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lundi 15 février 2021

Le Triangle des terres rudes

Ode au Triangle (sur l'air de l'Assassinat de Georges Brassens)
C'est pas seul'ment à la campagne
Qu'on résite et qu'on gagne
Nous en banlieu aussi l'on a
Des zads t'en veux ? N'en v'là !
Nous en banlieue aussi l'on a
Des zads t'en veux ? N'en v'là.

Zad du Triangle, le 13/02/2021.
Chemin de la Justice (en vrai !), Gonesse, Val d'Oise (95), cf. infra plan.

Contre la construction de la gare au milieu des champs de Gonesse, préalable à l’artificialisation d’au moins 110 hectares.
Pour la biodiversité.
Pour les terres nourricières de Gonesse et leur fertilité naturelle exceptionnelle..
Contre les centres commerciaux, les zones de logistique et les bureaux
Pour les réserves en eau.
Pour la culture de jardins, de bosquets, de vergers, de légumes, de céréales, pour la construction de cabanes.
Pour ne plus se condamner à une mort précoce en mangeant la merde industrielle.
Pour le moment les habitantes et les habitants sont rassasié(e)s en bouffe et en fringues.
 Elles et ils ont essentiellement besoin de matériaux de construction, bois, palettes, planches, chevrons, isolants, portes, fenêtres, outils (perceuses...)...
Bon, je vous laisse regarder les images.








Des détails ici.

mercredi 26 février 2020

La dose de Wrobly : pluviôse 2020 EC


- Marcel Aymé.- Du côté de chez Marianne.
   Une collègue disait dernièrement lors d'une assemblée, des étoiles dans les yeux, qu'elle n'avait jamais autant lu depuis le début de la grève le 5 décembre dernier. Bon, elle parlait surtout de trucs sur les retraites, pas trop passionnant, mais nécessaire, il faut bien s'informer un minimum pour argumenter face à ceux dont la grève n'est pas une évidence éthique. Mais en ce qui concerne la lecture en général, ses propos m'ont un peu surpris car moi, c'est tout le contraire. Depuis le début de la grève je lis beaucoup moins*. Déjà quand les camarades des transports n'avaient pas encore été mis à genoux, ne prenant plus les transports je perdais au moins une heure et demie de lecture par jour, et puis dans beaucoup d'autres circonstances, ma vie sociale s'étant d'un coup intensifiée et diversifiée, que ce soit sur les piquets, dans les manifs, les assemblées, réunions, mais aussi moments de discussions sympas avec mes nouve-lles-aux ami(e)s, plus moyen de me retirer dans une caverne pour m'adonner à ma coupable passion. Le grizzly transformé en lémurien par la magie de la lutte sociale. Ne vous étonnez donc pas de ne trouver qu'un seul livre dans ma dose de ce mois. Rassurez-vous, parallèlement je poursuis les Mémoires de Saint-Simon, jamais vu un tel pavé, garni de notes minuscules, sur papier bible et donc chaque page nécessite une concentration de chirurgien se coupant les ongles pour ne pas perdre le fil des généalogies à rallonge qui n'en finissent pas. On est maniaque ou on ne l'est pas.


   Ces articles de Marcel Aymé dans Marianne (la tentative de Gallimard de créer un hebdo plutôt marqué à gauche, pour faire pendant aux droitiers et très prisés Gringoire et Candide de l'époque) sont très courts, faciles (quelle détente après Saint-Simon !), amusants et agréables à lire. L'auteur ne s'était pas encore, par un pacifisme qui rapprocha son nom de ceux de fachos sur une pétition, fâché avec la gauche pour cette histoire d'invasion de l'Ethiopie par Mussolini, et ces chroniques, publiées de 1933 à 1937, bien que toujours entre deux degrés d'ironie, se révèlent souvent franchement révolutionnaires - par ses critiques du réformisme, quand il souhaite l'abolition des mines, par exemple (et non leur aménagement), ou des Constitutions (et non leur remplacement) auxquelles il préfère des périodes d'anarchie expérimentale intercalées de plages plus calmes de repos sur les acquis ; par ses témoignages du caractère de classe de la police et de la justice, ses persiflages à l'encontre de l'absurdité du "progrès" technique capitaliste-marchand-, sa satire de la sans scrupule voracité bourgeoise, son insurrection contre la peine de mort (notamment celle de la jeune femme de 19 ans Violette Nozière) - et résolument anti-hitlériennes. C'est vrai que sur le papier c'est simple (mais à moi qui ne suis qu'un individu aux idées avancées de clavier et de souris, il serait mal venu de lui reprocher de ne pas avoir pris les armes), et que sa résistance à l'envie de résister sous l'occupation et ses amitiés nazi-compatibles ultérieures peuvent aujourd'hui faire lire ces propos avec un a priori un peu doux-amer.

   A propos de cette époque, de la prise de pouvoir des nazis jusqu'aux approches de la guerre et de ses échos en France, on lira avec profit, en gravement plus sérieux, le livre de ma dose de thermidor La France et l'Allemange : 1932-1936. J'ai entendu causer aussi d'un livre de Daniel Schneidermann, Berlin 1933, sorti il y a peu, sur la presse française à cette époque, qui doit être fort intéressant, mais je ne l'ai point lu.


* Ce ne sont pourtant pas les ouvrages qui manquent :














   Mais on peut pas faire dans le graphisme, l'accroche et le secrétariat en continuant à se la couler douce avec un bon bouquin. On me l'a dit sur le piquet d'ailleurs, pourtant je lisais du sérieux, le Diplo, une fois n'est pas coutume : on n'est pas ici pour lire ! J'ose quand même espérer que c'était ironique parce que si je ne peux pas lire, moi, votre révolution, vous pouvez vous la carrer dans l'oignon.


jeudi 12 décembre 2019

De l'ordre

Bidonville, Drancy, 11 décembre 2019, retour de la manifestation du 93 contre la réforme des retraites.

   Il avait toujours été surpris par cette patience de ceux que, dans les "bonnes familles", on appelle charitablement les inférieurs. Il se demandait toujours comment il se faisait que - humbles en Europe, indigènes aux colonies - ils ne haïssent pas davantage. Car, de toute évidence, il y en avait qui ne haïssaient pas ; et il en était touché, sans comprendre. Il se disait que, si agréables qu'elles soient pour certains, les périodes de paix sociale ne sont pas chose naturelle ni logique, et que c'est le jour des révoltes que la vie rentre dans l'ordre. Quels que puissent être ses excès et ses injustices de détail (lamentables, certes), c'est malgré tout le jour des révoltes que la situation redevient normale, et satisfaisante pour l'esprit. On sort enfin du miracle.
Henry de Montherlant.- Les Jeunes filles.


 Hôpital Avicenne, Bobigny, idem.


lundi 22 juillet 2019

Quand Jojo rencontre Assa

Et qu’il faut pour que ça s’arrête
Qu’on soit des milliers dans la rue
Français, immigrés, tous unis
Pour que les flics s’en relèvent plus

Dominique Grange

Que faites-vous ? Vous marchez. Vous allez en avant. Vous dotez le ciel [...] d'on ne sait quel rayon macabre. Vous créez un frisson nouveau.
Victor Hugo

   Comme l'année dernière, promenade estivale au bord de l'Oise. Festive, joyeuse, malgré les assassinés, torturés à mort, mutilés qui nous accompagnaient. Et puis cette année il y avait du nouveau : en plus des soutiens, familles et amis issus des quartiers populaires, de Beaumont-sur-Oise notamment, et des militants habituels, il y avait du gilet jaune ! Détermination, désir de fraterniser pour continuer la lutte et en finir avec ces bandes armées répandant la terreur dans le but d'étouffer, d'étrangler toute rébellion, et de stigmatiser auprès de nous, les téléspectateurs, ces catégories de sous-hommes / repoussoirs / boucs émissaires / dangereuse menace (population des cités, gens du voyage, roms...), dont des enfants sont régulièrement, j'allais dire rituellement, et impunément rayés de la carte (sans compter ceux qui croupissent en prison). Pour justifier ses actes controversés, au sujet desquels la Justice n'userait pas de l'impartialité à laquelle nous pourrions nous attendre, mais ferait preuve au contraire d'une certaine prévention, plutôt favorable en l'occurrence selon certains témoignages, la police et ses médias ruinent régulièrement la réputation des habitants des banlieues. Et, cercle vicieux, plus la répression, le harcèlement, la hogra... sont féroces, leurs aspects les plus insupportables étant soigneusement cachés ou minimisés, plus nous, les bonnes gens des centres villes, des banlieues pavillonnaires ou d'immeubles moins délabrés que ceux des grands ensembles, prenons nos distances avec les damnés, souvent en les jugeant tels que nos maîtres nous somment de les juger. Cela invalide la possibilité de toute rencontre, de toute fraternisation. Aujourd'hui, les pauvres non discriminés de par leur couleur, leur religion, leur origine étrangère, leur mode de vie nomade..., se sont aperçus qu'ils sont aussi méprisés que les autres par la bourgeoisie, sa police et sa justice, pour peu qu'ils ne restent pas tranquilles devant leurs télés à communier dans le pharisaïsme national anti-ghettos. Ils se sont levés, ils sont venus, ils ont vu, les yeux, les dents, les mains ont volé. Puissions-nous ne plus nous séparer et continuer de lutter ensemble !



On s'est pris une sacrée saucée. Mère Nature a ainsi souhaité baptiser cette nouvelle alliance tee-shirts noirs / chasubles fluorescentes.




Collègue !


Il suffit de passer le pont.

Des évidences ont été exprimées.

Pas d'infanterie, sauf à la gare quelques bleus. En revanche un barbouze pointait les prochaines victimes.







Assa alors !