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mardi 11 décembre 2018

France éternelle !

   On s'attendait à passer une nouvelle période glauque d'orgie consumériste, d'illuminations nucléaires et d'holocauste animal géant dans une atmosphère toujours aussi délétère, au propre (si l'on peut dire) et au figuré. Un peu avant la triste période, voilà que des astiqueurs de volant, le genre de mecs qui sécrètent comme des boucs en rut derrière toi à l'idée de te doubler à la prochaine occas', en te collant au pare-choc, parce que toi, même si t'es pas macroniste, 80 km/h, ça te va parfaitement ; voilà que ce blaireau, chef d'entreprise possédant désormais des pneus neige pour le prochain épisode dans 15 ans, on ne lui fait pas, à lui, et il n'est pas question qu'il ne puisse passer prendre sa maîtresse de la moitié de son âge et du tiers de son monde au premier flocon ; voilà que le français démerdârd, loufiat anti-assistés et pour l'éradication de ces "priviliégiés" de fonctionnaires, devenant le patron rêvé au volant de son bolide, enfin puissant dans sa concurrence libre et non faussée, même s'il noierait bien dans sa baignoire toute réglementation routière entravant sa frénésie ; voilà que tous ceux-là se rebiffent, ces villageois gaulois qui sont chez eux dans la start-up France au si joli logo. Et les médias les ont à la bonne, parce que, d'après les commentaires attrapés ici ou là (je n'écoute pas les médias), ils en sont tout excités de ce nouveau happening marketing de marque Gilet Jaune (encore plus con que Je suis Charlie, fallait le faire), tellement plus sexy (pour eux) que ces puent la sueur de cheminots, ces zonards hostiles au droit de zadistes, ou ces m'as-tu-vu de solidaires avec les migrants, entre autres. Ils en sécrètent aussi, du coup, les médias, d'autant plus que tout ça c'est grâce à Zuckerberg !

   Bof, pour ma part je m'apprêtais à faire le mort et le gros dos, comme pour toutes les coupes du monde, jeux olympiques, bonnets rouges ou élections. Un mauvais moment à passer sous la couette, voilà tout.

   Et bien non ! voilà pas tout : d'après les copains (je le répète, je contemple peu de terminaux mainstream, peux pas), ce beauf absolu, adepte de bagnole, de télé et de tiercé (j'en suis conscient, cette citation fait un peu vieillotte aujourd'hui), se révèle finalement un fier et généreux émeutier (ça, on ne peut pas le lui enlever, chapeau ! sacrément déter' ! courageux ! solidaire !), n'est pas forcément le branloteur d'embrayage que les premières revendications pouvaient nous laisser imaginer, et si des "on est chez nous" en sont, ils sont minoritaires. C'est des pauvres contre les riches, et ça nous fait passer un joyeux Noël, avec les illuminations qui vont bien ! On fait solennellement amende honorable aux gilets jaunes, on pense aux mille prisonniers, aux gueules cassées et aux estropiés par les lâches bleus casqués et bottés de la république ou les chiens baqueux, on prie fort pour que le petit Noël du Jésus du patronat de l'Elysée et de son monde soit aussi leur Passion, ce sera toujours ça de pris, on prie aussi pour que les GJ ne finissent pas par nous faire voir 5 étoiles, et on se passe quelques chansons en hommage à tous les colonisés de la start-up nation, intérieurs et extérieurs.

Hommage aux colonisés intérieurs des campagnes et des provinces.

Hommage aux ex-colonisés de l'extérieur, actuels colonisés de l'intérieur en banlieue.

 Hommage aux colonisés extérieurs de l'outre-mer.

vendredi 27 mai 2016

Trouver la voie


« L’aïkido, par exemple, dans lequel seule l’énergie cinétique de l’attaquant est mise à contribution et retournée contre lui-même. Ceci m’avait conduit il y a quelques années à préconiser la mise au point d’une sorte d’aïkido mental : au lieu de s’évertuer à fabriquer un arsenal théorique ou une forteresse doctrinaire de plus, on se bornerait dans cette discipline, à maîtriser des prises minimalistes susceptibles de retourner la puissance idéologique du pouvoir contre celui-ci. Ou selon le joli mot de Marx : à « faire danser les rapports pétrifiés en leur chantant leur propre mélodie ».
   Toutes ces techniques d’autodéfense sont des applications d’un concept clé de la philosophie chinoise, en particulier taoïste : wei wu wei, le non agir agissant. Bornons-nous ici à n’en donner qu’une information banale, voir simpliste : l’abstention, la suspension d’activité, le non-engagement sont aussi des moyens d’agir. »
Guillaume Paoli, Eloge de la démotivation, éd. Lignes 2008.

   On trouve la définition et la transposition un peu courte. Certes il y a dans l'aïkido la notion de tenkan (changement de direction) qui permet de retourner l'attaque contre son auteur en la déviant. Mais il y a aussi le concept incontournable de irimi, "entrer" dans le centre du partenaire (il n'y a pas d'adversaire ou d'ennemi en aïkido - son application dans la guerre de classe n'est qu'une transposition des compétences qu'il a permis d'acquérir ; la pratique de cet art est considéré comme "collective", sur l'ensemble du tatami), "traverser la chair" au sens littéral. Après des décennies de pratique, une hyper-sensibilité et une réactivité concomitante permet de rentrer dans le partenaire avant même qu'il ait pu développer son attaque, à la naissance de celle-ci, cette entrée pouvant et devant, dans une perspective martiale ("on dirait qu'on jouerait à se mettre sur la gueule") être définitive. Heureusement, un deuxième principe, le tenkan, qui suit immédiatement le irimi, illustre la volonté de clémence que porte cette pratique tant physique que spirituelle : après être entré et avant la "destruction" du partenaire, on pivote et celui-ci chute quasiment tout seul, mais nous l'aidons et l'accompagnons, principe de sollicitude. Il y a donc engagement au début, et à la fin de la technique. Un entrainement d'une heure d'aïkido peut être épuisant, c'est mieux d'ailleurs, si on veut en extraire la substantifique moëlle, mais il laisse le choix. Le keikogi y est souvent à tordre en fin de séance.

Notion de irimi.


Notion de tenkan : toute l'oeuvre de l'Inconsolable tourne autour du travail (en allemand "arbeit", terme qui fit les beaux jours d'un slogan du patronat allemand, que des épiciers déclassés transformés en tueurs de masse reprirent finalement à leur compte), et n'aurait pas dépareillé dans cette play-list

Pour illustrer la thèse de Guillaume Paoli, on aurait plutôt utilisé la comparaison avec le bel art du Bowling.