mardi 9 juin 2015

Y a pas de sot métier...

"A ce propos, je ne résiste pas au plaisir de vous narrer ce bout de promenade en taxi que Louis Rego et moi vécûmes ensemble il y a quelques jours. Le chauffeur était une forte femme bien proprette d'une quarantaine d'années. Près de la place de la Concorde, une petite Fiat pilotée par une jolie bourgeoise (on a le droit de dire que les bourgeoises sont jolies avec Mitterrand ?). Enfin, une jolie bourgeoise un peu distraite nous fit une toute petite queue de tout petit poisson. Aussitôt, notre conductrice entra dans une colère apocalyptique, et tout en poursuivant la fautive dans l'espoir vain de la faire chuter dans la Seine, elle nous fit juges, Luis et moi, de sa désapprobation catégorique, tout en baissant violemment sa vitre afin que la coupable n'en manquât pas une miette. «Va donc, eh connasse, dit cette dame. Non, mais vous avez vu cette connasse ! Ça va pas la tête, eh connasse ! Ah, dis don', a s'croyent tout permis ces connasses avec leur MLF! Non, mais c'est pas des conneries, depuis qu'elles sont libérées, elles ont perdu leur féminité ces connasses ! » Et la dame conclut, comme pour nous achever : « Et je sais de quoi que j'cause, ça fait quinze ans que je vis avec une bonne femme.»"
Pierre Desproges.

... y a que des sottes gens !




lundi 8 juin 2015

J'ai moins peur

« - Non, il n’y a pas de tribunaux infaillibles, et, de très bonne foi d’ailleurs, des juges militaires [on pourrait dire aujourd’hui «antiterroristes» - note du blogueur ] peuvent, plus que tous les autres, condamner un innocent. Voilà ce que les bas politiciens ne veulent pas comprendre ; voilà pourquoi ils sont infâmes. Je ne trouve pas, voyez-vous, d’expression qui représente suffisamment le mépris et le dégoût qu’ils m’inspirent. Si vous en trouvez une, employez-la. Je vous en serai reconnaissant.
[…]
- Quelles peuvent être, d’après vous, les conséquences du vote d’hier ?
- Mais aucune, me répond-il en descendant l’escalier. Nos députés sont des pantins qui s’agitent dans le vide. Le vent emporte leurs paroles. Ils n’empêcheront pas plus la vérité de continuer sa route que les nuages dont le ciel est obscurci n’empêchent la clarté du jour d’arriver jusqu’à nous. […] Ces votes n’auront d’autres résultat que de donner une satisfaction momentanée à la presse immonde, à la presse affamée de scandales, chez laquelle le souci du tirage remplace les convictions, à la presse qui affole la France et travaille à sa décomposition. »
L’Aurore, 6 décembre 1897. Interview d’Emile Zola par Philippe Dubois.

Avec un grand courage et à une écrasante majorité, nos représentants ont voté mardi 5 mai la loi sur le renseignement.

"Mais ces mauvaises heures étaient à peine tragiques au prix de celles que j’ai connues pendant deux semaines, dans la salle des témoins et dans la salle d’audience. Jamais je n’ai plus douloureusement senti combien les hommes sont presque tous des étrangers les uns pour les autres et qu’il y a entre certains êtres d’irréductibles antinomies, des hostilités farouches et irrémédiables qui ne peuvent prendre fin que par l’écrasement de l’ennemi : j’ai compris la guillotine, la fusillade et les guerres civiles et ce qu’il y a de défense personnelle au fond de toute révolte."
Pierre Quillard. « Impressions d’un témoin. » La Revue blanche, 1er mars 1898.

La nouvelle loi sur le renseignement nous protège des méchants...

... qui seront pistés jusque dans leurs tanières, tapies dans l'ombre, avec leurs femelles et leur progéniture.

"Or, en ceste propre saison, estoit un procès pendent en la court […] la controverse estoit si haulte et difficile en droict que la court de Parlement n'y entendoit que le hault alemant. Dont, par le commandement du roy, furent assemblez quatre les plus sçavans et les plus gras de tous les parlemens de France, ensemble le Grand Conseil, et tous les principaulx regens des universitez, non seulement de France, mais aussi d'Angleterre et Italie […]. Ainsi assemblez, par l'espace de quarente et six sepmaines n'y avoyent sceu mordre ny entendre le cas au net pour le mettre en droict en façon quelconques, dont ilz estoyent si desptiz qu'ilz se conchioyent de honte villainement."
François Rabelais.- Pantagruel.

Toi aussi, comme moi, aie confiance en la justice de ton pays !

vendredi 5 juin 2015

Ile déserte II et village

Bon, le week-end sera chaud. Alors on se remet une dose de Dolphy / Little et les autres. Du très bon, rien d'autre à dire. Ne cherchez pas de lien de causalité entre la première et la deuxième phrase de ce post, il n'y en a pas.


Le morceau s'appelle Number eight, ça m'évoque ça :


qui m'évoque ça :


Bon, on peut aller loin comme ça. Ca devient freudien. Alors...

Bonjour chez vous !

jeudi 4 juin 2015

Jouons un peu iconiquement


Qui est ce personnage (je ne parle pas du guignol venu se foutre pile devant mon objectif au moment où je prenais la photo, ces touristes, quelle plaie, c'est comme des sauterelles, mais du bronze derrière) ?

- Darth Sidious ;
- Darth Maul ;
- mon pote Samir, petit négociant de résine à Villiers-le-Bel ;
- Torquemada ;
- Giordano Bruno ;
- Ignace de Loyola ;
- le moine camembert.

Par la même occasion, dans quelle ville cette photo a-t-elle été prise ?
Que la force soit avec vous.

mardi 2 juin 2015

Une historiette de Walery*


Février 2015. Ce midi, assemblée générale, appelée par le collectif des bas salaires, essentiellement des femmes, en grève depuis un mois déjà. Au fil des palabres, Stravoula appelle les volontaires à se réunir en fin d'AG pour mettre au point les modalités techniques des futures actions. 13 heures, l'AG se disperse. Fatima et Nora commencent à s'éloigner. Soraya les interpelle :
- Eh ! Oh ! on se réunit pour les actions là !
- Oui, mais là on va manger, il est 13 heures passées, on a faim, rétorque Fatima.
Et Soraya, gouailleuse et taquine :
- Comment ? Alors pendant le ramadan tu manges pas pendant un mois, et là tu peux pas attendre une demi-heure pour l'AG ?


Pour la petite histoire (c'est le cas de le dire), cette lutte héroïque s'est soldée par une défaite, mais, comme le disait Karl Liebknecht, paroles que j'affectionne particulièrement, "il y a des défaites qui sont des victoires, et des victoires plus honteuses que des défaites".

* J'espère que le Tenancier ne m'en voudra pas d'avoir emprunté espièglement le titre de sa célèbre et savoureuse rubrique. Qu'il soit ici remercié.