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mercredi 4 novembre 2020

jeudi 8 octobre 2020

Amusette

     7000 tonnes de fer furent employées, 7 000 000 de kilogrammes.
   Pour montrer l'économie judicieuse, on suppose la Tour réduite à trente centimètres de hauteur, en conservant le même rapport du poids à sa dimension. Elle devrait alors peser 7 grammes, le poids d'une feuille de papier à lettres.
   Un cylindre, dont la base envelopperait les quatre pieds de la Tour, et la contiendrait en entier dans sa hauteur, engloberait un volume d'air dont le poids serait supérieur à celui de l'acier employé.
   Enfin la masse du fer, fondue en une plaque uniforme, couvrant le carré formé par la base, de 125 mètres de côté, n'aura plus qu'une épaisserur de 6 cm.
Raymond Duchamp-Villon.


   Alors je pose la question : qu'est-ce que ça peut foutre ?

lundi 20 janvier 2020

La dose de Wrobly : nivôse 2019-2020 EC


- Walter Benjamin.- Das Kunstwerk im Zeitalter seiner technischen Reproduzierbarkeit (L'Oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique).
   Déjà lu en ventôse 2019 EC. Mais ici dans une autre traduction. A la deuxième lecture il me semble que je comprends mieux certains passages qui m'avaient parus obscurs auparavant. Comme souvent en philo, parfois c'est limpide, et la page d'après je me fais des noeuds au cerveau et relis cinq fois la même phrase. Il faut dire que la dialectique matérialiste n'aide pas : du coup, la reproductibilité technique c'est plutôt un truc chouette révolutionnaire, ou une saloperie capitalisto-fasciste ? Très stimulant pour l'esprit, au-delà de l'aura du nom de Benjamin. 


- Les Amis de Ludd.- Bulletin d'information anti-industriel II.
   Là par contre c'est clair, les machines, la technologie, c'est de la merde (je résume). C'est rigolo, cette obédience est attachée au mot "travail" (j'avais déjà rencontré ce phénomène chez certains anarcho-syndicalistes), défend la valeur "travail" (ce que j'appellerais libre activité créatrice ou productive), et inverse les termes de la critique révolutionnaire du travail, en affirmant que ce qui nous fait perdre nos vies actuellement, le taf, le turbin, l'exploitation, c'est le travail dégradé, tué par le capitalisme et sa technique. C'est l'occasion de polémiques entre thèses semblables à terminologie permutée. Au delà de ça, passionnant, évidemment, un chié de stimulant pour l'esprit, qui peut sembler un peu éloigné des préoccupations actuelles visant à limiter le nombre de vieux fouillant dans les poubelles, alors que non, au fond.

lundi 4 décembre 2017

La nuit des morts-vivants

   L'autre soir je monte dans le train, retour du chagrin, déjà bien nuit. Je vise une jolie fille sur le strapontin. Mon regard s'attarde un peu plus longtemps qu'il ne devrait s'il devait échapper à un œil attentif et avide de déceler en moi le vieux libidineux que je suis. Mais aussitôt, je constate, déçu, que la voyageuse à les yeux et les oreilles rivés sur une sorte de rectangle lumineux. Las ! me dis-je, elle est silicolonisée. Finalement c'est pas plus mal, l'invasion techno-numérique me préserve de mes mauvais penchants. Je me détourne et avise un grand noir. Ah ! pensé-je, mon frère ! que j'aimerais être comme toi, enraciné de plus près au berceau de l'humanité, la noble et martyrisée Afrique, que j'aimerais prendre ta couleur pour porter dans ma chair la solidarité que je ressens pour toutes les victimes de la colonisation, de l'esclavage, de l'apartheid... Et puis, stoppé dans mon lyrisme je vois les mains du type entravées par ce même genre de vibromasseur atomique. Mes élans fraternels s'évaporent. La femme au foulard de l'autre côté relance mes réflexions et mes désirs de fraternité. Madame, pensé-je, je vous respecte infiniment. Certains de nos compatriotes aux idées avancées tentent bien de m'inciter à vous haïr, mais j'avoue que je suis loin de la catégorie A d'une certaine intransigeance radicale "Troisième République" panachée d'années trente et d'évènements algériens, irriguant notre France éternelle. Je suis, pour utiliser une injure à la mode, une sorte de gauchiste. Je ne vous connais pas, j'imagine que je ne pense pas comme vous mais je me battrai jusqu'au... Mince ! Elle est accro à des sortes de bonbons roses sur le même bidule masturbatoire ! Et moi qui croyais que vous n'aviez qu'un seul Dieu, vous embrassez la bouche fétide d'une idole ! Vous vous prosternez devant le Veau de métaux rares ! Adorez Moloch ! Arrière, Jézabel ! Déception. Le cravaté derrière j'ai plus de mal, mais toujours d'être tolérant j'essaye. C'est peut-être un être souffrant, très sensible, il a peut-être une passion très insolite qui le transfigure quand il s'y adonne, il est peut-être bon père, bon conjoint, et puis ne suis-je pas mois aussi domestiqué, même si je ne porte pas l'uniforme ?... Quant à son mode de transport, le train de banlieue, il ne dénote pas le cadre supérieur, le manager... Mais, sur son visage fatigué flotte aussi cette lumière froide, reflet des images animées qui l'hypnotisent sur son parallélépipède en plastoc. Au secours ! Mais.. Ouf ! Sauvé : un ado ! Fraîcheur. Mon petit bonhomme dans quelques années... Arrrgh ! Un boum ! boum ! sort du cordon auriculaire sinuant le reliant à l'objet, la prothèse qu'il titille frénétiquement... Et partout, tout autour, des noyés irisés par la lueur à létalité lente, donnant à leurs visages le masque glauque de la mort et son rictus sardonique. Cherchant désespérément de l'aide je finis par me tourner vers... Bonne maman ! Une vieille dame, indigne j'espère. La mienne, de Bonne Maman, à 80 ans étudiait le piano, apprenait l'allemand... J'ai encore les narines remplies de l'urine stagnant du matin au soir dans ses toilettes. A l'époque, même si les chiottes sèches n'étaient pas encore revenues dans les pratiques des anciens paysans que nous sommes tous peu ou prou, on savait à sa manière économiser l'eau, source de vie... La vieillesse, sagesse, sérénité, sens rassi, vécu, expérience. Un refuge pour l'être effrayé que je suis. Et une bibliothèque. Hiiii ! La bibliothèque a brûlé, les yeux déjà morts de celle-ci sont fixés sur la machine de soins palliatifs qui fait "ding !", ses doigts tremblent en un incessant papillonnage abrutissant et délétère sur un écran plat.

   Arrivé chez moi, j'allume une radio anarchiste. Vite, du réconfort. "Ne jouons pas les réacs, je suis bien content, dans le métro, d'avoir mon Smartphone pour connaître l'itinéraire le plus rapide...". Quel con je suis, me dis-je dans un premier temps, et moi qui me pensais malin en utilisant un plan de métro... Je ne serai donc définitivement qu'un loser !  Et puis, j'ai compris... SOS ! Ils sont là, partout ! Ils vont me dévorer !

   Puis, un calme froid soudain m'envahit. Comme un automate esquinté, je me dirige d'un pas chaloupé et syncopé vers l'autel. J'appuie sur le bouton. Pose mes fesses sur le coussin. Me connecte à la grande famille de Big Google et me mets à mon blog. Je vais mieux.


   Ma dernière actu ciné.

mercredi 12 juillet 2017

Laissez venir à moi

Quand le citoyen-écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant : "Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?", il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante : "A quels enfants allons-nous laisser le monde ?"
Jaime Semprun
L’enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, une sainte affirmation.
Friedrich Nietzsche
- Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles
Lumineuses, parfums sains, pubescences d'or,
Font leur remuement calme et prennent leur essor !
Arthur Rimbaud
Cui bono ?
Lucius Cassius Longinus Ravilla



   Pendant ce temps là, dans la Silicon Valley, les pédégés de Google et des autres géants high-tech tiennent prudemment leurs propres enfants loin, très loin des écrans...

vendredi 29 juillet 2016

Cure de déconnexion

    Wroblewski, ici en compagnie de son sensei à Venise, part en cure de déconnexion pendant un mois.

En fait il s'agit des hauts de Pontoise (95), mais on peut rêver...

   Préservez vos cerveaux des micro-ondes (je sais, en France ça va être difficile, le progrès innovant à couvert tout le territoire des antennes relais ; ainsi, même les résistants aux téléphones portables et à la Wi Fi auront leur tumeur ou leur Alzheimer comme les autres ; mais ma voisine Yamina m'a écrit du bled et là-bas il paraît qu'il y a encore des campagnes sans réseau, bon plan ! Malheureusement pour moi ce ne sera pas pour cette année, mais ça me laisse le temps de peaufiner mon berbère marocain et mon arabe), de la télé (ça c'est toute l'année, mais pour ceux qui ont des lardons à qui ils n'ont pas eu la force d'interdire totalement la Lumière bleue, profitez de la trêve estivale pour vous comporter enfin en dictateur anti-bourrage de crâne impérial : pas de ça pendant la cure !) ; et ne lisez pas de journaux, sauf exceptions que vous devez connaître à peu près si vous êtes un fidèle de La plèbe (à ce propos une publicité est cachée dans la photo ci-dessus, saurez-vous la retrouver ? Achetez le numéro d'été, il est excellent, avec des nouvelles et des quizz, vraiment réussis, et prouve s'il en était besoin une fois de plus que, quand le patron n'est plus là, on fait encore mieux sans lui !).

En congés payés (merci les grévistes !), lisez plutôt des livres ! Photo empruntée à Acrimed.

   Profitons des ces vacances d'écrans pour une remise en forme car la rentrée doit être chaude ! Nous sommes déjà appelés à marcher derrières les barreaux et leurs matons en septembre, fourbissons nos mollets ! A moins qu'on trouve le moyen de faire éclater tout ça !... Prenons-le temps d'y méditer.

La mer ? La montagne ? Un peu surfait : vive la campagne !
Ici stage de réoccupation de la forêt de Bure .

samedi 23 juillet 2016

Que de chemin depuis Pif !

  "Patrick Drahi (SFR, Altice) et Xavier Niel (Free, Iliad), qui, ils y a quinze ans, n’étaient même pas millionnaires, occupent les 7e et 10e places de ce palmarès des milliardaires bien de chez nous. Grâce aux bénéfices de la téléphonie mobile et de l’Internet, dont la rentabilité brute dépasse les 40 %, ils ont pu amasser chacun plus de 7 milliards d’euros. Ce qui ne peut que réjouir leurs généreux abonnés.
[…]
Dans la France de 2016, pour devenir riche à milliards, mieux vaut profiter d’une rente comme Internet et la téléphonie mobile, ou vendre en grande surface."
Le Canard enchaîné du 13/07/2016.

Allô, c’est moi. J’suis dans le bus. J’arrive. A tout de suite.

[…]

  Ecoutons Denis Marsacq, du laboratoire Sources d’énergie miniatures du CEA-Grenoble, sous-traitant de Nokia dans la recherche sur les minipiles à combustible pour portable, lors d’une conférence à la FNAC : « Bien sûr, ces piles coûteront plus cher que le rechargement d’un téléphone sur une prise électrique, mais nous ciblons les adolescents, qui sont immatures et moins rationnels, et nous pensons qu’ils accrocheront au sans-fil total ».
  Souvenons-nous : ne pas seulement s’adapter à ce que le marché semble demander. Et attaquer les jeunes, assez gogos pour se laisser fourguer Britney Spears en sonnerie et le téléphone détecteur d’amour et de mensonges (vendu par KTS en Corée, pour l’instant). Chers jouvenceaux, vous plaît-il d’être la cible dans le viseur des dealers de gadgets ? Voyez le mépris dans lequel ils tiennent vos dix-sept ans, agitant sous votre nez leur pacotille électronique comme de la verroterie pour sauvages. Contre quoi troquez-vous votre autonomie, votre santé et votre argent de poche ? Un téléphone.
  A votre décharge, vous avez peu connu le monde sans portable. Vos aînés, eux, […].

Enfance en danger...*

  C’est ainsi que vos collègues s’esclaffent. Et Mallein, le sociologue jaune, de qualifier les drogués de gadgets de « visionnaires », et les réfractaires de «conformistes ». Orwell nous l’avait bien dit : L’Artificiel c’est le Naturel. La Consommation c’est la Réflexion. L’Autonomie c’est l’Aliénation.
  De même que dans 1984 l’histoire est réécrite chaque jour, on ne saura bientôt plus qu’il existait un temps où l’on ne s’appelait pas pour se dire qu’on arrivait. Comme on ne sait plus aujourd’hui qu’il a existé un temps où l’on ne s’appelait pas du tout. Où l’on frappait à la porte des gens pour leur parler.

Vi1 2m1 c tro top

[…]

   Pourquoi aurions-nous besoin d’une médiation électronique pour communiquer si ce n’est pour nous adapter à un monde qui atomise chacun de nous et morcelle nos vies ? […]
  Supposé renforcer les liens avec les proches, le portable permet à coup sûr d’éviter le contact avec des inconnus. Voyez ces zombies en transit rivés à leurs SMS, certains d’éviter ainsi le regard de leurs voisins de bus. Et ces urbains égarés, accrochés à leur portable pour se faire guider à distance plutôt que de demander leur chemin à des gens. Grâce à leur « kit » de téléguidage, comprenant indicateur des rues et récepteur GPS, ils suivent les instructions de la machine greffée à leur oreille. Qu’un individu s’avise de les accoster de vive voix et ils appelleront bientôt au secours.
[…]

... parents mobilisés !*

 Le téléphone mobile prospère sur le marché de la peur. Les ados le disent : leurs parents les équipent massivement pour « se rassurer ». Sans doute les opérateurs ont-ils raisons d’attribuer leur succès à la crainte « d’un monde potentiellement hostile », et sans doute ont-ils quelque intérêt à aggraver cette hostilité du milieu avec leurs services toujours plus aliénants. Peur de l’agression, de la chute en montagne, de l’enlèvement, sur lesquelles ils jouent avec délectation. Plus banalement, ce qui terrifie nos contemporains, c’est simplement le sel de la vie, le hasard et l’imprévu, qui n’ont pas leur place dans une existence aseptisée, planifiée, calibrée. Marchandises sur tapis roulants, les individus de ce monde-là n’ont pas vocation à quitter la voie qui leur est tracée, et le portable est le meilleur outil pour les accoutumer à rentrer dans les cases. Et à rester dans leur bulle, qui leur procure désormais le nécessaire pour vire pleinement leur autisme : diffusion de musique (téléphones « baladeurs » [...]), et bientôt la télé. « Le Conseil supérieur de l’audiovisuel vient en effet d’accorder des fréquences aux trois opérateurs afin de tester la diffusion massive de la télé sur le portable ». Avec la télé mobile, les décideurs n’auront plus grand souci à se faire. Le temps de cerveau disponible de leurs « administrés » ne risque définitivement plus de se consacrer à la réflexion, sans parler de contestation. Un troupeau de zombis connectés sur les séries américaines et la pub, juste interrompues par quelques coups de fil (T’es où ?-Ben, devant la télé, où veux-tu que je sois ?) : voilà qui est simple à manœuvrer.
[…]

Allô, j’suis dans le rayon, là. Je prends quoi comme café, en poudre ou en grain ?

Pièces et Main d'Oeuvre.- Le téléphone portable, gadget de destruction massive.

Deux collègues sympas en pleine discussion... avec leurs oreillettes respectives.

* Ces deux photos sont des compositions. Les jeunes et plus matures personnes y figurant ont gentiment accepté de se prêter à cette mise en scène à ma demande. Qu'elles en soient ici remerciées.