   Infos piquées à Jean-Pierre Bouyxou dans Siné mensuel.

lundi 2 octobre 2017

Jouons un peu avec les monstres sacrés

    Sauras-tu reconnaître ce troubadour, rencontré complètement par hasard vendredi après-midi, à la boîte (c'est une collègue qui m'a informé qu'il était là, j'en suis resté baba), et qui a fait verser des larmes chez certain(e)s membres de plus de quarante ans du public, hyper clairsemé au demeurant. Des personnes complètement à l'ouest ?




   J'avoue que moi, je n'aurais pas su que c'était lui, je ne l'aurais pas reconnu. A part son hymne, je le connais très peu en fait. Mais je regrette de n'avoir pas eu plus d'espèces sur moi pour m'offrir un CD dédicacé. Ce qu'on peut être môme parfois !

J'peux pas saquer les drapeaux, quoiqu'çui-là soit rigolo.