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lundi 22 novembre 2021

Déjà entendu glauque

   L'autre jour à la médiathèque j'ai emprunté une compilation de Nino Ferrer, car j'aime bien, mais je ne connais que les quelques chansons les plus connues. Plus que trois malgré tout, contrairement à ce que disait l'artiste quelques mois avant de se faire sauter la cervelle d'un coup de fusil : "Tu te rends compte, j'ai écrit, composé et produit près de deux cents chansons, et les gens n'en connaissent que trois."


   Et voilà que j'entends cette chanson, Barberine, dont les paroles m'évoquent celles de l'album concept l'Homme à tête de chou de Gainsbourg, à savoir une histoire d'amour obsessionnelle qui frôle le fantastique tant les êtres y sont hybrides et les objets animés. Mais je trouve la mélodie (rien à voir avec Nelson pour le coup) sinistre, ne correspondant absolument pas à ce que les paroles sont censées évoquer de luxe, calme et volupté dans un wagon-lit avec une enfant-soeur capricieuse. Non, cette air m'évoque une rage de dents. Elle est discordante, morbide, répétitive, et surtout elle fait monter en moi un malaise fuyant mais familier, venu de l'enfance... Et je ressens l'application de cette scie douloureuse à un vulgaire fantasme d'homme mûr pour une Lolita, cette insertion d'une prosaïque bluette dans un écrin de bonne terreur archaïque comme une trahison. Dans quelle vie antérieure ai-je entendu cette petite musique lancinante, cette rengaine cauchemardesque ?

   Peut-être que mon aimable lectorat pourra contribuer à m'éclairer dans cette quête analytique...

Sauras-tu aider Wroblewski à découvrir dans quelles circonstances il a dégluti avec une voluptueuse angoisse une madeleine similairement empoisonnée ?
 
Litan, de Jean-Pierre Mocky, avec et musique de Nino Ferrer. Merci à Chroum-Badaban, Jules et Alex pour leur participation !
 

vendredi 24 mars 2017

Jazz en nostalgie


     J'écoutais au début de cette semaine en streaming Les Jardins d'Orphée, une émission de musique classique (entre autre mais c'est surtout cela qui m'y mène), et Anita, l'animatrice, y rendait hommage à Gérard Terronès... Elle ne le disait pas clairement de suite, mais je croyais comprendre qu'il nous avait quitté, et la suite l'a confirmé.

     J'étais un fidèle de son émission Jazz en liberté à la fin des 80's début des 90's (pendant un court temps comparé aux 25 ans qu'il a donné à la radio), il a contribué à approfondir le désir que j'avais de mieux connaître cette musique. Je me souviens qu'à l'époque il parlait avec un peu d'agacement des "boîtes de conserves", c'est à dire des CDs, mis sur le marché à la place des vinyls depuis peu... Comme c'est loin !

           Les animateurs que l'auditeur anonyme que je suis écoutais à cette époque, j'étais étudiant, j'avais 20 ans, et le temps d'écouter la radio dans la loge de concierge qui me servait de job d'appoint dans le 13ème, M° Tolbiac, les animateurs de cette époque, donc, partent les uns après les autres, avec ma jeunesse... Je pense par exemple à Jacques de Chroniques hebdo, mais il y en a plein d'autres. Julien (que j'allais voir à la Butte-aux-Cailles, près de ma loge, cette butte que Walery Wroblewski défendit comme un lion avec ses compagnons en mai 1871 contre les bouchers versaillais, et où Julien enregistrait en direct une émission dans un petit cabaret - Le Merle Moqueur ? La Folie en tête ? - plein comme un oeuf, et où l'on pouvait côtoyer au bar difficile d'accès un Alain Leprest en Marcel, jeune et joyeux fort des Halles pétant de vie et sachant lever le coude, stalinien atypique aimant les anars, avec les photo duquel, avant sa mort, quand je me suis rapproché de tout cela dont je m'étais éloigné une dizaine d'années, avec les photos en vieux poète fatigué duquel j'ai eu du mal à faire le lien par la suite ; et Yves Perrault dont je connais encore le générique de l'émission, La Révolte de Sébastien Faure, par coeur ; Paulo...

     Il y avait aussi une émission de jazz New Orleans à l'époque, At the jazz band ball, super, pleine de Bechet, d'Armstrong premières manières, de Fletcher Henderson..., et de tous ces orchestres sans star, parce que dans ce jazz, c'est le collectif qui prime, tout le monde joue en même temps, il y a peu de solos. Mais je ne me souviens plus du nom de l'animateur. Si quelqu'un à le tuyau, et sais si cet ami des oreilles libres est toujours de ce monde...

     J'avais écrit un mail à Gérard il y a quelques années, via sa boîte de production Futura Marge, pour lui demander s'il avait une boutique, ou s'il en connaissait où je pourrais acheter des disques de jazz, souhaitant boycotter tant la FNAC qu'Amazon, mais ayant encore parfois la faiblesse de ressentir le désir de me procurer des CDs. Je me permets de copier ici une partie de sa réponse, en souvenir et comme tuyau pour les amateurs dans le même cas que moi (désolé pour la pub) :

"Paris Jazz Corner (dans le Vème) qui pratique surtout l'occasion et la solde. Personnellement je ne vend pas mes productions ni aux Fnac, ni à PJC. Je préfère travailler avec Le Souffle Continu (dans le XIème / métro Voltaire ou Alexandre Dumas ou Philippe Auguste) qui vends tous mes disques, et ou je suis moi même client. 22 r Gerbier, 75011 PARIS."

     Je suis allé quelquefois chez ce disquaire. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'on ne trouve vraiment pas du mainstream là-bas. Beaucoup de free jazz, et d'autres musiques improbables. Mais le débutant que je suis a quand même pu trouver son miel à l'occasion (dernièrement un hommage à Eric Dolphy et Ornette Coleman par un orchestre français dans lequel la saxophoniste Géraldine Laurent officie avec son grand talent). Il me disait aussi dans son mail qu'il avait quelques problèmes de santé, cela date de quelques années. Comme cela m'arrive parfois en pensant à mes aînés qui forcément prennent encore plus d'âge que moi, je craignais un peu la perte d'une des personne qui m'a accompagné, si peu que ce soit et sans le savoir, dans ma jeunesse à la fois enkystée et tumultueuse et loin d'être sereine, même si je ne viens pas du ghetto.

Pour écouter une passionnante nuit qui lui fut consacrée il y a quelques années, allez sur la semaine 11 du 13/03/2017 et téléchargez du samedi soir 22 heures (Nuits off) au dimanche matin qui suit, plusieurs tranches horaires ("Pendant la nuit, l'enregistrement continue") jusqu'à la fin de l'émission. Vous y entendrez Gérard, Anita, Mohamed (hello !) et d'autres excellents animateurs qui me pardonneront d'avoir oublié leurs prénoms, et vous y (re)découvrirez la grande histoire du jazz, celle de la lutte des noirs américains, et celle de Gérard qui a côtoyé les plus grands. C'est ici.

lundi 4 janvier 2016

Ma pauvre Cécile


No longer mourn for me when I am dead
Than you shall hear the surly sullen bell
Give warning to the world that I am fled
From this vile world with vilest worms to dwell; 
Nay, if you read this line, remember not
The hand that writ it; for I love you so, 
That I in your sweet thoughts would be forgot, 
If thinking on me then should make you woe.
O, if (I say) you look upon this verse, 
When I (perhaps) compounded am with clay,
Do not so much as my poor name rehearse,
But let your love even with my life decay,
Lest the wise world should look into your moan, 
And mock you with me after I am gone.

William Shakespeare, sonnet 71 (traduction sur demande).